‹ Les États-UnisChapitre 24 sur 64 · CHAPITRE XII · texte numérisé non relu

CHAPITRE XII

La société des amis ou Quakers, leur croyance.— Penn, un des membres de cette secte, obtient une concession de terre en Amérique.— Son caractère. — Il traite les Indiens avec humanité. — Ses adhérents lui font la guerre.— Franklin en Pennsylvanie.

Parmi les sectes auxquelles la doctrine du libre examen a donné naissance au seizième et au dix-septième siècle, il n'en fut pas de plus étrange que celle dite : des amis, ou des quakers, dont un certain nombre vinrent chercher un refuge contre la persécution religieuse, en Amérique. Les Etats de Pennsylvanie, du Delaware et du New Jersey les comptent comme leurs pionniers. Selon les quakers, la Bible est un hvre très obscur dont l'homme ne peut pénétrer le sens qu'à l'aide d'une étincelle divine qu'il cache dans son for intérieur et qu'ils appellent '' inner ligkt.'' Cette lumière est le guide de la foi et la raison déterminante de la conviction. Donc, autant d'interprétations différentes que d'individus. Ce point de départ éloignait le quaker du puritain qui n'admettait l'interprétation individuelle qu'autant qu'elle cadrait avec ses intérêts. Aussi l'inimitié d'une secte pour l'autre était-elle vive et valut auœ amis de nombreuses persécutions dans leur nouvelle patrie. Ceux-ci, puisant leur règle de conduite dans l'Evangile, étaient de mœurs plus douces que leurs ennemis, condamnaient la violence

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comme moyen de répression des crimes et se faisaient une défense expresse de porter les armes.

Pour se distinguer des gentils et suivre l'exemple des chrétiens de l'Eglise primitive, ils affectaient une grande simplicité de costume, de manières et de langage. L'anglicanisme les voyait d'un mauvais œil et les proscrivait presque autant que les catholiques. La persécution en avait chassé un bon nombre de l'Angleterre lorsque William Penn, le plus célèbre d'entre eux, et une des plus singulières figures de l'époque, forma le projet d'assurer à la secte, la paix et la liberté de conscience hors de la Grande-Bretagne. Il était le fils de l'amiral Penn, marin distingué, ayant rendu de grands services à son pays. De bonne heure, le futur fondateur de la Pennsylvanie avait été touché par les prédications des quakers, et son père, voulant le détourner d'une vocation religieuse qui ne lui agréait point, l'envoya à Paris. Mais les plaisirs de la grande ville n'eurent aucune prise sur ce jeune enthousiaste religieux. La réputation d'Amyrault l'attira à Nantes auprès de ce théologien calviniste. A son retour en Angleterre, rien ne put l'empêcher de s'unir aux amis, après la mort de son père. C'est alors qu'il demanda à Charles II une concession de terre en Amérique, comme compensation d'une dette due par la Couronne à l'amiral Penn. Le roi aimait beaucoup ce singulier personnage et l'admettait en sa compagnie. On rapporte que la première fois qu'il parut à la cour avec son chapeau à larges bords sur la tête, — il était d'usage chez les quakers de rester couverts partout, — le roi lui dit : " Il est de règle dans cette demeure qu'une seule personne reste couverte." — " Fort bien,'' répondit Penn, tutoyant le roi à la façon

(les siens, "tu peux enlever ta coiffure." C'était, malgré ses excentricités, un homme remarquable et bien supérieur à ses adhérents qu'il conduisit dans le nouveau monde. C'est même cette supériorité qui fit son malheur, car elle le poussa à donner à la Pennsylvanie un code de lois trop avancées pour l'époque. Son attachement à la liberté l'engagea dans une voie oii il ne trouva que déceptions et dégoût.

Les lettres patentes de Charles II constituaient son ami propriétah^e absolu de sa concession et c'est le roi lui-même qui donna à cette contrée, malgré les protestations de Penn, le nom de Pennsylvanie. Le fondateur de cette colonie établit le gouvernement nouveau sur les bases les plus larges, entendant traiter ses sujets en bon prince. La charte, qu'il leur donna, appelait tous les citoyens à participer au gouvernement de la plantation. Il est curieux d'observer le langage tenu par Penn à ses amis. On croirait entendre discourir un précurseur de Montesquieu. Selon Penn, le pouvoir est une émanation de la puissance divine, qui doit aider l'individu à faire le bien et à éviter le mal. Aucun mode absolu de gouvernement ne convient à tous les peuples, et il y a des raisons particulières de se décider pour telle ou telle forme. Pour lui, tout gouvernement est bon, quelle que soit sa structure, quand la loi constitue une règle de conduite acceptée de tous et que le peuple prend part à sa confection. Ce qui est important, c'est d'avoir des hommes droits et justes pour exécuter la loi, car si elle est mauvaise, ils en atténueront les effets ou la feront réformer.

