‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 110 sur 212 · SCÈNE VI · texte numérisé non relu

SCÈNE VI

(|£i]ltcnt le inaréclial d'Auniunl , Ornano , Bcllegardc , K.imbouillel cl Luignac. Le Roi, qui s'est allé asseoir dans son fauteuil , on les entendant venir, leur dit > dès qu'il les aperçoit : )

Venez, mes amis.... Bonjour, maréchal; placezvous là. Messieurs, asseyez-vous : nous allons parler d'une grande affaire.... — Loignac, voyez donc, que cette porte soit mieux fermée.

( Loignac se l^ve , va fermer la porte , puis revient s'asseoir Le Roi alors

reprend : )

Vous savez tous si j'ai lieu d'être content de monsieur de Guise : sans remonter plus haut dans le passé, voilà trois années qu'il me fait la guerre. Vous avez vu les insolences etles injures que, depuis ces trois années, j'ai chaque jour reçues de lui : vous savez aussi que je les ai souffertes jusqu'à faire douter de ma puissance et de mon courage ; qu'au lieu de châtier son orgueil et sa témérité , je l'ai comblé de faveurs et de bienfaits, pensant, par ma douceur, arrêter le cours de cette insensée et furieuse ambition. Eh bien ! mes amis , ma bonté a été déçue : ce feu que je croyais éteindre , je l'ai rendu plus ardent. Mais c'est surtout depuis l'ouverture des États qu'il a déposé plus que jamais toute pudeur et toute retenue. Je ne parle pas de sa conspiration avec le duc de Savoie, ni de tous ces édits ruineux qu'il m'a , pour ainsi dire , arrachés de

force, ni des brigues hypocrites par lesquelles il a si bien disposé tous les membres des États à sa dévotion , qu'ils ne parlent plus que par sa bouche ; enfin , je ne me plains pas même qu'il cherche à débaucher, par ses caresses, mes propres serviteurs, qui malheureusement, me dit-on , ne résistent pas tous , comme ce

brave maréchal : (il serre U main au maréchal d'Aumom.) tOUS

ces crimes ne sont rien , messieurs , il ose plus encore. De tous cotés , on m'avertit qu'il est à la veille d'attenter à ma personne. D'Épernon l'a appris à Angouléme, et me l'a fait savoir ce matin. Déjà ses régimens sont en marche pour nous envelopper. Ses propres parens se font ses accusateurs; ( sadressaui à omano:) Mayenne, son frère, vous l'a dénoncé, Alphonse, quand vous le vîtes dernièrement à Lyon ; d'Aumale m'a fait écrire par sa femme de redouter quelque entreprise ; enfin , lui-même, tout à l'heure, dans cette chambre, vient de révéler à son insu ses coupables desseins. Le croiriez-vous? il me sommait de lui abandonner la meilleure ville de mon royaume ; et , parce que je n'obéissais pas assez vite, il a cru m'effrayer en m'accablant des plus indécentes menaces. Vous voyez, ^lessieurs, pourquoi je vous appelle. Je suis ré-

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