CHEZ ALEXIS EYMERY, LIBRAIRE
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GHAPITRE Yl
De U Littérature i des Art» et des Sciences aux États-Unis.
On a tenté d*expliquer , d'une manière plus ou moins exacte , les causes qui ont retardé , aux Étatsrllnis d'Amérique , les progrès de la littérature , des arts et des sciences. L'ouvrage dans lequel on a trouvé le plus grand nombre de bonnes obisèrvatîons sur ce sujet , renferme néanmoins tant de préjugés et d'esprit de parti, qu'il est indispensable d^ revenir de nouveau pour faire connaître l'exacte vérité.
L'auteur établit d'abord , comme principale cause de l'état peu brillant des études littéraires en Amérique', que l'instruction , ainsi que la richesse , y est plus universellement ré-
(6) partie , parmi tous les citoyens , que dans tout autre pays ; et qu'en raison de cette cause , il y a moins de personnes qui se distinguent des autres par leur supériorité dans les travaux de l'esprit. Le savoir et la richesse , selon cet auteur , sont comme les droits des individus ; tout tend en Amérique à l'égalité. Mais on peut dire aussi que la facilité que présente le pays , d'acquérir les distinctions et la fortune , objets universels des recherches de tous les hommes, est si grande aux États-Unis, qu'on doit y négliger tous les autres moyens d'obtenir l^ considération publique. Et , d'un autre côté, il est nécessaire de faire observer que les diverses circonstances politiques , les troubles qui ont précédé l'établissement d'un régime régulier ; la guerre de l'indépendance; à sa suite, Tincertitude des événemens ; la révolution de France et les troubles de l'Europe ont dû tourner les efforts des esprits vers la guerre , et les moyens de s'enrichir par le commerce , l'industrie et l'agriculture , plutôt que vers des études qui n'étaient pas indispensables pour assurer Texistence de l'état.
Les Anglais se montrent en général très-
(7) disposés à ravalfr les Américains, sous le rapport de la littérature et des arts. Il ne sera pas indifférent d'examiner les causes de cette opinion , qui paraît être établie en Angleterre.
Et d'abord , il a été avancé , par des philosophes fort estimés, qu'il existait, dans la constitution , le climat et lé territoire de l'Amérique , une influence qui atténuait les facultés intellectuelles chez les individus de l'espèce humaine , comme chez les animaux de toutes les espèces. Le célèbre Buffon a contribué à accréditer cette opinion ; et d'autres écrivains , marchant sur ses traces , ont soutenu que les animaux sont plus petits et plus faibles en Amérique qu'en Europe , que les chiens n'y aboient point , que les Indiens n'ont point de cheveux ; (jue les Européens qui viennent s'y établir , dégénèrent bientôt au moral comme au physique ; et que leurs descendans n'ont plus l'intelligence et la force de leurs pères.
Le docteur Francklin , pendant son ambassade à Paris, voulut détruire cette opinion erronée sur l'Amérique. Il invita à dîner six Français et six de ses compatriotes ; et il amena sans affectation la conversation sur le sujet qui nous
occupe. Tout naturellement , l^s Français ten^ tèrent d'établir les causes de cette dégénération en Amérique. L'un affirma que la chaleur du climat devait y contribuer ; l'autre l'attribua à Fhumidité du sol ou à l'inégalité de la temperature ; un troisième à la grande abondance et à la fréquence des pluies ; un quatrième imagina de soutenir que cette infériorité des hom« mes , comme des animaux , provenait des ali* mens , moins succulens en Amériqqe que dans l'ancien continent ; tous discoururent longuement sur ce sujet , disputèrent av^c chaleur , et pourtant s'accordèrent à s'en rapporter au jugement du $age qui les avait réunis. Le doc* teur se leva gravement, invita tous ses convives à se lever comme lui, plaça les six Américains vis à vis des six Français , et se contenta de mesurer leurs tailles et leurs membres. La stature et la force des Américains présentant un con** traste ridicule avec la structure délicate et chétiVe des six Français, ceux-ci durent se
taire.
Nous sommes loin de vouloir entrer ici dans
ces questions physiologiques , qui feraient supposer que la providence a réparti le talent et
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(9) le génie en proportion de la latitude ou de la situation géographique de chaque pays.U nous suffit d'affirmer que, pris en masse ^ les Américains peuvent être mis en parallèle avec toutes les nations de l'Europe , et, si Ton veut , en y comprenant les Grecs et les Romains , tels que i^istoire nous les fait connaître. Ce que ce peuple a fait depuis ces temps derniers , parle assez en sa faveur , et prouve assez qu'il ne le cède en rien aux autres nations , en valeur , en esprit xl'invention , en idées spéculatives et commerciales. Peut-être même pourrait -on affirmer qu'il les dépasse en tout ce qui concerne l'instinct des afÊdres , où il se montre évidemment supérieur. Il suffît de nommer Bittenhouse , le docteur Francltlin , M. West, Washington, HamiJton , pour avoir le droit de dire que les Américains méritent un rang égal à tous les autres peuples.
Toutefois , il est bien certain que les Américains n'ont pas encore atteint la perfection dans les arts et les sciences, au même degré qu'en Europe. L'érudition américaine ne soutiendrait pas la comparaison avec celle de VEurope; mais il est facile d'en indiquer la
( »o ) cause, sans être obligé de Tattribuer à un abandon de la providence à l'égard de cette nation.
Si on compare la position d'un étudiant aux États-Unis et en Angleterre , on verra qu'il ne faut pas recourir aux causes physiques , pour bien entendre la différence qui doit nécessaire-^ ment exister entre l'un et l'autre^ sous le rap-» port de la littérature.
En Angleterre , les étudians ont la ressource de longues connaissances accumulées depuis des siècles; ils ont des bibliothèques complètes à leur usage ; ils jouissent de l'avantage d'uâe émulation que procure la quantité d'aspirans aux places d'instituteurs , d'un encouragement continuel , de séminaires constamment ouverts pour l'état ecclésiastique ; enfin , tous les moyens sont offerts à ceux qui veulent étudier, travailler, et se distinguer par leurs talens^ Tout est disposé d'une manière contraire aux États-Unis. Une population peu considérable, répartie sur une immense territoire , laisse à chacun peu de moyens d obtenir ce que l'ému^ lation seule et Tencouragemerit du gouvernemeqt peuvent procurer. Chs^cun pense à aea
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moyens d'existence, qui ne peuvent naître que de Tindustrie commerciale, ou de tout autre genre de travail. Le manque des bibliothèques et des autres moyens d'instruction , comme de toute espèce d'encouragement de la part du gouvernement , rend presqu'impossible , pour un étudiant , de parvenir à ce degré de connaissances , qui stimule son amour-propre et le porte à se distinguer dans la littérature et dans les arts.
Telles sont les principales causes qui contribuent à retarder le progrès de la littérature aux États-Unis ; et il ne faut pas s'étonner si , aussi long-temps qu'elles dureront , il ne s'élève aucun homme de lettres , et que la littérature n'y soit pas en grand honneur.
£t cependant, il existe aux États-Unis quelques talens littéraires j qui , depuis peu d'années , se sont fait connaître ; et peut - être que , si l'on comparait loyalement la population de l'Angleterre avec celle ^e ce pays , on verrait que ses hommes distingués dans les sciences forment un nombre qui n'est pas audessous de la proportion. Toutefois , il Êiut observer , comme une des causes qui s'oppose à
ce qucs ce nombre soit encore plus grand, Tusage établi de faire entrer les hommes dans les affaires, de très-bonne heure. Ce système est , en quelque façon , dû au désir ardent que chacun a de courir après la fortune ; et c'est le sort de toutes les classes dans un pays nouveau : avocats , médecins , ecclésiastiques , toutes les professions sont suivies par des jeunes gens qui peuvent à peine avoir la capacité nécessaire , et qui , en se livrant de suite à la pratique des états qu'ils ont adoptés , ne peuvent donner lieu à toutes leurs facultés intellectuelles de se développer entièrement, La conséquence de cette précipitation est une éducation superficielle et l'habitude de ne rien approfondir^ tandis que, s'il en était autrement , sans doute la portion d'intelligence naturelle allouée aux Américains , étant diri* gée d'une manière plus lente et plus saine»
les rendrait capable de parvenir au premier rang.
Le temps et la marche toujours croissante de la population doivent apporter des changemens à ce vice essentiel. Déjà j on peut s'apercevoir de la différence qui existe dans
l'éducation ; et peu d'années apporteront sans doute encore bien des changemens.