Trait singulier à noter, le quaker du Jersey, organisé à l'image de la Pennsylvanie, confiait à son député ce

que (le nos jours. l'on nonune un mandat impératif, et lui accordait un salaire d'un clielin par jour, afin de lui rappeler qu'il était le serviteur du peuple. Les lois données par leur chef aux quakers étaient beaucoup moins sévères que celles de la Nouvelle-Angleterre. La législation pénale visait la réforme plutôt que la punition du criminel, appliquant une théorie humanitaire moderne bien longtemps avant qu'elle eut été préconisée par les philosophes de la fin du dix-huitième siècle. Après la disparition de Penn, les quakers finirent ])ar assimiler leurs lois à celles des provinces voisines. On cite avec éloges la conduite de Penn à l'égard des Indiens, qu'il traita avec la plus grande humanité. La gravure populaire le représente, sous le chêne légendaire, au milieu des tribus sauvages, et les invitant à se confier à lui. La lettre suivante qu'il leur adressait mérite d'être reproduite.

" Mes amis,

"Il y a un Dieu grand et puissant qui a fait le monde et toutes les choses qui s'y trouvent, auquel vous et moi et tous les peuples nous devons l'existence et le bien-être, et envers lequel nous sommes comjDtables de tout ce que nous faisons ici-bas.

" Ce Dieu grand a écrit sa loi dans nos cœurs ; elle nous enseigne et nous commande de nous aimer, de nous aider et de nous faire du bien les uns aux autres. Il a plu à cet Etre Suprême de me donner un intérêt dans cette partie du monde que vous habitez, et le roi de mon pays m'y a octroyé une provmce. Mais je ne veux en profiter que de votre agrément et de votre consentement, afin que nous puissions toujours vivre en paix, dans des rapports

de bon voisinage. Le Dieu grand qiii nous a créés, a-t-il entendu que nous nous dévorions et nous détruisions les uns les autres ? N'a-t-il pas plutôt voulu que nous vivions avec modération et affection les uns pour les autres ? Je tiens à vous dire combien je suis peiné des mauvais traitements et de l'injustice dont vous avez eu tant à souffrir, de la part des Européens qui n'ont songé qu'à eux dans leurs rapports avec vous, et ont tant abusé de votre confiance, au lieu de vous donner l'exemple de la bonté et de la patience. Vous en avez éprouvé beaucoup de peine, et telle est la cause, sans doute, des haines et des vengeances qui ont été portées jusqu'à l'effusion du sang ; ce qui a soulevé le courroux de Dieu. Je ne suis pas un homme de cette sorte, on le sait très bien dans mon pays. J'ai beaucoup d'affection et de considération pour vous, et je désire me concilier votre amitié et la conserver au moyen de rapports })aisibles fondés sur la bonté et la justice. Les hommes que je vous envoie partagent mes sentiments et se conduiront en toutes choses, d'accord avec ces principes. Si quelqu'un d'entre eux venait à vous offenser, vous recevriez une satisfaction immédiate, par le moyen d'un tribunal composé d'hommes justes pris en égal nombre, dans vos rangs et parmi les nôtres ; de telle manière qu'il ne vous reste aucun sujet sérieux de dissatisfaction, etc., etc."

Pour nous, Canadiens, rien n'a lieu de nous surprendre <lans ce langage du célèbre quaker ; c'est celui que tenaient tous nos gouverneurs aux indigènes. Mais pareilles paroles sonnaient étrangement dans les colonies anglaises où l'Indien, considéré comme un être de race inférieure, se sentait assimilé à la bête fauve et traque comme elle.

