‹ Les Etats Confédérés et l'esclavageChapitre 1 sur 19 · C-Ewm/., lib. I · texte numérisé non relu

C-Ewm/., lib. I

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Nous assistons nujourd'Iiui à la solution d'un de ces vasies problèmes qui, de temps à autre, ébranlent le système politique et social du monde. La plus importante question du siècle se tranche en ce moment de l'autre côté de l'Atlantique. Une immense révolution sociale s'y accomplit ; elle a pour théâtre la moitié d'un conlincnt, pour acteurs trente millions d'hommes, pour spectateurs toutes les nations du monde; de son issue, dépendent le sort d'une race opprimée, l'avenir de la plus puissante république des temps modernes, et les destinées de noire civilisation tout entière.

Nous avons déjà subi le contre-coup de cette lutte

gigantesque, nous ne cesserons de le subir dans ses résultats matériels ; quant à ses conséquences sociales et morales, elles sont encore presque un mystère pour nous. Mais chaque jour augmente le nombre et l'intimité des relations qui unissent l'Europe et les Etats-Unis. Toute lumière nouvelle sur la nature et les suites probables de la guerre américaine est donc la bienvenue. Au préalable, rappelons en quelques mots l'origine du conflit.

Déjà, dans notre enfance, le catéchisme nous enseignait que Dieu a créé tous les hommes du même sang ; d'ailleurs, les sentiments humains se révoltent naturellement conlie tout gouvernement qui opprime un peuple et en foule les droits aux pieds. Or, dans la république transatlantique, il n'y avait aucune oppression, aucun déni de droits, si ce n'est cette énormité criante : la servitude imposée à quatre millions d'êtres humains dans les Etals du Sud. Avec quelle ombre de justice, ces Etals peuventils se plaindre eux-mêmes d'une oppression quelconque? N'est-il pas monstrueux qu'ils prétendent avoir été contraints par l'oppression à se révolter, eux qui relenaient ces multitudes humaines dans le plus dégradant et le plus tyrannique esclavage? Mais une autorité irréfragable va nous édifier sur la valeur de celte prétendue oppression des Etats du Sud.

En janvier 1861 , une convention se réunit en Géorgie dans l'intention expresse de protester par d'importantes manifestations contre l'élection, du reste parfaitement légale, du président Lincoln. L" opinion générale des membres de cette assemblée fut que la Géorgie devait

se séparer de l'Union fédérale. Parmi ceux qui s'opposèrent à celte mesure, se trouvait un des hommes les plus influents du pays, M. Stephens, aujourd'hui viceprésident de la confédération du Sud.

« Quelles raisons, s'écriait-il, vous paraîtront satisfaisantes quand la passion ne vous gouvernera plus? Quelles raisons donnerez-vous à vos compagnons d'infortune pour justitier votre conduite quand sera venue la calamité que vous allez appeler sur nos têtes? Quelles raisons donnerez-vous aux peuples qui seront les témoins de votre acte et qui vous jugeront sans passion? Pouvezvous indiquer un motif suffisant, un seul acte évident, sur lequel vous puissiez baser votre défense? Lequel de nos droits le Nord a-t-il attaqué? Quel intérêt du Sud a été lésé? Quelle justice lui a été refusée? Quelle réclamalion fondée sur le droit et la justice a été négligée? Pouvez-vous indiquer un seul acte commis par le gouvernement avec intention et de propos délibéré, dont le Sud ait eu à se plaindre? Je vous défie de me répondre!

« D'ailleurs, permettez-moi de vous rappeler certains fails. Croyez-moi, je ne suis pas l'avocat du Nord, mais l'ami fidèle du Sud, et le défenseur de ses institutions. Je parle clairement et sincèrement pour votre bien, pour le mien, pour celui de tous. Je citerai des faits oftlciels, des fails patents, indiscutables, et qui font déjà partie de l'histoire authentique de notre pays. Quand nous autres Sudistes, nous avons réclamé la prolongation de la traite des esclaves pour la culture de notre sol, est-ce que le Nord ne nous a pas accordé ce droit pour vingt ans? î^'avons-nous pas obtenu une représen-

talion au congrès, basée sur les trois cinquièmes de notre population servile? iNous a-t-on refusé la reprise judiciaire (les nègres fugitifs? La restitution des personnes qui dépendent de nous n'a-t-elle pas été sanctionnée par la constitution? N'a-l-elle pas été derechef ratifiée et consacrée par la loi de 1850?

c( Répondrez-vous qu'en maintes circonstances le Nord a violé ce traité, qu'il a été infidèle à ses engagements? Des individus, des communautés locales peuvent, en effet, s'être rendus coupables de ces méfaits: mais le gouvernement fédéral n'a pas cessé d'être fidèle aux intérêts du Sud.

