SCÈNE XV
Lr. ROI.
Rambouillet a raison ; on n'excommunie pas les Rois de France. N'est-ce pas votre avis , monsieur de Gondy ?
GONDY
Sire, je dois reconnaître que Votre Majesté avait le droit d'en agir selon sa volonté.
LE ROI
Eh bien! qu'est-ce donc qu'il veut dire ce légat? Il ne sait donc ce qu'il fait?
ROIBODILLET.
Sire, ne vous en mettez point en peine. Que vous importe après tout?
LE ROI
Pardon^ mon ami, il m'importe beaucoup : c'est un souci, et je comptais n'en plus avoir. Ah ça ! j'espère bien qu'il ne va pas publier ces censures !
GONDY
Non, Sire, il attendra les ordres de Rome.
LE ROI
A la bonne heure....
GONDY
Seulement il supplie Votre Majesté de s'abstenir, en attendant, des saints exercices, parce
que, dit-il, cette soumission rendra votre absolution plus facile à obtenir.
LE ROT
Voilà de belles conditions! s'il lui faut un mois pour recevoir une réponse, je resterais donc un mois sans prier Dieu , sans aller à la messe! J'en mourrais, mes amis. Non, s'il faut faire pénitence, je le veux bien....
RAMBOUILLET, l'interrompant.
A quoi bon? Sire?
LE ROI. ^'
Vous n'y entendez rien, Rambouillet. Je le répète , je veux bien faire pénitence, s'il le faut; mais qu'on me laisse aller à l'église. ( sadressam aux
cardinaui de Gondy et de Vendôme. ) VOVOUS , mCSSiCUrS ,
m'abandonnerez- vous dans ce danger? me refuserez-vous les sacremens? Ne pourrai-je dès ce soir aller sous votre égide entendre la sainte messe de minuit? Ne croyez pas, pour cela, que j'aie envie de me mettre en guerre avec Sa Sainteté : au contraire, je ferai tous mes efforts pour rentrer dans ses bonnes grâces. D'abord, je serai plus catholique encore que parle passé ; j'extirperai à tout jamais de mon royaume la plante infecte de l'hérésie. Allez, soyez sûrs que je ne veux pas vous mettre mal en cour
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de Rome et que vous ne vous repentirez point de lii'avoir tendu la main. Notre Saint-Père ne lardera pas à être content de vous et de moi. -— Voyons , messieurs, puis-je compter sur vous?
GONDY
Sire, d'après les assurances que vous nous donnez , nous n'avons rien à vous refuser.
LE ROI
C'est bien , messieurs , je vous en remercie. — Du Halde , allez dire à monsieur le légat que je le prie de s'en retourner chez lui, et que je ne le recevrai que dans deux jours... après la fête.
( Du Halde sort. )
— C'est vraiment un peu hardi.... Mais ma foi, j'ai la force, le champ de bataille est à moi!....
( Entre un page. )
LE PAGE
Sire, le piqueur de monsieur le maréchal arrive d'Orléans. Voici ce qu'il apporte à Votre Majesté.
LE ROI , prenant le billet.
Lisons. — Que vois-je!.... « En arrivant ici,^ » j'ai trouvé les portes fermées et toute la ville » en armes : en ce moment, les bourgeois » viennent d'ouvrir la tranchée et pressent le^ » château si vivement, que si vous n'envoyez » du secours , ils en seront maîtres dans vingt-
» quatre heures ! » Eh bien ! messieurs , voilà
un beau commencement ! Aussi ce d'Au-
mont.... Que ne vous ai-je envoyé , Bellegarde , vous seriez arrivé à temps! — Allons, s'ils nous prennent Orléans, nous serons bien.... Comment ferons-nous la guerre sans places fortes ! Que cela continue, et je ne serai bientôt Roi que de guérets et de bruyères!.... Ah! mon Dieu! encore la guerre !.... c'est affreux.... Cependant j'ai bien fait... n'est-il pas vrai, mes amis, que j'ai bien fait? Si je les eusse laissé vivre, j'étais perdu....
( Entre Beauvais Nangis. )
Eh bien ! Nangis, arrivez-vous de Vendôme ?
NANGIS
Oui, Sire.
LE ROI
Mauvaises nouvelles ; je le vois dans vos yeux. Encore une révolte.
NANGIS
Hélas! Sire...
LE ROI
J'ai deviné. Les bourgeois assiégent-ils aussi le château ?
NANGIS
Sire , le régiment lorrain est arrivé à l'impro*