SCÈNE IV
LE ROI , l’interrompant.
Par la mort-dieu! qui ose répandre de tels bruits ?
MOROSINI
Sire , je ne sais : mais il y a tant de mauvaises langues qui se plaisênt à débiter des noirceurs !
LE ROI
C’est vrai , car mon cousin n’est pas plus à l’abri que moi de la morsure de ces vipères.
MOROSINI
Comment ?
Sans doute. On dit qu’il a dessein de se faire nommer connétable par les États, qu’il veut me ramener de vive force à Paris , me raser , m’enfermer aux Capucins; que sais-je même , me faire mourir?....
MOROSINI
Ciel ! quelles perfidies !
LE ROI
Certes, c’est affreux ! mais il ne faut pas plus croire ce qu’on dit de lui, que ce qu’on dit de moi : l’un est aussi vrai que l’autre.
MOROSINI
Ah ! que je suis heureux, Sire, de voir le peu
de cas que vous faites de ces faussetés. Je craignais toujours que de funestes conseils....
LE ROI
Monsieur le légat, je n’écoute pas les mauvais conseils....
MOROSINI
Sire, j’en rends grâce à Dieu; mais, si jamais vous aviez le malheur de leur prêter l’oreille, songez à toutes les calamités que vous feriez fondre sur votre royaume ! quelle guerre furieuse vous allumeriez !
LE ROI
Gomment? vous croyez qu’il faudrait guerroyer ?
MOROSINI
Oui, Sire; et ce serait de ces guerres dont on ne voit pas la fin. — Songez aussi quelle plaie pour notre religion! et quelle douleur pour Sa Sainteté, qui se verrait forcée de lancer contre vous la bulle d’excommunication.
LE ROI
D’excommunication ! vous croyez ?
MOROSINI
Hélas ! oui , Sire , ipso facto.