Soiit^ les auspices de son propriétaire, la Pennsylvanie prit un ilëveloppenient énorme en (pieltpies années. Lorsqu'il y mit pied à terre en 1682, avec une centaine d'émigrés, il trouva établis sur ses terres près de 3,000 colons hollandais, anglais et suédois. Deux ans ai)rès l'arrivée de Penn, sa concession (jui s'étendait d'un point sur la Delaware à douze milles au-dessus de New- C'astletown, le long de cette rivière jusqu'au 43ème degré de latitude nord, comptait déjà 7,000 habitants répandus dans vingt towns. La grande préoccupation dee cpiakers était de s'enrichir et Penn leur reprocha souvent de se retrancher hypocritement derrière leurs })rincipes religieux pour atteindre leur but. C'est ainsi que les nègres, attirés en Pennsylvanie sous prétexte de les convertir au christianisme, étaient réduits en esclauage, et l'assemblée fermait les yeux sur la piraterie (pii s'exerçait ouvertement. Ils refusaient de prendre part il la défense du pays, sous prétexte (^u'il leur était interdit, par leur croyance, de verser le sang humain. Mais comme ils trouvaient bien des accommodements avec leur foi, lorsqu'il s'agissait d'avancer les intérêts matériels de la communauté, — à preuve leur attitude vis-à-vis des noirs, — leurs voisins étaient en droit de blâmer cette neutralité dangereuse pour les colonies en général. Tout ce qu'il fut possible d'obtenir de l'assemblée, ce fut, à deux reprises, des subsides destinés à parer aux frais des (guerres soutenues contre les Français.

La constitution donnée par Penn fut modifiée à trois reprises, à la demande des colons avec lesquels il ne réussit jamais à s'entendre. Ils lui reprochaient ses actions, son âpreté au gain. Entendant dire, un jour, que le fameux (piaker songeait à céder sa propriété, ils

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accusèrent de vouloir cendre sa hele après ravoir tondue.

Eu 1732 Benjamin Franklin vint s'établir à Philadelphie, où il fonda une bibhothèque pubhque et publia dans cette ville son fameux Ahnanach du hoiikomwe Rkhard, espèce de traité de morale et de connaissances utiles. ^^>

(1) A la Pennsylvanie se rattache par la communauté d'origine, le Delaware. En Kîl^, (luelques Suédois s'établirent sur les bords de la rivière Delaware et fondèrent la Nouvelle-Suède que les Hollandais rattachèrent à leurs établissements en 1655. Après être devenu la propriété du duc d'York, ce territoire passa enfin aux mains de Penn (1682). Des Quakers et des Allemands s'y établirent en grand nombre. Le Delaware se constitua en État en 1776. mais en 1708, il s'était déjà formé en colonie séparée de la Pensylvanie.

C'HAPITliE XIII

Etabli par les Hollandais. — Création de seigneuries. — Les Anglais s'emparent de New- Amsterdam.— Haine de cette colonie pour la Nouvelle-France. (D

Cliamplain avait, depuis un an jeté à Québec, les bases de la colonie de la Nouvelle-France lorsqu'un marin anglais, au service des Etats de Hollande, Heniy Hudson entrait dans le fleuve qui porte son nom et le remontait jusqu'à l'endroit oii se trouve aujourd'hui Albany (1609). Plus heureux que le uécouvreur de l'Amérique, à qui on a fait le mince honneur d'appeler Colombie un tout petit coin du continent, ce navigateur, a, i)0ur le rappeler au souvenir de la postérité, outre le Heuve dont les eaux baignent la ville de New- York, l'immense mer intérieure nommée baie d'Hudson, sa deuxième découverte.

Les Hollandais s'établirent, en 1623, à Orange (Albany) et à New-Amsterdam ou Manhatte, cpii devinrent de florissants postes de commerce.

(1) Le New-Jersey faisait parti des possessions hollandaises, comme New-York, jusqu'à la conquête de ces contrées pour le compte du duc de York, (.'elui-ci céda le territoire actuel du Jersey à Sir George Carteret et à Lord Berkeley qui vendit sa concession à Pennen 1696. Les quakers s'y étaV)lirent en grand nombre et finirent par acquérir le domaine de Carteret. Les deux colonies furent réunis en une seule (1702) sous l'autorité de la couronne.

Leur colonie s'organisa, dans certaines parties, sur les bases du système féodal mitigé, reproduisant les ti-aits caractéristiques de la tenure seigneuriale de la Nouvelle- France. Les Etats généraux donnaient de vastes domaines à certains individus, à charge par ces derniers, d'y attirer des colons, qui seraient mis en possession de fermes, soit à perpétuité, soit à terme.

