‹ Les États-Unis au XXe [i.e. vingtième] siècleChapitre 31 sur 94 · VALEUR MOYENNE DES EXPLOITATIONS PAR HECTARE · texte numérisé non relu

VALEUR MOYENNE DES EXPLOITATIONS PAR HECTARE

(En francs.) Régions.

Atlantique-Nord Atlantique-Sud Centre-Nord .

Centre-Sud. . Ouest ....

États-Unis .... 155 295 336 320

On voit quelle influence a eu sur la valeur de l'hectare la constitution de grands domaines pastoraux dans la zone semi-aride entre 1890 et 1900, influence qui s'est surtout fait sentir dans l'Ouest et le Centre-Sud. C'est dans le Centre-Nord que les terres de grande culture ont le plus de valeur; dans l'Atlantique-Nord, la moyenne se trouve plus élevée grâce aux jardins maraîchers ; dans l'Ouest, les cultures fruitières de Californie, souvent irriguées, viennent aussi augmenter la moyenne qui serait, sans cela, sensiblement moindre.

L'étendue des ex.ploitations n'est qu'un des facteurs de la constitution de la propriété. Il en est un autre, non moins capital, la tenure du sol. En France, on le sait, l'exploitation par le propriétaire lui-même est le mode le plus fréquent; en Angleterre, c'est le fermage ; quelle est la situation aux États-Unis ? Les renseignements que nous donne à ce sujet le douzième Census sont très détaillés et très précis : les exploitants y sont classés sous six rubriques différentes, que voici :

Propriétaires exploitant eux-mêmes [Owners) ;

Propriétaires partiels {Part owners) exploitant un domaine dont une partie leur appartient et dont le reste se compose de terres prises à bail par eux ;

Propriétaires et tenanciers associés {Owners and tenants) ; un petit nombre de domaines sont ainsi exploités par le propriétaire et un ou plusieurs autres individus qui reçoivent une part des produits comme rémunération de leur travail ;

Régisseurs (Managers) exploitant pour le compte de propriétaires non résidants ou de Sociétés ;

Fermiers {Cash tenants) ;

Métayers ou colons partiaires {Share tenants).

Nous allons voir d'abord comment se répartissent

proportionnellement les exploitations des diverses sortes en chaque région des États-Unis :

PROPORTION p. 100 DES EXPLOITATIONS AGRICOLES SUIVANT LE MODE DE TENURE DU SOL

Propriétaires Pro- Propriétaires exploi- priétaires et tenanciers Régions tants. partiels, associés. Régisseurs. Femiers. Métayers

Atlantique-Nord . 72.3 4 » 0.9 2 » 9.8 H »

Atlanlique-Sud . 49.3 4.9 0.6 0.9 18 » 26.3

Centre-Nord. . . 57.8 12.1 1.2 0.9 9.5 18.4

Centre-Sud.. . . 44.8 5.2 0.8 0.6 17.3 31.3

Ouest 69.6 10.1 0.6 3.1 7.7 8.9

Etats-Unis. . . . 54.9 7.9 0.9 1 » 13.1 22.2

La majorité des exploitations est donc dirigée par les propriétaires eux-mêmes; il est utile d'ajouter que les « propriétaires partiels », nombreux surtout dans le Centre et l'Ouest, sont en général propriétaires de la plus grande portion des terres qu'ils exploitent, et que cette portion qui leur appartient est aussi étendue, en moyenne, que l'exploitation totale des propriétaires de la même région qui ne prennent pas de terres à bail et se contentent de cultiver leurs biens. Somme toute, pour avoir la part du faire-valoir direct dans l'exploitation du sol aux États-Unis, il est juste de réunir les trois premières catégories (propriétaires, propriétaires partiels, propriétaires et tenanciers associés); c'est ce que faisaient, du reste, les précédents Census. On obtient ainsi une proportion globale de 63.7 p. 100. La prépondérance de la propriété, de la petite et moyenne propriété appartenant aux cultivateurs du sol, s'affirme donc très nettement aux États-Unis. Elle est surtout très forte dans le Nord et dans l'Ouest.

