LE SIRE DE I5LAUU
(Assemblées du Vcxiii en t^'ôi).)
Guillaume de Sacquonville, sire de Blaru, n'apparaît qu'en i35c). Sans doute, très jeune encore, il fut nommé par le régent, au mois de février, «lieutenant de iAIonseigneur et de nous. . . au bailliage de Gisors et es ressers nouveaux et anciens dudit bailliage et es parties de Weulguessin le François et do Weulguessin le Normant et en la terre de Conches et Beauniont le Rogier», avec des pouvoirs très étendus, entre autres celui de réunir des assemblées locales et de leur demander des subsides '^'. Trois ans après, il est encore commissaire du roi auprès des Etals de Normandie, réunis le ly juin i3Gi! à Rouen ''^''. L'anm'e suivante, il fait partie de la petite armée qui assiège dans Rolieboise Ii's Anglo-Navarrais '^' ; il est qualifié à ce moment de « capitaine en pays de Normendic sur le fait de guerres», et il reçoit, le 10 novembre t363, loo livres tournois pour ses gages et les 1 0 glaives qu'il mène avec lui à la guerre '^'. Il accompagna du Guesclin, en i36'i, à la prise de Mantes '"' et resta, avec le sire d'Ivry, à la garde du château'"". Le 23 décembre i3G5, ils furent tous deux prorogés dans la garde de cette place forte avec le droit de
"> Kniissarl, édil. Kervjn do L., IX, iili; ''* Arcli. iiat., JJ, 87, 312.
X, /178; XIII, 181. aCA; XX, 3a6-338: O Bibl. nal., fonds franc., 26006, iS'iS.
Ansclmp, VI, 75G. '') Chron. des i>remiers Valois, i36.
'-' [""loissarl, (.'dil. Ki'ivjn,Xlll , io(), a<)8. '*' Bibl. mit., Pièces oii;;in. , Blaru, h. .'i.
"^' Religieux de Sainl-Dciiis, I,(')Oi. ''' Chron. de» jiremiers Valois, 187.
''' Anselme, VI, 7.')7. ""' /Iclos, etc. , fjo.
prendre tous les deniers provenant des domaines ou des aides à la recelte de Mantes '''. Ils y étaient encore en août i366 et recevaient par ordre du roi 5oo francs par mois'-' ; il est vrai qu'un nouveau château avait été construit, et son importance justifiait des gages aussi élevés. On peut voir, au 12 octobre 1870, ie prix que Jean le Bon et Charles V attachaient aux services de ce chevalier : Jean le Bon lui avait déjà donné 3oo livres tournois de gages à vie; Charles V déclare, d'autre part , f[u'il l'a retenu comme chambellan à son Hôtel et conseiller à son Conseil , avec 3 0 0 francs d'or de gages par an, à prendre sur le trésorier de Normandie, mais comme il y a des retards dans le payement de celte pension, pour les éviter à l'avenir, il assigne ces 3oo francs d'or sur la recette de Monfivilliers '^'. Quelques années se passent où nous perdons de vue le sire de Blaru. En janvier 1879, il est en compte avec l'administration royale; il reçoit 20 livres tournois pour deux queues de vin vendues à Guy Chrétien , bailli de Rouen , quand il vint à Pacy pour l'abattement du château'*'.
Sous Charles VI, on le voit apparaître dans plusieurs circonstances importantes; en février i38i, il est spécialement appelé aux Etats de Louviers'^'. En juin 1882, il fait la guerre en Poitou "''. Le 16 mai 1890, il reçoit 5oo francs d'or sur les aides, pour avoir accompa;;né le roi au voyage de Languedoc'"'. Peu après, il repartait pour la Lombardie; le 21 août 1890, Jean Poulain, valet de chambre et garde des finances du duc de Touraine, lui remettait 3oo francs d'or pour aller trouver le comte de Vertus'*'. Son voyage se rattachait aux curieux incidents de la lutte de Jean Galeas Visconti contre les Florentins et à l'expédition du comte Jean d'Armagnac en Italie '"'. Quelques années plus tai'd, le sire de Blaru compte parmi les conseillers de Charles VI; déjà il est désigné pour le conseil dans l'ordonnance du 98 juillet 1/106; il est vrai qu'il en est écarté dès le 28 avril 1/107 '^'"' '^^'* '^ apparaît fréquemment dans le même conseil à partir de 1 /iio : il y est présent lors de la conclusion du traité de Paris, le 2 novembre i/iio. Lorsqu'à la suite de ce traité, les ducs de Berri et de Bourgogne convinrent de se retirer tous deux pour
"' Actes, etc., aSa, 271. "> Bihl. nal. , Glairamb., 101, 7811.