La concession perpétuelle ne sortait des mains de son possesseur qu'en acquittant, comme dans la seigneurie, canadienne, des droits de lods et vente. Ce domaine prenait le nom de manoir, et son propriétaire, celui de patron. Il se constitua un certain nombre de ces seigneuries dont l'existence, dans la plupart des cas, fut éphémère. Lors de la conquête de la Nouvelle-Hollande, par l'Angleterre, il n'y avait de l)ien organisés que celles de Van liensselaer et de Livingston.

Les Anglais, à leur tour, créèrent des manoirs d'après le modèle hollandais, et à la révolution, le droit des l)atrons fut reconnu par la constitution. Dans le cours du siècle actuel, les tenanciers s'efforcèrent, à maintes reprises, de se soustraire au paiement de la rente perpétuelle, notamment en 1845. Il y eut j^lusieurs émeutes à ce sujet. La législature de l'Etat de New- York affirma en 1846 le droit des propriétaire. L'année 1859, vit la contestation entre les Van Kansalaer et les censitaires portée devant les tribunaux, qui donnèrent encore gain de cause aux premiers.

Mais cette colonie n'était pas destinée à couler ni de longs ni d'heureux jours sous ses premiers maîtres, car les Anglais ne tardèrent pas à contester aux Hollandais leur titre de propriété, prétendant que les découvertes de Cabot, antérieures à celles d'Hudson, établissaient leur

priorité d'occupation, sur tout l'immense territoire dans lequel on a taillé les Etat^ de New- York, de Pennsylvanie, du New-Jersey et du Delaware.

C'était un titre contestable que les possesseurs n'étaient pas disposés à admettre, et l'Angleterre comprit qu'une réclamation appuyée par une force militaire imposante, aurait seule raison de l'entêtement des sujets du Stathouder. Le duc d'York .(Jacques II), à qui son frère avait donné ce pays, en lui octroyant une charte, (1664), envoya trois vaisseaux de guerre, portant six cents soldats, avec mission de s'emparer de la Nouvelle- Hollande. Le gouverneur de New-Amsterdam, Stuyvesant, voulut résister, mais la garnison refusant de le suivre, il dut se rendre.

La ville conquise reçut de ses nouveaux maîtres le nom de New-York, qui s'étendit à tout le pays voisin. Le traité de Bréda, conclu entre la Grande-Bretagne et la Hollande, confirma cette capitulation. En vertu de lettres patentes, l'autorité du duc d'York n'avait de limites que son bon plaisir. Il fit préparer un code de lois qu'il soumit à une assemblée convoquée par son gouverneur, et comme celle-ci n'y trouvait point ce privilège essentiellement anglais du vote des impôts par le l)euple, elle le réclama avec énergie. Il surgit de ce choc d'opinions des discussions qui amenèrent un compromis eu vertu duquel, le duc d'York recevrait de l'assemblée, en échange du droit revendiqué par celle-ci, une somme fixe payable chaque année. Cependant, cette concession l)arut bientôt insuffisante et les mécontents ne cessèrent de se plaindre que le jour où le pouvoir leur céda tous hîs privilèges possédés par les colonies voisines. Mais, le duc d'York, à son avènement au trône, sous le nom

de Jacques II, voulut, tout eu preuaut sa revanche sur les colons, appliquer à New^S^'ork, les théories absolutistes qu'il tendait vainement d'introduire en Angleterre. Confisquer le pacte fait avec ses sujets d'outre-mer, su})primer toute représentation législative, et lever les impôts que par voie d'ordonnances, furent les premiers actes de son règne éphémère dans ses possessions formées en province royale.

I^e parlement, jaloux de l'esprit d'indépendance qui se manifestait dans les colonies, aurait été heureux de continuer le régime tyrannique inauguré par les Stuarts,mais les habitants de New-York ne l'entendaient pas ainsi et autant ils s'étaient montrés rebelles aux ordonnances de Jacques II, autant ils s'acharnèrent à reconquérir les droits que leur déniait l'autorité en Angleterre. Mais au lieu de lutter à main armée, les partis rivaux transigèrent et la liberté devint le prix de honteux marchés. Le niveau moral du gouvernement s'affichait dans les concessions qu'il se laissait arracher à prix d'argent par les habitants de la colonie. Mis en appétit par ces transactions, l'exécutif se livra à toutes espèces d'exactions qui eurent bientôt fait de pousser les contribuables aux dernières limites de l'exaspération. L'énergie populaire se raidit contre ces abus de pouvoir, et après une résistance prolongée, elle remporta une dernière victoire.