En deux régions, l'Atlantique-Nord et l'Ouest, on trouve une proportion notable de propriétés que font valoir des régisseurs moyennant un traitement fixe. Le rapport sur le Census nous apprend que, dans les États de l'Atlantiquc-Nord, il s'agit surtout de propriétés où se trouvent les maisons de campagne de personnes riches qui habitent les villes la plus grande partie de l'année. Dans l'Ouest, ce sont des ranches d'élevage appartenant à des Sociétés.

Au Sud le faire-valoir direct joue un moindre rôle que dans le reste du pays : le fermage et surtout le métayage y tiennent une place très importante. Ceci s'explique aisément. L'abolition de l'esclavage, en donnant la liberté aux nègres, ne leur a point donné de terres. Médiocrement capables de se conduire eux-mêmes, peu d'entre eux ont colonisé dans l'Ouest. Comme, d'autre part, beaucoup ne sont pas très laborieux et travaillent surtout irrégulièrement, leur emploi comme journaliers salariés a souvent donné des mécomptes. On a donc réparti entre eux, comme fermiers ou métayers, le sol de maintes plantations, et le métayage l'a emporté sur le fermage, parce que la plupart des nègres n'ont ni assez de capitaux, ni assez d'esprit d'ordre et d'économie pour faire de bons fermiers.

Les terres exploitées par les fermiers ou métayers sont du reste, en général, de médiocre étendue : 8 p. 100 des fermiers et 3,7 p. 100 des métayers cultivaient des domaines de moins de 4 hectares, 10,8 p. 100 des fermiers et 11,5 p. 100 des métayers des terres de 4 à 8 hectares; 30,9 p. 100 des premiers et 32 p. 100 des seconds des domaines de 8 à 20 hectares. Ainsi 49,7 p. 100 des exploitations affermées et 47,2 p. 100 de celles conduites par des métayers, soit presque exactement la moitié, ont moins de 20 hectares (alors que la moyenne

aux États-Unis est de près de 60 hectares pour toutes les exploitations) ; 20,9 p. 100 des fermiers et la môme proportion des me'tayers exploitaient des domaines de 20 à 40 hectares; enfin 18,2 p. 100 des premiers et 19,9 p. 100 des seconds des domaines de 40 à 70 hectares. Il ne restait guère que 10 p. 100 des uns et des autres, pour les domaines supérieurs à 70 hectares. II y a là une diffe'rence sensible avec ce qui se passe en France où les fermes, sinon les métairies, sont beaucoup plus étendues que la plupart des propriétés soumises au faire valoir.

Il semblerait que le fermage et le métayage aient une tendance à augmenter d'importance aux États-Unis, comme cela ressort du tableau que voici :

RÉPARTITION DES EXPLOITATIONS SUIVANT LE MODE DE TENURE DU SOL EN 1880, 1890 ET 1900.

Proportion p. ICO du lolal.

Faire-valoir.

Fermage.

Mélayage.

Faire-valoir. Formage. Métayage.

La tendance à l'accroissement du fermage et du métayage est surtout accentuée dans le Sud, où elle correspond à la continuation de la division des plantations pour les causes indiquées. Elle se manifeste aussi* cependant, dans les autres régions, et n'a pas laissé d'inquiéter certains Américains comme étant un fâcheux symptôme pour une démocratie. Mais le rapport sur le Census conteste que ces craintes soient fondées. Les fermiers et les métayers, dit-il, ne se multiplient pas aux dépens des propriétaires. Ceux-ci sont de plus en plus nombreux et la proportion des farms soumises au faire-

valoir direct, par rapport au chiffre total des hommes vivant de l'agriculture reste constante, tend même plutôt à augmenter. Ceci paraît un argument décisif. Si le nombre de fermiers et de métayers augmente aussi, c'est parmi les ouvriers agricoles qu'ils se recrutent, et c'est là un changement dont on ne peut que se féliciter.

Somme toute, la propriété paraît heureusement assise aux États-Unis. C'est dans l'ensemble, une vaste démocratie rurale, cultivant le sol qu'elle possède avec un remarquable esprit de progrès.

Mieux encore que des moyennes précédentes le degré de division du sol ressort du classement des exploitations tel qu'il se trouve indiqué dans le tableau suivant que nous empruntons au rapport sur le XIl^ Census (celui de 1900) :

EXPLOITA TIOMS AGRICOLES D APRKS LEUR CONTENANCE

Valeur

Surfaces

moyenne

Pour

par

Nombre.

