SCÈNE VL
* LE ROI
Ah! c’est donc lui!....
LOIGNAC
Oui , Sire. — C’est aussi monsieur le grandmaître qui s’est fait dresser ce siège d’une si belle taille, sur lequel il s’est hissé comme un roi de parade.... Mais Votre Majesté n’aura pas remarqué combien il était haut perché.
LE ROI
Comment ne l’aurais-je pas vu ? j’avais l’air d’un nain à côté de lui.
LOIGNAC
Qu’on ne dise pas que c’est par hasard que cette espèce de trône lui a été donné ; j’ai vu ses pages et ses valets le mettre en place ce matin.
LE ROI
Ses pages !.... Ne les avais-je pas derrière moi, Loignac ?
LOIGNAC
Oui, Sire.
LE ROI
Indigne canaille! Croiriez - vous qu’ils ont chuchoté pendant tout le service, et qu’au Domine salvutn ils ricanaient presque haut?
C’était surtout ce mot Regem qui les mettait en gaîté.
Ah! vous n’avez rien entendu, Sire : dans l’église, ils n’osaient pas; c’est en dehors qu’il fallait écouter les beaux propos de leurs camarades ! les insolens ! comme ils parlaient de Votre Majesté!
LE ROI
Et vous les laissiez dire, Loignac?
LOIGNAC
Si ce n’eût été la crainte de vous déplaire, Sire, la mêlée allait être plus chaude qu’hier au soir. Les épées de vos gentilshommes sortaient d’elles-mêmes de leurs fourreaux.
XjE ROI , se l'approchant de Loignac , comme pour lui parler en confidence.
Loignac .
LOIGNAC , s'approchant aussi.
Sire....
LE ROI, à part, se renfonçant dans son fauteuil.
Non, pas encore.... (Haut.) Mon ami.... faites flamber ce feu.... Ou bien, non; allez voir ce qui se passe dans ma chambre, j’entends du bruit.... (a pan.) Il n’aurait qu à me jouer le même tour que Crillon! j’espère pourtant....