‹ Les Etats-Unis d'Amérique et l'émigration [microforme]Chapitre 12 sur 13 · RE — RE · texte numérisé non relu

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elles pas, pour leur part, comme les Etats-Unis, des contingents de plus en plus considérables d'émigrants appartenant à divers nationalités de l'Europe P N’entrevoit-on pas, dès lors, qu'avant longtemps les Deux Amériques, — et même les Trois Amériques, puisqu'il va aussi l'Amérique Centrale, — se rapprocheront encore par l'idendité de ces alluvions populaires, et que leur liaison effective en sera favorisée d'autant ? Peut-on donc enfin imaginer un champ plus vaste et plus fertile ouvert à l’activité de la race humaine, ordonnée et coordonnée ?

Et le programme des Etats-Unis, en cette perspective, est d'une grande simplicité ; ils ne l’'enveloppent point du tout de malice ou de mystère, Etablir d’abord avec ces peuples que baignent, en somme, les mêmes mers, des relations commerciales ; puis, des rapports économiques sociaux, pour arriver, avec le temps — ce grand maitre quand on ne le fait pas marcher à rebours du bon sens! — à constituer non pas une unité mais une union, — ( ce sont toujours là les deux mots sur lesquels rien n’est plus périlleux que de jouer) ; — une union, disons-nous donc, une union politique, large, forte, intelligente, une union vraiment américaine, puisqu'elle embrasserait tous les peuples de toutes les Amériques en leur laissant à chacun leur existence propre, leur autonomie, leur virilité ; tel est l'objectif, tel est, je ne dis pas le rêve, mais bien au contraire l'éveil du drapeau étoilé.

Et comme corollaire de cet éveil, qui en réalité n’est qu'un théorème, la Chine et le Japon sont loin d’être oubliés. A l'instar du Canada, les Etats-Unis peuvent établir, du soir au matin, les plus puissantes lignes maritimes du monde entre leurs ports du Pacifique et ceux de l’Asie ; sans compter que la communication des deux mers à travers l’isthme qui sépare les deux Amériques est pour eux un

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En Chine et au Japon, chacun le sait, l'industrie est aussi perfectionnée que variée ; et l’agriculture y est poussée à un point qui laisse ces Asiatiques presque sans rivaux, malgré l’imperfection des instruments qu’ils emploient: attendez que l'outillage américain y pénètre et vous assisterez à des progrès inouïs. Le commerce intérieur y est aussi très actif. Enfin, le commerce extérieur y prend chaque jour plus d’essor : l'année dernière, il a été de 3 milliards 600 millions de francs pour la Chine et de 500 millions pour le Japon.

Bref, toutes ces indications techniques peuvent se résu« mer en cette courte mais véridique formule : Les Etats- Unis désirent, tout bonnement, mettre désormais leur commerce extérieur en rapport avec l'accroissement colossal de leur richesse nationale.

« Si cette puissante République » — dit M. Leghait — « n’a pas, avant aujourd’hui, développé ses relations com- « merciales avec l'étranger, c’est qu’elle n’en a pas ressenti « le besoin; c’est simplement qu’elle ne l’a pas voulu.

« Si les Etats-Unis avaient fait, depuis vingt ans, les « efforts qu'ont fait dans ce sens les pays producteurs de « l’Europe, et qu'ils en fussent au point où ils en sont au- « jourd’hui, oh! alors, rien ne semblerait à craindre des « tentatives actuelles, et la suprématie commerciale euro- « péenne semblerait assurée. Mais c’est qu'il n’en est rien. « Nous assistons à un véritable réveil, à l'inauguration & d’une ère nouvelle. Les Etats-Unis ont consacré un « siècle de travail intelligent au développement de l’in- « dustrie, de l’agriculture et du commerce intérieur. La

production s'est accrue pendant cette période en proporportion de la consommation. Le marché intérieur, bien défendu contre l'invasion des produits étrangers, sufhisant à leurs besoins, ils n’ont pas senti la nécessité d’étendre leur activité au delà de leurs frontières et ont par conséquent négligé volontairement, sciemment, tout ce qu’on leur reproche aujourd’hui comme exportateurs. Sils n’ont pas su l'être, c’est qu’il ne leur convenait pas de l'être; c'est qu’ils ne voulaient pas l'être. | « La cause est là et non ailleurs. — Or, aujourd’hui, la cause disparaît : ils veulent exporter. Les effets disparaitront donc probablement aussi ; car il n’est pas douteux que lorsqu'une nation, avec autant de ressources et une aussi prodigieuse et intelligente activité, veut, elle arrive. »