Il est néanmoins certain que les moyens manquent à l'Amérique , pour donner l'essor nécessaire aux talens. Les collèges sont dispersés çà et là dans les vastes espaces du pays ; ils sont si peu riches , qu'ils ne peuvent pas o£&ir à letudiant les moyens de suivre leurs dispositions pour l'étude des belles lettres. Les professeurs sont trop peu rétribués ; il n'y existe pas ces sentimens de oamc^rades d'école^ cette amitié de collège , qui fait qu'en Europe , les hommes se trouvent^ |>our ainsi dire, liés ensemble toute leur vie, pour l'avoir été pendant le temps de leurs études. Chacun ici apprend , et , aussitôt qu'il le peut , cherche à être propre à quelque chose qui mène à la fortune,
La disposition des Américains à employer leurs talehs à écrire des gazettes ou des pamphlets , au lieu de s'attacher à quelque bran* che de connaissances vraiment utiles , est aussi un des moti& qui s'oppose à la formation d'hommes de lettres. Le désir de la nouveauté est inné chez les Américains. Le reproche que
Êûsait Démosthènes à ses concitoyais, lorsqult disait : Ils sont toujours courant les uns après les autres , se demandant s* il y a quelque chose de noui^eau , est exactement applicable à ce peuple. C'est le désir perpétuel de mouvement et de changement qui y fait le caractère dominant des individlis. Il est fort ordinaire dé voir le même homme commencer sa carrière par l'état ecclésiastique , puis devenir avocat , puis fermier , et enfin prendre place au Con-* grès. Tout le monde en général change d'habitation comme d'idées; un domestique même reste rarement plus de deux mois chez le même maître. Les familles les plus nombreuses, après avoir habité New-York, Connecticut et Massachusset , passent volontiers dans rohio ou sur le territoire d'Âlabama > des Illinois , ou de Mississipi. Tous les magistrats , les législateurs , et les fonctionnaires de toute espèce, changent tous les deux ans, et quelquefois tous les ans , selon l'esprit inquiet et chan*géant de la démocratie , dans notre forme variée de gouvernement
Il en est de même des publications d'ouvrages , qui paraissent à chaque instant , languÎ3^
sent et meurent aussitôt. Il est fort douteux que le meilleur journal européen, ou que l'ouvrage le plus distingué, puisse avoir ici une existence de plus de deux années. Il y a quelque temps, que des hommes éminens par leurs connaissances voulurent* publier une suite de remarques et d'observations, sous le titre de Magasin américain. Cet ouvrage était bien rédigé ; et néanmoins il finit , Êtute d'appui dans le publié. Il en a été de même de beau« coup d'autres entreprises de ce genre , telles que V Anthologie de Boston et la Reyue américaine^ publiés par M. Walsh , que son talent , son rare mérite et ses connaissances i^'ont pu prén server du sort commun.
Jamais peut-être les États-Unis n'ont eu plus de besoin d'une de ces sortes de Reifues , qui puisse montrer l'esprit d'indépendance. et une critique impartiale , tant pour l'avantage des lecteurs que pour les écrivains eux-mêmes , et dans le but de faire connaître les productions littéraires de l'Europe , principalement de la France , de l'Italie et de l'Allemagne. La Revue d^ Edimbourg circule partout; et c'est S^ns doute l'ouvrage le plus intéressant et le plu&
instructif : mais son but est principalement de £sdre connaître Fesprit des deux grands parti» qui divisent l'empire Britannique. Il nes'occupe pas de la littérature américaine , ou ce qu'il en dit est loin d'être à son avantage. Un ouvrage impartial^ qui montrerait cette littérature américaine exactement telle qu'elle est , servirait beaucoup à propager la cause des lettres dans ce pays, en dirigeant l'attention des hommes capables vers la littérature, tandis qu'en ce moment ils lisent beaucoup et n'écris vent rien.
Les États-Unis surpassent peut-être tous les autres pays en instruction élémentaire , c'està-dire , celle qui est répandue dans la masse générale de la nation. Il y a beaucoup d états où il existe des écoles de district pour l'instruction des enfans. Il s'ensuit que l'on rencontre rarement un Américain , qui ne sache lire et écrire, et même calculer. Tous en général lisent les journaux , qui y sont en plus grand nombre que partout ailleurs. En Europe , le peuple est , en général , sans éducation , si ce n'est en Hollande , eh Suède , en Suisse et en Éposse , où le gouvernement prend des mesu-
(17) tes pour Tinstruction de la population. Les avantages qui en résultent , sont manifestes « tant parmi les habitans de la Nouvelle- Angleterre , qu*en Ecosse , où la comparaison avec les Anglais et les Irlandais en fournit une preuve incontestable.
Si les règles d'éducation établies en Ecosse étaient suivies en Angleterre, sa force morale en serait nécessairement plus considérable , et pourrait , en cinquante ans , être qiiadruplée. Néanmoins , les établissemens de Lancaster et les écoles de charité du dimanche commencent à améliorer cette éducation. Mais jusqu'ici ce n'est que partiellement ; il faut qu'un système pareil soit général. Georges m disait qu'il espérait que bientôt tous les habitans de son royaume pourraient lire la bible. Et cette ^pression de son excellent esprit , de sa bienveillance et de sa charité y était mieux calculée, pour la prospérité de son royaume , q\ie tous les effets du courage et de l'héroïsme de son armée et de sa flotte.
Ces deux pays pourraient acquérir mutuellement beaucoup, en enpruntant certaines chojses l'un de Fautre : l'Angleterre , en adop-
tant le mode d'ibstruction génériale du peuple des États-Unis; et ceux-ci, en cultivant les hautes sciences qui rendent les étudians anglais si supérieurs^
Je crains bien qu'il né se passe beaucoup de temps , avant qu'Apollon daigne descendre sur la terre de ce nouveau monde , et visite le temple américain , comme il a visité la Grèce , Rome , la France et TAngleterrc. Lors de Fintroduction de l'étude du grec dans les universités d'Angleterre, il y eut une opposition prononcée. Les deux partis se divisèrent en Grecs et en Troyens; les Grecs finirent par l'emporter y mais les uns et les autres concouru- ' rent à augmenter la force et la splendeur de la littérature. En ce moment , le parti desTroyens domine aux États-Unis.
Le progrès de toutes lés nations en puissance ,' çn force , en sécurité intérieure et en influence extérieure, a toujours été proportionné au degré des connaissances et à l'activité des esprits. L'art de la navigation , le commerce ^ la guerre , les découvertes scientifiques n'ont eu une existence durable , que dans les pays QÙ ces connaissances ont été le résultat des
( 19 ) efforts de l'esprit humain. L'intelligence d'und nation ne peut se développer que par TinTestigation libre de toute espèce de sujet moral , religieux et politique. Alors elle se dirige vers les arts et les sciences , comme principales causes des biens et des convenances de la vie , ainsi que de la puissance nationale. Le triomphe de la civilisation est l'ouvrage de la culture de l'esprit humain , c'est le fruit de l'exercice de la raison et des facultés intellectuelles dans ime nation. Toutes les perfections de talent provenant de l'étranger, ne peuvent dédom* mager un pays de cette privation d'instruction.
De quelle ressource n'a pas été pour l'Amérique , pendant les troubles de sa révolution et ses conflits avec la Grande-Bretagne , ce système d'éducation général ! £t de combien il a contribuer à avancer sa carrière nationale dans les arts et dans les occupations de la paix !
Mais , quoique l'instruction élémentaire soit généralement répandue aux États - Unis , il existe des causes qui s'opposent à ce que l'instruction vraiment libérale y soit suffisamment encouragée. Les circonstances où se trouve l'Amérique , forcent tous les esprits à se porter
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vers les études qui se n^portent au coimnerce ; et il est naturel que toutes les idées soient di« rigées vers ce but. Le commerce est sans doute un grand moyen de dvilisation; sans doute aussi il contribue puissamment au bien -être du genre humain , en réunissant les nations , en mettant en activité toutes les industries , en étendant la sphère des connaissances; mais il Êiut bien convenir qu'il arrête Tessor de l'intelligence des individus qui le professent. Le négociant , le marchand , le manufacturier , sont obligés d'entrer dans une foule de détails minutieux , qui doivent inévitablement rétrécir le cercle de leurs idées. Celui qui se livre constamment à des spéculations, à des calculs d'intérêt ^ est peu disposé à Fétude de l'his* toire et de la philosophie. La richesse est le but unique de ses soins et de ses actions ; et la richesse est rarement le fruit des travaux littéraires.