« Encore un fait. Quand nous avons réclamé des territoires nouveaux pour étendre notre institution de l'esclavage, est-ce que le Nord ne nous a pas donné la Louisiane, la Floride et le Texas, qui ont formé quatre de nos Etats? N'avons-nous pas un espace suffisant pour la création de quatre nouveaux Etats, si par la mesure impolilique et imprudente que vous proposez, vous ne détruisez pas cette espérance? Par l'acte en question, vous perdrez tout peut-être, tout jusqu'au dernier esclave, qui vous sera arraclié, soit par un inflexible arrêt militaire, comme il est arrivé au Mexique et dans rAiriériquedu Sud, soit par un décret vengeur d'émancipation universelle qu'il ne sera que trop naturel d'attendre !

c( Et qu'avons-nous à gagner au changement qu'on nous propose? Nous avons toujours contrôlé le gouvernement fédéral, nous le contrôlerons toujours si nous restons dans l'Union sur le même pied qu'auparavant.

<f La plupart des présidents ont été élus dans le Sud; nous avons dirigé et contrôlé presque tous ceux que le Nord nous avait envoyés. Nous avons joui de la présidence pendant soixante ans, le Nord pendant vingtquatre ans seulement. La part que nous avons eue dans le contrôle du pouvoir exécutif, nous l'avons eue dans la magistrature. Nous avons donné dix-huit juges à la cour suprême, et le Nord onze seulement; bien que les quatre cinquièmes des affaires provinssent des Etats libres, ces magistrats nous étaient en grande majorité donnés par le Sud. C'est une mesure que nous avions prise pour nous metire en garde contre toute interprétation de la constitution qui nous eût été défavorable. Nous avons eu soin également de sauvegarder nos intérêts aux assemblées législatives. Le Sud a compté vingt-quatre présidents yro tempore du sénat, et le Nord, onze. Nous avons eu vingt-trois speakers à la chambre des représentants ; nos voisins n'en ont eu que douze. Il est vrai que le Nord, grâce à sa population plus considérable, nommait le plus grand nombre de députés ; mais nous leurs imposions les speakers, qui ont tant d'influence sur la législation de notre pays. Et notre influence n'a pas été moindre dans la direction générale des autres départements. Le Sud a emporté la nomination de quatorze avocats généraux {attorney genera/s); au Nord celle de cinq. Pour notre part, nous avons eu quatre-vingt-six ministres des affaires étrangères; la part de nos rivaux n'a été qtie de cinquante-quatre. Ainsi, bien que les trois quarts des affaires qui nécessitent l'envoi de ministres à l'él ranger proviennent des Etats

libres, nous nous sommes octroyé les principales ambassades, de manière à nous assurer, aux plus avantageuses conditions, les marcliés du monde pour notre coton, notre tabac et notre sucre. Les officiers supérieurs de la maiine et de l'armée sont en grande majorité des m('ridionaux, tandis que pres(jue tous les soldats et matelots viennent du Nord. Il en est de môme pour les employés auditeurs et contrôleurs du pouvoir exécutif. Les archives sont là pour nous prouver qu'avec une population s'élevant au tiers de la population blanche totale, le Sud a fourni plus des deux tiers des hauls fonctionnaires. Les documents officiels prouvent aussi que le Nord a toujours payé plus des trois quarls de l'argent dépensé par le gouvernement, etc. , etc. »

M. Stephens caractérisait ainsi le gouvernement des Etats-Unis: « Je répète ici ce que j'ai souvent déclaré déjà, et ce qui a été, du reste, reconnu par les plus sages patriotes et les plus grands hommes d'Etat de notre pays et des pays étrangers. Notre gouvernement est le meilleur et le plus libre de tous, le plus équitable dans les droits qu'il confère, le plus juste dans ses décisions, le plus indulgent dans ses lois. Jamais le soleil n'a éclairé un pays fondé sur des principes plus propres à faire le bonheur de la race humaine. Vouloir renverser un pareil gouvernement, un gouvernement sous lequel nous avons vécu pendant trois quarts de siècle, sous lequel notre nation est devenue riche et puissante, un gouvernement qui nous a donné l'ordre à l'intérieur, la paix à l'extérieur, une prospérité sans limites, et des droits respectés de tous; le vouloir maintenant que les dangers et les

périls nous environnent, c'est le comble de l'absurdité, de la folie et de la perversité, et c'est à quoi je ne donnerai jamais ni mon vote ni ma sanction! »

Après un tel aveu, prononcé par un homme qui pendant trente années a été au service du Sud, et qui est actuellement le vice-président de la confédération esclavagiste, il serait parfaitement oiseux de prétendre que la révolte a été légitimée par des griefs sérieux. Elle a eu pour causes, nous dit-on en Europe, l'établissement sur le commerce d'importation de droits ruineux et oppressifs pour le Sud. Mais le premier tarif établi sous le règne de la constitution actuelle fut introduit par le leader de \n chambre des représentants, M. Madison, de la Virginie, et il fut appuyé dans les deux chambres par tous les membres sudistes. Le préambule du projet de loi énonce que la taxe à établir devait avoir pour but de fournir au gouvernement les fonds nécessaires à l'amortissement de la dette nationale, à l' encouragement et à la protection des manufactures indigènes. Il serait aisé de prouver par des documents statistiques que jusqu'en 1816, les votes émis en faveur de cet impôt furent principalement ceux des députés du Sud. M. Calhoun, celuilà même qui devint plus tard le grand adversaire du tarif douanier, vola en faveur de la loi de 1816, qui augmentait les droits d'importation. Subséquemment, les vues du Sud se modifièrent à cet égard. Mais de 181(3 à 1857, 42 pour 100 des sénateurs et 25 pour 100 des représentants sudistes ont voté les lois relatives à l'importation. Sans leur appui, le tarif douanier n'eût jamais été décrété comme loi, car le Nord ne lui était

in LES ÉTATS CONFÉDÉRÉS ET L'ESCLAVAGE.