Depuis quarante ans les subsides étaient votés pour sept ans, mais à la session de 1739, l'assemblée ne voulut consentir à les accorder que pour une année, et le gouverneur n'osa plus s'opposer à la volonté du peuple.

(/'est sur New- York que tombèrent les premiers coups des Français du Canada lorsque Frontenac eût résolu, lors de la première guerre intercoloniale (1689), de pré-

venir les attaques des Angio-Amérieaiiis en portant les hostilités chez eux. Tous nos lecteurs, au courant de l'histoire du Canada, connaissent la fameuse et sangian'te expédition de d'Ailleboust de Mantet et de Lemoine de Saint-Hélène qui eut comme but et résultat la prise de Schenectady et le massacre de ses habitants. A la nouvelle de cette meurtrière affaire, la terreur se répandit par toute la Nouvelle- Angleterre, où affolés par la terreur, les femmes et les enfants passaient les nuits dans les angoisses, attendant leur heure dernière. Un auteur américain nous retrace l'impression qu'avait laissée cette expédition, et rapporte un couplet d'une complainte composée à l'occasion de ce massacre.

'' Frontenac, dit-il, lance trois parti de guerriers — des soldats français et des sauvages — l'un d eux se porte contre Schenectady et le récit de cette expédition va nous donner une idée des attaques dirigées contre nous à cette époque. Cela se passa durant l'hiver de 1690 ; les Français et les Indiens marchant à la requête, endurèrent des souffrances incroyables :

" They marched for two and twenty daies AU through the deepest snow And on a dismal winter night Thoy strucke the oruel blow."

'* Ainsi raconte une vieille ballade composée par nos ancêtres pour perpétuer le souvenir de ces scènes sanglantes.

'' La ville de Schenectady était défendue par une palissade percée de deux portes. Mais, les habitants se croyaient en sûreté, protégés, comme ils le pensaient, par des centaines de milles couverts de neige. Les portes restaient ouvertes et toute la ville dormait chaque

soir sans appréhension. Avertis de se tenir sur leurs gardes, les citadins prirent la chose en riant, et pour bien marquer leur indifférence, posèrent aux portes des bonshommes de neige en guise de sentinelles. Les Français et les Indiens se répandirent dans la ville, se postant, par petits groupes, devant chaque porte pour prévenir toute fuite des colons. Puis, le cri de guerre retentit et la meurtre commence. Hommes, femmes, tombent indistinctement sous les balles ou le tomahawk. On ne gaspille pas de poudre sur les nouveauxnés : on les assomme sur le cadre des portes, ou on les lance dans le feu. On fit grâce aux Iroquois trouvés dans la ville, afin de les détacher, par cette générosité, de l'alliance anglaise. Soixante personnes trouvèrent la mort dans cette tuerie. Ceux qui s'échappèrent s'enfuirent vers Albany, la plupart, partis sans vêtement, périrent de froid. Un certain nombre d'habitants furent amenés en captivité au Canada." <^^

La colonie de New-York se peuplait d'Anglais, mais un fort contingent de huguenots vint se mêler à ceux-ci et aux Hollandais. Les réformés de France s'attendaient à trouver au milieu des protestants la jouissance entière des droits de citoyen. Mais ils avaient compté sans l'égoisme et la jalousie de gens décidés à leur marchander l'hospitalité.

. En dépit de l'hostilité et de la jalousie des autorités, les huguenots se firent une place considérable au cœur de la colonie. Dès 1702, leur nombre s'était assez accru pour leur permettre d'avoir un temple à eux appelé : église du Saint-Esprit. Ils jouèrent là, comme à Boston,

(1) E^gleston HoKnehoJd history offhe U. S.

un rôle important, et les familles de protestants français conservèrent longtemps un cachet distinetif Enfin, cet élément étranger finit par se fondre dans la masse de la population. Mais, encore auj ourd'liui, les Jay , les Bayard , célèbres dans la diplomatie, les Guion, les Delancey, (de Lancy) font remonter leur origine à ces calvinistes que la révocation de l'édit de Nantes avait forcé de quitter la France.