L'esprit mercantile passe des pères aux en- &ns. Il est bien naturel qu'un homme , étranger à toute éducation libérale , ne songe pas à la rechercher pour son fils , ou s'inquiète médiocrement des progrès qu'il peut faire dans
9ei^ études. Souvent même il peut penser que c'est bien du temps et bien de l'argent sacrifiés pour un résultat dont il n'entrevoit pas l'utilité. Delà , tout ce qui manque à nos écoles.
L'étude de la langue est assez négligée en Amérique. Tout y est arrangé de façon pour éviter à l'étudiant un trop fort travail d'attention ; et cependant la base de toute instruction est le travail. On n'apprend rien sans peine ; savoir à demi , c'est ne rien savoir. L'avantage du travail , c'est de développer les facultés intellectuelles et d'apprendre à peuser. Quelques perscmnes, aux Etats-Unis, condamnent l'étude élémentaire des langues grecque et latine , comme trop abstraites pour des enfans ; elles aiment mieux leur apprendre une langue par l'usage et par la lecture.
Quel étrange système ! Comment exiger des eii£ains qu'ils Usent beaucoup , eux dont le premier besoin est l'exercice et la dissipation! D'ailleurs ^apprendre des mots sans liaison , et qui , au fonds , n'ont aucun sens pour une intelligence encore faible , n'est-ce pas ajouter des difficultés à des difficultés ? Les mots font bien les langues ; mais la grammaire est l'art T. II. a
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d'unir les mots d'après des règles générales. La grammaire lie les idées ^ comme le calcul combine les figures.
Cepaidant , il est à craindre que l'étude élémentaire des langues anciennes ne soit proset lie peu à peu des États*Unis^ parce que plusieurs professeurs maintiennent que le grec et le latin s'apprendront mieux sans le secours des rudimens^ l'étude d'une langue n'étant qu'un simple travail de la mémoire. L'expérience nous apprend cependant quelle différence existe entre une langue qu^on parle et qu'on entend parler chaque jour , et une langue morte, pour l'étude de laquelle on ne peut avoir de guide que les règles écrites^ It y a plus y les règles de la langue dont on fait un usage habituel , ne sont pas- une chose indifférente ; selon qu'on les connait , on écrit et l'on parle plus ou moins bien. Si de tels principe viennent à prévaloir , les enfans et les jeunes geaas n'auront appris qt^un jargon ; les collèges et le&uni^versités des États-Unis n'auront Eût que de mauvais élèves , qui parviendront^ avec une éducation très-4mpar£sdte , à toutes tes places de Tadministration et de la
législature, et aux fonctions du gouvernetment et de la justice. Il est facile de pré-* Toir lés fâcheuses conséquences d^ cet état de choses.
On compte environ cinquante collèges aux États-Unis. Il est juste de dire qu'à Boston ^ on pense que l'étude des sciences et Pinstr notion littéraire àont un moyen puissant de grandeur et d'élévation nationale , et que le eoUégè dé &>loinbie surpasse tous les autres pa^ Vextellûnùû de ses statuts et la force dé ses études.
Lés belleà-lettres , l'histoire , l'économie po-^ litique , la inétaphyàîquè et toutes lés brao^ ches de la philosophie , sont des études fort négligées dans la plupart des collèges dès États- Unis. Je ne connais qiie les cours du docteur Smith , président de Princeton , et ceux de M. John * Quîncy Adams ( r ) ^ qui méritent d'être remarqués. Oii serait embarrassé , au contraire , de Compter tous ceux qui se font en Europe sur ces sujets , lorsqu'il est vrai de
(i) Âujourdliui président dos Etatf-Uni».
dire que ^ nulle part > il ne seraient plus lUileâ qu*en Amérique.
Une des raisons qui peuvent expliquer l'insuffisance des collèges américains , est le mo* nopole qu'y exerce le clergé pour les chaires de professeurs. Ce monopole est au profit de toutes les diverses sectes , presbytériens , indépendans , anabaptistes. Cette pratique pouvait être excusable dans les temps de l'obscurité féodale de l'Europe : le peu d'instruction qui existait alors était concentré parmi les prêtres et les moines ; mais ce monopole a cessé , dès que les laïques ont appris à lire et à écrire , et sont arrivés successivement à un degré de savoir bien supérieur à celui du clergé. Celui des États Unis n'a pas le droit de réclamer un pareil privilège ; jamais il n'a formé un corps dans l'état , jamais il ne s'est distingué par ses lumières. Dans ses habitudes , il se borne à un peu de latin , un peu moins de grec , quelques notions de théologie , et quelques lectures rapides, dans le peu de temps que lui laisse la composition de ses sermons , le détail des affaires de la paroisse *i les^ visites pastorales > les dîners et les assemblées.
En général , le clergé des Etats-Unis présente peu d'hommes distingués; et s*il s'y trouve quelques esprits supérieurs, c'est la piété seule qui les a déterminés pour cette profession. Le vrai talent se dirige vers Tétude des lois et vers le commerce ; aussi , beaucoup de chaires sont vacantes dans les collèges.
L'élocution , dans les collèges , est en général fort négligée. Il existe , dans l'accent des Américains , un ton nazal qui nuit essentiellement à l'éloquence. La cause de ce vice de langage serait difficile à déterminer ; mais on le retrouve partout , même dans l'organe déUcat des femmes.
Il est vrai de dire , cependant , qu'il ne suffit pas de débiter <Je bonnes choses , il faut encore que le son de la voix de celui qui parle , frappe agréablement l'oreille de celui qui écoute. Dans les assemblées publiques, une élocution mâle /noble, et même harmonieuse, est essentielle pour assurer cette influence qui domine les passions, les opinions, et même les actions des hommes. Sans cette aide , le génie lui-même est dépouillé de sa puissance. Privés du charme de l'éloquence , que sont les
discours de la chaire et de la tribune , la plus sage doctrine y les raisonnemens les plus forts? Les Grecs et les Romains , dans les beaux jours de leurs républiques , ont porté Tétude de l'éloquence au plus haut degré ; c'était le résultat positif de leur éducation libérale. Ils consacr€iient plusieurs années à l'étude de cet art dont ils nous ont laissé de parfaits modèles. Démosthènes et Cicéron n'auraient jamais osé haranguer le peuple ou le sénat , s'ils ne s^étaient préparés, par de longs travaux, à produire l'effet convenable. Les orateurs mo- . dernes négligent trop ce genre de mérite cpii consiste à bien dire ; aussi » tous les jours , des discours riches de logique et de style sont débités à la tribune et dans la diaire , eA sont à peine remarqués , parce qu'ils sont prononcés d'une manière qui en détruit tou^ le mérite. Le premier principe de Féloquence est grav^Uas sententiorwn , splendor verborum , proprietas uctionis* Pour bien débiter un dis^ cours , il &ut une articulation claire de toug les mots, un ton proportionné au sujet, et des intonations analogues à ce qu'on exprime. La manière dont on apprend aux enfisui& à
(»7) parler et à réciter , n*est qu'une chansan monotone qui s'adapte à tous les sujets..
La prononciation n'est pas moins importante.
Il est essentiel de ménager sa voix , de ne pas trop l'élever, de ne pas trop la baisser. On reconnaît aisément une éducation négligée dans ces absences de principes. Aussi , voit^on généralement , dans tous les pays , le langage de la cour être le plus perfectionné , parce que ces principes y sont suivis attentivement. Lon-^ dres y Paris , Vienne , Berlin et Madrid sont les villes où la langue du pays est parlée le plu^ correctement.
Il ne peut pas en être de même aux États- Unis y OÙ ua état ne peut posséder ce privilège plus que tout autre. Aussi , est- ce le pays où il y a nM)ins de difSér^K^ entre les divers idiomes. Les faabitans de New->York ne sont pas plus disposés à suivre l'exemple de leur gouverijkeiur , de leurs sénateurs et de leurs r&» présentans, que les fa^itans de Philadelphie ne le sont à copier les intonations et les tours du langage du gouverneur de Lancastre ou d'Harrisburgh.