certes pas unanimement favorable ^ C'est même la différence d'opinions qui régnait à ce sujet, tant dans le Sud que dans le Nord, qui fît dire à M. Calhoun en IHo'i, que le Sud, pris en masse, n'aurait jamais, sur la question des tarifs, une opinion radicalement contraire à celle du Nord, et qu'en conséquence, l'opposition des hommes du Sud devait se baser désormais sur l'esclavage-.

Une raison d'intérêt bien simple déterminait la préférence du Sud pour la perception des droits sur les marchandises importées. En effet, cette contribution indirecte formait la principale source du revenu public. Si le gouvernement avait adopté le mode des impôts directs, le Sud eût été obligé par la constitution de payer, non pas seulement en raison de sa population blanche, mais encore en raison des trois cinquièmes de sa population esclave, tandis qu'avec le système des contributions indirectes, le Sud subvenait aux dépenses publiques, dans la mesure seulement de la consommation en marchandises étrangères qu'il lui plaisait de faire. Et comme les esclaves et les petits blancs, formant au moins les trois quarts delà population entière, ne consommaient aucun de ces articles, le Sud ne contribuait au budget de l'Etat que pour moins d'un quart, ainsi que le reconnaît le vicepn'sident Stephens. Dans le discours dont nous avons déjà

' Voir un rapport récent siii' riiisloire du tarif douanier des États-Unis, avec rénuniération des voles émis par les représentants du Nord et du Sud, réimprimé dans le journal de Londres, the Diiily Newa, 8 sept. '18G5.

- M. Benton, sénateur du Missouri, cité par Ludlow, History of the United States, p. 1 i8.

IMRODUCTION. II

donné un exlrail il s'exprimait ;iins! : « En 1852, la Caroline du Sud menaçait dequitler l'Union, en haine du tarif. Mais son ojjposition fut écartée, et depuis l'année 1855, nous n'avons jamais eu de dissentiment sur cette question. Le tarif actuel de 1857 a été approuvé aussi bien par la Caroline du Sud que par le Massachusetts. Il n'est donc pas exact de dire que le Sud est obligé de subir des tarifs arbitrairement imposés par le Nord, puisque les représentants: du Massachusetts ont unanimement consenti à diminuer ces droits dans la mesure indiquée par les o^ens du Sud eux-mêmes. »

D'autres ont prétendu que la guerre actuelle était l'explosion violente et soudaine d'une profonde dissemblance et d'une incompatibilité d'humeur et d'habitudes entre deux peuples d'origine disliucte. Telle n'est pas l'opinion de l'un des journalistes les plus influents du Sud, choisi comme représentant de la Caroline du Sud à diverses conventions : « La lutte qui sévit actuellement n'est point causée, s'écrie-t-il, par des différences de climat ou de position géographique; elle ne s'explique pas davantage par une animosité naturelle entre le Nord et le Sud, car jusqu'à présent nos relations mutuelles ont été agréables, et sur un terrain neutre, il n'est rien qui nous mette en désaccord. Nous mangeons ensemble, nous commerçons ensemble, et dans la société, nous échangeons respectueusement toutes les civilités usuelles. Mais la lutte véritable e>t entre les deux formes sous lesquelles la société s'est constituée. Au Nord, la société est composée d'une race seulement; au Midi, de deux races.

Ici elle repose sur les deux relations de mari et de femme, de père et d'enfant; là s'ajoule la relation de maître et d'esclave'. »

Ainsi les hommes politiques du Sud ont avoué sans détour, «que l'esclavage était la cause immédiate de la rupture et de la révolution actuelle ^ » Tous les hommes éminents du Sud, y compris les évêques de l'Eglise épiscopale et les autres membres du clergé, ont proclamé « que le fondement et la pierre angulaire du nouveau gouvernement était celte grande vérité que le nègren'est point l'égal du blanc, et que le Sud demande à l'esclavajic sa raison d'être comme nation^. »

Nous sommes donc obligés de rejeter toutes autres explications inventées plus tard pour les besoins de la cause, et de nous en tenir aux premières déclarations, si explicites et formulées avec tant d'autorité.

Mais voici un nouvel argument. Pour justifier la rébellion du Sud, on a bravement allégué que l'Union américaine est une simple confédération, une ligue d'Etats indépendants, qui ont le droit de rompre leur alliance à leur gré. Voici quelques considérations qui, nous le croyons, feront justice de ce droit prétendu :

1° Entre les années 1777 et 17(S1 certains Articles pour l'établissement d'une Confédération et d'une Union

' Voir Pliilosophy of secession, par Thonorable L. W. Spratt. Réimprimé dans rappetidice à l'ouvrage du professeur Cairncs, Slave Power, Londres, 1865.

