‹ Les etats de BloisChapitre 65 sur 225 · SCENE III · texte numérisé non relu

SCENE III

de lièvre , il y a long-temps que j’aurais pris la fuite. Mais avec le nom que je porte, et au point où j’en suis avec le Roi , on ne recule pas, à moins d’avoir envie de s’avouer vaincu.

LE CARDJNAL DE GUISE

Au nom du ciel ! mon frère , faites-nous grâce de vos idées de paladin; vous n’ètes point sur un champ de bataille, mais dans un repaire de voleurs, et vous jouez un jeu à nous faire tous ^gorger; depuis huit jours je ne rêve que guet-à-pens.

GUISE

Vous ne voyez pourtant pas qu’il soit fort aisé de me surprendre. Je ne connais point d’homme sur terre qui , mis aux mains seul à seul avec moi , ne doive prendre pour lui la moitié de la peur; et je marche d’ailleurs si bien accompagné , qu’il n’est pas facile de m’investir sans qu’on me trouve sur mes gardes.

LE CARDINAL DE BOURBON

Tant mieux, monsieur le duc, tant mieux? car il ne faut pas vous fier aux caresses du Roi. Hier au soir, je l’ai vu chez sa mère, et ce n’était plus le même homme que quand il vous parlait.

BlUSSAC.

Vous entendez, monseigneur, tout le monde le juge comme moi.

GUISE

Eh bien ! oui, c’est un fourbe, il est perfide comme une hyène ; mais ne sait-il pas que ma partie est la plus forte, et que j’aurais des vengeurs? Le croyez-vous assez fou pour se mettre, de gaîté de cœur , en guerre avec tous ses sujets ?

l’archevêque DE BOURGES.

Ah ! monseigneur, la colère est une passion aveugle , cœcus furor : tous les auteurs sont d’accord là-dessus .

GUISE

Monsieur l’archevêque, je ne suis pas savant comme vous; mais, n’en déplaise à vos auteurs, j’ai remarqué qu’il y a aussi des colères prudentes, et celle du Roi est de ce nombre.

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