L INDUSTRIE DU FER ET DE L ACIER
la valeur moyenne qui leur est assignée ne dépassant pas 9 dol. 64 cents, soit 50 francs par tonne. On sait que, depuis 1901, le courant commercial s'est renversé et qu'en 1902 les États-Unis se sont mis à importer toutes sortes de fer au lieu d'en exporter. La hausse des prix sur leur marché intérieur, provoquée par une énorme, consommation, a causé ce revirement. Un autre, en sens inverse, commence à se manifester depuis la fin de 1903.
Les États-Unis ne sont pas seulement aujourd'hui le pays qui produit le plus de fonte de fer ; ils sont aussi le pays qui transforme en acier la plus forte proportion de cette fonte, ce qui est une preuve de la perfection qu'a acquise, dans l'Amérique du Nord, l'industrie métallurgique. On s'y sert beaucoup plus largement que dans la généralité des pays d'Europe d'articles en métal et, pour la fabrication de la presque totalité d'entre eux, l'acier est bien supérieur au fer. Il y a une vingtaine d'années, la production de l'acier, aux États-Unis, n'était que de 1.027.000 tonnes, soit 30 p. 100 environ de celle de la fonte brute, laquelle était, pour la plus grande partie, transformée en fer et, pour une autre portion importante, en fonte de moulage; dès 1890, le poids de l'acier produit atteignait 4.175.000 tonnes, 47 p. 100 de celui de la fonte brute;' en 1900, il s'élevait à 10.683.000, et, en 1902, à 15.186.000 tonnes, ou, respectivement, 74 et 85 p. 100 du poids de la fonte brute en chacune de ces deux années. A l'exception de l'Allemagne qui, en 1901, a obtenu 6.394.000 tonnes d'acier, soit 82 p. 100 de sa production de fonte, les autres contrées européennes sont fort en retard sur les États-Unis ; dans cette même année 1901 , la Grande-Bretagne a produit 5.080.000 tonnes d'acier (65 p. 100 de sa production de fonte) et la France 1.465.000
tonnes ou 61 p. 100 seulement. En ces deux derniers pays on se sert encore de fer pour certains usages où l'acier l'a complètement remplacé en Allemagne et aux États-Unis; en 1900, ceux-ci transformaient en fonte de moulage 3 millions et demi de tonnes de fonte brute ; ils en employaient 250.000 à la fabrication de certains alliages spéciaux dont les usages vont croissant : ferro-silicium, ferro-manganèse, etc. ; la production du fer se trouvait réduite à moins d'un million de tonnes *,
Nous sortirions du cadre d'une étude telle que celleci et nous serions obligé d'entrer en des détails trop techniques, si nous voulions exposer tous les progrès qui ont été faits en ces derniers temps aux États-Unis dans l'art de fabriquer l'acier. On sait que deux procédés principaux servent aujourd'hui à la production de ce métal : l'un est celui de Bessemer, l'autre celui du four à foyer ouvert. Dans le premier, la fonte est envoyée dans un vaste récipient, dit convertisseur, où l'on insuffle de l'air à haute pression, qui oxyde une partie du carbone qu'elle contient en excès ; ce procédé n'est employé que pour les fontes où la proportion de phosphore n'excède pas un millième. Dans le second procédé la fonte brute est mêlée dans des fours recouverts en briques à des aciers ou fers de ramasse, et l'on ajoute encore à la masse en fusion, portée à une très haute température, un peu de ferro-manganèse, de manière que, connaissant la teneur en carbone de toutes les parties de ce mélange, on peut aisément, en en faisant
1. Le total de ces chiffres dépasse celui de la production de fonte brute en cette même année 1900 ; mais il ne faut pas oublier qu'une importante quantité de vieux fers sont refondus chaque année ; cette quantité est même plus importante aux iitats-Unis qu'ailleurs, parce qu'on y renouvelle plus fréquemment l'outillage de toutes les industries.
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varier la proportion, régler exactement la teneur en carbone de l'acier qui en résulte. Il existe deux variétés de ce procédé, dites procédé acide et procédé basique; le premier ne s'applique qu'aux fontes ne contenant que des quantités insignifiantes de phosphore; le second, qui est beaucoup plus récent et n'est en usage aux Etats- Unis que depuis 1884, permet au contraire de transformer en aciéries fontes ayant jusqu'à 10 p. 100 de phosphore. Il constitue un grand progrès car, auparavant, la présence du phosphore en quantité notable dans un minerai de fer l'empêchait d'être utilisé à toute autre fabrication qu'à celles de certaines fontes de moulage et en diminuait fort la valeur. En 1880, avant la mise en usage du procédé basique, plus des cinq sixièmes de l'acier produit aux États-Unis (880.000 tonnes) était de l'acier Bessemer; en 1890, il en était encore de même avec 3.617.000 tonnes d'acier Bessemer ; en 1900, la production se répartissait ainsi : acier Bessemer, 7.532.000 tonnes ; acier au four acide, 890.000 tonnes ; acier au four basique, 2.154.000 tonnes ; acier au creuset 104.000 tonnes. Le nouveau procédé basique avait donc largement contribué à l'essor de la production de l'acier aux États-Unis.
