‹ Les États-Unis au XXe [i.e. vingtième] siècleChapitre 45 sur 94 · DÉVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION COTONNIÉHE AUX ÉTATS-UMS · texte numérisé non relu

DÉVELOPPEMENT DE LA PRODUCTION COTONNIÉHE AUX ÉTATS-UMS

Poids moyen

Uillions

Dates Milliers

des balles

de

dos recolles. de balles.

en livres anglaises.

livres anglaises

4ib

Le progrès a été continu, on le voit, sauf de 1859 à 1869, décade pendant laquelle a eu lieu la guerre de Sécession (1861-1863), dont les effroyables ravages avaient un moment presque anéanti la culture du coton. C'est précisément durant les dix années qui ont précédé ce désastre que le développement des cultures, correspondant à un très grand essor industriel en Europe, avait été le plus rapide, et l'on sait quelle crise intense amena l'arrêt presque complet des exportations américaines. Aujourd'hui la production cotonnière des États- Unis est à peu près double de ce qu'elle était à la veille de la guerre. La récolte de 1899, il convient de le remarquer, sans être très mauvaise, n'a guère été que passable, sinon même médiocre, et s'est trouvée très sensiblement inférieure aux deux précédentes : en 1898, année qui marque le record obtenu jusqu'ici on avait recueilli 11.200.000 balles de coton pesant plus de b millions et demi de livres.

Pour avoir pris une pareille importance, il faut évi-

(leinnicnl que la cultui'c cotonnièrc ait rencontré aux États-Unis des conditions très favorables. La totalité du pays est cependant loin de s'y prêter, et l'on sait qu'elle est strictement cantonnée dans le Sud. Presque nulle part elle ne dépasse le î}?" degré de latitude, qui passe par l'entrée de la baie Ghcsapcake sur l'Atlantique et par le confluent de l'Ohio et du Mississipi; la grande culture se tient môme, en général, au-dessous du dQ" degré; d'autre part, elle reste en deçà du 100° degré de longitude ouest de Greenwich. C'est seulement au début du xix" siècle, avant les chemins de fer, puis aussitôt après la guerre de Sécession, alors que les plantations du Sud étaient dévastées et le coton excessivement cher, qu'on l'a cultivé un peu en dehors de ses limites actuelles, au nord de la rivière d'Ohio, dans la partie méridionale de l'Illinois et de l'Indiana, de môme qu'à l'Extrème-Ouest dans la Californie, l'Utah et le Nevada. Mais les cultures de ces régions ne furent jamais que bien restreintes et n'ont pas duré : la production du coton y est précaire et ne saurait, en temps normal, y être profitable.

C'est le climat qui maintient la culture cotonnière dans les limites que nous venons d'indiquer : en dehors d'elles l'hiver est trop long, l'été trop sec ou trop frais. Anciennement cultivé comme plante vivace, le coton l'est, aujourd'hui, aux État-Unis, — et dans la plupart des autres pays aussi, — comme plante annuelle. On n'a donc pas à s'inquiéter pour lui de la rigueur des froids de l'hiver ; il faut seulement que la mauvaise saison ne soit ni trop précoce ni trop prolongée, afin de laisser à la plante assez de temps pour se développer et pour mûrir tous ses fruits. Il faut aussi que les chaleurs de l'été soient intenses, durables et accompagnées de pluies, non pas continues, mais fréquentes à partir

de la fin du deuxième mois qui suit les semailles. Touteces conditions se trouvent réunies dans le sud des Etats- Unis. En certains points de la région, dans une partie du Tennessee, de l'Arkansas, du Territoire Indien, la température moyenne de janvier est inférieure à celle du même mois à Paris; presque tout le Sud (sauf les bords même du golfe du Mexique) est, d'ailleurs, expose à subir des « vagues froides », qui y font descendre, pendant quelques jours, le mercure a 10 ou io degrés au-dessous de zéro, et des blizzards qui couvrent le sol de deux ou trois pieds déneige; mais ceci importe peu. L'essentiel est que l'hiver se trouve assez vite terminé pour que les labours puissent être faits du 15 février au l""" avril, par un temps plutôt sec; les semailles ont alors lieu en avril. Quelque humidité, sans excès, n'est pas nuisible à ce moment; mais, pourtant, pendant les six ou huit premières semaines, la plante ne demande pas de pluie : « Un mois de mai sec, dit-on dans le Sud, promet une bonne récolte. » Une températare très élevée, jointe à des pluies assez abondantes, devient ensuite nécessaire^ Dans toute la région cotonnière des Etats-Unis, la moyenne des mois de juillet et d'août dépasse 25 degrés, alors qu'elle n'atteint pas 19 degrés à Paris. Les gousses contenant la fibre de coton ne mûrissent pas toutes ensemble : on commence de récolter les premières dès le mois d'août; la plus grande partie est recueillie avant la fin d'octobre; mais sur les sols compacts et argileux, la récolte peut se prolonger jusqu'au début de décembre. Aussi, pour permettre à toutes les gousses de mûrir, est-il désirable que la température se maintienne élevée le plus longtemps possible.

1. On peut suppléer aux pluies par l'irrigation, lorsqu'on dispose de grandes quantités d'eau : c'est ce qu'on fait, notamment, en Egypte et au Turkestan.