ToUle.

(milliers <

Améliorée.

d'hectares).

exploitation, dollars.

De

à 1.2 hect.

De

De

De

De

De

De

Do

De

Plus de 400

Total. . .

Des chiffres qui précèdent, il résulte d'abord que le plus grand nombre des exploitations se trouvent comprises dans les contenances moyennes, de 8 à 70 hectares. Les grandes exploitations (on ne peut appeler

grande exploitation en ce pays de culture extensivc que celles dont la contenance dépasse une centaine d'hectares) ne forment que 9,2 p. 100 de l'ensemble; elles occupent, il est vrai, prt;s de la moitié de la surface totale : 159 millions d'hectares sur 336 millions; mais elles contiennent moins du tiers de la surface améliorée {improved land) : 50 millions sur 166 millions d'hectares. La proportion de cette surface améliorée à la surface totale des exploitations est caractéristique : des neuf dixièmes pour les exploitations au-dessous de 8 hectares, elle tombe aux quatre cinquièmes pour celles de 8 à 20 hectares, à un peu plus des deux tiers pour celles de 20 à 40, aux trois cinquièmes pour celles de 40 h 104 : elle est encore supérieure à la moitié pour celles de 104 à 200 ; pour celles de plus de 400 hectares, les terres améliorées ne forment plus, enfin, que le huitième à peine de la surface totale. Il ressort bien de là que les grandes et surtout les très grandes exploitations sont celles qui sont situées aux confins de la colonisation, en grande partie dans la zone aride, et sont consacrées au pâturage. Quant à la valeur des farms, on voit qu'elle est loin de croître proportionnellement à la surface. Chose curieuse, les exploitations d'une contenance inférieure à 120 ares ont une valeur moyenne supérieure à celles de 120 ares à 20 hectares : c'est que les premières sont, pour la plupart, des jardins maraîchers ou des vergers situés aux environs des villes. Il faut aller jusqu'aux exploitations de plus de 100 hectares pour trouver une valeur moyenne supérieure à 8.000 dollars ou 40.000 francs tout compris, fonds, cheptel, bâtiments et outillage. Ceci met nettement en évidence que la terre, aux États-Unis se trouve, généralement, entre les mains, non d'opulents capitalistes, mais d'une nombreuse démocratie rurale.

L'examen du classement des exploitations par contenance dans les diverses régions des États-Unis conduirait aux mêmes conclusions que nous a déjà permis de formuler l'examen des contenances moyennes dans chacune de ces régions : à savoir que l'étendue des exploitations est d'autant plus grande, en règle générale, que l'on marche de l'Est à l'Ouest. Si l'on compare les résultats des recensements successifs, on voit que les petites exploitations, au-dessous de 8 hectares, forment partout aujourd'hui une proportion plus grande du total qu'il y a vingt ans ; celles de 8 à 20 hectares sont dans le même cas, sauf dans la région de l'Atlantique-Nord, — d'où les petits cultivateurs, hormis les maraîchers ou jardiniers, émigrent, — et dans la région du Centre-Nord, où l'extension de la colonisation dans la zone semi-aride, insuffisamment arrosée, accroît le nombre des grands domaines. Les exploitations de 20 à 400 hectares sont au contraire proportionnellement moins nombreuses que jadis, dans le Sud surtout; cependant celles de 200 à 400 hectares augmentent dans le Centre-Nord. Enfin les très grandes exploitations, de plus de 400 hectares, sont en augmentation mai*quée dans l'Ouest, le Centre-Nord et l'Atlantique-Nord pour les causes que nous venons d'indiquer, et en diminution dans les deux régions méridionales, par suite de la division croissante des plantations cotonnières.

Le rapport sur le XIl" Census résume ainsi la répartition de la propriété dans les diverses parties de l'Union : « Près de la moitié des comtés S dit-il, où la

1. Les comtés sont les divisions secondaires des États, ainsi appelés par analogie avec les comtés anglais. Ils sont au nombre d'environ 3.000 pour les Etats-Unis, soit une soixantaine en moyenne par Etat ou territoire : le Rhode-Island n'en compte que 4, le Texas 240.

