‹ Les États de Blois, ou, La mort de MM. de GuiseChapitre 92 sur 212 · SCÈNE V. a · texte numérisé non relu

SCÈNE V. a

MONTAIGNE, à Pasquiei.

Eh bien ! monsieur le conseiller, si vous avez le loisir, nous nous promènerons le long de ce fossé.

PASQUIER

Comme il vous plaira : j'aime bien autant passer mon temps ici que dans la compagnie de messieurs nos collègues; car il m'ennuie, je l'avoue, d'entendre une douzaine de fous parler sans relâche, et de ne pou^joir une fois seulement obtenir d'être écouté. N'en étes-vous pas las comme moi , monsieur de Montaigne ?

MONTAIGNE

S'il faut que je me confesse, je dirai qu'ils m'amusent fort , et me semblent d'excellcns diseurs, car ils parlent avec passion.

PASQUIER

Eh bien! que n'allez- vous les écouter; ils ne demandent pas mieux que de vous divertir.

MONTAIGNE

Ce m'est avis, monsieur le conseiller, que le spectacle que nous venons chercher ici est bien autrement rare et précieux. L'étude des physionomies m'est agréable par-dessus toutes les autres , mais surtout des physionomies menteuses; et je ne puis vous dire combien je me

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réjouis à penser que je verrai tout à l'heure sortir de cette église nos deux bons apôtres.

PASQUIER

Je ne m'étonne donc plus que vous m'ayez tait courir si fort.

MONTAIGNE

Pardon pour ma sotte curiosité, monsieur le conseiller;. mais ces sortes de comédies sont tellement de mon goût, que, si l'on me disait, au sortir de celle-ci : le roi de Navarre retourne à la messe dimanche qui vient, je ferais le voyage de Poitiers tout exprès pour le voir.

PASQUJER.

Heureusement, pour nous et pour votre monture, le roi de Navarre vous privera de ce plaisir.

MONTAIGNE

Ne jurons de rien, monsieur le conseiller; si monsieur de Guise se faisait huguenot....

PASQUIER , riant

Quando levés pascentur in œthere cervi. Vous faites du Gargantua, monsieur de Montaigne.

MONTAIGNE

Vous savez bien pourtant que son oncle , le cardinal de Lorraine, lui avait fait goûter la confession d'Augsbourg.

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