Tout en restant h l'intérieur des limites que la nature lui impose, la culture du coton s'est cependant beaucoup étendue, on peut même dire déplacée aux États- Unis. Quinze Etats ou Territoires sont compris, en tout ou en partie, dans les limites du 37° degré de latitude et du 100" degré de longitude. Tous cultivent plus ou moins le coton, mais trois d'entre eux, la Virginie, le Kentucky et le Missouri, n'ont qu'une faible portion de leur surface au-dessous du 37° degré et ne possèdent que des cultures très restreintes. En Virginie, elles sont même en diminution; elles décroissent aussi dans le Tennessee; et dans la Caroline du Nord elles n'ont jamais recouvré toute l'importance qu'elles possédaient avant la guerre. Le progrès croissant des moyens de transport fait que la culture du coton, comme tous les genres de productions, tend à se concentrer dans les endroits qui y sont le mieux appropriés et à céder ailleurs la place à d'autres. Mais si elle a ainsi, depuis vingt ans, un peu reculé vers le Sud, elle s'est surtout avancée vers l'Ouest : en 1850, 12 p. 100 seulement de la l'écolte étaient produits à l'ouest du Mississipi où, seul, l'État de Louisiane avait des cultures étendues; en 1860, la mise en valeur de l'Arkansas et du Texas commençait, et la part des États situés au delà du Mississipi dans la production cotonnière atteignait près de 30 p. 100; en 1880, cette proportion était un peu dépassée; en 1890, elle s'élevait à 37 p. 100; en 1900, à 44 p. 100. Voici du reste, d'après le Census de 1900, un tableau qui permettra de juger de l'extension prise par les cultures, dans les divers États, depuis vingt ans. Nous le complétons, en y joignant, pour la présente année 1903, l'évaluation des surfaces ensemencées, faite par le Financial and Commercial Chronicle de New-York, dont les statistiques font autorité :

SUHFACES ENSEMENCÉES EN COTON KN 1879, 1889,

Virginie

Caroline du Nord. .

— Sud . .

Géorgie

Floride

Alabama

Mississipi

Tennessee

Louisiane

Texas

Arkansas

Territoire indien. .

Oklalîoma

Missoui'i

Total (y compris cinq autres Etats) . . .

Produclion eu 1899

Milliers d'hectares.

Milliers de balles

Le coton est encore produit dans cinq autres États ^ non détaillés dans ce tableau, mais en quantité insignifiante puisque, en 1899, l'ensemble de ces cinq Etats n'a pas récolté i.500 balles, sur une étendue d'environ 4.000 hectares en culture. Les six derniers États du tableau, qui sont au delà du Mississipi, n'avaient, en 1879, que 1.316.000 hectares en coton; en 1899, ils en possédaient 3.731.000. Sur les 3.918.000 hectares qu'avaient gagnés les 'surfaces en culture au cours de

1. Ces Etats ; sont : le Kentucky qui, en 1899, avait 960 hectares ensemencés et a récolté 1. 369 balles, le Kansas (60 hectares et 70 balles), le Nevada (10 hectares et 18 balles), l' Arizona (8 hectares et 15 balles), l'Utah (4 hectares et 5 balles)

cet, intervalle de vingt ans, 2.415.000 leur revenaient. Vav contre, de 1890 à 1903, ces six Étals ou Territoires du Sud-Ouest n'ont gagné que 823.000 hectares, sur un gain total de 1.888.000 : les hauts prix du coton ont incité beaucoup de cultivateurs du Sud-Est à étendre leurs ensemencements d'une manière un peu exceptionnelle; les surfaces ensemencées en 1903 étaient, du reste, beaucoup plus considérables qu'à aucune époque antérieure.

Dans l'ensemble, il reste vrai, en tout cas, que c'est au delà du Mississipi que la culture du coton se développe et se développera à l'avenir. Dans le Sud-Est, les terres les plus propices sont déjà presque toutes occupées, certaines commenceraient même à s'épuiser si l'on n'avait recours, de plus en plus largement, à la fumure. Dans les exploitations classées par le Census de 1900, comme exploitations cotonnières, c'està-dire les exploitations qui tirent du coton plus de 40 p. 100 de leur revenu brut, la moyenne des dépenses pour achat d'engrais s'élève à 29 et 30 dollars, soit environ 150 francs par exploitation en Caroline et en Géorgie. Or, les exploitations cotonnières comprennent, en moyenne, dans l'ensemble des États-Unis, 35 hectares dont 18 de terres améliorées et, parmi ces dernières, 7 à 8 de terres plantées en coton; d'ailleurs la surface de ces exploitations dans les vieux États de la Géorgie et des Garolines doit être, en général, audessous de la moyenne des États-Unis; enfin, c'est en très grande majorité sur les terres en coton que sont répandus les engrais achetés; la dépense pour achat d'engrais doit donc être voisine d'une vingtaine de francs par hectare cultivé en coton, ce qui ne laisse pas d'être important, et forme un contraste marqué avec la manière dont on cultive les grains.

Dans l'Alabama et en Floride, chaque exploitation cotonnière achète encore, en moyenne, pour 12 dollars d'engrais ; puis, à mesure qu'on s'avance vers l'Ouest, cette moyenne tombe à 3 dollars dans le Mississipi, à 2 en Louisiane, à 1 dollar et moins dans les autres États situés au delà du grand fleuve, c'est-à-dire qu'elle devient tout à fait insignifiante *. En ces régions et en particulier dans le Texas, le Territoire Indien et l'Oklahoma, il reste beaucoup d'excellentes terres susceptibles de donner, sans soins particuliers, de très abondantes récoltes, et les terres déjà cultivées, ne l'étant pas depuis longtemps, ne sont pas près de s'épuiser.

A vrai dire, les statistiques des récoltes successives, depuis une trentaine d'années, ne paraissent pas déceler un fléchissement dans les rendements en coton. S'il y a, en quelque point, tendance à l'épuisement, il semble que l'emploi des fumures et une culture un peu plus intensive suffisent à la combattre avec succès. La production moyenne, on l'a vu par le tableau que nous donnons plus haut, ressort, pour 1899, à un peu moins d'une balle par hectare, la balle faisant 493 livres anglaises, ceci équivaut à 220 kilogrammes à l'hectare. Lors de la récolte exceptionnelle de 1897, on avait atteint 240 livres par acre, soit 270 kilogrammes à l'hectare : c'est le chiffre le plus élevé que l'on constate, au moins depuis vingt-cinq ans. Les plus mauvaises récoltes ne sont jamais descendues au-dessous d'une moyenne de 160 livres par acre, soit 180 kilogrammes à l'hectare, et, si l'on dresse le tableau complet des ren-

1. Le Tennessee, de même que les Etats à l'ouest du Mississipi, a une très faible dépense d'engrais (moins dun dollar par exploitation). Ceci paraît tenir à ce que les terres cultivées en coton dans cet Etat, se trouvent toutes dans les basses alluvions du Mississipi, extraordinairement fertiles.

