DEVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION COTONNIERE AUX ETAT&-CN1S
Poids moyen
Millions
Dates
Milliers
des balleft
des récoltes.
de balles.
«n livres anglaises.
livres anglaises
Le progrès a été continu, on le voit, sauf de 1859 à 1869, décade pendant laquelle a eu lieu la guerre de Sécession (186^1-1865), dont les effroyables ravages avaient un moment presque anéanti la culture du coton. C'est précisément durant les dix années qui ont précédé ce désastre que le développement des cultures, correspondant à un très grand essor industriel en Europe, avait été le plus rapide, et Ton sait quelle crise intense amena l'arrêt presque complet des exportations américaines. Aujourd'hui la produ<îtion cotonnière des États- Unis est à peu près double de ce qu'elle était à îa Teille de la guerre. La récolte de 1899, il convient de le remarquer, sans être très mauvaise, n'a guère été que passable, sinon même médiocre, et s'est trouvée très sensiblement inférieure aux deux précédentes : en 1898, année qui marque le record obtenu jusqu'ici on avait recueilli 11.200.000 balles de coton pesant pîtis de 5 millions et demi de livres.
Pour avoir pris une pareille importance, il faut évi-
demment que la culture cotonnière ait rencontré aux Etats-Unis des conditions très favorables. La totalité du pays est cependant loin de s'y prêter, et l'on sait qu'elle est strictement cantonnée dans le Sud. Presque nulle part elle ne dépasse le 37* degré de latitude, qui passe par l'entrée de la baie Ghesapeake sur l'Atlantique et par le confluent de l'Ohio et du Mississipi; la grande culture se tient môme, en général, au-dessous du 36® degré; d'autre part, elle reste en deçà du 100® degré de longitude ouest de Greenwich. C'est seulement au début du XIX® siècle, avant les chemins de fer, puis aussitôt après la guerre de Sécession, alors que les plantations du Sud étaient dévastées et le coton excessivement cher, qu'on l'a cultivé un peu en dehors de ses limites actuelles, au nord tle la rivière d'Ohio, dans la partie méridionale de l'Illinois et de l'Indiana, de même qu'à l'Extrême-Ouest dans la Californie, l'Utah et le Nevada. Mais les cultures de ces régions ne furent jamais que bien restreintes et n'ont pas duré : la production du coton y est précaire et ne saurait, en temps normal, y être profitable.
C'est le climat qui maintient la culture cotonnière dans les limites que nous venons d'indiquer : en dehors d'elles l'hiver est trop long, l'été trop sec ou trop frais. Anciennement cultivé comme plante vivace, le coton l'est, aujourd'hui, aux État-Unis, — et dans la plupart des autres pays aussi, — comme plante annuelle. On n'a donc pas à s'inquiéter pour lui de la rigueur des froids de l'hiver; il faut seulement que la mauvaise saison ne soit ni trop précoce ni trop prolongée, afin de laisser à la plante assez de temps pour se développer et pour mûrir tous ses fruits. Il faut aussi que les chaleurs de l'été soient intenses, durables et accompagnées de pluies, non pas continues, mais f
de la fin du deuxième mois qui suit les semailles. Toutes ces conditions se trouvent réunies dans le sud des États- Unis. En certains points de la région, dans une partie du Tennessee, de l'Arkansas, du Territoire Indien, la température moyenne de janvier est inférieure à celle du même mois à Paris ; presque tout le Sud (sauf les bords même du golfe du Mexique) est, d'ailleurs, exposé à subir des « vagues froides », qui y font descendre, pendant quelques jours, le mercure à 10 ou 15 degrés au-dessous de zéro, et des blizzards qui couvrent le sol de deux ou trois pieds déneige; mais ceci importe peu. L'essentiel est que l'hiver se trouve assez vite terminé pour que les labours puissent être faits du 15 février au 1" avril, par un temps plutôt sec; les semailles ont alors lieu en avril. Quelque humidité, sans excès, n'est pas nuisible à ce moment; mais, pourtant, pendant les six ou huit premières semaines, la plante ne demande pas de pluie : « Un mois de mai sec, dit-on dans le Sud, promet une bonne récolte. » Une températïire très élevée, jointe à des pluies assez abondantes, devient ensuite nécessaire^ Dans toute la région cotonnière des États-Unis, la moyenne des mois de juillet et d'août dépasse 25 degrés, alors qu'elle n'atteint pas 19 degrés à Paris. Les gousses contenant la fibre de coton ne mûrissent pas toutes ensemble : on commence de récolter les premières dès le mois d'août; la plus grande partie est recueillie avant la fin d'octobre; mais sur les sols compacts et argileux, la récolte peut se prolonger jusqu'au début de décembre. Aussi, pour permettre à toutes les gousses de mûrir, est-il désirable que la température se maintienne élevée le plus longtemps possible.
1. On peut suppléer aux pluies par l'irrigation, lorsqu'on dispose de grandes quantités d'eau : c'est ce qu'on fait, notamment, en Egypte et au Turkestan.
Tout en restant à l'intérieur des limites que la nature lui impose^ la culture du coton s*est cependant beaucoup étendue, on peut môme dire déplacée aux États- Unis. Quinze États ou Territoires sont compris, en tout ou en partie, dans les limites du 37® degré de latitude et du 100'* degré de longitude. Tous cultivent plus ou moins le coton, mais trois d'entre eux, la Virginie, le Kentucky et le Missouri, n'ont qu'une faible portion de leur surface au-dessous du 37® degré et ne possèdent que des cultures très restreintes. En Virginie, elles sont même en diminution; elles décroissent aussi dans le Tennessee; et dans la Caroline du Nord elles n'ont jamais recouvré toute l'importance qu'elles possédaient avant la guerre. Le progrès croissant des moyens de transport fait que la culture du coton, comme tous les genres de productions, tend à se concentrer dans les endroits qui y sont le mieux appropriés et à céder ailleurs la place à d'autres. Mais si elle a ainsi, depuis vingt ans, un peu reculé vers le Sud, elle s'est surtout avancée vers l'Ouest : en 1880, 12 p. 100 seulement de la récolte étaient produits à l'ouest du Mississipi où, seul, l'État de Louisiane avait des cultures étendues; en 1860, la mise en valeur de TArkansas et du Texas commençait, et la part des États situés au delà du Mississipi dans la production cotonnière atteignait près de 30 p. 100; en 1880, cette proportion était un peu dépassée ; en 1890, elle s'élevait à 37 p. 100; en 1900, à 44 p. 100. Voici du reste, d'après le Census de 1900, un tableau qui permettra de juger de l'extension prise par les cultures, dans les divers États, depuis vingt ans. Nous le complétons, en y joignant, pour la présente année 1903, l'évaluation des surfaces ensemencées, faite par le Financial and Commercial Chro- 7iicle de New-York, dont les statistiques font autorité :