W Ibid., 271. <" Ibid., Pièces origin. , Blaru, 9.
W Ibid., 72a A. (s> Ibid., i3.
'*' Bibl. nat.. Pièces origin., Blaru, 6. <') Durrieu, Les Gascons en Italie, 5o.
(=) Douët d'Arcq, op. cit., 1, n. i'") N\ Valois, 106, 110, n. 1.'
laisser le gouvernement à un nouveau conseil de prélats et de seigneurs qui inspiraient confiance à tous deux, Blaru fut un des seigneurs désignés '". Nous l'avons déjà trouvé en i3go partant en mission pour le duc de Touraine; il faut croire (pi'il inspirait à tous une égale confiance, car, vers ilii i et 1 6 1 9 , il semble également très bien avec le duc de Bourgogne; Jean sans Peur lui envoie pour ses étrennes, en janvier 1 ii i , six tasses d'argent doré, et lui fait cadeau, le 8 avril 1 ii 2 , de deux queues de vin '^'. Au mois de mai 1 /i 1 1 , il faisait partie de la commission chargée de vendre les biens confisqués aux Armagnacs après la forfaiture des princes d'Orléans '". Il prit part à la confection de l'ordonnance cabochienne de 1 /ii 3 '^'. Mais il ne semble pas avoir souffert de la réaction qui suivit, ce qui révèle ou une bien grande modération, ou cette souplesse de courtisan dont parle le Religieux de Saint-Denis. Nous ne savons ce que devint le sire de Blaru par la suite. Il dut mourir vers ce temps, car il avait probablement atteint, sinon dépassé, quatre-vingts ans.
LOllS DIIARCOLRT.
( AsM'mUik' tlu Laitliiige lie Cneii , t" février i.'iCi, Ccen.)
[jiiuis dHarcourt était le frère puîné de Jean V d'Harcourt qui iijjura aux Etats de juillet i348 et (|ui fut exécuté à Rouen, par ordre du roi Jean, en avril i356. Il a tenu des assemblées en Basse-Normandie pour obtenir des gens du pays le prix des rançons de Sainl-Vast et de Lingèvres (janvier-février i3Gi). De même que Jean V, il a été l'objet d'une longue notice de La Roque dans YHistoire généalogique île la Maison d'Harcourt, au livre XII (II, 1611 et suiv.); il y a aux Preuves un certain nombre de documents qui le concernent (IV, logS). Les détails très nombreux de cette notice sulTisent à faire connaître le personnage, son activité militaire et les services qu'il rendit à la royauté, au temps de Jean le Bon et de Charles V, tandis que plusieurs membres de sa famille trahissaient ou desservaient ces princes.
'" N. Valois, 131, i.'ii. Journal d'un bourgeoit de Pans, 13, n. 2.
<" Arch. de la CùleOr-d', B, 1370. <*' A. Coville, Lct Cabochiens et l'ordon-
''' Religieux de Saint-Denii, IV, 344; nance de tùt3, nh.
S9i l,ES ETATS DE NORMANDIE.
THOMAS LE TOUlllVEUR.
[Etats du Q juin i3Ga, Rouen.)