(Iciuents moyens successivement obtenus h chaque n'^collc depuis 1875, on ne discerne, à travers les fluctuations annuelles dues aux influences climatériques, aucune tendance bien nette à une diminution ou à un accroissement. Si toutefois on pouvait en trouver une, il semble que ce fût plutôt en ce dernier sens.

Si la production moyenne des terres à coton paraît avoir assez peu changé depuis un quart do siècle, elle semble varier davantage suivant les régions géographiques. En 1899, alors que la moyenne était d'un peu moins d'une balle, soit 220 kilogrammes à l'hectare, dans l'ensemble, elle s'élevait au-dessus de ce chilïre dans les deux Carolines, le Mississipi, l'Arkansas et la Louisiane; elle était inférieure dans les autres États ou Territoires; le maximum se trouvait atteint en Louisiane avec 285 kilogrammes à l'hectare ; le minimum en Floride avec 158 et dans l'Oklahoma avec 160 ; le Texas, le plus grand producteur, donnait une moyenne d'environ 205 kilogrammes à l'hectare. De la carte indiquant les rendements, que publie le rapport sur le Census de 1900, il résulte que les régions produisant plus d'une demi-balle de coton par acre, c'est-à-dire plus de 280 kilogrammes à l'hectare, sont assez peu étendues : elles ne se trouvent guère que dans les épaisses alluvions de la vallée du Mississipi, dans un district assez restreint de la Caroline du Nord, et dans quelques cantons du Texas ; quant aux terres donnant plus de trois quarts de balle à l'acre, c'est-à-dire de 420 kilogrammes par hectare, il n'en existe qu'en Louisiane dans la basse vallé du Mississipi.

La culture du coton alterne en général dans le Sud avec celle du maïs ; ce sont là les deux récoltes dont vit essentiellement l'agriculture des États méridionaux. Avant la guerre civile, le maïs occupait beaucoup plus d'es-

pace : 5.900.000 hectares pour les dix principaux États cotonniers en 1850, tandis que le coton n'en couvrait à cette époque que 2.700.000 dans les mêmes États. Depuis, les hauts prix du textile, la facilité des communications, qui permettait de faire venir les grains du Nord et l'esprit routinier des noirs, qui connaissaient la culture du coton mieux que toute autre et s'étaient mis à la pratiquer exclusivement, avaient fait négliger les cultures vivrières. Ainsi, dans les dix mêmes États, l'aire du maïs était, en 1889, de 7.550.000 hectares seulement, et celle du coton de 8 millions d'hectares. Mais, durant la dernière décade d'années, les inconvénients de cette monoculture ont apparu et, aujourd'hui, le maïs avec 10.1200.000 hectares, dépasse à nouveau le coton qui n'en a que 9.400.000 pour ces dix États. Il est incontestable que c'est là un retour à de meilleurs errements. Parmi les diverses cultures américaines, le coton présente cette particularité que sa production est, dans une très large mesure, entre les mains de fermiers et de métayers et que les exploitations dirigées par les propriétaires eux-mêmes sont en minorité. Nous avons eu déjà l'occasion d'expliquer les raisons qui ont amené la division des vastes domaines du Sud en un grand nombre de petites exploitations, louées à des fermiers et plus encore à des métayers. Dans les dix principaux États cotonniers, les exploitations soumises au régime de faire-valoir direct ne formaient, en 1900, que

48.3 p. 100 du total, tandis que 20,3 p. 100 étaient aux mains de fermiers et 31,4p. 100 de métayers; en 1880, ces proportions étaient, au contraire, de 60,6 p. 100,

12.4 p. 100 et 27 p. 100 respectivement. On observe ainsi que le nombre des fermiers s'accroît bien plus vite que celui des métayers et que beaucoup de métayers se transforment en fermiers. Ceci indique un progrès dans

l'rlat social des exploitants ; car le mdtayer, le plus souvent ancien esclave ou descendant d'ancien esclave noir, cultive encore, en grande partie, sous la direction plus ou moins etïective du propriétaire ; le fermier est plus indépendant. Il convient de noter, d'autre part, que p :mi les exploitants noirs ce sont les métayers, qui obtiennent les meilleurs rendements : une balle par hectare en moyenne, précisément, sans doute, parce qu'ils sont soumis à cette sorte de tutelle éclairée des planteurs ; tandis que les fermiers n'obtiennent que 95 centièmes et les propriétaires 91 centièmes déballe. Chez les blancs, les proportions sont renversées : une balle pour les propriétaires et fermiers, 9o centièmes de balle chez les métayers, qui sont plus arriérés.

Le coton reste, somme toute, une culture bien rémunératrice, donnant au prix moyen de 9 à 10 cents par livre, soit environ un franc le kilogramme, un produit brut à l'hectare, sensiblement supérieur à toute autre culture américaine. Aux très hauts prix cotés ces temps derniers — 13 et jusqu'à 14 cents sur le marché de New -York — l'agriculture des États du Sud serait extraordinairement prospère. Mais une pareille hausse, qui a provoqué un accroissement exceptionnel des ensemencements, peut-elle se maintenir?

Il ne semble guère probable qu'elle puisse le faire longtemps en entier. Les conditions climatériques ont été défavorables à la récolte de 1903, qui n'a atteint qu'une petite moyenne, bien que les surfaces ensemencées fussent plus étendues que jamais ; d'autre part, la consommation se restreint provisoirement en présence des très hauts cours ; les fléaux naturels ne se répéteront sans doute pas avec la même intensité qu'en 1903, et il y a lieu de prévoir que l'augmentation des ensemencements aura sa conséquence naturelle sous forme

de belles récoltes. Une baisse paraît donc vraisemblable et peut-être assez prochaine.