Une grande question a été agitée, celle de
savoir si les nations modernes doivent prononcer le grec et le latin selon les ançilogies de leurs propres langues , ou conserver la prononciation primitive des Grecs et des Romains. La grande difficulté est de connaître quelle était cette prononciation originaire; dans le doute , il vaut peut-être mieux que chaque pays suive la prononciation de sa propre langue. L'usage qui régie la prononciation des langues vivantes n'est pas pris dans, la multitude ; mais il est le résultat de ce qu'ont déterminé toutes les diverses classes de la société. Le principe des collèges est presr que toujours une espèce de restriction aux licences qu'adoptaient trop facilement les gens du bon ton; ceux-ci cherchent à distinguer leur façon de parler de celle adoptée par le peuple ; et les gens du peuple conservent les expressions anciennes , dont la force et l'énergie ramènent souvent le vrai sens des mots.
Le si ins mefiere d'Horace est aussi applicable à l'instruction qu'à renonciation dramatique; et un professeur ne peut jamais rendre ses principes instructifs ou intéressons pour ses élèves ; si sa manière de s'é-
( ^9 ) noncer est Idurde , monotone et fatigante..
L'ardeur de la jeunesse, ou , comme les anciens le disaient , le feu sacré du jeune âge, ne peut-être alimenté que par cette sorte d'enthousiasme dont les exemples , aussi bien que les préceptes , sont nécessaires pour inspirer Famour des lettres. L'enthousiasme de la tête est le génie , celui du cœur est la vertu ; et l'un et l'autre composent la grandeur. Le mérite d'un instituteur est de savoir combiner , d'une manière utile, les trois influences du devoir^ de la nécessité et de V ambition y en un tout qui puisse opérer chez son élève l'habitude positive de l'étude et le* développement de son intelligence. Une fois qu'il a obtenu ce résultat , son devoir est rempli ; car alors , les facultés une fois développées opéreront d'ellesmêmes :'il ne s'agira plus que de les alimenter par de bonnes lectures, par de mùnes ré* flexions , par des conversations raisonnées , de manière à ce que tout ce qu'il voit , entend , ou éprouve, puisse être développé dans son esprit et dans son intelligence, afin d'augmen-» ter sa perspicacité , d'accroître la puissance de l'association de ses idées, et d'étendre les facuU
tés de sa mémoire ^ ainsi que celles de son raisonnement , enfin d'enflaanmer son imagination.
Un cours des belles -lettres et de rhétorique doit renfermer anssi les principes de méthaphysique et les élémens de la critique ; tels que ceux d'Aristote siu* la poésie , ceux de Longin sur le sublime^ et de Quintilien sur l'éloquence. Il est utile d'établir un code des règles générales , à l'appui duquel iriendrait un choix des passages les plus remarquables des auteurs grecs , latins , anglais , français, italiens et espagnols.
Un oe«rs àaphilosophie morale doit servir à démontrer que tous les systèmes des anciens et des modernes 9 qui ne s'appuient pas sur la révélation , sont susceptibles d'être modifiés par les hommes^ paiNce qu'il n'existe pas de preuves de leurs règles et de leurs préceptes. Voilà pourquoi le <^ode de morale qui nous est révélé par l'Écriture-Sainte , est applicable au contraire à toutes les conditions de la vie humaine. Telle doit être la première partie de ce cours. La seconde doit développer la philosophie politique en tout ce qui concerne les moyens de rendre une nation puissante et
£>rte ; et la troisième doit être une enquête sur les lois des nations , basée sur les lois de la nature. Ce cours demande une étude de plusieurs années.
Le but de toute éducation mprale doit être d'agrandir les facultés de l'^rit humain. Ce but ne peut être mieux atteint que par l'étude des langues , comme principal objet <finstruotion. Cest de cette étude que nous vient la acuité d'a^oder des idées simples et semblables, de combiner les images de manière à les rendre d'un e£fet plus facile et plus prompt ^y enfin de se servir de tous les signes et de tous les sons pour arriver à l'association des pensées et au pouvoir de l'imagination. Ce n'est qu^avec le temps et l'exercice que l'on peut y parvenir. Alors il en résulte la puissance du raisonnement et le développement de Fesprit qui viennent animer la chaleur de l'imagination.
Sans doute , parmi les langues iportes , le grec et le latin sont celles qui ifeivent être étudiées le plus particulièrement , comme le plus sûr moyen d'obtenir de grands résultats , non seulement parce qu'elles renferment les plus beaux modèles en tout genre , mais aussi
parce qu'elles ont un plus haut degré de précision et de clarté que toutes les langues vivan-i tes. L'étude particulière de ces deux admirables langues, soit pendant le cours des classes, soit plus tard^ dans la suite de la vie, fortifie les idées et les rend plus claires et plus lumi-i neuses. C'est elle que l'on peut regarder comn^e la base de cette éducation yraiment libérale, qui a produit tant de savans distingués en Europe. C'est un usage trop généralement établi aux États-Unis, de considérer l'éducation générale ou classique comme terminée, aussitôt que l'élève sort du collège à l'âge de 17 ou 18 ani, époque à laquelle il se dispose , soit à entrer dans la profession du commerce, ce qui ne comporte pas la nécessité de grandes connaissances littéraires, soit qu'il veuille devenir ecclésiastique , avocat ou médecin , ce qui ne demande qu'une connaissance spéciale de la théologie, des lois ou de la médecine. Il en résuite que , ne poursuivant pas l'étude qu'il a commencée , le latin et le grec qu'il a appris au collège lui deviennent entièrement inutiles ; et il oublie ces deux langues, en ne les cultivaut pçis.
Quand un étourdi reprocl^ à Démosthèned que ses discours sentaient la lampe de Técole , il répondit : « II est vrai , <:ar il y a une grande j> différence entre ce que je fais à la lumière de 9 la lampe et ce que vous y avez jamais pu 50 faire. » Vouloir tenir tout de son propre génie, sans chercher à connaître les oeuvres et les travaux des autres, est malheureusement ce que font presque tous les hommes. Néanmoins, il y a nécessité à ce que les élèves profitent des recherches de leurs maîtres, sinon chaque génération serait obligée de se livrer à de nouvelles investigations, et l'esprit humain resterait stationnaire.
Celui qui a su former son goût et son jugement par l'étude des auteurs , a déjà considérablement appris. Quintilien dit que celui qui prend plaisir à lire Cicéron , donne une preuve des avantages dont la nature l'a doué; car reconnaître et jouir de ce qui est bon, c'est prouver l'élévation de son esprit, et qu'avec le travail , on peut devenir l'égal de celui qu'on admire.
Cependant, il est en général reçu que les connaissances classiques sont dangereuses pour
les diverses profesî^ions auxquelles on se livre, et que Fecdésiastique doit se borner à la théo« logie , Tâvocat à T^ude des lois^ et le médecin à sa pratique i Ferreur est de tout âge comme la vérité. Celui qui professe une science ou un art , en se bor^^t uniquement au cercle des idées qu'il comporte, ne peut jamais être un grand théologien, un célèbre avocat, ou un hoù médecin. Car cette restriction de connaissances fient toujours à un esprit borné ou paresseuie. L'une et l'autre de ces caus^ produisent les mêmes efifets. L'homme ne reçoit des Êicultés de la nature, ijrfavec FoWigâtiQn de les accroître et de les fortifier par Péfude. Luther , Calvin et Horselay ont-ils été des théologiens moins célèbres que les ecclésiastiques systématiques et ignorais de leur secte réciproque, parce qu'ils s'étaient distingués dans la pfailosoj^hie et dans les autres branches des connaissances humaines ? Boêrhave , Haller et Heberden ont^ls été moins habiles médecins que les empiriques présomptueux, parce qu'ils ont joint à l'étude de leur art , les études académiques ? Bacon , Haie et Mans&eld n'étaientils pas des jurisconsultes d'un mérite supérieur,
quoiqu'ils eussent ajouté à la puissance de leur génie , l'étude générale des arts et des sciences? Il serait à désirer que les Américains voulussent tenir compte de c^s exemples.
