‹ Les États de NormandieChapitre 63 sur 70 · HERVE DE MAU.>Y · texte numérisé non relu

HERVE DE MAU.>Y

{Assemblée de Basse-I\armanitie, as août i3S8, Bayeiur.)

Hervé de Mauny était cousin germain de du Guesclin. Son père, Hervé de Mauny, chevalier banneret, baron de Thorigny, avait épousé Marie du Guesclin, tante du connétable. Hervé le jeune était le second de cinq frères; l'aîné était cet Olivier de Mauny, si fameux dans les guerres du xiv' siècle'^'. En 1873, Hervé épousa Marie de Graon, qui descendait par les femmes des comtes de Flandre et lui apportait ainsi d'illustres alliances'''. Avant son mariage, il avait déjà figuré vaillamment à la bataille de Cocherel sous les ordres de du Guesclin'*'. L'année même de son mariage, il prit part au siège de Brcst'^l Le 1" juin 1878, il recevait du roi un don de 100 francs d'or pour avoir servi avec succès sous la bastide de Gavray; il donnait quittance «sous le scel d'Olivier de Malny en l'absence du sien'*'».

Sous Charles VI, il est un des plus puissants seigneurs de Normandie. Déjà, en 1872 , il donnait aveu pour plusieurs fiefs''". C'est à partir de i38i qu'il est qualifié de sù'e de Thorigny; il est tuteur d'Olivier de Mauny, son neveu, fils de son frère aîné'^l A l'été de i38i, il comniande une petite compagnie composée de 1 chevalier bachelier et de 9 écuycrs; il reçoit, les 21 et 96 août, 226 francs en prêt sur ses gages du mois de juin et i5o francs d'or pour son état'"'. La campagne de Flandre de 1882 l'appela hors de Normandie'^"'; mais il y était revenu le 26 mai 1888, comme capitaine chargé de la défense de la province, avec 5o lances sous

('• Bifc/. «a(.. Pièces orig., Pni/nei, 63, 70. !'' jBi'6;. nat.. Pièces origin., Mauny, i3;

''' Anselme, VI, i85. Actes, etc., 1781.

('> La Roque, ffist. (fe/o ilfai'son d7/oreo;/rt, (■) La Roque, op. cit., II, 19/18.

II, 12g. ;') Ibid., js/f].

Cl Froissart, édit. Luce, VI, 299. O Bibl. nat., Pièces origin., Mauiy, i5,

'5' Froissarl, édil. Kcrvyn de L., VIII. 18, ig.

2O1. (■«) Ibid., Clairainb., 73, 56a3.

ses ordres'". H dut conserver son commandement les années suivantes; le h octobre, il reçoit 58o francs d'or de gages et d'état pour lui et ses 5 écuyers^-'. C'est en i388 que, comme capitaine en Basse-Normandie, il eut l'occasion, avec les sires de la Forte et de Hanibye, de réunir une assemblée d'Etats à Caen, pour renforcer la défense contre les Anglais de Cherbourg. En iio3, il était attaché au duc d'Orléans à titre de chambellan; il l'accompagna avec h écuyers dans un voyage que le duc fit en Lombardie à la fin de cette même année et au commencement de i hok'-^\ Hervé, en i ^oG , était de plus chambellan du roi, seigneur do Saint-Aignan et de la Grève; il donnait aveu en 1/108 pour la baronnie de Thorigny. Mais comme le même aveu est fourni en 1 Zi 1 3 ( 1 5 novembre) par son neveu Olivier, on peut supposer qu'il mourut dans cet intervalle'"'. Un grand nombre de pièces rappellent la ronio que Hervé l'aîné avait reçue de Philippe de Valois pour la baronnie de Thorigny sur les fiofs cl aumônes de la vicomte de Bayeux, et qu'Hervé le jeune paraît avoir touchée assez régulièrement'^'.

YON DE GARANCIERE.

[Etats <h Basse-Normandie, novembre-décembre i3r)3, Caen.)