Néanmoins, les débouchés des cotonnades peuvent tellement augmenter, tant pour l'habillement que pour l'ameublement, en Amérique et en Europe, comme parmi les populations primitives d'Afrique et d'Asie, que, d'une manière générale, des cours, non pas aussi élevés que depuis un an, mais assez fermes par rapport à la moyenne des dernières années, semblent entrer dans les prévisions plausibles. L'avenir de la culture cotonnière, en Amérique, paraît donc brillant et, d'autre part, les diverses puissances qui ont des possessions à climat semi-tropical agiront sagement en ne laissant pas aux Etats-Unis le monopole du plus important des textiles. Ils trouveront dans la production du coton une source de profits considérable, et l'ensemble des récoltes mondiales, étant ainsi plus affranchi d'influences climatériques locales, présentera plus de stabilité.

CIIAPITllE VI

Les cultures industrielles diverses. — Graines oléagineuses. — Sucre. — Tabac.

La culture des grains, Télève du bétail et la production du coton sont assurément les branches principales de l'agriculture américaine ; mais il est un certain nombre d'autres denrées agricoles qui jouent un grand rôle dans la vie économique du monde et pour la production desquelles les États-Unis ont pris déjà ou paraissent susceptibles de prendre un jour, bientôt peut-être, une place importante. Leur développement en ce sens peut avoir, comme il est arrivé si souvent, un contre-coup sur la situation des producteurs et des consommateurs européens. Il importe donc de passer en revue les principales de ces cultures, qui sont pour la plupart des cultures industrielles, qui font vivre un grand nombre de personnes et contribuent fort à la richesse de certains Etats de l'Union.

Si nous avions écrit au milieu du xix* siècle et non au commencement du xx% nous aurions dû donner ici une place importante aux textiles végétaux autres que le coton, au chanvre et au lin. Mais, aux États-Unis, comme en France, comme dans la plupart des pays d'Europe, tout au moins des vieux pays, la culture du chanvre est tombée dans une profonde décadence : la production en était de 149 millions de livres, soit envi-

lliS LES ÉTATS-UNIS AU XX^ SIÈCLE

ron 67.000 tonnes en 4859 ; en 1899, année qui a précédé le dernier Census, elle était tombée ù moins de 12 millions de livres ou 5.500 tonnes, dont la valeur était inférieure à 3 millions de francs; le chanvre n'était plus cultivé que sur 6.400 hectares, dont 5.600 se trouvaient dans l'État de Kentucky, qui avait toujours tenu la tète pour cette récolte. Le Missouri, le Tennessee, la Pennsylvanie, qui en produisaient aussi beaucoup jadis, y avaient complètement renoncé.

En tant que textile, le lin est encore plus délaissé. De 27 millions de livres ou un peu plus de 12.000 tonnes en 1869, le poids de la filasse produite était tombé à 241.000 livres, soit quelque 110 tonnes en 1889 et ce chiffre parut si négligeable qu'en 1899, les bulletins, pourtant si complets du Census, ne posèrent même plus de question à ce sujet. II paraît, cependant, qu'il est encore produit quelque peu de fibre de lin dans le Michigan ; mais, en général, la culture et le traitement du lin sont considérés comme trop coûteux aux États-Unis et les fabriques de toiles de lin, dont on trouve un certain nombre dans les États de l'Est, importent du dehors leur matière première, malgré les droits qui la frappent.

La culture du lin a cependant conservé une grande importance et s'est même beaucoup développée dans ces dernières années aux États-Unis ; mais ce n'est plus pour sa fibre, c'est pour sa graine qu'on le fait croître. Les hauts prix que cette denrée avait atteints en 1899, année à laquelle se rapportent les statistiques du Census, ont déterminé des ensemencements particulièrement considérables et la surface cultivée en lin, qui s'accroissait déjà depuis nombre d'années, s'est élevée à 832.000 hectares, au lieu de 508.000 dix ans plus tôt. La Russie est, aujourd'hui, le seul pays qui ait des cul-

tiii-es (le lin plus étendues que les Etals-Unis ; les deux autres grands producteurs : l'Argentine et l'Inde britannique se trouvent largement distancés ; en France, le lin n'a guère couvert plus de 100.000 hectares au temps de sa plus grande prospérité, vers le milieu du xix° siècle; et l'on est, aujourd'hui, bien au-dessous de la moitié de ce chiffre. En Russie, le lin est surtout cultivé pour sa fibre, de sorte que les États-Unis ont été, en 1899, les premiers producteurs de graine de lin du monde : ils en ont récolté 7.200.000 hectolitres sur un total de 25 millions, la Russie venant après eux, avec 6 millions et demi d'hectolitres. C'est une production presque exactement double de celle de 1889. Le lin, qui était surtout cultivé, il y a cinquante ans, dans les États riverains de l'Ohio, a, peu à peu, comme bien d'autres cultures, émigré vers l'Ouest; aucun État à l'Est du Mississipi n'en récolte plus en quantité notable, et le grand centre de sa production se trouve dans le Minnesota et les deux Dakotas, les États les plus froids de l'Union, qui ont ensemble 660.000 hectares en lin, soit près des quatre cinquièmes de toutes les cultures. Ce n'est pas là, du reste, une culture riche puisqu'on ne recueille, en moyenne, aux États-Unis, que 8 hectolitres et demi de graines à l'hectare ce qui, à raison de 14 francs l'hectolitre, ne donne que 120 francs par hectare de produit brut; mais elle n'exige pas beaucoup de frais; 88.000 exploitations la pratiquent, à raison d'un peu moins de 10 hectares par exploitation. La graine de lin sert à faire de l'huile et la valeur totale 'des exportations de graines, d'huile de lin et de tourteaux s'est élevée, en 1899, à 8 millions de dollars, tandis que l'importation tombait à un chiffre insignifiant. La principale plante oléagineuse des États-Unis, ce n'est toutefois pas le lin, c'est le coton. L'emploi de ses

