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TRAVAIL ET SALAIRES DANS L*INDUSTRIE AMIÊRIGAINE

supplémentaires qui en résultent peuvent compenser peut-être les économies que permettent les autres chapitres. Tout pesé, les salaires réels demeurent encore, à peu près au môme degré que les salaires nominaux, supérieurs aux États-Unis à ce qu'ils sont en Europe.

Ces salaires continuent-ils à s'élever ? Il est, ici, plus difficile de tirer une réponse des renseignements fournis par les Census successifs, d'abord parce que la définition officielle de l'ouvrier et du nombre moyen de personnes occupées n'a pas toujours été la même, puis parce que ces divers recensements ont été effectués à des moments où les conditions économiques étaient très différentes. En 1890, par exemple, les affaires étaient actives et paraissaient stables ; il n'y avait pas eu, depuis longtemps, de fortes secousses; les salaires étaient plus hauts que jamais auparavant. En 1900, la situation était prospère aussi ; mais on sortait depuis peu d'une période de dépression prolongée, suite d'une crise des plus intenses, qui avait obligé à d'importantes diminutions de salaires, et à des chômages partiels ; or, on sait que le taux des salaires est toujours relativement lent à se relever dans les périodes de reprise économique, comme il est lent à baisser dans celles de dépression ; durant l'exercice de 1899-1900 auquel s'appliquent, en général, les statistiques industrielles du Census, il subissait encore un peu l'influence des mauvaises années antérieures. Ces considérations peuvent expliquer, dans une certaine mesure, pourquoi, de 1890 à 1900, le montant total des salaires distribués aurait augmenté moins vite que le nombre des ouvriers occupés, et pourquoi, par conséquent, le salaire moyen aurait un peu fléchi, ainsi qu'il résulte du tableau suivant :

MOUVEMENT DES SALAIRES AUX ÉTATS-UNIS DB 1880 A i90P

Nombre d'ouvriers occupés. . . 2.732.565 4.251.613 5.308.406

Augmentation pour cent depuis le Census précédent » 55.6 0/0 24.9 0/0

Montant total des salaires (en millions de dollars) 947.9 1.891.2 2.322.3

Augmentation pour cent d'un CensîLs au suivant

Salaire moyen général(en dollars).

— des hommes (end.).

— des femmes (en d.).

— des enfants (en d.).

Le fléchissement observé de 1890 à 1900 est très faible, 1 1/2 p. 100 seulement, et il s'applique exclusivement aux salaires masculins, tandis que ceux des femmes et des enfants sont en progrès ; mais, pour faible qu'elle soit, cette baisse ne s'en étend pas moins à tous les groupes généraux d'industries, à l'exception de ceux qui sont sujets à des mortes-saisons prolongées ; pour ces derniers (industries alimentaires, industries du bois, fabrication des briques, des poteries et du verre) la nouvelle manière de calculer le nombre moyen d'ouvriers occupés, a eu pour résultat de relever la moyenne des salaires ; mais, partout ailleurs, elle paraît bien être en décroissance. Ce résultat contraste singulièrement avec les progrès considérables que l'on avait l'habitude d'observer pendant les décades précédentes : de 1870 à 1880, comme de 1880 à 1890.

Il ne faudrait pas se hâter d'en tirer des conclusions défavorables à l'avenir de l'ouvrier américain. D'abord, comme nous l'avons dit, les résultats des divers Census ne sont pas exactement comparables ; cela étant, un écart aussi faible que celui qu'on relève, dans la plu-

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part des industo-ies, entre les salaires de 1890 et ceux de 1900, n*a guère de portée ; d'ailleurs, rélimination d'un certain nombre d'employés supérieurs, hautement rétribués, qu'on avait compris à tort parmi les ouvriers, en 1890, devait nécessairement réduire, en apparence, la moyenne des salaires ; puis, comme nous l'avons fait remarquer aussi, les conditions économiques étaient moins favorables à la main-d'œuvre lors du Census de 1900. Il est certain que, si l'on avait fait la statistique des salaires deux ou trois ans plus tard, en 1902 ou 1903, on aurait constaté des chiffres sensiblement plus élevés, et, au lieu d'une légère diminution sur 1890, c'est une notable augmentation qui se serait dégagée de l'ensemble. Ënûn, certaines industries secondaires, mais occupant un assez grand nombre de personnes, qui se contentent d'une rémunération très faible, ont été recensées avec beaucoup plus de soin, en 1900 qu'en 1890. « Ainsi, dit le rapport sur le Census, l'industrie de la térébenthine et de la résine aurait, en 1900, 1.503 établissements, contre 670 en 1890, et occuperait 41.864 ouvriers, contre 15.266 ; la moyenne des salaires payés dans cette industrie est de 200 dollars (1.000 fr.) par an. Il est donc évident que, dans tous les Etats où la production de la térébenthine et de la résine est importante,, la décroissance apparente des salaires moyens est due, non h une réduction effective de ces salaires, mais au fait qu'on a recensé un plus grand nombre d'établisseaments payant de très bas salaires à une maind'œuvre non qualifiée (unskilled). » L'égrenage du coton est un autre exemple d'une industrie à bas salaires, qu'on a recensée avec soin en 1900, tandis que, en 1890, elle se confondait plus ou moins avec les opérations agricoles ; le résultat en est encore un abaissement, purement apparent, des salaires moyens. Les deux

industries que nous venons de citer sont spéciales au Sud des États-Unis et leur influence explique que, dans cette région, les salaires paraissent avoir baissé de près de 9 p. 100 au lieu de 1 1/2 p. 100 dans l'ensemble du pays *.