Ainsi, pour arriver à développer leur commerce extérieur avec toute l'Amérique, la Chine et le Japon, les Etats-Unis consacreront à la marine marchande une bonne partie de l’immense excédant de leur trésor national. Puis, ils se créeront partout des banques, des établissements de crédit, des agences d’élite. Ensuite, ils accor- . deront ce qu'ils ont obstinément refusé jusqu'ici : l’année de crédit qu’exige le commerce de l'Amérique latine. Enfin, l’on peut être sûr que toutes les tentatives, toutes les innovations dignes du but à atteindre seront mises en pratique.

Tout ceci ne se fera pas en un tour de main; les obstacles et les difficultés ne manqueront pas; il y faudra de la patience, de la prudence et du temps. Mais, avec ces trois forces, l’œuvre est assurée de se faire.

« Quand on voit, » — dit encore M. Leghait, — « un « pays de 65 millions d'habitants, intelligents, laborieux, « pour qui le travail est un honneur et l’oisiveté une

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honte, plein d’un sang jeune encore mis au profit d’une vicille expérience apportée d'Europe, avec un sol d’une incomparable richesse, avec un trésor public regorgeant d'argent, avec une aisance et un bien-être inconnus ailleurs, avec des insuutions qui fortifient l’individualité du caractère et lui donnent, avec le sentiment de sa force, de son indépendance et de sa dignité, celui de ses droits et de ses devoirs, avec une étendue de territoire et une situation géographique qui le mettent à l'abri des craintes et des convoitises mais surtout, des oscillations et des perturbations effroyables dont le crédit etle travail sont constamment menacés en Europe par suite des conditions de sa politique et de ses armements ; quand on voit un pays qui, sans avoir à supporter les charges d’une armée moderne, se trouve plus que tout autre à l'abri des crises sociales intérieures et des dangers de l'extérieur, plein de calme et de dignité, de grandeur et de confiance dans l'avenir, on comprend qu'il peut donner un libre essor à son développement matériel, intellectuel et moral, et que la marche progressive de ce développement doit être supérieure à celle que l'avenir prépare aux pays d'EuropE. »

Messieurs, trouverez-vous qu’arrivés au terme de cette

conférence, nous soyons bien éloignés de son point de départ P Je ne le pense pas, et vous avez vous-mêmes déjà synthétisé dans votre esprit ces deux grands points qui forment, si je peux m’exprimer ainsi, les deux pivots ou les deux axes de l'entretien familier que vous avez bien voulu écouter avec tant d’attention; je veux dire: la grandeur

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religieuse et morale de la cause de nos émigrés européens, et la grandeur politique et matérielle du pays qui leur ouvre à deux battants les portes de l'hospitalité ; — deux grandeurs faites pour se fusionner en une seule et pour dévoiler au vingtième siècle les secrets d’une ère nouvelle, à qui ni les bénédictions de Dieu ni les conquêtes de la civilisation ne sauraient faire défaut.

Je crains d’avoir prononcé, il y a quelques instants, une parole qui n’est pas tout à fait exacte, quand je vous ai dit que les émigrés sont perdus pour leur patrie native. Eh bien! non, Messieurs, rien de ce qui est bon ne se perd, si ce n'est ce que l’on veut perdre, si ce n’est ce dont on ne sait pas, ce dont on ne veut pas conserver la valeur réelle en la faisant fructifier pour le bien général, en en tirant le parti qui rentre dans les intentions toujours miséricordieuses de la Providence. Car la Providence a ses inten-

tions permanentes aussi bien pour toutes les transformations légitimes de l’état social, et même pour,le juste souci des biens de ce monde, que pour l'intégrité de conscience et le salut éternel de chaque homme venant en ce

monde.