graines à la fabrication de l'huile est relativement récent. Bien que la première huilerie de graines de coton ait été établie à Natchez, dans le Mississipi, dès 1834, l'industrie ne prit pas d'expansion jusqu'à la guerre civile. Loin d'être utiles, les graines de coton constituaient un sérieux embarras pour les planteurs ou les industriels qui égrenaient le coton et ne savaient que faire des énormes accumulations de graines : on les ietaità la rivière quand on le pouvait; sinon on les laissait pourrir sur place. Aujourd'hui tout est bien changé : les 4.566.000 tonnes de graines de coton recueillies en 1899 représentent une valeur de 46 millions de dollars (sur la base du prix payé au récoltant); c'est plus de 12 p. 100 de la valeur de l'ensemble de la production cotonnière ; il est vrai que lo p. 100 environ de ce total, près de 700.000 tonnes, sont conservées pour les ensemencements et que 1.4o0.000 tonnes sont gardés aussi sur les plantations comme fumier ou comme aliment pour le bétail; mais cette proportion tend à diminuer chaque jour, parce que l'on a reconnu que les tourteaux, résidus de la fabrication de l'huile, constituent un aliment et un engrais bien supérieurs aux graines elles-mêmes. Aussi la jeune industrie de l'huile de coton, qui absorbe dès aujourd'hui plus de la moitié des graines, soit 2.400.000 tonnes, doit-elle continuer à se développer rapidement et viendra-t-elle, sans doute, concurrencer, de plus en plus, les produits des autres graines oléagineuses. Autrefois on exportait en assez grande quantité des graines de coton qui étaient traitées en Angleterre ; aujourd'hui, on trouve plus avantageux de ne pas transporter au loin cette matière encombrante ; à peu près toute l'huile se fait aux États-Unis mêmes qui, en 1900, en ont produit 4.240.000 hectolitres, dont la moitié a été exportée pour servir à divers

LKS CULTLIUES INUUSTIUKI.LKS Ul VKUSIiS i61

usages : fabrication du savon, de la margarine ou môme, bien raffinée, consommation comme huile comestible. Plus de 30 p. 100 de la production totale sont employés aux États-Unis par les grandes maisons de préparation des viandes de Chicago et d'ailleurs. « Mêlée à la graisse de bœuf, dit le rapport sur le Census de 1900, l'huile de coton donne un produit vendu sous le nom de lard ; ou encore, convenablement préparée, elle est directement vendue sous le nom de cottoline pour remplacer le lard. » Précieuse plante que ce cotonnier dont les produits se substituent à la toison des moutons et h la graisse des porcs! Les exportations d'huile de coton ont atteint, en 1900, une valeur de 14 millions de dollars et celles de tourteaux plus de 11 millions de dollars.

On se sert aussi quelque peu comme graine oléagineuse du maïs, et l'industrie paraît prendre de l'extension; il a été exporté des Etats-Unis, en 1902, pour 1.300.000 dollars d'huile de maïs. Enfin on cultive également l'une des principales plantes oléagineuses du monde, l'arachide, qui couvrait 206.000 hectares en 1899 contre 80.000 seulement en 1889 et qui se trouve surtout en Virginie, en Caroline du Nord et en Géorgie (124.000 hectares pour l'ensemble de ces trois États), puis dans la plupart des autres États du Sud. Mais une grande partie des fruits d'arachides, qui sont des sortes d'amandes ou de noisettes d'un goût agréable, sont consommés comme comestibles, directement ou en pâtisserie, et l'on ne fabrique encore que de petites quantités d'huile.

Malgré l'extension prise par les cultures oléagineuses, la plus importante des cultures industrielles des Étals- Unis, après le coton, est assurément celle du tabac, pour laquelle ils viennent, maintenant, à la tête de

tous les pays du monde, avec leurs 440.000 hectares plantés : l'Inde anglaise qui les suit n'en a que 360.000 hectares et tous les autres pays sont bien loin en arrière. Le tabac est indigène aux Etats-Unis, et il y a, de tout temps, joué un grand rôle économique. Il y a même servi de monnaie : « En 4621, raconte le rapport sur le Census, onze femmes vinrent d'Angleterre pour épouser des colons et leur voyage fut payé à raison de 120 livres de tabac... Dès 1688, les exportations de tabac s'élevaient 5.18 millions de livres (en poids) et, trois ans plus tard, la récolte du Maryland et de la Virginie seules, atteignait 36 millions de livres. En Maryland, le tabac fut déclaré étalon monétaire (légal tender) en 1732 sur la base de 1 penny (10 centimes) par livre, et fut admis comme tel pour le paiement de toutes les dettes, y compris les droits de douane, et des traitements de tous les employés de l'État et des ministres de l'Évangile. » Sous la présidence de Washington, à la fin du xviii® siècle, les exportations de tabac formaient, en valeur, 21 p. 100 de toutes les exportations et n'étaient dépassées que par celles de farine.

