‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 74 sur 212 · SCÈNE IV · texte numérisé non relu

SCÈNE IV

LE ROI

Eh bien! Grillon.... c'est toi qui me le rendras !

GRILLON

Sire , je suis prêt.

LE ROI

Mon ami! tu m'en délivreras?....

GRILLON

♦• A l'instant , si vous voulez.

LE ROI

Oh î.... j'étais bien sûr.... Brave Grillon !....

GRILLON

Ah ça , mais croyez-vous qu'il accepte ?

LE ROI

Gomment ? qu'il accepte ?....

GRILLON

Eh bien! oui : ce n'est pas tout de bien se battre; il est prince, et je ne suis que mestre de camp , Grillon , fils cadet de Gilles de Balbis....

Qu'importe , mon ami !

GRILLON

Mais s'il n'accepte pas, comment voulez- vous que je fasse ?

LE ROI

Tout comme s'il acceptait. — - As-tu besoin

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de sa permissioîi pour lui envoyer deux balles dans la tête?

CRILLOW.

Harnibieu! Sire, comptez-vous donc que je vais l'attendre au coin d'une haie ?

LE ROI ^ l"i frappant amicalrinent sur la cuisse.

Non , non , là....

GRILLON

Je ne suis qu'un cadet, mais, ventre-bleu! je suis Grillon, votre mestre de camp; et jusqu'ici personne n'a dédaigné de se couper la gorge avec moi....

LE ROI

C'est vrai, mon ami.

GRILLON

Je vous ai promis de vous délivrer du duc, et je tiendrai parole. Quelque rude que soit son bras, je suis sur de mon coup. Je n'ai qu'à me faire tuer, il faudra bien qu'il tombe.... Mais si Votre Majesté veut faire de moi son prévôt des haute» œuvres ; si vous me commandez de braquer les gens comme des lièvres, je me sens encore d^ trop bonne condition pour m'accommoder à de tels métiers ; et je vous demanderai plutôt la permission de me retirer dans ma famille, dans ma Provence....

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LE ROI

Grillon , Grillon , n'en parlons plus. — Je trouverai d'autres moyens.

GRILLON

Sire , il n'y a qu'un moyen digne de vous : c'est celui que je vous propose.

LE ROT

Non, mon ami; je paierais sa mort trop cher en l'achetant au prix de la vie d'un homme' comme toi.

GRILLON

Tout ce que je vous conseille, Sire, c'est de ne pas le fair^ assassiner.

• LE ROI

Et moi, tout ce que je demande, c'est le secret, le plus profond secret!

{ La [joite s'ouvre. ) nu irALRE , annonçaut H'- rintéiinii' du vestibule.

Monseigneur le légat.

LE ROI, s Heinl-voi»

Ah! mon Dieu! le légat! Et cette messe que j'oubliais!.... (Bas^iCniion) Grillon , lu me tues si tu parles! Au nom du ciel, donne-moi ta parole que tu ne parleras pas! ta parole, Grillon !

GRILLON, bas.

Je vous la donne , Sire : que je meure plutôt

iZ'x LES ÉTATS DE BLOIS.

que (le révéler jamais les secrets intérêts de mon maître î

L£ ROI f -lu légat 4ui est eutré peudaut la réponse de Crilloii.

Pardon , cent fois , monsieur le légat ! je vous fais attendre; je devrais être à l'église.... Holà! vite , mon manteau î

MOROSINI

Sire, c'est à nous à prendre les commodités de Votre Majesté : toutefois, si vous le permettez, nous ne descendrons point encore à réglise....

LE ROI

Comme il vous plaira, monsieur le cardinal. Tout n'est peut-être pas encore préparé ?

MOROSINI

Non, pas encore; et je venais en attendant....

LE ROI , l'interrompant.

Vous veniez me parler de quelque affaire.... vous voulez un entretien. — Tout à l'heure , monsieur le légat. Asseyez- vous , je vous en prie. ( Bas à criiioD 4U1 se dispose à s'en aller . ) Tu m'as douué ta parole , Grillon ; ne l'oublie pas ! surtout pas de générosité : prends garde à toi ! ne va pas te croire obligé de lui faire confidence, comme autrefois à Fervaques !....

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