L'abbé Antonio Huot
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St-Laurent, ile d'Orléans.
« M. l'abbé Bonneau, ancien curé de cette paroisse, le remarqua de bonne heure. Il l'attira à son presbytère et, constatant ses heureuses dispositions, sollicita son entrée au Séminaire.
«Ce saint prêtre, qui portait un vif intérêt à la jeunesse, ne 12 perdit plus de vue pendant tout le cours de ses études. 11 le voyait fréquemment, l'encourageait de ses conseils et ne dissimulait pas la satisfaction que lui donnait sa bonne conduite et ses succès.
« Son protégé le payait d’égards respectueux, et d’une affection reconnaissante qui ne s’est jamais démentie. ,
«Au Séminaire, il se plaça de suite aux premiers rangs, et à mesure que ses talents se développèrent sa supériorité s’imposa et fut admise Sans conteste, Caractère trempé pour la lutte, nature pleine de feu, dont l’ardeur était tempérée Par une volonté ferme et réfléchie, il visait le but et y marchait d’un pas sûr. -
(Rien n’était plus assuré que ses succès. Il n’avait pas de ces intermittences de zèle et de relâchement auxquelles peu échappent dans la vie d'étudiant. Il ne mManqua jamais, ni sur une le- Çon, ni sur un devoir. Pourtant, avec une nature ardente, passionnée comme la sienne, il ne dut pas échapper aux influences qui détendent les ressorts de la volonté et Pparalysent l'énergie. II eut, plus que tout autre peut-être, ses heures d’énervement, Il eut des chagrins, des agitations intérieures, des tempêtes de cœur. Qui n’en a pas à l’âge de l'adolescence ! Mais son calme extérieur n’en fut pas troublé, et jamais il ne perdit de vue le but vers lequel il avait, dès le début, orienté sa vie, Ce tempérament tout de feu,
épris de liberté, frémissait souvent sous le joug iscipli Il avait des Piétinements et
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«Dans ses en gements, les heures destinées aux Cours et à l'étude du patron restaient intactes, car il empruntait à ses récréations, Dans l’étude du droit, il avait trouvé son élément, Son esprit bien équilibré, trouvait vite la solution d’un point de droit, et son jugement en faisait l’application avec sûreté, D'ailleurs, son 2mour du travail faisait fi des difficultés et des obstacles. Là, comme au Séminaire,il ne connut ni les faiblesses ni le relâchement. Le regard toujours en avant, il Bouverna sa vie comme un pilote intrépide, son vaisseau, sans jamais dévier de sa course, Ceux qui l’ont connu pourtant, et Surtout à cette époque, savent ce qu'il y avait au fond de cette nature d’aspirations à régler et d’emportements à contenir. Il resta toujours maître des unes et des autres.
«Qui n’a admiré cette foi vive, ardente et Pratique qui bravait Je respect humain et méprisait le préjugé comme des faiblesses indignes d’un homme ! A vingt-trois ans, ce fier garçon, pour qui le monde semblait trop étroit, s’agenouillait et priait avec la piété d’un enfant. Il assistait à la messe et disait son chapelet tous les jours, et allait tous les mois à confesse, Et gare à ceui qui eut voulu le railler sur ses pratiques re‘. gieuses !
«En revoyant aujourd’hui ces choses par la pensée, après quarante ans, à la lumière de l’ex- Périence acquise des choses de la vie, on sent comme un regain d’admiration pour ce beau et grand caractère,
« Son ambition était excessive, demesurée. Elle cut effrayé ceux qui s’intéressaient à son avenir, s’ils ne l’eussent connu capable de la contenir. Il ne rêvait que professorat, luttes au Palais, do-
mination des foules, succès à la tribune politique, au parlement. Il se sentait fait pour un rôle et s’y préparait. Et, dans son impatience d’arriver à tout ce qu’il voyait dans ses rêves, ses pieds brûlaient le chemin. Rien n’arrivait assez vite au gré de ses désirs. Il aurait voulu tout embrasser d’une seule étreinte, de suite... comme s’il eût eu le pressentiment que tout allait lui échapper.
« C'était à l'automne de 1870, à la fin de novembre. Quelques mois encore, et il mettait le pied sur ce théâtre, objectif de ses ambitions. Avocat, titulaire d’une chaire de droit que lui offrait Laval, il prenait sa place au banquet de la vie... .et le roman de sa première jeunesse, ce roman fout ouvert à ceux qui le connaissaient, allait avoir son dénouement.
«11 fut saisi soudain Par une fièvre qui interrompit ses études, Pendant quelques jours, la maladie suivit son cours avec une apparence de bénignité qui paraissait rassurante, quand tout à coup une complication grave se déclara aux Poumons, aux bronches, et au cerveau tout à la fois. Les médecins consultés ne laissaient au- Cun espoir, et son directeur spirituel, feu le cardinal Taschereau, alors supérieur, accourut lui porter les derniers secours de la religion. Ce fut un moment solennel. Une fièvre brülante le dévorait, Sa figure était congestionnée. Son œil égaré, mais encore plein de feu, semblait interroger. Il eut un moment de calme où il sembla recueillir ses pensées, se confessa et reçut l’Extrème-Onction. Puis la fièvre reprenant toutà-coup, il bondit hors de son lit, et se dressant de toute sa hauteur: « Il est temps de partir, ditil, allons !»
«Le temps était arrivé, en effet. Ce déploie- Free de Le. an physique n’était que factice. Il
t » Vaincu, la proie de cette grande victorieuse, la mort !
« C'était le 14 décembre 1870.
« Ce fut un coup de foudre à l’Université !
«Labrecque mort ! Etait-ce possible !
«Un voile de deuil enveloppa tout le personnel du pensionnat. Il fut pleuré au Séminaire par ses anciens directeurs, à l’Université par les professeurs et les élèves, pleuré surtout par ses confrères de classe, qui avaient pour lui une sincère admiration et un profond attachement.
«Ses funérailles; dont ses confrères du pensionnat voulurent eux-mêmes payer les frais eurent lieu à la cathédrale, aujourd’hui la basilique, le 16. Elles furent imposantes.
«Sa mort brisa pour le monde, deux existences, la sienne et celle de l’héroïque jeune fille, la fleur de la société québecoise, qui alla ensevelir dans un couvent, à l'extrémité de la Province, sa douleur et ses souvenirs.
«Ce fut le dénouement inattendu de ce que nous avons appelé le roman de sa vie.
«Ce cher Edouard Labrecque a le premier manqué à l'appel. Qui l'eût cru ? Mais son souvenir est resté aussi vivace qu’aux premiers jours. Et plus d’un, nous le Savons, a vu, durant ces trente-sept ans, passer devant ses yeux son ima-
8€ Comme une invitation aux bons exemples qu’il nous a laissés, L.-N.-B.
JOS.-EDOUARN LADRIERE
Né à Lévis, le 27 mai 1849; entré au Collège de Lévis, en 1860; au Petit Séminaire de Qué-
bec, en 1862: élève finissant en 1868 ; admis à l’étude de la médecine, en 1868 ; licencié en médecine,en 1872; reçu médecin, en 1872; exerce sa profession à Lévis: épouse Mlle Marie-Louise Bertrand, le 18 octobre 1880; élu membre du Collège des médecins et chirurgiens de la Province de Québec, en 1907.