Fortifiés par le sentiment de confiance et de solidarité que doit nous inspirer, en tout et pour tout, cette promesse de l'assistance divine, nous sommes amenés à nous poser une question sérieuse, très sérieuse, en face de l’accroissement de la puissance américaine et de sa tendance si fortement épaulée de devenir, à bref délai, la nation prépondérante dans les voies du travail, de l’industrie et du commerce, Et cette question n’est autre que celle-ci : Quels sont nos devoirs; quels sont les devoirs des pays européens ?

Je prononce à dessein le mot de devoirs, Messieurs, car la prévision dont je parle rentre explicitement dans la

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catégorie des devoirs ; d'autant que c’est la catégorie des devoirs qui détermine les catégories historiques du genre humain. Comme exemple à l’appui, je pourrais vous citer cette parole impie, cette parole de perdition, cette parole vraiment satanique d’un roi de France : « Après moi le déluge » ; personne n'ignore qu’une telle parole a beaucoup plus contribué aux malheurs de la Monarchie française que tous les revers de fortune et toutes les crises politiques et mêmes sociales qui forment la trame de son histoire.

Posons-nous donc en face de l’avenir commercial des Etats-Unis, et demandons-nous franchement : Quel est notre devoir ?

D'abord, ne pas fermer les yeux sur la crise inévitable qui résultera, pour les pays d'Europe, de cette hégémonie des Etats-Unis sur le marché de tout le continent américain. C’est le marché extérieur se fermant peu à peu à l'écoulement des produits européens. C’est, par conséquent, le travail manquant de plus en plus à des masses de travailleurs européens. C’est un grand souffle de misère; c’est l'invasion. de la faim.— Donc, il faudra émigrer.— Telle est l’inexorable logique des événements ou plutôt du nivellement économique qui se prépare pour l'Europe. — Or, cette émigration, quel est son courant, son débouché, son déversoir également logique, sinon les Etats-Unis et les autres pays d'Amérique que les Etats-Unis auront rendus tributaires de son expansion coloniale? Et si la perspective est dure, sa réalisation sera sage, par la raison bien simple que cette même émigration vers le Nouveau-Monde y multipliera Les producteurs et les consommateurs ; et le plus rapidement sera le mieux, parce qu’alors les pays américains seront obligés de se retourner vers l'Europe, pour y écouler le surplus de leurs productions et pour en recevoir

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celles des matières premières et ceux des produits qui leur manquent.

Ensuite, soigner cette émigration, la protéger, la suivre de près, la préordonner, si je puis m'’exprimer ainsi; en faire une migration organisée en quelque sorte d'avance, une migration par groupes associés, une migration par lien national et par attaches professionnelles ; ce qui est le moyen de la faire échapper à sa propre anarchie, et de rendre au moins supportable et même jusqu’à un certain point heureuse dans son infortune et fière dans son humiliation, la masse, la masse internationale dont elle se composera, la superposition des couches sociales qui en formeront les éléments; une migration fidèle au pays d’origine et capable d'offrir à l'hospitalité étrangère des forces loyales, une puissance amie. — C'est là, vous le reconnaîtrez, tout un programme de préparation ; mais convenez aussi que la peine en vaut l’enjeu, et que l’enjeu en paiera la peine.

Enfin, je me permettrai de vous signaler un troisième point de devoirs à venir, en reculant encore cette perspective d'un bouleversement mondial qui me paraît inévitable. Ce serait, pour les immigrés d'Europe, d’obtenir sans hésitation et de mériter dignement la naturalisation américaine. — Pourquoi donc? direz-vous peut-être. — C’est afin d'arriver sans temporisation à avoir part au gouvernement de la chose publique. Et par ce moyen, avant longtemps, les différents peuples qui émigrent déjà et qui émigreront encore bien davantage aux Etats-Unis auront chacun leur action et leur influence poliliques, correspondantes à leur capacité et à leur nombre, dans le gouvernement particulier des divers Etats, ainsi que dans le gouvernement fédéral lui-même.