FA CONSTITUTION DK LA. PROPRIETK 93

contenance moyenne des exploitations est inférieure à 80 acres (32 hectares) se trouvent dans les riches plaines d'alluvion du bas Mississipi et de ses affluents, consacrées pour la plus grande partie à la culture du coton... Les comtés où les exploitations ont une contenance moyenne comprise entre 80 et 160 acres (32 à 64 hectares) couvrent la plus grande partie de la région à l'est du Mississipi... A l'ouest de la région occupée par ces exploitations se trouve une bande de territoire, aux limites plus ou moins bien définies où les exploitations ontune contenance moyenne de 64 à 128 hectares, puis une autre où cette moyenne varie de 128 à 256 hectares... Dans le Far West, les comtés où les farms sont de petite contenance sont ceux où l'irrigation est largement pratiquée. »

Lorsqu'on veut juger de la constitution de la propriété aux États-Unis et la comparer à ce qu'elle est en Europe, l'examen de l'étendue des domaines ne fournit pas un critérium exact, si l'on n'a constamment présent à l'esprit ce fait que la valeur de l'hectare, découlant de la valeur des produits que cette unité de surface fournit annuellement, est beaucoup moindre au delà qu'en deçà de l'Atlantique. C'est pourquoi nous avons donné, outre le nombre des exploitations de chaque étendue, la valeur moyenne de ces exploitations. Il en résulte, avec évidence, qu'une terre de 40 à 70 hectares qui est déjà, chez nous, une grande exploitation est, en Amérique, au point de vue social, une petite exploitation, puisque sa valeur n'atteint, en moyenne, qu'un peu plus de 4.000 dollars ou de 20.000 francs.

Mais ce qui met le mieux en évidence le caractère des exploitations agricoles aux États-Unis, c'est leur répartition suivant l'importance de leur produit brut.

CLASSEMENT DES EXPLOITATIONS AGRICOLES SUIVANT LA VALEUB DU PKODUIT BUUT ^ EN 1899.

Nombre

Valeur totale

absolu.

P. lûO.

du produit brut (Millions de doll.

Produit nul*. . . .

De 0 à 50 dollars. .

De 50 à 100 dollars. .

De 100 à 250 dollars.

De 250 à 500 dollars..

De 500 à 1000 dollars

De 1.000 à2.500doll.

Plus de 2.S00 dollars.

Total

Moins d'un cinquième des exploitations américaines donnent ainsi un produit brut supérieure o.OOO francs, ce qui n'est pas encore un chiffre considérable, et une proportion infime, moins de 3 p. 100, donnent un produit brut de plus de 12.500 francs. Or, ce dernier chiffre, lui-même est encore loin de correspondre à une grande opulence chez l'exploitant.

La proportion des farms des diverses catégories varie naturellement suivant la région, ainsi qu'on le verra par leJLableau de la page 93,

Dans le Centre-Nord, qui est la principale région agricole des Etats-Unis, la catégorie d'exploitation la plus nombreuse est celle qui donne de 500 à 1.000 dol-

l.Non compris la valeur des produits donnés comme nourriture aux animaux.

2. Il s'agit ici d'exploitations qui ne sont pas encore en valeur, généralement parce qu'elles viennent seulement d'être créées, ou d'exploitations privées de revenus accidentellement, par des fléaux naturels.

LA CONSTITUTION DE LA PROPRIETE 9b

lars de produits bruts. Comparant ce résultat avec ceux que l'on obtient en examinant les tableaux de répartition des fermes par contenance et par genre de culture principale, le rapport sur le Ceîisus en conclut que l'cxploitation-typo, dans le Centre-Nord, est une exploitation de 70 à 100 hectares, consacrée principalement à la production des céréales et des fourrages et donnant un produit brut de 2.500 à 5.000 francs. Dans l'Atlantique-Nord, le type est l'exploitation de 20 à 40 hectares, consacrée à l'élevage intensif du bétail et à la production du laitage, donnant de même un produit brut de 2.500 à 5.000 francs. Dans les deux régions méridionales, l'exploitation que l'on rencontre le plus fréquemment a aussi une étendue de 20 à 40 hectares, mais produit surtout du coton, pour une valeur brute de 1.250 à 2.500 francs seulement en moyenne ; la faiblesse de ce produit correspond au peu de besoins des petits fermiers et métayers noirs. Dans l'Ouest, les caractères généraux ne sont pas sans analogie avec ceux du Centre- Nord, mais avec une proportion beaucoup plus marquée de vastes domaines, exploités assez souvent pour le compte de Sociétés et consacrés à l'élevage extensif du bétail ^

Atlantique- Atlantique- Centre- Centre- Nord. Sud. Nord. Sud. Ouest.