- Discours du vice-président Stephens, prononcé à Savannali le 21 mars

' Lettre pastorale des évêques du Sud, 22 novembre 1862.

li>iTRODUCT|ION. 15

perpétuelle furent adoptés par les treize colonies de l'Amérique du Nord qui avaient résisté aux prétentions de la métropole. En vertu de ces articles, « lesdits Etats entraient dans une solide alliance d'amitié les uns avec les autres.» Il fut expressément stipulé que le congrès auquel ils enverraient des députés n'aurait aucun pouvoir c< de déclarer la guerre, de signer des traités, de battre monnaie, de contracter des emprunts, d'imposer des contributions, de lever une flotte ou une armée, si la mesure n'était au préalable approuvée par neuf de ces Etats au moins. » Pendant l'absence du congrès, le pouvoir exécutif devait être confié à un comité choisi par tous les Etats, mais qui ne devait exercer aucun acte de souveraineté en dehors du consentement de neuf Étals. De cette manière, le congrès n'avait aucun pouvoir suprême sur le peuple, ni sur les Elats; il donnait des conseils, mais non pas des ordres. L'insuffisance d'une union ainsi constituée devint manifeste pendant la guerre d'indépendance. Aussitôt que la lutte fut terminée, le gouvernement perdit la faible influence que, jusque-là, il avait eue à l'intérieur; mais il n'en gagna aucune à l'extérieur. Il lui fut impossible de faire respecter par ses propres nationaux le traité qu'en leur nom il avait contracté avec l'Angleterre, et celle-ci refu.sa en conséquence de remplir les obligations qu'elle avait souscrites. Le malheur de l'Union sous cette première forme, chacun le reconnaissait, c'était la souveraineté presque absolue des Etals individuels, et le défaut de rapports entre le peuple et le congrès.

Dans l'intention expresse de remédier au vice capital

des c( articles de confédération, » une convention do délégués envoyés par les divers Etats s'assembla en 1787, pour formuler un nouveau traité d'union, qui est devenu la constitution fédérnle actuelle. Le nouveau pacte, accompagné d'une letlre d'explication, fut soumis à l'approbation, non des Elats, mais du peuple entier. Cette letlre s'exprime ainsi : « Dans toules nos délibérations nous avons eu constamment en vue ce qui nous semblait être le plus grand intérêt de chaque patriote, c'csi-à-dire \a consolidation de l'Union, de laquelle dépendent notre prospérité, notre sécurité, peut-être notre existence nationale elle-même. » Ces expressions prouvent d'une façon concluante quel était le but que l'on se proposait, en substituant une constitution nouvelle aux anciens « articles de confédération. » 11 s'agissait de relier ensemble le peuple et les divers États par un lien plus durable que celui d'une « ligue d amitié. » Il s'agissait de fonder une nation, d'établir un gouvernement investi d'un droit de suzerainelé bien reconnu par chaque Etat et par chaque citoyen.

Le peuple, par le vote de tous les citoyens et non par celui des Elats, accepta cette constitution, dont le préambule contient la déclaration suivante : a Nous, peuple des Etats-Unis, afin de former une union plus parfaite, d'établir la justice, d'assurer la tranquillité à l'intérieur, de pourvoir à la défense commune, de développer le bien-être général, et d'assurer à nous-mêmes et à nos descendants les bienfaits de la liberté, nous ordonnons et établissons la présente constitution pour les Etats-Unis d'Amérique. » Ainsi le pacte fédéral n'éma-

nait point des Etals, mais du peuple; il ne fut pas non plus adopté et sanctionné par ces Étals, mais par le peuple entier de l'Union américaine qu'il régit désormais. Par cette constitution, tous les attributs de la souveraineté sont expressément et nommément enlevés aux États, concentrés en elle-même, et par elle délégués au président, au congrès, à la cour suprême. Fort différente en cela des « articles de confédération, » elle possède un pouvoir indépendant, et tout à fait en dehors des États , de lever des impôts, des flottes et des armées, d'emprunter, de battre monnaie, de déclarer la guerre, de conclure la paix, etc.

La souveraineté du pacte fédéral a été ainsi formulée : c( Cette constitution, et les lois des États-Unis qui seront faites en conformité avec elle, tous les traités conclus ou à conclure par les États-Unis seront la loi suprême du pays. Dans chaque État, les juges seront tenus de lui obéir, nonobstant toute clause contraire dans la constitution spéciale ou dans la législation de n'importe quel État particulier. » De plus a les membres des diverses législatures spéciales, tous les officiers de justice ou du pouvoir exécutif, appartenant soit aux États-Unis, soit aux divers États, seront tenus par serment ou par aflirmation de défendre la présente constitution. » En outre, « le congrès aura qualité pour requérir la milice, dans l'intention de faire exécuter les lois de l'Union, de supprimer les insurrections et de repousser les invasions. » Nous le demandons, qu'est-ce que la sécession sinon un acte de résistance aux lois de l'Union, et une véritable insurrection ?