Yon OU Yvon do Garancière fut un très important personnagi; sous le règne de Charles V et de Charles VI. Il était fils du sire de Garancière qui fut remis comme otage au traité de Brétigny et mourut en Angleterre en iSGa'*''. Très jeune encore, en 1355, Yon de Garancière s'en alla guerroyer chez les alliés du roi de France, les Ecossais, sur la frontière anglaise'^'. L'année suivante, en juin 1 356 , il venait déjà d'être chargé d'une mission de confiance «pour besogne secrète 55 et recevait à ce propos 100 deniers d'or h l'écu"'. Ses relations avec le dauphin devaient être assez familières: le 2 5 aoiit, il lui cédait une tente moyennant 83 1. 5 s. 6 d. l. '^'; du reste, d appartenait déjà à l'hôtel du duc de Normandie, très proba-

C Bibl. nai., Clair.imb., •]:>., Hid-îd; La aO, 37, '^o, 3i; La Roque, op. cit., Il,

Ro(]uo, Hist. généalogique de la Maison d'IIar- 1368. court, 11, la 48. '•' Cosncau, Truitis de la guerre de Cent

'*' Bibl. nat., Pièces origin. , Maunij, a3. ans, 32.

'" Ibid., 37, 3a, 34. '1 Bibl. nat., Clairaiiib., 5i, 3877.

'*' La Hoquo, op. cit., 11, 1248. '" Ibid., Pièces orgin., Garencières, 8.

■' Bibl. nat., Pièces origin., Mauny, 17, -" /61V/., 10.

blement à titre de chambellan, comme on le trouvera plus tard'" : les dixsept premiers jours d'octobre de i356 lui valaient 27 1. 4 s. l. de gages'-'. Le dauphin le récompensait en même temps d'une manière significative : il lui idiandonnait les biens de Marguerite de Sacquainville, dame de Périers , fille de Pierre de Sacquainville , un des Navarrais victimes de Jean le Bon à Rouen, au mois d'avril précédent; il est vrai que cette cession fut matière à procès, et que les diilicultés judiciaires n'étaient pas encore résolues en 1891 '^'. Garancière fut chargé, à l'été 1 367, de négocier et de conclure trêve avec le duc de Lancaslre; il voyagea ao jours es parties de Normandie et reçut 1 io livres tournois'^'. A la fin de cette année, au 3o décembre, on voit qu'il tenait 6 hommes d'armes et 6 arbalétriers à son château de Bethemont et autant ii son château d'Aigremont '^'. C'est sans doute pour les arbalétriers qu'il recevait du maître de l'artillerie du régent, le 2 mai i36o, 8 arbalètes à hausse-pied'*^'. Garancière servait au mois d'août i354, sous le gouvernement de Mouton de Blainville, avec 1 chevalier, 1 3 écuyers et 8 archers '"". 11 prit part à la prise d'Acquigny après la bataille de Cocherel '*'.

Nous savons moins ce qu'il devint sous le règne de Charles V, après la guerre contre le roi de Navarre. Il figure le 1" mars 1870 dans le compte du trésorier des guerres avec a chevaliers, i3 écuyers, aux gages de 9 1. 1 0 s. t. par jour '^>. Il est reçu à montre à Breteuil par le commis du duc de Bourgogne, le 17 avril 1877, et touche, le 6 mai 1878, 780 francs d'or pour ses hommes en prêt sur leurs gages , ce qui indique une troupe assez considérable: il avait en effet avec lui, en 1877, bg hommes d'armes; luimême avait 100 francs pai" mois pour son état pendant qu'il assistait au siège de Breteuil'"*'. H accompagna en particuher Charles de Navarre au siège devant Cherbourg en mai 1379'^".

Mais, sous Charles VI, son rôle grandit singulièrement. Il semble avoir été l'objet, de la part du jeune roi , d'une confiance toute particulière. Froissart nous le montre dans certaines circonstances pittoresques. C'est ainsi

'" /?i6/. Jinf., Pièces orijjin., GnreHoècps, 7. l'I Bibl. nat.. Pièces origin., Garencières,

W Ibùl., 11. 1/1.

f' ha Woquc, Hist. de la Maison d'HarcourI, '*) Clirott. des premiers Valois, i5i.

