‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 133 sur 212 · SCENE VIIL · texte numérisé non relu

SCENE VIIL

moi peut-être qui vous ramènerai... Nous irons à Paris, Charlotte, non point comme des criminels qui s'échappent, mais à la clarté du jour, au bruit des applaudissemens de nos amis, au milieu des fanfares d'un triomphe....

LA MARQUISE

Mon Dieu ! qu'avez-vous donc à votre tour? jamais je ne vous ai vu parler ainsi de ces choses-là. Savez-vous que vous m'effrayez ?

GUISE

Oui, je l'avoue , jamais l'idée de cette haute fortune ne m'avait inspiré cette joie d'enfant. Sans doute le moment approche , et c'est l'esprit prophétique qui m'envoie ces élancemens de plaisir. Je sens en moi je ne sais quelle impatience de m'essayer à ce métier de roi! la partie sera si belle pour qui saura bien jouer !.... Que cette formidable Espagne ne pense pas m'arrêter; je veux être, dans dix ans, le chef des rois catholiques.... Mais que dis- je? — Quels discours !.... et que vous êtes coupable de m'avoir amené à un tel entretien ! Quoi î cette blanche main est dans la mienne, et je ne vous parle pas un autre langage ! Vous aviez bien raison de m'appeler un ingrat ! Mais ne me croyez pas indigne de pardon, Charlotte : si je

suis plus ambitieux que de coutiuiie, je suis aussi plus amoureux que jamais. Vous, au coutraire, ma mie, vous ne venez que })oiu' me faire peur, pour me débiter vos prédictions sinistres!....

« Rosette , pour un peu d'absence , » Votre cœur vous avez changé. »

Mais vous souriez ?.... me serais-je trompé? un autre sentiment que l'inquiétude vous aurait-il conduite ici ? vous souviendrait-il encore de ces soirées si douces dont fut témoin votre château de Sauves ? Ah ! je crois toujours entendre le son de votre luth, les vers de notre bon abbé de Tiron , et votre voix , cette douce voix; Che neV anima si sente!..,. Puis, qi^^md le soir avait fini... ce charmant signal.... Charlotte, vous ne l'avez pas oublié, notre signal?

LA MARQUISE , avec embarras.

Mais.... monseigneur....

GUISE

Speranza , ce joli mot speranza.... Tous les soirs, je le prononce, et toujours à demi-voix... comme si vous étiez là.... Mais , grâce, au ciel, ce ne sérJi- plus en songe seulement que je

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