16 LES ÉTATS CONFÉDÉRÉS ET L ESCLAVAGIi.

2° La conviction générale de tous les honimes publics de celle ('poque ét.iit que la constitution régnait en souveraine sur le peuple et sur les Etals. La cour suprême des Elals-Unis, dès son installation comme interprèle légal (le la constitution, a tenu ce langage : « On a dit que les Étals étaient souverains et complètement indépendants, on a dit qu'ils n'étaient unis les uns aux autres que par une simple ligue. Cela p/^ vrai. Maislorsque ces Etats souverains ont transformé leur lio-uc en g^ouvernement, et leurs congrès d'ambassadeurs en chambres législatives avec pouvoir d'édicter des lois, le caractère de l'Union primitive subit un changement radical. » Cette interprélation de la constitution, la cour suprême l'a toujours maintenue.

Les hommes d'État du Sud étaient alors du même avis. Jefferson et Patrick Henry de la Virginie s'opposèrent à l'adoption de la constitution, à cause de ce caractère de souveraineté qu'elle avait assumé. Patrick Henry disait Il ce sujet devant la convention du peuple de la Virginie: c( 11 est de toute évidence que voilà un gouvernement ce^nsolidé. La constitution dit : «Nous le peuple » et non pas c( Nous les États; » elle veut être un grand gouvernement national composé du peuple de tous les Étals. » Pinckney soutenait le projet devant la convention de la Caroline du Sud en s'écriant : « Cet admirable manifeste réfute suffisamment la doctrine de la souveraineté individuelle et de l'indépendance de chaque Etat. »

Celle vérité fondamentale a été formellement reconnue par la convention de la Virginie, qui indiqua clairement le remède à employer si la constitution devenait

gènanle : « Les pouvoirs donnés par cette constitution dérivent du peuj)le des Etats-Unis et pourront lui faiic retour, s'ils étaient pervertis à son désavantage et pour son oppression. » Ainsi la convention de la Virginie ne niait point la suzeraineté de la constitution, elle ne prétendait pas non plus que les habitants d'un Etat ou de plusieurs Etats ni aucune législature pussent reprendre pour eux-mêmes les pouvoirs dont la constitution avait été investie; mais elle déclarait que ce pouvoir devait être repris par le peuple entier des Etats-Unis, duquel il était émané. 11 élait alors bien entendu qu'accepter la souveraineté d'un Etat, ou de plusieurs Etals, c'eût été retomber dans le chaos, dans la faiblesse et l'impuissance de la a ligue d'amitié. »

C'est depuis une trentaine d'années seulement, que la doctrine de l'indépendance et de la souveraineté des Élats a obtenu quelques adhérents dans le Sud ; et cela par la raison très-simple, que cette doctrine politique donnait le moyen de maintenir et de défendre l'esclavage ' .

Les arguments sur lesquels on s'appuie pour excuser la rébellion étant donc nuls et sans valeur, de l'aveu même des principaux hommes d'Etat du Sud, il importe seulement d'étudier l'esclavage, cause reconnue de la guerre, et d'examiner le fondement que la confédération des planteurs prétend donner à son nouvel édifice. C'est ce que nous allons faire dans les pages suivantes. Nous

' Voir les divers coinincnlaircs sur la constitution américaine; the Causes of the American civil war, par M. Moliey; the American question, par M. Story; ihc League of Stales, par .M. Lossing, etc.

i8 LES I'TATS CONFÉDKRÉS ET I/ESCL.VVAGE.

exposerons la nalure de l'esclavage dans ses caractères les plus essentiels; nous demanderons aux gens du Sud eux-mêmes leur opinion sur « l'institution spéciale » et sur l'avenir qu'ils lui réservent. Pour plus de clarté, nous répéterons ce que pensaient de l'esclavage les premiers possesseurs de nègres dans le Sud ; enfin nous comparerons les progrès de toute espèce réalisés dans les Etals du Nord et dans ceux du Sud, afin de mieux éclairer T influence exercée d'un côté par le travail libre, de l'autre par le travail asservi. Cela nous permettra de prédire quelle sera l'issue de cette tentative, failc pour établir un gouvernement basé uniquement sur l'esclavage, et n'ayant d'autre but, d'aulre loi, que la perpétuité et l'extension de la servitude.

Antérieurement à la révolution, l'esclavage existait dans toutes les colonies qui se constituèrent, après la victoire, en Etats-Unis d'Amérique. Mais dans les contrées situées au nord de la Virginie, le climat, le sol, la distribution des propriétés, la nature des produits, l'opinion publique enfin, étaient pc» favorables à l'esclavage. En conséquence, le travail servile s'implanta moins prol'ondément dans le Nord que dans le Sud et pendant les vingt années qui suivirent la guerre de l'indépendance, l'esclavage fut peu à peu et presque complètement aboli dans les Étals du Nord.