Nombre absolu des exploitalious. . . 677.S06 962.225 2.196.567 1. 638.160 242.908

'Nul 0.3 0.7 0.6 1.3 3.8

DeOàSOdol. 1.8 3.1 1.5 3.7 4.4

lDe50àl0û. . 4.1 8.7 3.3 6.4 5.6

)De 100 à 230. 18.3 30.5 14.5 28.4 16.5

jDo 250 à 500. 23.9 32.0 23.1 34.1 19.9

f Do 500 à 1000. 27.8 16.3 30.2 19.3 20.8

Del000à2500. 18.7 5.7 23.1 5.8 18.7

.l'ius de 2500. 3.1 1.0 3.7 1.0 ' 10.3

1. On observe dans le Sud et l'Ouest une proportion beaucoup plus forte que dans le Nord, et anormale, d'exploitations donnant

Nous venons d'examiner le produit brut des exploitations agricoles américaines. Quels en sont maintenant les frais? Les premiers et les plus importants sont les frais de main-d'œuvre, qui paraissent cependant très faibles si on les compare à ce qu'ils sont dans l'Europe occidentale. Ils ne s'élèvent, d'après les relevés du Census, qu'à 365 millions de dollars par an pour l'ensemble des Etats-Unis, soit à une moyenne de 64 dollars ou 330 francs par exploitation et 43 cents par acre ou 5 fr. 50 environ par hectare, ce qui représente seulement 9,7 p. 100 du produit brut. Dans la région de l'Atlantique-Nord, où la culture est plus intensive, les dépenses de main-d'œuvre atteignent 525 francs par exploitation, 14 francs par hectare et 14,4 p. 100 du produit brut. Dans l'Ouest, où se trouvent beaucoup de fermes de vaste étendue nécessitant l'emploi d'un assez grand nombre de travailleurs salariés, ces frais atteignent 1.160 francs par exploitation, mais moins de 8 francs l'hectare ; ils s'élèvent à 19,5 p. 100 du produit brut. Dans le Centre-Nord, les chiffres sont presque exactement ceux de la moyenne des États-Unis, avec seulement une proportion un peu plus faible par rapport au produit brut, 8 p. 100. Dans le Sud enfin, où les exploitations, pour la région cotonnière du moins, sont le plus souvent limitées à la surface que peuvent cultiver l'exploitant et sa famille sans le secours de main-d'œuvre étrangère, les dépenses de main-d'œuvre tombent à 195 francs par farm et 4 fr. 60 par hectare pour les États de l'Atlantique, à 150 francs par /«rm et "2 fr. 40 par hectare pour les États du Centre, ce qui

moins de 100 dollars, ou 500 francs environ de produits bruts. Cela paraît tenir à une moindre e.ïactitude des relevés des recenseurs dans ces régions, ou très peu peuplées, ou habitées en partie par des noirs ou des Indiens ignorants.

représente respectivement 9,2 et 6,5 p. 100 du produit brut.

Naturellement, les grandes exploitations ont, d'une manière générale, plus de frais de main-d'œuvre que les petites ; il faut, cependant, faire exception pour les très petites, au-dessous de 8 hectares, qui sont constituées en grande partie par des jardins maraîchers, fleuristes, fruitiers. La main-d'œuvre revient à 385 francs par exploitation et à 500 francs par hectare en moyenne pour les exploitations de moins de 120 ares; elle tombe ,à 38 francs l'hectare pour celles de 120 ares à 4 hectares h 16 francs pour celles de 4 à 8 hectares. Pour les domaines qui forment les types courants d'exploitations rurales aux Etats-Unis, de 8 jusqu'à 400 hectares, les frais de main-d'œuvre restent, en moyenne, compris entre 6 et 7 francs l'hectare. Pour les très grandes exploitations, au-dessus de 400 hectares, ils tombent à 3 fr. 15 l'hectare.

