SCÈNE IX
DU HALDE
C'est sans doute monsieur de Bellegarde, car je l'ai aperçu, en montant, qui se promenait dans la galerie des Cerfs avec quelques uns de messieurs les ordinaires. Sire, faut-il leur aller ouvrir ?
LE ROI
Non; restez assis : si c'est Bellegarde, il a la clé.
(^ Entrent Bellegarde et quatre ordinaires. )
— Très-bien , Bellegarde , vous marchez sur la pointe du pied; très*bien : allez vous asseoir à côté de du Halde; et vous aussi, messieurs.
BELLEGARDE y après qu'il s'est assis.
Sire , je vous amène monsieur Sainte-Malines, monsieur Sériac, monsieur Chalabre et monsieur Labastide.
LE ROI , i voix basse.
Ces messieurs sont les bienvenus : nous leur parlerons tout à l'heure.. .. mais, pour le moment, rien que du silence, je vous en prie. — Bellegarde, avez-vous vu votre ami Larchant?
BELLEGARDE
Sire, il est dans la basse-cour avec ses Ecossais; dès que six heures sonneront, il ouvrira la grand'porte et se placera au pied de l'escalier.
LK ROI
Tout va bien.
( Après un long silence , on entend du bruit dans le i)etil escalier. )
Ah! mon Dieu! en voici qui ne sont pas attentifs comme vous, messieurs, ils font un bruit
avec leurs bottes !.... (U se llve et ouvre la porte de l'esealiei. )
Chut! chut! plus doucement, mes amis, plus doucement.
LOIGNAC, entrant.
Nous faisons ce que nous pouvons, Sire....
LE ROI
Aussi pourquoi montez-vous tous ensemble ?
(Entrent, dcrric-re Loignac , Ornano , Rambouillet, d'Auinont , Monlséry , Sainl- Gaudiu , Duguast, llalfrcuas, Ilerbeludc el Sainl-Capautcl. )
d'au MONT.
Rien n'est perdu, Sire ; l'ennemi dort encore.
LE ROI
C'est justement pour cela qu'il ne faut pas battre le tambour. — Allons, messieurs, asseyez-vous, ou ne bougez pas : si vous continuez cette promenade, vous verrez qu'avant un quart d'heure tout le monde, dans le château et par la ville, dira que j'ai une armée dans ma chambre.
(Ils s'asseyent. )
Là, bien.... — Maréchal, il y a place sur mon ht.
( D'Aumont s'assied à côté du Roi , sur le lit. )
SCÈNli IX. 379
Messieurs, il en est parmrvous dix ou douze qui n'ont point encore appris, de ma bouche, pour quel sujet je les appelle : mais, à voir le secret que j'apporte à tout ceci, ils se doutent déjà que la chose est d'une grave conséquence, et assez périlleuse pour demander l'assistance de tant de braves gens.... C'est surtout à vous que je m'adresse , messieurs mes gentilshommes : il n'y a aucun de vous qui. ne me doive un peu de reconnaissance , pour tant de bonnes grâces et de libéralités que j'ai répandues sur vous. Maintenant je veux, à mon tour, vous devoir quelque chose , mes amis ; l'occasion est urgente : il y va de mon honneur et de ma vie ! Ne m'entendez- vous pas déjà?... Vous savez quel est mon plus mortel ennemi ; eh bien ! apprenez qu'il est à la veille de mettre le comble à sa félonie : voilà pourquoi j'ai besoin de vos fidèles épées : je suis résolu à lui porterie coup qu'il me prépare : point de milieu : il faut que je meure ou qu'il meure , et que ce soit ce matin... Mes amis, me promettez-vous que c'est lui qui mourra?....
SA.TNTE-MALINES.
Je vous le jure, Sire.
38o LES ETATS DE «LOIS.