Ce fut dans le Sud, néanmoins, qu'à l'origine on manifesta le plus souvent le désir d'émanciper les noirs. Les esclaves y étant plus nombreux, les maux de l'esclavage se faisaient plus vivement sentir. Pendant la guerre et les années qui suivirent, chacun reconnaissait

le danger qu'offrait une population considérable n'ayant aucune conimunaulc d'intérêt avec les blancs. Les avantages péciiniaires que procurait l'esclavage n'étaient point considérés comme une compensation suffisante à tous les maux sociaux et polititjues dont il était la cause. Les colons comprenaient alors et reconnaissaient fort bien qu'après avoir pris les armes pour défendre les droits de l'homme violés en leurs personnes par la métropole, il était vraiment monstrueux de maintenir une institution telle que l'esclavage. Déclarer que ce tous les hommes naissent égaux, et doués par leur Créateur de droits inaliénables tels que la vie, la liberté et la recherche du bonheur » et en même temps dénier ces inaliénables droits à plusieurs centaines de milliers de leurs semblables, cela paraissait à tous les hommes de sens un mensonge odieux ou une dégradante absurdité,

A cette époque, l'antipathie qui a depuis si fort prévalu contre le nègre en raison de sa couleur, existait à peine, si même elle existait. Dans la Caroline du Sud elle-même, l'Assemblée législative prenait en 1774 la décision suivante :

« Tout sujet de Sa Majesté dans l'Amérique du Nord, sans aucune distinction de couleur ou autres accidents, a droit aux mêmes libertés dont jouissent, dès leur naissance, tous les sujets de Sa Majesté dans la Grande- Bretagne, etc. Ils ont pour imprescriptible privilège de ne pouvoir souffrir dans leur personne, ni dans leur propriété, sans avoir été jugés équitablement parleurs pairs ou par la loi du royaume \ »

^ Voir the hnpending Crisix at the ^oiilli, par M. Helper, p. 186.

Les nrlicles originaux de la confédération, qui, depuis leur adoption en 1778 jusqu'à leur remplacement par le pacte fédéral de 1 787, constituaient la loi suprême du pays, accordaient aux nègres libres les mêmes droits et privilèges qu'aux blancs. Les députés de la Caroline du Sud réclamèrent, il est vrai, que le droit de bourgeoisie ne fût accordé qu'aux blancs; mais cette prétention fut rejetée; elle n'avait élé soutenue que par deux Étals seulement ^

La constitution fédérale elle-même classe express(;ment les nègres libres avec les blancs dans la clause concernant l'impôt et la représentation-. Elle déclare, par la môme clause, que les esclaves eux-mêmes sont des personnes et non pas une propriété. Les habitants du Sud refusant de faire taxer leurs esclaves comme autant d'objets mobiliers et demandant même que leurs noirs fussent considérés comme des personnes, alors qu'il s'agirait d'élire le président, le vice-président et les membres du congrès, un compromis fut effectué, par lequel on établit que pour la fixation des impôts dii'ects et de la représentation au congrès, a les trois cinquièmes des autres personnes^ » c'est-à-dire des esclaves, seraient ajoutés « au nombre entier des personnes libres, » c'est-à-dire des blancs et des nègres affranchis.

On n'était pas d'accord sur l'importance des privilèges politiques et sociaux qu'il s'agissait de reconnaître ou de concéder aux nègres libres ; mais sur l'esclavage

* An historical Research, by M. Livermore, Boston, 18G5, p. 25, 20. - Article 1, section ii.

22 LKS ÉTATS CÛNFK DKRKS KT i/ESCLA VAGE.

les opinions étaient à peu près idenlirjues. La conviction était générale dans le Sud, que l'esclavage des noirs était non-seulement un fardeau et un danger, mais une malédiclion pour le peuple chez lequel il existait, et que le maintien de celte institution fatale élaii un crime perpétuel.

En i 774, Jefferson déclara en sa qualité de représentant de la Virginie : « L'abolition de la servitude domestique est le grand but de tous les désirs dans ces colonies, qui malheureusement ont été dotées de ce fléau à l'époque de leur minorité, elc'. Avec lui, tous les membres du congrès signèrent, le 28 octobre 1774, une série d'articles, dont l'un portait obligation de n'importer aucun esclave, de n'acheter, à partir du mois de décembre suivant, aucun esclave importé, et même de ne trailer aucune affaire avec des personnes qui, plus tard, s'occuperaient du commerce des esclaves. Ces articles furent subséquomment ratifiés par les conventions des divers États du Sud".

Les habitants d'un important district de la Géorgie firent en 1775 celé déclaration que rapporte Helper^ : « Nous prolestons de notre exécration pour l'esclavage tel qu'il se pratique dans notre pays; quoique, pour l'excuser, on allègue le manque de bras, ou d'autres arguments spécieux, c'est là une coutume contre nature, fondée sur l'injustice et la cruauté, dangereuse au plus haut point pour nos vies et nos libertés, abaissant une

' Jofi'oi'ïOirs Works, vol. I, j). !j3. * LivLTiîiore, p. 19, 20.