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Le fait est que la nation américaine est devenue un conglomérat de tous les peuples : Yankees, Anglais, Ecossais, Irlandais, Allemands, Canadiens, Italiens, Français, Espagnols, Portugais, Hollandais, Belges, Suisses, Scandinaves, Autrichiens, Hongrois, Polonais, Slaves, Russes, Grecs, Mexicains, Brésiliens, Péruviens, Chinois, Africains,. Indiens, etc.

Selon que ces peuples, — en en exceptant seulement quelques-uns, tels que les Chinois par exemple, pour les raisons supérieures sur lesquelles il n’est pas besoin d’insister, — selon que ces peules, dis-je, sauront se développer, se multiplier, se conserver, et se mêler néanmoins à la vie sociale, au gouvernement de la chose publique, ils auront chacun leur part d’action, d'influence et d'autorité au cœur même de la grande nation du Nouveau-Monde. Dès lors, deux choses seraient souverainement déplorables dans l’économie morale de leur immigration : en premier lieu, pour chacune de ces catégories nationales d'immigrés, l'oubli, l'abandon de sa nationalité et de tous les liens qui rattachent à la patrie d’origine; et secondement, l’action qui tendrait à favoriser, dans un ordre ou dans «n autre, le développement et la suprématie d'une ou même de plusieurs nationalités, au détriment, au préjudice, à l’écrasement des autres,

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Une coterie s'était formée, il y a quelques années, dans le but d'empêcher la conservation de la langue, du caractère, des habitudes et même de la religion des différents peuples immigrés; le bon sens populaire en a bien vite fait justice. Elle fut immédiatement fiétrie du nom de « Kuow-Nothing », c'est-à-dire « les Ignares ». Elle a vécu ce que vivent les mesquineries et les petitesses chez une grande et généreuse nation.

Enfin, comme dernier desidératum de la grande pensée du devoir lointain — (il n’est peut-être pas si lointain qu'on le pense) — dont je voudrais voir vos esprits se saisir, dans cette palpitante question de l’émigration aux Etats- Unis, veuillez songer combien il serait avantageux que les capitaux européens suivissent les émigrés là où ils vont s’établir, et pénétrassent pour ainsi dire toutes les entreprises économiques auxquelles ces émigrés sont appelés à prendre part sur la terre d'adoption. Pour avoir compris cette sage entente de l'organisme commercial, plusieurs nations européennes, parmi lesquelles je cite la France, l’Allemagne et la Belgique, ont acquis, dans l'Amérique latine, une influence commerciale qui dépasse de beaucoup le chiffre de leur émigration.

Au résumé, le grand remède de l’Europe contre les crises économiques du dedans qui la peuvent menacer se montre ouvertement au regard réfléchi en une émigration bien dirigée, bien ordonnée, bien protégée. Loin d'abandonner les émigrés à eux-mêmes, ce qui équivaut nécessairement à les livrer à un épouvantable trafic de chair humaine, il faut leur apporter le secours intelligent, l’aide continue, l’encouragement matériel et moral, afin qu’ils deviennent eux-mêmes, sur le sol hGspitalier de la, libre et vivace Amérique, le prolongement, la force et la gloire de leur propre patrie, en mêmetemps que le plus solide

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trait d'union entre les deux continents ; trait d'union fait de vitalité humaine et de générosité d'âme, lien sublime de cette fraternité chrétienne de tous les peuples, qui les harmonise sans les confondre. Tel me paraît être un des grands devoirs du vieux monde, en présence de l’ère nouvelle,

Plusieurs d'entre vous auraient peut-être attendu de moi, dans cette conférence, des indications plus détaillées sur l’état religieux, ou plutôt, sur les besoins religieux des populations immigrantes aux Etats-Unis, sur les adaptations à faire de cette sublime unité de l'apostolat catholique à la variété des races et des peuples dont les fils viennent en si grand nombre chercher leur voie dans ces lointaines régions ; car, Dieu merci, cette maxime, que je ne crains pas d’appeler infâme: « Cujus regio ejus religio » a bien fini son temps. — Je crois avoir suffisamment indiqué combien cette préoccupation des intérêts religieux de lémigration cest inhérente aux considérations que: j'ai fait valoir ; et c’est à dessein que je n’en ai pas abordé le développement technique, au sujet duquel mon ministère de simple desservant de paroisse pouvait me fournir quelques données précises. L'étude en grand, l'éclaircissement, la pondération et la décision de ces intérêts primormordiaux des âmes appartiennent à l'Eglise. L'Eglise a certainement, — qu’il nous suffise de le reconnaître et de le proclamer avec amour, — une grande et belle mission à remplir dans ce phénomène contemporain de l’émigration. À elle surtout appartient la grâce de protéger les divers groupes nationaux d’émigrants et de concourir à la conservation, à l’organisation, à la justification de leurs natio-