Suivant le genre de culture prédominant dans chaque exploitation, la dépense de main-d'œuvre varie de 3 fr. 80 l'hectare pour celles qui se livrent surtout à l'élève du bétail et 3 fr. 90 pour celles qui cultivent principalement le coton, à 6 francs pour celles qui font du fourrage et des grains, à 7 fr. 40 pour les plantations de tabac, à 11 francs pour les exploitations qui produisent surtout du lait, du beurre et du fromage. Le riz, le sucre, les cultures maraîchères et fruitières exigent, naturellement, beaucoup de main-d'œuvre, et celle-ci absorbe jusqu'à 1.250 francs par hectare pour les jardins fleuristes.

La faiblesse des frais de main-d'œuvre dans la plupart des exploitations rurales aux Etats-Unis vient encore souligner le fait de la prépondérance des petites exploitations, que l'occupant cultive sans autre aide que celle

des membres de sa famille. Cette situation ressort d'ailleurs nettement de la remarque suivante : le nombre des personnes du sexe masculin âgées de plus de dix ans et gagnant leur vie dans l'agriculture était, en 1900, de 9.349.322 ; or, le nombre des exploitations agricoles se trouvait, à la même date, de 5.739.657. Il devait donc y avoir ce même nombre de chefs d'exploitation et il ne restait que 3.609.665 domestiques ou journaliers ; comme un certain nombre de grandes exploitations occupent plusieurs salariés, il résulte nécessairement de ces chiffres que la majorité n'en employait aucun. Il faudrait, sans doute, tenir compte de ce que quelques exploitations sont dirigées par des femmes et de ce que, par conséquent, l'excédent des hommes vivant de l'agriculture sur les hommes chefs d'exploitation, c'est-à-dire le nombre des journaliers et domestiques est un peu plus fort que nous venons de le dire ; toutefois, l'écart ne saurait être grand, car ces exploitations dirigées par des femmes sont certainement assez rares.

D'ailleurs, une forte proportion des salariés agricoles eux-mêmes se compose de membres de la famille, d'enfants des exploitants. Si nous considérons, non plus seulement les hommes, mais les personnes des deux sexes dont l'occupation principale est l'agriculture, le Census nous apprend que le nombre en est de 10.438.188. Cela ne donnerait, soit dit en passant, qu'un peu plus d'un million de femmes se livrant aux travaux des champs ; mais aux États-Unis, de même que dans la plupart des pays, les femmes et, très souvent aussi les filles des exploitants sont officiellement classées comme sans profession, bien qu'elles leur apportent un aide très efficace. Ce sont seulement, en général, les femmes ne travaillant pas dans leur famille qui sont considérées comme occupées à l'agriculture. Quoi qu'il en soit, sur

LA CONSTITUTION DE LA PROPttlÉTK 1)9

ces 10.438. 188 personnes, 5. C8l. 234 sont classées comme « exploitants, planteurs et surveillants » {farmers^planters and overseers), chiffre correspondant à peu près exactement au nombre des exploitations (il n'y a pas à s'étonner d'une légère discordance sur des chiffres aussi considérables) ; 4.459.346 sont des salariés [agricuUural laborers) et sur ce dernier nombre 2.366.313 (dont 1.925.247 hommes et 441 .066 femmes) sont des membres des familles des exploitants. Il ne reste que 2.047.658 employés, journaliers ou domestiques proprement dits; en outre on compte quelques 300.000 personnes se livrant à des travaux spéciaux : jardiniers, bergers et autres, qui peuvent rentrer aussi dans la classe des salariés ordinaires et en portent le nombre à 2.350.000 environ. On voit combien la proportion est faible, sur un total de 10 millions et demi de personnes vivant de l'agriculture.