"' Impending Cîisis, p. 190.

portion de nos semblables au-dessous de l'iionime, el corrompant la morale et la vertu des autres. »

Les délégués au congrès de 1784 exprimèrent leurs sentiments à ce sujet de la façon la plus pratique el la plus explicite, en proposant d'exclure l'esclavage des terriloires fédéraux. Dès que les colonies eurent proclamé leur indépendance de la Grande-Bretagne, plusieurs d'entre elles réclamèrent de vastes districts pour se les adjoindre, ce qui fut l'occasion de maintes dissensions et de maintes jalousies. Vers la lin de la guerre, plusieurs États cédèrent au gouvernement central la plus grande partie de li'urs territoires inhabités et l'on espéra un moment que tous les Etats suivraient cet exemple ; le domaine public ainsi constitué devait garantir la dette commune contractée pendant la guerre pour la défense de tous. Alors, un comité composé de trois membres, parmi lesquels deux, et Jefferson en particulier, étaient originaires du Sud, proposa que, dans tout ce territoire, l'esclavage fût entièrement aboli à partir de l'année 1800. Les délégués des deux Carolines du Sud, ceux de la Géorgie, et un autre membre, sept en tout, votèrent contre le projet, qui était appuyé par tous les délégués de six Etats, et quatre délégués d'autres Etats, en tout seize membi'es. Cependant le bill fut rejeté, parce que, suivant la règle posée par le congrès, le vote se faisait par Etals, l'accord de sept États étant requis pour constituer la ma joritc. Un des députés du New-Jersey, qui était partisan de la mesure, se trouva par malheur absent au moment du scrutin; son collègue avait d'ailleurs voté en faveur du projet.

n LKS KTATS COM- I'lDKH KS ET L'KSC LA VAGE.

Ell 1787 une mesure analogue relative à la contrée située au nord et à l'ouest de l'Ohio, fut votée à l'unanimité, avec l'assentiment des députés de la Géorgie et des deux Carolines elles-mêmes. Mais les Etats du Sud refusèrent de céder le terriloire qu'ils possédaient au sud de rOliio ; ce territoire qui avait été compris dans la mesure d'affranchissement |)roposée trois années auparavant forma plus tard quatre Etats esclavagistes. En tout cas, les deux bills importants de 1784 et de 1787 établissaient un précédent pour la distribution des terrains publics ; ils font voir quelle était alors l'opinion des principaux hommes d'Etat de l'Union au sujet de l'extension de l'esclavage'.

Pendant les discussions qui eurent lieu, dans les conventions des divers Etals, au sujet de l'acceptation ou du rejet de la nouvelle constitution, l'esclavage ne trouva qu'un petit nombre d'avocats dans les assemblées populaires et dans les diverses publications du jour.

Dans la convention du Maryland, Pinckney affirmait que « suivant les principes de la justice naturelle et divine, l'homme n'avait pas le droit de détenir un autre homme en esclavage pendant une heure. » D'après Madison, « l'idée qu'un homme pouvait avoir un droit de propriété sur un autre homme était, à cette époque, considérée comme monstrueuse. » C'est pourquoi les mots d'esclave et d'esclavage furent soigneusement exclus de la constitution. Même dans l'acte qui ordonnait la restitution des esclaves fugitifs, le mot de sercitiide fut effacé

' Lucilow, H is lory of the United Slates. — Les Étals-Unis en 1865, par Biyelûw, p. 88, 91.

sur la motion de M. Randolph de la Virginie et remplacé par celui de scrcicc ; et cela, parce que le premier mot était supposé indiquer la condition des esclaves, tandis que le second exprimait seulement les obligations contractées par des peisonnes libres^

Lord Mansfield déclarait à la cour du Banc du roi en Angleterre : « L'esclavage est chose si odieuse, qu'une loi positive seule peut lui permettre d'exister. » Or celte loi positive n'existe nulle part dans la constitution fédérale ; primitivement, elle n'existait non plus dans aucune des constitutions pnrliculières. En effet, M. Mason, ex-agent politique des Etats confédérés auprès de l'Angleterre, admettait lui-même, dans le discours qu'il prononça pour soutenir devant le congrès la loi de 1850 au sujet de l'extradition des noirs fugitifs, qu'en aucun Etat l'esclavage ne repose sur une loi positive. La honte de cette reconnaissance formelle était réservée à la constitution confédérée de 1861 qui, dans l'article 4, section 2, proclame le droit de projiricie en e^^clares, et pourvoit au maintien et au développement de ce droit, en ordonnant (article 4, section o), que dans tous les nouveaux territoires a l'institution de l'esclavage des noirs, telle qu'elle existe actuellement dans les Etats confédérés soit reconnue et protégée par le congrès et par les gouvernements particuliers. »

Tout ce que demandaient les pères de la génération actuelle des esclavagistes, c'était que la servitude fût tolérée jusqu'à ce qu'il fût possible de libérer les esclaves de

* Madison's Papers, vol. Ill, p. 1500.

2T I.KS KTATS CO.NFKDI- RKS KT I/KSCLA VAGE.'

la façon la plus équitable et la plus rassurante pour les

maîtres et pour les noirs cux-inèmcs\

iMème dans la Caroline du Sud, qui a toujours été la forteresse des anti abolitioniiistes, la presse était, au dernier sircle, libre de discuter la question. Dans une brocbnre publiée à Cbarleston en J 784, l'auteur parle en ces termes : « Telle est la fatale influence de l'esclavage sur l'esprit de l'homme, qu'il en peut effacer jusqu'aux restes de sa raison si vantée". »