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nalités, selon que le veulent à la fois la Constitution Américaine, l'avenir de l'Amérique, et les intérêts de toutes les nations dont les populations émigrent. Aussi, tous les peuples intéressés attendent-ils beaucoup de l’action du Saint-Siège Apostolique en cette grave matière. C’est que, des hauteurs sans égales où ils sont assis, les Souverains Pontifes sont admirablement placés pour juger, même au point de vue purement humain, les questions qui intéressent la vie des sociétés humaines, et pour distinguer les idées, les principes, les règles qui ont la profondeur, la hauteur et la largeur voulues de Dieu, des idées étroites, des principes décevants, des règles fallacieuses, qu'enfante l'égoïsme humain.

La pensée dominante de Léon XIIT est, on peut bien le dire, la réconciliation de l’humanité avec elle-même. Aussi, cette pauvre humanité, pour le moment, hélas! si brouillée avec elle-même, ne peut s'empêcher de voir en Lui le rattachement de l'avenir avec un siècle à bout de force, avec un siècle au déclin duquel, ainsi que le blason pontifical nous en donne le symbole, une comète laisse sa trace lumineuse dans un ciel d’où les étoiles, après avoir pâli, s’éteignent et disparaissent. Léon XIII sera donc le protecteur, le sauveur et le père de l’émigration européenne en Amérique. Son valeureux pontificat, nous pouvons en avoir la confiance, s’associera, pour lui donner la véritable empreinte de la civilisation, à cette partie du grand mouvement social des temps modernes: la restauration économique de la fusiof chrétienne des peuples. Car, — tous les catholiques du monde en font un article de leur credo, tous les chrétiens non catholiques de bonne foi en admirent la logique infrangible, et les infidèles euxmêmes, pourvu qu’ils ne soient pas sectaires, en reconnaissent la sublime monade, — « 1à où est le Pape, là est

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l'Eglise » ; et l'Eglise est « l’œuvre immortelle du Dieu qui a pitié du genre humain : Zmmortale Dei miserentis opus quod est Ecclesia ».

Dans la zône des Etats-Unis qui ressemble le plus à l'Italie, 1à où, comme ici, fleurit l'oranger et s'épanouissent les roses, là où l'air est plus léger, l'atmosphère plus transparente et le soleil plus doux, croit un arbre gigantesque. On l'appelle le Colosse. [1 étale avec majesté dans l’espace ses rameaux toujours verts ; il porte avec hardiesse vers les nuages dorés sa cime toujours jeune. Ce géant des arbres du monde entier fut, selon la légende indienne, greffé, par la main du Grand Esprit, du germe de tout ce que la forêt contenait de meilleur et de plus vivace. C’est pourquoi il est unique en proportion, incomparable en beauté, immortel en vigueur. — Eh bien ! le peuple américain, avec les éléments de races diverses qui lui donnent un corps, m’apparaît comme ce colosse des forêts vierges de la Californie. Nourri de la sève généreuse, du noble sang qui coule dans les veines des nations civilisées, il se développe, il grandit, il s'étend magnifiquement et se rapproche de plus en plus de l'empyrée chrétienne. Il abrite et charme tout ensemble; il joint à la fermeté de sa structure la flexibilité de ses

branches. Aussi, plus véridiquement cent fois que le chêne

de la Fable, il est bien :

Celui de qui la tète au ciel devient voisine Et dé qui le pied touche à l'empire des morts.

Et Dieu, qui ne l'a pas créé sans dessein, Dieu, dont il chante la louange, lui réserve encore la mission de rajeunir la gloire et l'honneur detousles peuples dont il porte en lui la greffe féconde:

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