D'après le Census de 1850, la récolte du tabac aux États- Unis s'élevait à 199.752.000 livres, soit 90.000 tonnes; d'après celui de 1860, à la veille de la guerre civile, elle atteignait déjà 434 millions de livres ou près de 200.000 tonnes. En 1870, les ravages de cette effroyable lutte la faisaient retomber à 260 millions de livres; c'est à peine si le Census de 1880 relevait des chiffres supérieurs à ceux de 1860, avec 472 millions de livres; celui de 1890 ne notait encore que 488 millions; mais celui de 1900, portait le total à 868 millions de livres ou près de 400.000 tonnes. Ces chiffres, dit le rapport sur le CensMS lui-même, paraissent un peu sujets à caution,

LES, GULTUllES INDUSTRIELLES DIVERSES 163

coiix de 1890 surtout. L'Administration du Trésor, qui perçoit les droits d'accise sur le tabac, ne porte la récolte de 1 899 (à laquelle ont trait les statistiques du Census de 1900) qu'à 662.818.000 livres, ou 300.000 tonnes ; la différence de ce chiffre avec celui du Census s'explique, pour la plus grande partie, parce que l'Administration de l'accise perçoit les droits sur le tabac entre les mains des manufacturiers qui le préparent ou des exportateurs, et après qu'il a déjà subi un premier traitement consistant surtout en dessiccation, traitement qui lui fait perdre 15 à 20 p. 100 de son poids brut en feuilles, tel que le calculent les récoltants. Gela étant, il est clair que les chiffres du Trésor doivent toujours être sensiblement inférieurs à ce poids brut de la récolte ; d'ailleurs, un peu de tabac, estimé à 1/2 p. 100, peut-être, de laproduction, échappe à l'impôt parce qu'il est consommé par les récoltants ou cédé par eux à leurs voisins. Or, pour la récolte 1889, l'Administration du Trésor donne 555 millions de livres, soit 250.000 tonnes, et, pour 1879, 433 millions de livres ou un peu moins de 200.000 tonnes. La production de tabac n'aurait donc augmenté que de 50 p. 100 depuis vingt ans et de 20 p. 100 depuis dix ans, ce qui est, déjà, un progrès fort remarquable.

Nous donnons, ci -dessous, d'après le Census de 1900, dont les chiffres, recueillis avec soin, paraissent beaucoup plus exacts que ceux des précédents, l'étendue des surfaces cultivées en tabac, ainsi que la production (en livres anglaises de 453 grammes) et la valeur de la récolte dans les principaux Etats producteurs :

Surfaces F'roduclion Valeur

en milliers en milliers en millions

d'hectares. do livres. de dollars.

Kentucky 158 314 18,54

Caroline du Nord ... 81 127 8,04

Virginie 74 123 7,21

Tennessee 29 49,2 2,16

Ohio 28,6 66 4,86

Mai-jland 17,2 24,6 0,44

Wisconsin 13,5 45,5 »

Pennsylvanie 11,1 41,5 2,96

Caroline du Sud. . . . 10,4 19,9 1,.30

New-York 4,5 14 1,17

Connecticut 4 16,9 3,07

Indiana 3,3 6,9 0,43

Ensemble des Etats-Unis. 440 868 56,99

Le groupe des trois Etats contigas de Kentucky, Caroline du Nord et Virginie contient donc près des trois quarts des surfaces cultivées en tabac et fournit plus des trois cinquièmes de la re'colte en poids et près des trois cinquièmes en valeur. Rendement et valeur sont très variables suivant les régions. Une livre de tabac, dit le rapport sur le Census, peut valoir de 2 cents à 2 dollars, c'est-à-dire de 10 centimes à 10 francs ; sans aller jusqu'à ces extrêmes exceptionnels, en s'en tenant aux moyennes par États et ne considérant que les États grands producteurs, on voit le rendement, dont la moyenne générale est de 1.420 kilogrammes à l'hectare, varier de 1.130 en Caroline du Nord à 3.010 dans le Connecticut. Comme ce dernier État, la Pennsylvanie, le Wisconsin, le New-York et, à un moindre degré, l'Ohio ont aussi des rendements très supérieur^ à la moyenne ; le Kentucky donne 1 .470 kilogrammes : les autres États du Sud, à culture moins perfectionnée que le Nord, restent au-dessous de la moyenne générale.

l)ù m^mie, une livre de feuilles de tabac vaut 18 coïts (1 franc) au Conneclicut; en aucun autre des princijtaux Élats producteurs cette valeur ne dépasse ^ cents; dans la plupart, elle n'est que de 6 et la moyenne générale est seulement de 7.

Sur les 5.739.000 exploitations rurales des Etats-Unis, il s"en trouve 308.317 qui cultivent le tabac et chacune de ces dernières en possède en moyenne un hectare et demi; le revenu brut moyen d'un hectare en tabac est élevé puisqu'il atteint environ 650 francs, en moyenne; au Connecticut, il monte même à3. 800 francs; au Kentucky, il est de 600 ; en Virginie et en Caroline du Nord, de 500 francs; mais c'est une culture dispendieuse, exigeant beaucoup de soins, de frais de maind'œuvre, de fumure et qui fatigue grandement le sol. Les différences de rendement en poids et en valeur proviennent tant du degré de raffinement de la culture que des variétés produites. Celles-ci sont très nombreuses : il en est de légères et de peu colorées comme le lemon-yellow, jaune de citron; il en est de fortes et de foncées. Il en est qui sont réservées à la fabrication du tabac k fumer, d'autres au tabac à priser et au tabac à chiquer dont les Américains sont très friands, dans l'Ouest surtout. Nous ne saurions entrer dans le détail de ces variétés. Disons seulement que le chiffre des cigares fabriqués aux Etat-Unis a passé de 4 milliards 228 millions en 1890 à6 milliards 176 millions en 1900, celui des cigarettes de 2 milliards 505 millions à 3 milliards 258 millions et le poids du tabac à priser de 9.434.000 à 13.805.000 livres, dans le même laps de temps, augmentation singulière.