L'ignorance^ il faut le dire, est le plus grand de tous les maux, parce qu'elte tend à a^raver ^ous les autres; son in£{uence fatale non seule* ment dâiourne les disposîtiom de Fesprit, mais encore te rend inc£q>able d'aiicun effort. Les hommes en général aiment l'obsûorité, parce qu'elle cadb^ le danger, favorise l'indotence^ et alimente tes rêves de la folie. £Ue s'oppose à cette babitude d'intelligence dsms une popu« lation entière ; et c'est alors qu'il est difficile d'obtenir aucun changement. C'est par les habitudes de Ten&nce qu'il faut prévenir ce grand mal. « Olui qui se maintient dans Fignorance, » dit le docteur Johnson , quand il pourrait » s'insirE^re , est coupable d^ tous les crimes » dont il pourra se rendre ce^pable un jour. )i
Les États-Unis n'ont pas encore produit un grand écrivain dans la stricte acception de ce mot ; je ne connais pas un seul ouvrage amé* ricain sur la littérature classique ;. et exi^epté les oeuvres de Cicéron , imprimées à Boston et
publiées par Wells et Lilley, toutes les pfodud* tions littéraires se bornent à des journaux et des pamphlets. Il existe , il est vrai , des ou-* vrages d'histoire sur les divers États et les événemens de la guerre. Mais la poésie n'est point cultivée ; la disposition nationale n'y est nullement favorable; l'esprit commercial répandu généralement s'y oppose. L'aspect de la nature y serait bien propre assurément à inspirer l'imagination ; mais il ne suffît pas d'avoir des montagnes > des bois , et des ruisseaux pour nourrir la poésie t il feut encore que les habitudes générales y préparent y et que le caractère et le goût national y portent.
Le plus grand ouvrage que les États Unis aient produit, est la Fie de /Washington, par M. Marshall. Comme avocat, il s'était distingué fort jeune encore ; depuis , il a montré un grand sens et un grand talent diplomatique dans sa fameuse négociation avec M. de Talleyrand; et maintenant, comme chef de la justice, il maintient avec. une grande distinction les intérêts des lois et de la liberté
Parmi les ouvrages périodiques, il y en a de remarquables. Dans ce nombre ^ il &ut distin-
guer celui de M. John-£. Hall. Il à succ^édé à M* Dennie, que l'on appelle XAddisson américain^ et qui existait il y a 20 à i5 ans. C'est la seule publication périodique qui ait pu jouir d'une aussi longue existence.
La Revue mnéricaine ^ publiée à Boston, est aussi un ouvrage très-piquant , et peut-être le meilleur de tous ceux qui se publient aux États* Unis*
Le Magasin analytique est un ouvrage original^ bien écrite et qui renferme des critiques savantes.
Le Portico est écrit avec une grande vigueur de pensées , et une hardiesse originale accompagnée d'une grande éloquence ; cet ouvrage mériterait un encouragement plus effectif que celui qu'il reçoit des citoyens de Baltimore.
Le Magasin américain qui a paru récemment à New-York , renferme les détails les plus instructife sur les sociétés savantes des États-Unis; mais la partie critique de cet ouvrage repose sur une mauvaise base, parce qu'elle est amère et malveillante. Shéridan disait ironiquement: cest un bien grand critique ^ car rien ne luiplait. U faut plus de talent peut-être et de jugement
pour b-en louer , que pour tout blâmer satis distinction.
Le Néologiste est un journal qui paraît, deux fois par semaine , à New- York. C'est évidemment l'ouvrage de jeunes écrivain?, qui jusqu'ici ont peu d'expérience des af&ires du monde, et même des usages des grandes villes; mais néanmoins il n'a jamais paru encore aux États-Unis un écrit égal sous le rapport de la saine critiqué, du bon goût, de l'érudition, des pensées saines et hardies , et même de l'éloquence. Ce journal peut rappeler le proverbe : Ne sutor ultra crepidofn.
Le Fingal de M. Trumbull est écrit pour ridiculiser les torys, pendant la révolution; l'auteur y fait preuve de beaucoup d'esprit et d'instruction.
1] Esquisse de la Fie de Cainpbell^ poète écossais . par M. Irving, est un ouvrage admirable par son excellente philosophie , son goût délicat , sa critique judicieuse et son style élégant.
M. Wirt passe aux Etats-Unis pour avoir été un des avocats les plus distingués par l'abondance de ses ressources oratoires. Son ouvracre du vieux Bachelier prouve son talent comme
(39) écrivain , et est devenu l'écrit le plus généra^ lement répandu. Le but qu'il s'est proposé , a été de relever le caractère des Américains , et de le disposer à l'amour des lettres. Son Espion anglais renferme la perfection de l'éloquence américaine.
Il serait inutile de dire autre chose à la louange de M. Fîsher Ames , si ce n'est qu'on l'appelle le Burke d'Amérique.
La Vie de M. Fulton , par M. Colden , est extrêmement instructive. On y reconnaît Thabitude qu'a l'auteur de s'adresser au public* Aucun discours du sénat ou de la chambre , soit en Angleterre, soit en Amérique, ne renferme autant d'art et d'éloquence. Rousseau disait que , parmi toutes les facultés dont un homme peut être doué par la nature , celle de bien écrire est exceptée , parce qu'elle ne peut être que le résultat d'une étude longue et persévérante. Le docteur Johnson, à qui on mon** trait un ouvrage écrit par un grand homme d'état , dit : v< Ce livre renferme d'excellentes iidées , *et le style en est très-bon pour une personne qui ne fait pas profession d'écrire. »
Sans vouloir ici énumérer absolument tous
les auteurs des États-Unis qui méritent d'être distingués , il est impossible néanmoins d'oublier M. Walsh , qui est sans contredit le pre* mier homme de lettres de ce côté de l'Atlantique. Ses connaissances sont profondes; son style plein de véhémence , quoique trop surchargé de mots, ce qui diminue la force de son éloquence , et rend ses compositions un peu monotones. Les États-Unis doivent s'honorer de posséder un tel auteur. Sa Lettre sur le caractère et le génie du Gouvernement français est un ouvrage neuf, et fort remarquable par ses détails sur les finances et l'administration du gouvernement impérial. Sa Revue américaine offre des détails piquans sur l'état de la société en Angleterre et en France. Elle soumet à une sage critique toutes les produc* tions littéraires des États-Unis.
Son Register offre un coup-d'œil intéressant sur l'état politique de l'Europe , et sur l'état intérieur des États-Unis ; les débats parlementaires du Congrès présentent une espèce de panorama de la littérature américaine. Il insiste principalement auprès de ses compatriotes pour qu'ils adoptent un bon système
d'éducation , et prouve la nécessité d^une Université nationale.
Les sciences médicales paraissent avoir fait des progrès aux États-Unis, principalement dans les villes de New - York , Philadelphie , •Boston et Baltimore , où les collèges sont pourvus d'excellens professeurs, de telle sorte que nous ne serons plus obligés d avoir recours à Edimbourg, Londres ou Paris pour cette branche d^instruction.
A l'égard des beaux-arts, la sculpture est fort «n arrière ; et ^la peinture , faute d'encouragement , est bornée à peu près à des miniatures , des portraits et quelques paysages. U y a néanmoins quelques exceptions , telles que les tableaux d'histoire de M. TrumbulL
Le génie des Américains est surtout porté vers les arts mécaniques. Le gouverneur Moris disait , relativement à cette disposition naturelle des américains : « On pense en Europe 31 que la nature a tout refusé ici à l'homme. 1» On nous demande de montrer nos savans , » nos poètes , nos héros , nos hommes d'état. * C'est la postérité qui répondra. Est-il juste » de faire un semblable appel à une nation si
» jeune encore? Comment la culture des sden- » ces pourrait-elle être suivie par ceux qui » d'une main tiennent la charrue , et de ]'au- » tre leur épée? Que ceux-là qui nous mépri- » sfent, jettent un regard sur nos forets; et ils r reconnaîtront que c'est à peine si Tétudei » peut y trouver un abri. Us sont vains , les n orateurs européens^ de la pureté de leur » style. Mais l'ardeur et l'énergie de l'homme » peuvent suivre une autre direction. Il y a n encore des routes qui n'ont pas été suivies p » des champs qui ne sont pas cultivés , de nou- »velles régions à explorer. I^a terre fertile » n'est pas encore toute peuplée , l'Océan n'est » pas totalement dompté. N'est - ce pas nous » qui avons mis sur l'eau les premiers vais- » seaux à vapeur? L'Amérique , on peut le dire , » s'est emparée des sciences européennes pour n reconquérir l'Océan usurpé par nos prédé- » cesseurs et nos rivaux. Cette invention est » maintenant donnée au monde civilisé ; et » jusqu'à la Russie même , bientôt partout on )) en ressentira le bienfait. Il est vrai de dire » que toutes les parties du moode se rappro- D chent avec j^lus de Êicilité depuis cette heu*
» reuse découverte ; et le poète ajouterait sans » doute , que la fière Asie elle-mane , assise » sur son trône au haut du mont Caucase , je- » tant ses regards sur les ruines de Babylone^ » de Persépolis , de Jérusalem et de Palmy re , » sera bientôt forcée de rendre hommage au )) génie inventif de notre portion du globe. »
Que manque-t-il donc à l'Amérique pour lui fournir les moyens d'égaler les autres nations par ses connaissances et son instruction ? Un bon système d'université ; car , il faut le dire , l'esprit commercial dominant dans ce pays ne peut pas être changé par Tanathéme des prêtres , ou les déclamations des philosophes. Massiilon peut faire des sermons, et Boileau des satires; ils n'empêcheront pas les négocians de continuer leurs travaux et de méditer des spéculations. Il y a mieux , ce serait, je pense , un grand malheur pour l'Amérique, que de détruire cette ardeur pour les richesses qui pousse tous ses habitans vers le commerce ; il serait à désirer seulement que ce sentiment, qui est inné chez tous les hommes , put être modifié et restreint de manière à ne pas devenir absolu , et à ne pas fermer de plus nobles
camères aux hommes qui pourraient être sus-^ ceptibles ^'une plus généreuse ambition. Tyr , Sidon , Carthage , Venise , la Hollande , ont cessé d'exister, pour avoir oublié que les ri^ chesses ne sont pas la seule force des nation.