Cet ecclésiastique était certainement de famille normande. Il apparaît pour la première fois le i" octobre i3i6, avec le titre de maître des Comptes; il est envoyé devers le roi à Pont-Sainte-Maxence, avec deux de ses collègues^''. Quelques années après, le 3o janvier i3oo, une enquête est ordonnée au Parlement pour régler le différend qui s'est élevé entre maître Thomas, clerc, secrétaire du roi, et messire Ajineri de Chartres, conseiller, à l'occasion d'une prébende canoniale de Rouen '-'. Il est probable que maître Thomas eut gain de cause; car nous savons d'autre part qu'il fut chanoine de Rouen, et qu'il fit une fondation à la cathédrale pour v chanter tous les samedis \'Inviolala''^K On vient de voii' que, dès i35o, il était secrétaire du roi; en février et avril i 352 , il est attaché avec le même titre au dauphin; on trouve mention de plusieurs actes signés de lui Kpar Monseigneur le Dalphin'*'». Puis huit ans se passent; il reparaît en i36o comme conseiller et secrétaii-e du régent'^'. 11 est établi en Normandie, à la suite des Etats de septembre i35(). comme «gênerai député sur le fait des subsides derrainement levez en IVormendie, es bailliages de Rouen, de Caux et de Costentin»; il reçoit 1,098 écus pour ses gages de 37G jours, du 1" octobre i359 au 1" octobre i36o'°'. L'année suivante, il devient archidiacre de Tournay, sans doute en récompense des services rendus'"'. De plus, le 3o mai i36i, le duc de Normandie l'envoie, avec trois bourgeois de Rouen , lever au plus vite dans la ville une sorte d'emprunt forcé pour rembourser un prêt de 90,000 moutons d'or fait aux Rouennais par le comte de Namur et sa mère; cette opération dut être faite avec la plus grande diligence, sous peine d'encourir l'indignation ducale'^'. Aux Etats de Rouen de juin i369, l'archidiacre de Tournay figure comme commissaire et reste dans la province avec le titre de «gouverneur et ordenncur de tout le subside octroyé au pays de Normendie'''». 11
W Bihl. de l'Ecole des Chartes, iHcSS, 176. ' '*' Uibl. n«I., Pièces oiif;., Le Tourneur, 2.
l" Auliert, II, 17a. (« Ibid., 3.
-^' P. Cochon, 73. W Bibl. nat., fonds frani;., aOoo'i, laoa.
(*) Bibl. de l'École des Charles, t888, W Chéruei, Hisl. de Rouen, U, 3lli.
19/1, 2o5. (" Biht. nat., fonds franc., 9o58a, g.T.
reçoit, le 17 avril t366, 3 00 francs d'or pour ses gages de secrétaire du duc de Normandie et de maître de la Chambre des comptes'''. Charles V l'occupe souvent comme un homme de confiance. Dans le recueil publié par M. Delisle, on trouve 33 actes signés Le Tourneur de i36/i à i38o. Le 1'' juillet 1 3G'7, il s'agit d'une mission délicate : maître Thomas est chargé
« expressément de la devise et ordenance pour les ouvrages de
la maçonnerie de noz chapelles, des ymages et peintures et des autres
choses à ce neccessaires ordené à faire à l'église de Rouen et
à l'abbaye de Sainte-Katerine lez Rouen et en l'ostel Dieu de la Magdelaine'-'». C'est encore à Rouen ([u'il vient en octobre iS'jo pour faire un emprunt forcé au nom du roi sur les bourgeois de la ville'''; il y reparaît du reste en janvier 1879 (n. s.) avec le trésorier Jean d'Orléans et le financier Nicolas Braque, dont la présence indiqua bien qu'il s'agissait d'opérations analogues à celles d'octobre 1370'''. C'est sans doute pour récompense de nouveaux services que l'archidiacre prend, comme maître des Comptes, des gages à vie de ^00 livres tournois en 1378; de plus, il recevait au terme de la Saint-Jean une selle fournie par la sellerie royale "''. Il est encore deux fois question de lui : le m septembre iZ-j(j,il assiste à une grande délibération du Parlement k pour avoir advis sur la construction du pont que on a advisé de faire au dessoubs du Petit Pont à l'endroit de la poincte du Palais et de l'abreuvoir de Masi^on ''''». Enfin, le 16 septembre i38o, il figure parmi les nombreux personnages chargés d'exécuter les dernières volontés de Charles V '^'. Il senil)ie disparaître de l'histoire avec le maître qui eut si souvent recours à ses intelligents services.