Il ne paraît donc pas, somme toute, qu'il y ait lieu de s'inquiéter de cette baisse apparente de la rémunération du travail. Le rapport sur le Census estime, d'autre part, que la hausse de près de 30 p. 100 relevée de 1880 à 1890 est fort exagérée. Il demeure néanmoins que, même en faisant abstraction de l'influence exercée par les industries à bas salaires qui avaient été omises en tout ou en partie aux Census antérieurs, mais qui ont été recensées en 1900, la hausse des salaires, phénomène constant jusque-là, paraît s'être arrêtée de 1890 à 1900. Outre l'influence prédominante de la crise commerciale, dont les effets n'étaient pas encore dissipés quand le Census e^ eu lieu, il nous semble qu'on peut voir encore deux causes à ce phénomène : Tune est le changement qui s'est produit dans la nature de l'immigration et qui a amené aux États-Unis, à partir de 1890 précisément, beaucoup moins d'Allemands, d'Anglais, de Scandinaves, mais beaucoup plus d'Italiens, d'Autrichiens, de Hongrois, de Russes, ouvriers souvent moins habiles, plus arriérés, et habitués en tout cas à être moins payés ; l'autre est la moindre productivité, observée partout, de l'industrie qui n'est plus toute nouvelle : faisant relativement moins de bénéfices, elle résiste plus aux demandes d'accroissement des salaires.

1. Si Ton retranche les Etats du Sud et que Ton considère tout le reste des Etats-Unis, on voit la baisse apparente des salaires disparaître et les moyennes de 1900 devenir strictement égales à ceUes de 1890.

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Quant à l'influence des machines, qui permettent de se passer d'ouvriers particulièrement habiles, de remplacer le travail qualifié, skilled, par le travail mécanique, sous la direction d'un ouvrier ordinaire, elle se fait sentir très nettement dans certaines industries. Ainsi, entre 1890 et 1900, dans l'industrie de la soie, le nombre des ouvriers passe de 49.000 à 65.000, augmentant de 32,8 p. 100 ; les salaires, de 17.760.000 à 20.980.000 dollars, augmentant de 18 p. 100 seulement; c'est que, dans le même laps de temps, la valeur de l'outillage s'est élevée de 14.180.000 à 20.750.000 dollars, soit de 46,3 p. 100. De même, dans l'industrie du cuir tanné et corroyé, le nombre des ouvriers passe de 42.000 à 52.000, en progrès de 23 p. 100; les salaires, de 21.250.000 dollars à 22.590.000, en progrès de 6 p. 100 seulement ; mais la valeur de l'outillage s'élève de 8 à 15 millions de dollars, accroissement de 86 p. 100. On trouve des résultats du même genre dans la manufacture des chaussures à la machine, dans celle des voitures, un peu aussi dans celle du papier et de la pulpe de bois, et celle des articles en caoutchouc.

Il importe cependant d'observer que la fabrication de ces nombreuses et coûteuses machines, qui viennent réduire la part de la main-d'œuvre dans certaines industries, crée elle-même une demande de main-d'œuvre considérable dans les industries se rattachant au travail des métaux et, par contre-coup, dans les mines. Le machinisme, comme la lance d'Achille, guérit les blessures qu'il fait et, en définitive, par l'impulsion qu'il donne à la production, augmente la demande de travail; mais il semble bien qu'il tende plutôt à niveler les salaires, en relevant les plus bas, en abaissant peutêtre les plus hauts, — en dehors d'une élite assez res-

treinte de mécaniciens et d'ajusteurs très chèrement payés.

Nous ne chercherons pas à entrer dans le détail des salaires moyens des diverses industries. Le rapport sur le Census insiste sur le fait que les chiffres sont trop incertains pour qu'on puisse en tirer aucune conclusion. D'ailleurs, dans chaque branche industrielle, les salaires des ouvriers de tout ordre, depuis les manœuvres jusqu'aux ouvriers les plus qualifiés, se trouvent nécessairement confondus, en sorte que ces moyennes, lors même qu'on pourrait les établir d'une façon exacte, ne sauraient guère conduire à aucune conclusion utile.

Il est plus intéressant de comparer les salaires à un moment donné dans les diverses régions des États-Unis. Les mômes méthodes de calcul de moyennes ayant été appliquées et les mêmes questions posées partout, les résultats sont, cette fois, beaucoup plus comparables que lorsqu'on envisage les chiffres de deux Censtis différents. Cet examen révèle des différences énormes au sein môme de l'Union. Les salaires sont au plus bas dans le Sud, au plus haut dans l'Ouest, et varient, comme moyenne générale annuelle, de 196 dollars, soit 1.000 francs, dans les deux Garolines, à 788 dollars ou 4.000 francs dans le Montana, État minier des Montagnes Rocheuses. Les variations sont surtout très fortes pour les hommes : 232 dollars dans la Caroline du Sud, 806 dans le Montana ; pour les femmes, ils varient de 153 dans la Caroline du Nord à 366 dans l'Arizona ; pour les enfants, de 96 dans la Caroline du Sud à 291 dans le Montana. Voici, du reste, ces moyennes par région :

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SALAIRES MOYENS ANNUELS AUX ÉTATS-UNIS, d'APRÈS LE CENSUS

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