Lorsqu'on pressait Alexandre de concourir aux jeux Olympiques : « Donnez-moi des rois pour concourir avec moi , et je participerai à vos jeux. »> Les hommes doués de génie par la nature ont encore besoin d'émulation ; il leur faut des rivaux et des points de comparaison. Les sociétés littéraires ont cet avantage , quand elles sont bien composées. C'est dans leur sein que le talent peut être encouragé par de justes éloges , ou corrigé par de sages critiques. Il existe quelques associations de ce genre , notamment à Boston , New-York et Philadelphie ; leur existence a déjà quelqu'utilité ; et il serais bien à désirer qu'il s'en formât dans toutes le^ villes un peu populeuses des États-Unis.
^tji^^iuvt n tivy^v*l¥¥yyytt*^mn f inmMytnm»M^/mimi¥tMyyumimimf¥umftl^^
CHÂPIxaE TII.
Pes Usagei , dei Mœors et du Caractère des Américaini^
L'iciroRAirGE de la langue du pays et lesi préjugés de la vieille Europe sont des obstacles très-réels , qui s'opposent à ce que les ha-. })itans de l'ancien continent puissent acquérir une juste idée des moeurs et du caractère du peuple américain. Mais on ne peut admettre cette excuse pour l'Angleterre. Les Améiricains sont ses enfans ; et ces enfans sont devenus des géans. Ils parlept sa langue , obéissent aux; mêmes lois , suivent la même religion , imitent ses usages , niontrent les mêmes habitudes ; en un mot, c'est une autre Angleterre qui fB3^i$te dans un autre continent. Et cependant ,
sistanee de la France, tout paraissait devoir détruire ces relations pour jamais. Il retrace la défiance et la haine des Anglais pour la France, la reconnaissance des Américains pour ses alliés et ses libérateurs, reconnaissance manifestée par Fenthousiaâme qui éclata en Amérique aux premiers mouvemens de la révolution française , et l'adhésion que donna même l'administration de Washington à ces mouvemens , en sHmissant de principes avec la France révolutionnaire.
Ces motifs, et bien d'autres encore , doivent, il y a lieu de le croire , tourner les relations ordinaires du commerce américain du côté de la France , si toutefois le gouvernement fran* çais est assez habile et assez prévoyant pour profiter de cette disposition.
Il ne faut pas se dissimuler néanmoins que , pour atteindre ce but , il faut une conduite sage , dirigée par une saine politique ; car il n'est pas aisé de rompre les liens qui unissent deux peuples dont la langue est la même , et dont les usages se ressemblent tellement , qu'il semble devoir en résulter pour eux d'immenses avantages.
Àu surplus , des individus peuvent éprouver le sentiment de la générosité dans leur attachement réciproque, et doivent agir en conséquence , malgré l'opinion du héros de Milton , que c^est une charge bien lourde à supporter ^ comme une dette bien pénible à payer. Mais Jes nations , ces masses d'hommes, exposées continuellement à des changemens d'opinions , de senti mens ^ de rapports et d'intérêts , ne sont jamais susceptibles de recon*naissance les unes envers les autres. C'est donc en vain que la France compterait sur la gratitude du peuple américain , pour l'avoir aidé à conquérir son indépendance; et c'est à tort que l'Angleterre s'attendrait à voir les Américains cesser de calomnier ses institutions et blâmer ses actes politiques , parce que c'est à son crédit et à ses efforts que l'Amérique doit les succès de son commerce et de son agriculture.
Uintérêt et V ambition sont les seuls mobiles des nations , et \afJection et la reconnaissance ne peuvent être ressenties que par les individus. D'ailleurs la gratitude de l'Amérique n'était due personnellement qu'à Louis XVI ;
et le reg^t que manifesta plus tard ce monarque, et les efforts de son cabinet pour empêcher ensuite l'Angleterre de reconnaître l'indépendance des États-Unis , prouvent assez que les hostilités de la France, pendant la guerre de l'indépendance, n'avaient eu d'autre objet que d'affaiblir à la fois et l'Angleterre et l'Amérique.
U est cependant bien certain, pour tous ceux qui savent observer , que l'Amérique est essentiellement attachée à l'Angleterre , par toutes les similitudes qui existent entre les deux nations ; que leur commerce réciproque s'est étendu singulièrement depuis la déclaration de llndépendance , et que conséquemment Jes rapports qui existent entre elles leur sont également avantageux. M. de Talleyrand cherche à prouver que la conduite de l'ancien gouvernement français, en opposition avec ses premières démarches en. faveur de l'Amérique , a fondé le succès du commerce des Etats- Unis et de l'Angleterre. Il prétend que si, après la paix de 1 788 , la France , profitant des avantages de sa position , avait resserré les liens qui l'unissaient à ses nouveaux alliés,
( 5i ) elle serait parvenue à séparer à jamais PAngleterre de ses anciennes colonies , et l'aurait totalement remplacée.
Mais la cour de Franc», craignant que les principes démocratiques qu'elle avait protégés et encouragés chez les Américains, ne s'introduisissent en France, changea tout à coup de conduite , et ne favorisa en aucune façon les relations commerciales avec les Etats-Unis.
L'Angleterre alors , agissant avec sagesse , oublia son vieux ressentiment, rétablit^ autant que possible , tous ses rapports ayec ses colonies émancipées , s'efforça même de les rendre plus intimes et plus importans , et par ce moyen , accrut les obstacles qu'elle voulait mettre à l'influence française. Car l'intérêt et l'ambition , nous l'avons déjà dit , sont en général les motifs de toutes les actions des hommes; et malgré les ressentimens d'une guerre longue et sanglante , malgré tous les eiforts d'une puissante faction politique , l'Amérique penche de préférence vers l'Angleterre , dont les habitudes et les moeurs sympathisent si bien avec les siennes.
L'identité de langue , dit M. de Talleyrand ,
(Sa)
est une base fondamentale d'union pour deux peuples ; elle établit , dans leur caractère , une parité que les politiques et les philosophes ne sauraient trop étudier. Le voyageur qui parcourt des contrées éloignées , lorsqu'il entend parler sa propre langue^ croit n'avoir pas quitté le sol de sa patrie ; tandis que la différence du langage est une barrière qui l'isole au milieu des hommes , et le force , à chaque instant , à se ressouvenir qu'il n'appartient pas à la même famille. C'est pour lui une douleur que d'entendre des accens inaccoutumés ; et il en résulte souvent une sorte d'aversion pour les opinions , les sentimens et les moeurs de la nation dont il parcourt le territoire. Ceci est vrai surtout , pour les hommes qui n'ont pas reçu une éducation libérale ; car, en général, les gens bien élevés, de tous les pays sont audessus de. pareils sentimens.
C'est pourquoi, lorsque le gouvernement de France , soit sous les Bourbons , soit sous la
république et sous Bonaparte, exerçait une véritable influence sur le gouvernement américain , et lorsqu'il existait aux États-Unis , une véritable défiance contre l'Angleterre , les par-
tîculfef ô anglais se considéraient comme Amé* rjcains snr le sol de FAmérique , tandis qu^ tes Français y vivaient comme étrangers, comme s^ils eussent été entourés d'hommes d'une autre espèce.