Il vint de ces émigrés dans presque toutes les colonies, en Virginie, au Massachusetts, oii plusieurs amassèrent d'immenses fortunes. Un nommé Faneuil, l'homme le plus riche de son temps, dans la Nouvelle-Angleterre fit cadeau à la ville de Boston, du Faneuil Hall édifice immense encore debout, et qui vit dans sa grande salle bien des assemblées animées durant la période révolutionnaire.

Pierre Beaudoin devint gouverneur du Massachusetts, et le collège Bowdoin, du Maine, fut ainsi nommé en l'honneur de son fils qui le dota généreusement.

Paul Mascarène, autre huguenot, commandait les grenadiers anglais, en 1710, à la prise de Port Koyal. On le retrouve plus tard lieutenant-gouverneur de la Nouvelle-Ecosse.

Trois descendants de protestants français : Elle Bondi not, John Jay et Henri Laurens, présidèrent différents congrès de la révolution. Peu à peu, la plupart de ces émigrés de France se fusionnèrent avec l'élément principal de la population. Devançant les Canadiens- Français, établis de nos jours aux Etats-Unis, qui préfèl'ent s'appeler Light, Lumber plutôt que Lalumière ou Lambert, les Levert, Leblanc, Leroy, Du Tay, réfugiés ni Virginie et dans la Nouvelle- Angleterre, devinrent, au siècle dernier, des Greeîi, White, King et Dutee,

Cette émigration fut très nombreuse ; 8e})t cents liuguenots arrivèrent en Virginie durant l'année 1732.

Lorsque ceux de la Caroline du Nord — environ (juatre cents familles — apprirent que Louis XIV fondait une colonie française en Louisiane, ils demandèrent à ce monarque l'autorisation, qui leur fut refusée, de s'établir dans le voisinage de la Nouvelle-Orléans. Le chiffre de l'émigration française, au Canada, n'a guère dépassé 8,000, et tout nous porte à croire que les huguenots se sont établis en un bien plus grand nombre dans les colonies anglaises.

L'Eglise épiscopalienne qui dominait à New- York se montra aussi cruellement exclusive que la congrégation de la Nouvelle- Angleterre. Durant un certain temps son intolérance envers les catholiques se manifesta avec une intensité inouïe, à tel point que la cour générale décréta, en 1701, que tout prêtre ou jésuite qui oserait pénétrer dans la colonie serait assimilé aux incendiaires, aux pertubateurs de la paix publique, et à ce titre, condamné à la prison perpétuelle, et à la mort en cas de tentative d'évasion. Le voisinage du Canada exaspérait la haine nationale et religieuse et la portait à ces excès.

Ce n'est pas que les anglicans se fissent remarquer par la pratique de toutes les vertus qui auraient dû naître de leurs convictions religieuses apparentes. L'histoire les accuse, au contraire, de s'être plus préoccupés des biens de la terre que des aventages spirituels. Le niveau intellectuel n'était ])as élevé et les écoles étaient en petit nombre. L'ignorance et les préjugés portèrent la colonie à persécuter les nègres établis à New- York, et la persécution devint un jour si violente que treize de ces malheureux furent brûlés et dix-huit, pendus sous

prétexte qu'ils avaient allumé des incendies à New- York.

L'état moral de la colonie, son amour du lucre firent qu'en 1770, elle fut loin de montrer le même zèle que la Nouvelle-Angleterre durant la guerre de l'indépendance.

La chronique du temps nous fait part, à ce sujet, des hésitations de la cour générale. Ayant appris l'arrivée prochaine à New- York et de Washington et du gouverneur Tryon, un ennemi déclaré de la révolution, elle prépara une adresse de bienvenue, avec instruction à un comité nommé à cette fin, de la présenter à celui de ces deux personnages qui devancerait l'autre ; to ivhomsoemr of the two might arrive Jirst. Cette circonspection ne rappelle-t-elle point la prudence de ces Anglais de Québec, qui, lors de l'invasion américaine de 1775, s'étaient retirés à Charlesbourg attendant le résultat de la lutte, pour crier, comme dit (xarneau : Vive le roi ou rive la ligne f

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