Les Étals-Unis exportent de très grandes quantités de tabac; 305 millions de livres, soit près de la moitié de la production, sur la récolte 1899; la même année,

ils ont, d'autre part, importé 21 millions délivres. Leurs importations proviennent surtout de Cuba; quant aux exportations, 29 p. 100 vont en Grande-Bretagne, 19 p. 100 en Allemagne, 11 p. 100 en France, 9 p. 100 en Italie. L'Angleterre n'est pas seulement le meilleur client de l'Union au point de vue de la quantité; mais c'est elle aussi qui demande les meilleures qualités ; l'Autriche vient ensuite à ce point de vue, puis l'Italie, puis la France. Au sujet de notre pays, nous relevons une intéressante remarque du Census : autrefois, le Gouvernement français prenait les meilleurs tabacs de Virginie, ceux qui avaient le plus de corps; mais, maintenant, la Régie s'est mise à abaisser graduellement la qualité des feuilles qu'elle achète... Ce qui ne l'a pas empêché d'augmenter tout dernièrement le prix du Maryland (qui vient en grande partie de Virginie). Voilà de quoi nous édifier sur l'Etat commerçant*.

11 nous reste à parler d'une des grandes cultures industrielles et alimentaires du monde, qui n'a pris aux États- Unis qu'un développement restreint, celle du sucre. Il peut sembler surprenant qu'une production aussi importante soit encore si négligée dans ce pays si riche et si progressif; mais, d'une part, une très petite portion seulement du territoire des Etats-Unis se prête à la culture de la canne à sucre ; d'autre part, la betterave fait partie en Europe d'un système perfectionné d'assolements et de culture intensive, qui ne trouve pas la même raison d'être en Amérique, pays neuf de culture

1. Voici le texte du rapport sur le Census que nous nous repi' cherions de ne pas reproduire exactement : « Formerly, the French govei'nment took the best lieavy-bodied tobaccos of Virginia, but, vhice the Régie contract system has been introducted, the quality of the leaf used has been gradually lowered. » (Censiis Reports : Twelfth Census of the United States; t. VI, p. b02.)

extensive. La question des sucres est, d'ailleurs, à peine moins controversée dans le Nouveau-Monde que dans l'Ancien ; les primes ne sont pas moins en faveur auprès des planteurs de cannes de la Louisiane qu'auprès de nos betteraviers du Nord, et le régime douanier, à l'abri duquel a pu s'édifier le grand trust américain de la raffinerie, a fait l'objet de bien des critiques ; il a été battu en brèche par l'entrée en franchise accordée, non seulement aux sucres d'Hawaï, pour lesquels c'était un privilège déjà ancien, mais, depuis la guerre avec l'Espagne, aux sucres de Porto-Rico et par la réduction des droits sur ceux de Cuba.

Quoi qu'il en soit, la surface totale cultivée en plantes sucrières diverses, aux États-Unis, n'était, en 1899, que de 3i2.000 hectares, trois millièmes à peine de l'ensemble des surfaces portant des récoltes : 181.000 hectares, soit plus de la moitié de ce chiffre revenaient à la canne, 417.000 au sorgho et 44.000 seulement à la betterave, alors que la France comptait 330.000 hectares de betteraves à sucre en 1900. Sur le territoire continental des États-Unis, la Louisiane avait, seule, une grande étendue de plantations de cannes : 110.000 hectares, mais sa production, à l'hectare, était de 28 tonnes de canne seulement ; encore fallait-il en réserver un quart pour la semence ; au contraire, les îles Hawaï, qui n'avaient que 26.000 hectares de cannes, répartis en beaucoup plus grandes plantations, produisaient 85 tonnes de canne à l'hectare et n'en réservaient qu'une proportion très faible pour les semences. Les autres États riverains du golfe du Mexique, ainsi que la Géorgie, les Carolines et l'Arkansas produisent quelque peu de canne à sucre, mais le rendement est toujours faible; le climat des États-Unis continentaux convient, évidemment, assez peu à cette culture. Au contraire, aux

îles Ilawaï, elle semble susceptible d'une grande extension.

Le sorgho est cultivé surtout dans le Texas, le Kansas, le Missouri, le Kentucky, le Tennessee, et divers autres États du Centre et du Sud. On tire aussi une certaine quantité de sucre grossier de la sève des érables dans le New-York, le Vermont, la Pennsylvanie et quelques autres États.

Quant à la betterave, nous l'avons dit, sa culture est encore très négligée ; elle n'a quelque importance qu'en Californie et dans le Michigan, qui en ont chacun 10.000 hectares, et produisent, respectivement, 3i20.000 et 200.000 tonnes de betteraves, puis dans le Nebraska et le Washington, avec environ 3.000 hectares chacun.

Somme toute, il a été produit en 1899, aux États-Unis, un peu moins de 400.000 tonnes de sucre de canne (dont 250.000 à Hawaï) et 75.000 tonnes de sucre de betterave ; la plupart des cannes de sorgho sont simplement transformées en sirops sur les exploitations et consommées, sous cette forme, dans le voisinage ; le sucre d'érable est laissé aussi, en grande partie, à l'état de sirop et ne se prête pas à des statistiques comparables à celles des sucres usuels de canne .ou de betterav^e. Les États-Unis ont été obligés d'importer 1.400. 000 tonnes de sucre en 1902.

Cette situation changera-t-elle ? Sans doute, une grande partie des États-Unis se prêterait à la culture de la betterave, qui leur rendra, en outre, service dans les assolements, le jour, assez prochain peutêtre, où leur agriculture devra devenir un peu plus intensive. Mais, ayant à leurs portes et sous leur dépendance, plus ou moins directe, des îles comme Cuba et Porto-Rico, sans parler d'Hawaï et des Philippines où la canne vient merveilleusement, c'est làpro-

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bnblcmcnt, plutôt que sur leur territoire continental, qu'ils pi-oduisent leur sucre. Il nous souvient d'avoir lu, il y a (juelques années, dans une revue américaine, un article sur « la revanche du sucre de canne » qui devait avoir lieu, selon l'auteur, par les soins des Etals-Unis. Ils la préparent aux Antilles ; déjà Porto-Rico se couvre de plantations ; les producteurs européens feront bien d'être sur leurs gardes. En cette branche agricole où leur suprématie est encore incontestée, ils auront bientôt à subir la rude concurrence de l'esprit d'organisation et d'initiative américain, sinon du sol américain lui-même.