Et comment pourrait-il en être autrement , quand on vi^it à ré^chir qu'outre la parité de langage , il y a presque similitude dans U forme de gouvernement , dans les lois communes et dans les idées politiques ? La liberté individuelle , en Amérique, repoee sur les mêmes garanties qu'en Angleterre, Vhabeas corpus et le jugement par jury. Les discussions parlementaires des deux pays sont presque relatives aux mêmes questions ; et les principales considérations que les orateurs font valoir, sont prises dans les lois, les usages et l'histoire de TAngleterre. Tout concourt donc à confondre les deux nations; et si Tune se glorifie d'être une république , si l'autre tient à honneur d^être une monarchie , il est vrai de dire qu'il existe des principes républicains dans la partie représentative de la constitution anglaise , comme oh peut reconnaître des élémens monarchiques dans l'organisation T. II. â
du pouvoir exécutif des États-Unis. Ces rapports entre les gouverkiemeùs des deux peupies étaient frappans soiis Tadministration du général Washington. La force d'opinion qui s'attachait à sa personne , ressemblait assez au pouvoir magique > à cette illusion , dont taiit d'écrivains forment l'apanage de la monar^ chie ^ sous le nom de royauté.
Ce sentiment du peuple américain ne survécut pas à la magistrature de Washington.
L'étrange conduite de M. Adams , son successeur, et le schisme qui s'établit ^sliïs le parti fédéral , pendant son administration , détruisirent tout l'attachement qu'il avait inspiré à la nation. MM. Jeflerson etMadisson dirigèrent le gouvernement vers les principes et les institutions démocratiques , qui n'étaient pas propres à leur concilier ce respect toujours dû à la haute magistrature dont ils étaient revêtus. M. Monroë a , depuis , beaucoup gagné dans l'opinion publique ; il a fait en partie revivre l'attachement national pour la personne du chef de l'état , tel qu'il avait existé pour Washington y pendant la guerre et pendant la paix.
ïl est surprenant que M. de Talteyrand, qui â fait de si profondes remarques dans son Mé» moire à l'Institut , ait pu si étrangement se méprendre sur le -caractère du peuple américain. Il dit que , comme un peuple nouveau , formé de divers élëmens , son caractère national n'était pas encore établi , qu'il restait anglais par ses anciennes habitudes , et parce qu'il n'avait pas eu encore te temps de devenir américain.
Si Ton considère les nombreuses cités y peuplées d'Anglais, d'Irlandais^ de Hollandais, confondus avec les naturels du pays ; ces villes si distantes les unes des autres , visitées plutôt qu'habitées par des hommes qui n'appartiennent à aucun pays pour ainsi dire , quelle idée se formera-t-on du caractère d'un tel peuple? C'est une nation nomade, passant successivement d'une ville où la société est ^ dans sa perfection , où la civilisation est arrivée à son plus haut degré d'accroissement , pour se trouver le lendemain près d'une cai)ane rustique , formée par le tronc d'un arbre récemment abattu.
Un voyage fait dans l'intention d'observer
cet état de choses , serait l'explication de rôrigine des peuples et des états. On commencerait par observer le plus étrange mélange et le plus grand désordre , pour arriver ^^uite à Tordre et aux choses les plus distinctes. On marcherait ainsi à reculons dans l'histoire de l'esprit humain. Un semblable examen amènerait à reconnaître combien il y a peu de rapports dans le caractère des hommes qui semblent appartenir à la même association.
Dans plusieurs districts , la mer et les bois ont formé des pêcheurs et des bûcherons.
Sans doute ces hommes n'ont pas de pays , et leur moralité sociale se borne à bien peu de chose. L'homme n'est que ce que les circonstances le font. Celui qui ne connaît que des déserts , ne peut avoir aucune idée . de la vie sociale. Le besoin que les homncies ont les uns des autres lui est inconnu. Le bûcheron américain ne s'intéresse à rieii. La beauté des arbres qu'il abat, le brillant coloris de leur feuillage , leur ombre protectrice , l'abri qu'ils présentent , tout cela n'est rien pour lui ; il na calcule ces divers objets que par le nombre de coups de hache qu'il lui faudra donner pour
(57) uhtaAtre tel ou tel de ces beaux omemens de là uoture. Jamais il n'a connu le bonheur de planter. L'arbre qu'il aurait soigné , ne mérite* rait que son mépris \ par sa faible croissance y pendant le temps limité de sa vie. Il ne vit que p$r la dc^sitruclioi). Aussi , tout séjo|u* lui coni^jent.Jl n'a aucune sorte d'attachement pour le. U^u de ses travaux y car il ne lui offre que p^inr et fiitigue-
. ;L état de:p€pheur offre à peu près la même indifférence apathique. Ce serait toutefois une gf-and.e errçur^ que de comparer les pécheurs américains à ceui^ d'£ui'ope> qui forment une p^ipi^fg de matelots. Non , le métier de péd^epr ( à l'exception des habitans de Nantuc* Het , qui vont à la pèche de la baleine ) est celui d'un fainéant. • Ils s'écartent plus ou moins de la côte , selon le temps ; et voilà tout l'effort de leur courage ; leur ligne est le seul instrument qu'il connaissait. Ils ne sont attachés à aucun lieu ; le seul rapport qu^ils aient avec la terre ^ est leur séjour instantatié dans leur [Xiuvre ca*hute ; c'est la mer qui les nourrit ^ ils ne connaissent que la mer : ce sont de véritables <»>smopolites.
M. de Talleyrand conclut , de toutes le& dh^ servations qu'il a faites, que ce n*e3t pas à cause de leur origine, de leur langue et de leurs» intérêts , que les Américains ont des rapports avec les Anglais^ mais uniquepient par Teflfet des occupations auxquelles ils se livrent, de. leur indolence et de l'absence de tout - esprit national , ce qui les rend propres à recevoir Tinfluence de la nation qui les fréquente le plus, a Sans doute , ajoute-t-il , le temps et la croissance de la population diminueront }oui^ nellement ces effets, et les feront, un jour, tota* lement disparaître ; mais un établissement français aux États-Unis serait le meilleur pré-^ servatif contre Tascendant de l'Angleterre ; et cette idée ne devrait pas être imprudemment rejetée par le gouvernement français, m
M. de Talleyrand fait preuve de plus de jugement et de sagacité, lorsqu'il retrace les causes générales de l'établissement des colonies et de leurs prospérités. Ainsi, dit -il, ce fut l'ambition et l'ardeur des conquêtes qui attirèrent les Phéniciens et les Egyptiens dans la Grèce ; la violence força les Tyriens à se réfu-» gier à Carthage ; les malheurs de la guerre
(•59) conduisirent les Troyens fugitifs en Italie ; le commerce et la soif de Tor peuplèrent de Carthaginois les lies de la Méditerranée /ainsi que les côtes de l'Afrique et de l'Espagne ; une population trop nombreuse, dans ira territoire pauvre et resserré, contraignit les Athéniens à se jeter dans l'Asie mineure ; la politique détermina les Romains à abandonner à leurs soldats une partie des contrées qu'ils avaient soumises à leurs armes; ils appaisaient, par cette mesure , les hireurs du peuple qui demandait un nouveau partage des terres, et formaient ainsi; du parti mécontent, une garde certaine qui assurait leurs conquêtes.
Plus tard, l'ardeur du pillage et les fureurs de la guerre, bien plus que la surabondance de la population , précipitèrent les barbares du Nord sur l'empire romain ; et une piété romanesque forma les croisades et les dirigea sur l'Asie.
Après la découverte de FAmérique , des hommes injustes, avides de richesses, traver* sèrent l'Océan , et s'emparèrent des terres de ce nouveau monde, non pour les cultiver, mais pour les dévaster. De pareils aventuriers ne pouvaient former des colonies ; mais bientôt
après , les troubles religieux de FEurc^e donnèrent lieu à des établissemens plus durables dans ces contrées lointaines. Ainsi les Puritains se réfugièrent dans FAmérique du nord; les Catholiques anglais, dans le Marylandj les Quakers , en Pensylvanie ; ce qui a fait dire au docteur Smi^th que ce sont les vices et les crimes de l'Europe qui ont peuplé le nouveau monde. Des émigrations d'un autre genr^ ont été l'effet d'une fausse politique. Ainsi les Maures ont été chassés de l'Espagne ; les Pro* testans proscrits en France, les Jui& exclus d^ toutes les nations ; et partout les erreurs (de cette conduite déplorable ont été reconnues > mais trop tard. Le despotisme des gouverne* mens avait mécontenté les peuples, aliéné des sujets fidèles , et le^ avait armés contre leur propre pays.
