DÉVELOPPEMENT DE LA POPULATION AMÉRICAINE DE 1790 A
Blancs.
Gens de couleur.
Total.
Immigration
durant la décade
précédente.
i environ.
L'accroissement de la population a don c été très rapide ; il s'est maintenu constamment au-dessus de 30 p. 100 par décade d'années jusqu'en 1860 et a atteint 36 p. 100 de 1840 a 1850 et de 1850 à 1860 ; il a fléchi à 23 p. 100 durant la période 1860-1870 par suite de la désastreuse guerre de Sécession, qui a causé la mort d'un demi-million d'hommes, ralenti le mouvement de la natalité et celui de l'immigration. Il s'est relevé encore à 30 p. 100 de 1870 à 1880, pour être enfin de 25 p. 100 durant la décade suivante et de 21 p. 100 pendant la dernière. Ce
ralentissement des années récentes n*a rien de surprenant, car, la population s'accroissant, l'immigration lors même qu'elle se maintiendrait k un niveau constant forme une proportion moindre de cette population; l'accroissement proportionnel, qui lui est dû en grande partie, devient donc bien plus faible.
Si rapide qu'ait été l'augmentation du nombre des habitants aux États-Unis, il a été relativement moindre qu'en certains autres pays neufs, qu'en Australie par exemple, où la population avait triplé de 1831 h 1841, doublé de 1841 à 1851, triplé de nouveau de 1881 à 1861 à la suite de la découverte des mines d'or, et augmenté encore de moitié de 1861 à 1871. La proportion des immigrants arrivés durant une décade à la population à la fin de cette décade n'a jamais été aux États-Unis de plus de 8 p. 100 (taux atteint en 1860 et en 1890), tandis qu'en Australie elle était presque exactement de moitié en 1861 et n'a pas cessé de dépasser 10 p. 100 jusqu'en 1891. Encore faut-il noter que les chiffres de l'immigration aux États-Unis sont bruts, qu'il n'est rien de défalqué pour les départs, tandis qu'en Australie ces chiffres s'entendent émigration déduite. De cette moindre rapidité de l'immigration aux États-Unis résulte en grande partie, à nos yeux, la supériorité incontestable de la société américaine sur la société australienne, La première a eu beaucoup mieux le temps de djgérer, de s'assimiler les éléments qu'elle a reçus du dehors. La grande immigration n'a d'ailleurs commencé aux États- Unis qu'à partir de 1830, et à ce moment il s'était constitué déjà un substratum solide d'une dizaine de millions de blancs, ayant des institutions, des traditions, un esprit propre et capables d'en imprégner les nouveaux venus. Ceux-ci étaient, en outre, d'une qualité généralement supérieure à l'avalanche de chercheurs
d'or, à laquelle manquait une proportion suffisante d'éléments ruraux, et qui a submergé à partir de 1850 la jeune société australienne, trop faible pour réagir *. Les traits essentiels du caractère américain étaient au contraire marqués dès 1830 et, bien qu'un peu modifiés, subsistent aujourd'hui.
Le sang du peuple américain n'en a pas moins 5ubi un très fort alliage. Pour permettre de s'en rendre compte nous donnons ci-dessous, d'après les documents officiels de Washington, le nombre des immigrants arrivés aux États-Unis des principaux pays d'émigration. Nous distinguons quatre grandes catégories : les immigrants des pays du Nord et du Nord-Ouest de l'Europe, auxquels nous joignons le Canada : ce sont ceux que les Américains considèrent comme « désirables », parce que facilement assimilables; puis ceux du midi de l'Europe, venant de pays plus arriérés et plus difficiles à assimiler; les Asiatiques, principalement Chinois, les moins assimilables de tous; enfin les gens venus de pays divers, où l'émigration est peu active. Nous négligeons la décade 1820-1830 où le mouvement d'immigration commençait à peine.
Le tableau que nous dressons rend compte des grands changements qui se sont produits dans l'immigration à diverses époques. Ce sont les Irlandais qui sont d'abord venus en grand nombre, puis les Allemands ont été les plus nombreux de 1850 à 1890; les Scandinaves ont afflué surtout de 1880 à 1890 et continuent d'arriver nombreux; d'Angleterre et d'Ecosse n'a cessé de venir un courant actif qui s'est cependant
1 . Sur les différencos du peuplement de l'Australie et de celui de l'Amérique du Nord et les conséquences sociales qui en résultent, voir notre ouvrage, les Nouvelles Sociéte's Anglo-Saxonnes y p. 57 et suivantes, 2« édition, Paris, 1901. Librairie Armand Colin*
ralenti dans la deroiÈi-e dficade. Somme toute les immiys du Nord, c'est-à-dire les plus facilement ont dominé exclusivement jusqu'en 1880, lent encore de 1880 à 1890.