L'un des traits les plus caractéristiques de cette industrie, de même que de celle de la fonte, c'est la perfection de l'outillage et la grande capacité des appareils, qui permettent une production plus rapide et plus intense aux États-Unis qu'en aucun autre pays, et qui se sont beaucoup développés,, depuis vingt ans. En 1880, la capacité habituelle des convertisseurs Bessemer était de 5 tonnes ; en 1890, elle atteignait 10 à 12 tonnes; depuis, beaucoup ont été portés à 15 tonnes, et un établissement emploie même des convertisseurs de 20 tonnes. Les
fours ont, de même, vu leur capacité passer de 7 à 10 tonnes en 1880, à 20 et 30 tonnes en 1890 et à 50 tonnes en 1900; on signale même un four de 75 tonnes. Le nombre total de ces appareils est, en conséquence, petit : 91 convertisseurs Bessemer dont 70 en activité, 152 fours acides dont 139 en activité et 179 fours basiques dont 168 en activité. Aussi, l'industrie de l'acier est-elle très concentrée géographiquement. Sur 10.685.000 tonnes produites en 1900 aux. États- Unis, 6.431.000 venaient de Pennsylvanie, 1.813.000 de l'Ohio, 1.461.000 de l'îllinois, soit plus des neuf dixièmes pour ces trois États. L'Alabama envoie ses fontes brutes dans le Nord, les exporte ou en fait des fontes de moulage, mais ne produit presque pas d'acier. Sur 890.000 tonnes d'acier produites au four acide, 691.000 l'étaient de Pennsylvanie ; sur les 2.154.000 tonnes produites au four basique, ce même État figurait pour 1.746.000 et l'îllinois pour 236.000. Partout ailleurs le convertisseur Bessemer consente une absolue suprématie.
Il est impossible d'entrer dans des statistiques de détail des industries fabriquant les fers et aciers ouvrés : rails, barres, pièces de construction, fils de fer et d'acier, tôles, feuilles, cercles, etc. La presque totalité de l'immense masse d'acier produite aux États-Unis ayant toujours été consommée dans le pays, c'est dire que toutes les principales industries qui transforment ce métal y ont atteint un développement plus considérable que nulle part. Une branche était restée exceptionnellement en retard jusqu'à ces dernières années, c'est celle du fer-blanc et du fer galvanisé : en 1891, il ne s'en produisait encore qu'un millier de tonnes dans l'ensemble des États-Unis ; en 1900, il s'en fabriquait 400.000 tonnes. Aujourd'hui, la production américaine
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atteint, si elle ne la dépasse pas, la production britannique.
Dans toutes les branches de l'industrie métallurgique, on constate que l'accroissement de la production en grand a été accompagné d'une baisse des prix, quoique les salaires aient haussé. Ainsi, en 1880, les rails d'acier valaient 56 doll. 54 cents la tonne et les rails de fer, qui étaient encore presque aussi usités, 50 doll. 32 cents la tonne ; en 1890, les rails de fer étaient déjà presque complètement abandonnés, les rails d'acier valaient 32 doll. 51 cents ; en 1900, leur prix était tombé à 20 doll. 66 cents ; de môme l'acier en barre avait baissé de 64 doll. 86 cents en 1880 à 43 doll. 61 cents en 1890 et à 40 doll. 35 cents en 1900 ; le prix de tous les autres articles était à l'avenant. Bien entendu, cette baisse ne s'observe que si l'on considère des périodes suffisamment prolongées, et à peu près comparables. Dans toutes les industries il existe des phases de dépression et d'activité qui se succèdent plus ou moins périodiquement. Lors des premières les prix baissent, lors des secondes ils se relèvent. Si, au cours d'une phase d'activité, on compare les prix en vigueur à ceux de la phase de dépression qui l'a précédée immédiatement, on remarque naturellement une hausse ; mais, si l'on remonte au delà, à la phase d'activité antérieure, on voit, en général, que les prix maxima atteints alors, étaient supérieurs encore à ceux de la phase actuelle. La baisse est surtout très nette si l'on considère, non les moments de crise ou d'emballement extrême, mais les temps d'activité moyenne. Si l'on observe, pour la plupart des articles, une moindre chute des prix durant la période 1890-1900 que durant la période 1880- 1890, c'est qu'en l'année 1900 le boom, phase d'extraordinaire activité industrielle et commerciale que
vient de traverser l'Amérique du Nord, était déjà commencé. Sur beaucoup d'articles la hausse a continué jusqu'en 1902; mais depuis le milieu de 1903, une baisse très marquée s'est produite, notamment dans l'industrie métallurgique, et le phénomène de la tendance à la réduction des prix sous l'influence des perfectionnements mécaniques apparaît clairement, aujourd'hui que l'inflation exceptionnelle est passée.