Il, iSSa. >'' Morûiivillé, 217.

'*) Bibl. ital.jfiicesong., Garencières, t3. '"" Bibl. nat.. Pièces origin. , Garencièi-es,

W Ibid., 17, 18. i5, :33, 3.'i.

W Ibid., Clairamb., 5i. 3885. ^"l Ibid., aj.

qu'il prend part aux fêtes inouïes de l'entrée de la reine à Paris (fin août 1389). 11 était spécialement attaché au service d'Isabeau, avec 1 li chevaliers sous ses ordres. Il jouta deux heures devant le roi et les dames '". Au retour du voyage de Languedoc, au milieu de janvier i3c)0, le roi avait f;iil avec son frère, le duc d'Orléans, un étrange pari de 5oo livres, à qui reviendrait le plus vite à cheval de Montpellier à Paris. Les parieurs ne devaient mener avec eux qu'un valet ou un chevalier; le roi choisit le sire de Garancière. Ils arrivèrent à Paris en quatre jours et demi , mais perdirent de quelques heures'-'. En i3qo, c'est encore une autre aventure : Charles VI, avec son fidèle Garancière, part brusquement incognito de Greil pour assister bien «descongneuî? aux grandes joules données entre Calais et Saint-Inglevert (mars-avril 1890); la fantaisie était légère et peu royale'^'. Garancière aimait sans doute l'imprévu; il prit part également à l'expédition conduite en Afrique sur la côte barbaresque pur le duc de Bourbon et assista au siège de Méhédia, au mois de mai 1890'*'. Puis vint l'affaire du connétable de Clisson et de Pierre de Craon. Craon s'était réfugié auprès du duc de Bretagne. Garancière fut envoyé à Nantes avec trois autres seigneurs auprès du duc, pour lui demander de livrer le réfugié'^'; ce fut peine perdue. On sait comment, ;iprès le meurtre d'Olivier de CUsson, ces difficultés de suzerain à vassal s'aggravèrent : c'est pendant l'expédition du duc de Bretagne, dans la forêt du Mans, que le roi eut ses premiers accès furieux. Pour le calmer, on l'entoura de visages familiers et sympathiques. Yon do Garancière fut un des quatre seigneurs choisis pour veiller l'infortuné roi ''^l D'autre part, depuis i38i, il était pourvu de la charge de capitaine de Caen et y entretenait 6 hommes d'armes et 6 arbalétriers; il recevait à cet effet 5oo livres tournois de gages par an''". C'est en i'Stji qu'il assista, à titre de commissaire royal, aux Etats de Normandie chargés de régler la rançon de (iherbourg. En i4oo, au mois de mai, il reçoit houppelande du roi comme les autres seigneurs de la cour'''. L'ordonnance du -jB juillet i4oG, qui ne fut pas pubUée en Parlement, l'installait au Grand Conseil; mais il était rayé de la liste le

!'> Froissarl, (;d.KorvyiiileL.,XIV,ai-9/i. ('' Froissail, éd. Kcivjii «le L., XV, 46.

W Ibid., XIV, 3o. t" Bibl. nat. , Pièces origin., Gnrencières,

'^' Ibid., XIV, la^, i.5o. a6, 7a, 110; Douët d'Arec), Pièces du règne

l" Ibid., XIV, 225. de Charles F/, 1, i3, 35.

W Ibid , XV, 3o. 1" Ibid.. 1, if.3.

27 avril 1Z107'". En réalité, il assistait souvent au Conseil'-*. De plus, il était, en i4o6, chambellan du roi, conseiller et grand maître d'hôtel de la reine '''. Yon de Garancière avait épousé une haute et puissante dame du Midi, Brunissende de Lautrec, héritière de son père Amanieu, vicomte de Lautrec, elle-même vicomtesse de Lautrec, dame d'Ambers depuis 1897. Elle mourut en 1/118. Son mari avait déjà disparu depuis plusieurs années'?'.

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