Il est une autre catégorie de cultures dont le développement aux Etats-Unis est considérable, ce sont les cultures maraîchères et fruitières. Nous ne saurions entrer dans le détail infini de cette branche de l'agriculture. Elle est surtout florissante aux environs des villes, ces grands centres de consommation; mais, sous l'influence des progrès modernes, elle tend à se décentraliser et joue un grand rôle aujourd'hui dans la Californie et certains États du Sud qui expédient leurs produits au loin, non seulement à l'état de conserves, mais frais. L'ingéniosité pratique des Américains a trouvé matière à s'exercer dans la recherche des procédés de transport et de conservation de ces denrées essentiellement « périssables » que sont les légumes et les fruits frais. Dès le milieu du siècle, on avait commencé à envoyer par mer des primeurs de Virginie à New-York; mais on n'en pouvait expédier qu'assez peu : il fallait placer caisses et paniers sur le pont des bateaux pour leur assurer une aération suffisante pendant les trente-six heures du voyage. En 1874, on avait expédié pour la première fois par chemin de fer des pêches de l'État du Mississipi à cette même ville de New-York. On se ser-

vit d'abord pour les transports sur voie ferrée de wagons ventilés portant de nombreuses ouvertures garnies de fil de fer; on emploie encore ces véhicules pour les courtes distances ou les légumes peu délicats. Pour porter au loin des denrées « très périssables », on se sert de wagons réfrigérés. Le rapport sur le Census mentionne que, sur l'ensemble des voies ferrées nordaméricaines, aux États-Unis, au Mexique et au Canada, il circule 60.000 wagons frigorifiques, soit 5 p. 100 de l'effectif total du matériel roulant. Ce chiffre est vraiment formidable et montre qu'en suivant l'exemple des Américains, nous pourrions réaliser bien des progrès dans le transports d'une foule d'articles d'alimentation et rendre du même coup un grand service à notre agriculture. Ce n'est d'ailleurs que la moindre partie de cette énorme quantité de wagons à réfrigération qui sert aux fruits et aux légumes : le reste porte de la viande fraîche, de la bière, des œufs, du beurre, du fromage, du lait et diverses autres denrées susceptibles de se gâter vite; on parvient ainsi à conserver dix jours au moins les fruits les plus délicats, qu'on décharge d'ailleurs à destination dans des entrepôts à chambres frigorifiques. C'est grâce à ces perfectionnements que des primeurs peuvent être facilement expédiés dans le Nord, non plus seulement de Virginie, du Maryland, du Delaware, mais de Californie, de Floride, de Louisiane et du Texas.

Quant aux conserves de légumes et de fruits, la valeur de ces denrées préparées aux États-Unis, qui était de 17 millions de dollars seulement en 1880 et de 30 millions en 1890, s'est élevé à 56 millions en 1900. Il faut y joindre la valeur des pickles et de ces sauces toutes faites et peu variées, que l'on voit sur toutes les tables anglaises et américaines — l'Amérique, a-t-on

dit, est un pays qui n'a qu'une sauce et plus de cent religions. — Cette valeur était de 2 millions et demi de dollars, en 1880, de près de 10 millions en 1890 et de 21 millions et demi en 1900.

Parmi ces cultures fruitières, il s'en trouve une dont l'importance est telle, en France, que nous nous illusionnons parfois sur la grandeur du rôle qu'elle joue dans le monde entier : nous voulons parler de la viticulture. En réalité, il faut bien le dire, en dehors de la France, de l'Italie, de l'Espagne et du Portugal, la culture de la vigne n'est qu'une branche secondaire de l'agriculture ; si elle a encore quelque importance en Autriche-Hongrie, en Roumanie, en Grèce, en Suisse, en Allemagne, elle est presque négligeable partout ailleurs. Parmi les pays neufs, l'Argentine, le Chili, le Cap, sont les seuls où elle joue quelque rôle; et, malheureusement pour nous, dans les pays où l'on produit peu de vin, on n'en boit guère non plus.

Aux Etats-Unis, en particulier, il n'y a que peu de chose à dire de la viticulture. Le Census ne donne même pas, dans la division relative à l'agriculture, les quantités totales de vin produites. Il ne présente que celles faites sur les exploitations et renvoie, pour le reste, aux statistiques de l'industrie : la plus grande partie du vin est faite, aux États-Unis, par des industriels qui achètent les raisins aux cultivateurs. On ne nous renseigne pas non plus sur le nombre des hectares complantés en vigne, mais seulement sur celui des plants. Sur les 1600 pages consacrées par le Census à l'agriculture, il n'y en a qu'une seule qui le soit spécialement à la vigne et aux raisins. Disons donc que les États-Unis comptent 182 millions de ceps de vigne dont 90 millions et demi en Californie, 29 millions et demi à New-York, près de 14 millions dans l'Ohio ; le Kansas

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le Michigan, la Pennsylvanie, l'Oklahoma, le Missouri et rillinois ont encore chacun de 3 ù 6 millions de plants. Quant au poids total des raisins produits il est de 600.000 tonnes, dont 325.000 en Californie, 112.000 dans le New-York, 30.000 dans l'Ohio. Ceci comprend les raisins de table. La récolte des vins, d'après les statistiques du Département de l'Agriculture, oscille généralement entre 1 million et 1.500.000 hectolitres ; elle a atteint, exceptionnellement, 2 millions en 1901. Peutêtre le grand nombre d'immigrants des pays méridionaux de l'Europe qui arrivent depuis peu aux Etats- Unis y développera-t-il la viticulture, à laquelle une grande partie de leur territoire serait appropriée. Il nous paraît cependant peu vraisemblable que ce pays devienne un concurrent sérieux pour nos exportations de vins, encore que nous en ayons bu d'agréable en Californie ; malheureusement, il ne semble guère non plus — sauf pour le Champagne — devoir être un très bon client.

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