Si les charges de main-d'œuvre aux États-Unis sont peu élevées, bien plus faible encore est une autre catégorie de dépenses qui atteint souvent en Europe des proportions assez lourdes : les dépenses d'amendement et d'engrais. Elles n'ont monté, pour l'année précédant le Census de 1900, qu'à 54.783.757 dollars, 275 millions de francs ; dix ans plus tôt elles n'étaient que de 38 millions et demi de dollars, vingt ans plus tôt de 28 millions et demi. Elles ont donc crû un peu plus vite que la surface cultivée. Leur importance n'en reste pas moins minime et montre combien les Etats-Unis sont encore un pays d'agriculture extensive. La moyenne générale des dépenses pour achats d'engrais ne s'élevait, en 1900, qu'à 50 francs par exploitation et à moins de 90 centimes par hectare, soit 1,2 p. 100 de la valeur du produit brut. Elle est naturellement plus forte dans les régions de l'Atlantique, à culture plus ancienne, plus

intensive et où le sol a davantage perdu de sa fertilité naturelle, déjà moindre en elle-même : là on atteint une moyenne de 115 à 120 francs par exploitation, 3 francs et 3 fr. 10 par hectare suivant qu'on considère le Nord ou le Sud ; mais dans le Centre-Nord on tombe à lo francs par exploitation et 25 centimes par hectare, dans le Centre-Sud à 20 francs par exploitation et un peu moins de 40 centimes par hectare, dans l'Ouest à 20 francs par exploitation et 13 centimes par hectare.

Encore la moyenne générale des achats d'engrais se trouve-t-elle relevée par la présence des exploitations maraîchères et fruitières; pour les grandes cultures, elle est extrêmement faible : 50 centimes par hectare pour les grains et fourrages ; 25 centimes pour l'élève du bétail ; 1 fr. 15 pour la production du lait et de ses dérivés, beurre et fromage ; 1 fr. 80 pour le coton ; 4 fr. pour le tabac. Gela revient à dire que dans la plupart des exploitations, du moins au Nord et à l'Ouest, pour la production des céréales, des fourrages et l'élève du bétail, on n'emploie d'autres engrais que le fumier de ferme dont on peut disposer.

La faiblesse de tous les frais, si lourds en Europe est évidemment l'une des grandes causes de supériorité de l'agriculture américaine. Mais comment ces frais peuvent-ils être si bas ? Pour les achats d'engrais, c'est la fertilité naturelle du sol vierge qui en est cause : il ne dépend pas ici du vieux monde d'imiter le nouveau. Mais pour la main-d'œuvre, la légèreté des charges qu elle entraîne provient de la bonne organisation du travail, du grand nombre d'animaux domestiques et de la perfection de l'outillage. On se plaint souvent, chez nous, que l'agriculture manque de bras, pour employer le cliché usuel ; elle en manque plus encore aux États- Unis, si l'on tient compte de l'énormité des surfaces cul-

livdcs et de la masse colossale des produits ; mais clic les utilise mieux, elle sait les (économiser en remplaçant, autant que possible, la force humaine par celle des animaux et des machines, que l'homme est surtout chargé, dans l'agriculture comme dans l'industrie, de diriger, au lieu de donner cette force lui-même. Ainsi scientifiquement utilisé, le travail humain devient extrêmement productif.

Le rapport sur le XIP Census se livre à un assez curieux calcul pour évaluer la part du travail dans le revenu brut agricole, ce qu'il appelle le revenu du travail {labor incomé). La valeur totale des produits bruts de l'agriculture (non compris la nourriture du bétail) s'élève, dit-il, à 3.742.129.000 dollars, en 1809, l'accroissement de la valeur des exploitations à 445.763.000 dollars (c'est le dixième de l'accroissement de leur valeur de 1890 à 1900) ^. Ces deux sommes réunies font 4.187.892.000 dollars représentant le revenu brut agricole; déduisons-en l'intérêt à 6 p. 100 de la valeur des exploitations, soit 1.226.394.000 dollars, il reste 2.961.498.000 dollars pour le revenu ou produit du travail (labor income), soit 288 dollars ou 1.440 fr. par tête pour chacune des 10 millions et demi de personnes occupées à l'agriculture. En réalité, il faudrait réduire ce total par tête, car beaucoup de femmes travaillent aux champs sans être comptées, nous l'avons dit.

La valeur des machines et outils employés sur les exploitations atteignait, en 1900, 133 dollars en moyenne, soit 689 francs par exploitation, ce qui est considérable. Dans l'Atlantique-Nord, elle s'élevait à 226 dollars ; dans l'Ouest, à 218; dans le Centre-Nord, à 166; le

Page 1