‹ Les Êtats-Unis au xx' siécleChapitre 6 sur 92 · PRÉFACE XI · texte numérisé non relu

PRÉFACE XI

gâter à Tavenir et le xx® siècle n'assistera-t-il pas à sa décadence ? D'aucuns le craignent, en voyant Fafflux récent d'immigrants du Midi et de TOrient de TEurope, gens « arriérés », à demi touchés seulement par la civilisation moderne, beaucoup plus difficiles à assimiler que les Allemands et les Scandinaves qui, jusqu'aux environs de 1890, avaient formé avec les Anglais et les Irlandais la très grande majorité des colons. Ayant moins d'esprit d'initiative, de self-help^ se sentant perdus dans un milieu si profondément différent du leur, ces nouveaux immigrants s'accumulent dans les villes, où on leur reproche de déprécier les salaires, et ne contribuent que peu à la mise en valeur réelle du pays. Peut-être, toutefois, les Américains envisagent-ila avec trop de pessimisme le changement effectué dans l'origine des immigrants.

Parmi ces nouveaux venus il en est, comme les Italiens, qui, à côté de certains défauts, sont très loin d'être dénués de qualités. Puis la population des États-Unis est déjà si forte que l'immigration ne saurait plus la modifier aussi profondément qu'elle eût pu le faire jadis. On ne peut nier cependant que cette introduction d'éléments nouveaux et hétérogènes soit de nature à créer peut-être un certain déséquilibre. Si elle doit avoir un effet sensible sur le type américain, ce ne peut guère être qu'en mal. Aussi conçoit-on qu'elle préoccupe le Gouvernement et les citoyens des États-Unis»

Plus grave est le problème posé par la pn^sence ..f la oni <iij l'Union de 9 millions de noirs. Il est [u'il y a une justice immanente de it pour les Américains la punition du esclavage que de traîner, comme un oids mort d'une population inférieure tera, sinon toujours, du moins pendant Ces noirs ont une natalité supérieure à nos, et, bien que leur ignorance et leur ygiène leur vaille une mortalité plus ils croîtraient sans doute plus vite que loDt la natalité tend à s'affaiblir, n'était ! l'immigration. Gomme celui-ci est imînuer avec le temps, absolument et tivemenl, on peut dire, presque avec le la proportion des noirs à l'ensemble tion des États-Unis ne tombera guère, , au-dessous du taux actuel de il à 'X ce qu'il y a peut-être de plus grave, î'est que cette population noire est canune portion relativement restreinte du u'elle tend à s'accumuler de plus en ne « zone noire », black belt, où elle |ue des blancs, où loin de se civiliser à , elle ne fait que s'enfoncer dans sa bar-

é du préjugé de couleur rend, d'ailleurs, it moral des deux races presque comsur les points oii blancs et noirs sont

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physiquement mêlés. Comme en chemin de fer ou en tramway, les noirs sont parqués à part à l'atelier, à Técolc, à Téglise même. C'est au point que, dans la plupart des confessions protestantes, il y a une branche pour les noirs, une pour les blancs, qu'il existe, par exemple, une ép^lise méthodiste africaine, une église baptiste africaine, distinctes de l'église méthodiste, de l'église baptiste proprement dites. Les ministres de ces églises noires sont, eux-mêmes, des nfegres souvent ignorants, parfois même vicieux. « Quels sont les principaux défauts des pasteurs noirs, demandait-on dans une enquête récente ? — Whiskey and women^ l'alcool et les femmes » S répondaient certains témoins. S'il faut se garder de trop généraliser de pareilles accusations, il est certain, en tout cas, que les institutions mêmes qui devraient moraliser les noirs, l'église, l'école, sont si négligées qu'elles ne remplissent pas leur rôle. A l'heure actuelle, le problème noir, qui se complique de conséquences politiques, est plus aigu que janlais. A vrai dire, il paraît insoluble. C'est, assurément, un des points sombres de l'avenir des Etats-Unis, que ce grand nombre des nfegres, qui écarte les colons blancs d'une de leurs plus belles parties.

Placée dans un milieu favorable, douée ellemême des plus grandes qualités, la population

1. The Negro Churchj par W. E. Burghardt Du Bois; imprimerie de rUniversité d'Atlanta (Géorgie), 1903.

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