Aujourd'hui, tant en Europe qu'en Amérique, les avocats de l'esclavage parlent de son caractère paternel et patriarcal. Telle n'était point l'opinion du jugeRuflin, de la Caroline du Nord, qui s'exprimait ainsi devant le jury : « Des arguments déduits de ces principes naturels qui confèrent et limitent l'autorité du père sur son enfant, l'autorité du tuteur sur le mineur, et du maître sur l'apprenli, ont été présentés à la cour. Mais la différence entre la liberté et l'esclavage est plus grande encore qu'on ne saurait l'imaginer. L'autorité du père ne s'exerce que pour assurer le bonheur de l'enfant né son égal. L'autorilé du maître a pour but son profit personnel, sa sécurité propre et celle de l'Etat. L'esclave est condamné en sa personne et en celle de sa postérité à vivre sans connaissance et sans le droit de faire sien quoi que ce soit; il doit tiavailler pour qu'un autre moissonne. Le pouvoir da niallrc doit être absolu, afin que la sujétion de r esclave soit parfaite'^.. ^)

* Déclaration du peiii»le de la Géorgie. Voir Helper, p. 190. ^ Helper, p. 187.

-- Ibid., p. 179.

Ol'IMONS DR ANCIENS PLANTKL'RS. 27

On prétend encore que cetle institution est des plus bienfaisantes pour le nègre qu'elle civilise et christianise, et l'on affirme que l'esclavage transforme un Africain ignorant en un travailleur intelligent et satisfait. Une brochure publiée, en 1850, sous les auspices delà Société d'affranchissement de la Caroline du Nord, s'exprime autrement à ce sujet. Elle fait « appel aux amis de la vertu, du patriotisme, de l'humanité, de la religion surtout, » et les conjure de comprendre enfin « combien est injusle, inhumaine et irréligieuse l'institution de l'esclavage africain. Aucune circonstance, aucun raisonnement ne pourront jamais réconcilier l'esclavage proprement dit avec le sentiment inné de la juslice que nous portons tous plus ou moins dans notre propre cœur. Nous avons examiné ce crime dans son origine, dans ses développements et dans son élat actuel, aussi bien que dans ses conséquences probables, et nous concluons que sous sa forme la moins violente il ne peut soutenir un instant d'examen; sous son apparence la moins immorale, c'est toujours un monstre hideusement difforme '. »

Il y a trente ans, le clergé lui-même n'hésitait pas à qualifier le système comme il le méritait. Un rapport présenté par le synode presbytérien de la Caroline du Sud, déplorait ce fléau en ces termes : « Nous sommes attachés à un cadavre en putréfaction. Nous avons une pierre au cou qui nous enfonce dans l'océan du vice. Nos enfants sont corrompus par le contact du nègre dès

« Helper, p. 185.

28 m: S KTATS CO.N FKDKRKS KT I/K SCI. \V Af.F.

Iniirs j)remici's jours, cl tous nos rapports avec les esclaves nous causent une délérioralion inlellecluelle el morale*.

Ainsi que nous le verrons plus lard, la conviction est générale dans le Sud (jue les Elats à esclav(!S sont dans une infériorité croissante, comparativement aux Etals libres. Peu d'hommes cependant ont eu le courag^e d'avouer la cause du mal. Un de ces hommes de cœur était le juge Gaston, de la Caroline du Nord. 11 disait, il V a déjà trente ans : a Nous avons beau le déguiser, nous avons beau en rejeter le blâme sur autrui, c'est l'esclavage qui nous retarde et nous empêche de progresser, c'est l'esclavage qui étouffe notre industrie et notre esprit d'initiative, c'est lui qui neutralise notre prudence et notre économie, qui di'courage notre activité, annule notre force, et finalement corrompt notre morale à sa source même '. o

M. Faulkner, ex-ministre des États-Unis à Paris, exprimait la même vérité , en prenant part à une dernière tentative, que firent, en 1852 , de vrais patriotes et hommes d'Etat, pour déterminer la chambre législative de la Virginie à s'occuper de l'émancipation des esclaves. 11 s'exprimait ainsi : a L'esclavage est un mal, personne ne le conteste. C'est une institution qui pèse lourdement sur les plus précieux intérêts de la nation. Elle exile le travail libre des blancs, extermine l'ouvrier, l'artisan, le fabricant. Elle transforme en indolence l'énergie d'un pays, change sa force en faiblesse, et sa puissance en

' Les Êlah-lhm en 1801, par M. le pasteur Fisch. l^aris, 18G2, p. 199. - Uelper, p. 181.

OPIiNIONS DKS ANCIKiNS i'LANTRURS. 29

incapacité notoiie. L'(^sclavagc étant funeste à ce point, n'avons-nous pas le droit d'en demander la destruction? La société tout entière doit elle souffrir enfin que l'éleveur d'esclaves porte de la chair humaine sur le marché? Que signifient des prétentions pécuniaires, si on les compare aux grands intérêts du bien public? Faut-il que le pays languisse et meure afin que prospèrent les marchands d'esclaves? Faut-il asservir tous les intérêts à un seul? Les classes moyennes n'onl-elles pas aussi leurs droits, leurs droits incompatibles avec l'existence de l'esclavage'?»

Au Kentucky, le célèbre Clay s'efforça d'introduire le principe de l'abolition graduelle de l'esclavage dans la constitution de l'État, remaniée en i 848. Il échoua dans ses nobles efforts.

« Helper, p. 158, 140.

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