Les habitans des États-Unis d^Amérique consistent en Européens ou descendans d'Eupéens, en nègres Africains et leurs enfans, et en Indiens aborigènes^ qui diminuent tous les jours en nombre, par les efforts des Américains, qui les repoussent dan« les bois et les déserts ,
€omme Ta reeonnu M. Mooroê ^ dans son a^ôs^ sage du 2 décembre 1817, où il dit j(brmellépieiit : « Maintéiwint -les nati& du- pays ^ne )» peuvent plus exister que } dans les^désBits hi- )ft cultes. Ils succombent sotts la puisssance de ».la civilisatioii y car la terre a:'été donnée âf| 9 genre humain pour alimenter ^t ^ocitèmr' le » plus : graiid nombre -d'hontotea^ pii(>ssi[bW yM y nul n'i le. droit de Venàpàrer que dé 3^9 » qui lui est suffisant pour assurer çon exis'^ »tenod. »
. La majeure -partie des habîtàns des Étatë^ Unis'a été primitivement comjposéè^'Angtaîs , ixms non pas, comme on lé croit vulgaii^cmént, de vagabonds, de nbet^cBans et de crimitiels. Les premiers qui tentèrent de lôrmer cette colonie , étaient sans doute des hommes bardis, entreprenans, i»ais faoûtiétes^ et dont les printf pes xeposai^it sur la morale, la'reli- • gion et toutes les vertus«socialès.^ Us fuyaient les persécutions civiles et religieuses auxquelles ils étaient en butte dans leur pairie, et cheri^haient un asile dans cette partie dU monde. Ils y ont formé une nation chez laquelle on retrouve encore la rudesse des Puritains, la
fierté des républicains et tout le courage êo ses auoétiresu
J^ Î^ouvelle-Angleterre , proprement dite^ est toute entière cbraposée d'Anglais d'origine^ à l'exception d'une colonie Irlandaise , dans la partie znéntagneuse du Massachusset et quel^ quea : Écossais dans le New*Hampshire. A cela près^ lapopubution des £tats*Unis est toqte anglaise. Il en est jde même des états du centra, et d'une partie de ceux: du midi.
Les Irlandais sont en général établis dans :1a Pensylvanie et le Marylandi. On en trouve un grand nombre dans les autres états. Ceux qm étaient papistes du sud et du centre de. l'Irlande», ft>rment la portion^ des cultivateurs qui habi^ tent les grandes villes. Les Protestans du nord de l'Irlande sont devenus généralement cultivateurs dans l'intérieur du pays.
La population. dWigîue allemande ibrm^ environ le qù^rt des habijtans delà Pensylvanie , de New- York et de New- Jersey . Mais ces Allemands ont oublié teurs usage ; , leurs habitudes et même leur langue , et sont comp èteli^ent anglais.
Des Français protei^tans se sont établis à la
(63) IFoavelle - Rpchelle î à New - Yo A , à CStarles* Town et dans la Catolme du^si^. :; .-' ^
Le& £co$9ais ^ génjéi^alement JafcdMgetis ^ io^ dusitrieux , et dévQués au pays y, imt fonmé di^ vers étabiissemens^ ainsi que. des Suédois afc qu€^u^ Suisses;. M^s J^s \^ j^da^^aux états* qui s'élèvent coutiDueUeiueii.t ^» comme .des: exhalaisons de Ja terre, et qui déboteirt, dansr la population , <l€^ progrès rapides, et gigsui^ tesque^, tels, que rbistoire du monde n'en fournit aucun exemple > proYÎennent tous de 1»
Nouvelle-A^gleteri^e qui a été ^ depim lon|^; temps ,. Wojfj^im ^jenSmm^ow les ^ts de»
New -York, de TOhio, de Kentucky, et de toutes les immenses régions de Touest.
La population américaine est renforcée, cha* que année ^ par de^ étrangers, mais ea bien plu^ petit nombre qu'on ne le suppose. Depuis 1785 jusqu'en 1816, les émigrations»
dans les États-Unis , n'ont jamais exoédé a^nnuellement cinq mille individus» Depuis , elle a été un peu plus considérable. Les Français se sont portés vers le territoire d'Alabapiia ;, et les Irlandais tentent de fonder une colouia dans le pays des IlJinois^ .
• Ce» émigrations sont con)p6séeii)^n généfàV^ il faut bien eiiconiitenîr^ de la lie dés nafioni dont elles ][)lrôviehnent v ^Ites se font connaître par ie mépHs* des. i^stitiitions dé leiHf' anden^ jie patrie y et par le ^ peu dfe respect ^'ettèsf (Hj^t^our te» lois dé celte qu'ellesont adoptées; Héanmoin^V cdBStme nous f avonè déjà dit , I» |»*oportion de ces nouveanx habitans avec la population^ du p^s es^t de peii d^importanpej 11 est à rèïttarquep <joe Icis^ états dé la Ninivelle^Aûglcfterre sont «xenïptgj d« ce tnéiangé? diétrângers^î^ hyêomanpy où garde natio^ nàle y est uniquement composée ûè vërits^^^ies Américaii^
Il existe ^ dans les États Unis , dîx-sept cent miflé esclaves nègres,^ à peu près deux cent mille hommes de couleur, libres. Le nombre' de ces derniers diminue tous les jour§ par le mélange avec les blancs; Cest principalement dans les états du Sud que sont les nègres américains.
L'expérience et l'histoire nous apprennent que les pays qui- ont dîes esclaves, jouissent rarement' d'une véritable tranquillité , surtout
quand une .guerre étrangère e3t d^ctaréç. lies «Qaux qrféprouvfent les nations pour avc^r en^ freint les lois de la «morale ^ renferment , pout* ainsi diiie ., la fac^lté ^ç sie perp4tQer ^t de ^aqgxnenler^ L'e$clavage , une ÙM établi ^ n'admet pr^qu'^ucun remède, L'^ai^dpati w jdes.^sclavçs en m^a^se^s^ à pe\i près impraticable : la différence est si. grande Qptre Içs Ift^ |]»itudes de r^sclaye.çt c^lle^ de Thonmie libre! li'esclave ignore les^éléineps de l'industrie^ qui .^ jla base de toule pro3périté sociale; il n'a 4'aatre piensée , d'aiatre motif d'action , que la peur du châtiment qui le menace sans cesse, libre, il lyi faudrait s'occuper des moyens d'assurer spn existence , celle des siens, et des devoirs du citoyen q\i du sujet. Avant de donner .la liberté à un esclave, il est indispensable <le luiapprf&ndreÀ;pisn$er et à réfléchir. Une lois* libre , on peut être sqr qu'il est hors d'état de se livrer à aucun travail.
Nos nègres sont dans un état déplorable d'ignorance. On peut affirmer que celle des Indiens , nos voisins , est pire encore ; leur barbarie , leur incapacité à participer aui^ de^ voirs d'une communauté régulière, les placent
fort au-dessous de noh escfove^ africains. Ils n'ont aucune idée du genre de soumission vo« lontaire qu'exige Te^isten^ce d'une société civilisée. Lès sauvages ne connaissent qu'une servilhé absolue, ou un deispotiisme sans bornes ^t sans frein ; ils savent que le devoir de l'esclave est Jobéii' «t de travailler , et que le droit du maître est de c^ymmaiider et de ne rien faire. Telles étaient les lois et les mœurs de l'Afrique. Aussi, nos esclaves,. émanctpés par la rébellk)n ou toute antre causée , ne peu* vent se montrer disposés à devenir des citoyens libres et tranquilles, isoumis à un gouvernement et à ses lois. L'ouvrage de M. Brougham , sur le régimfe colonial , reiïferme sur ce sujet de très4mportantes considérations. L'exemple de Saitit - Bdmingue ( i ) , où le despotisme militaire le plus violent. 8| succédé à la révolte , peut servir à démontrer oombieii
( 1 ) Ceci s'entend de la partie du nord de Saint-Domingue, où ont régné Dessalines et Christophe , et qui était entièrement composée de nègres , et non de la partie du sud gouvernée par Péthîon , où la population des hommes de eoulçur avait ta principale influence.
i^es esdaves ^ émancrpés sam :aiicun0 prépara^ tioa, sont peu propres à jouir des Uen&its de ia liberté. Dans l'état de Massachusset , où tes loî$ ont aboii l'esclavage, et où naturellement se réfugient les esclaves des états voisins , les nègres ne savent pas , par leur travail , fournir à leur existence- Beaucoup fuient dans les J>ois et les lieux inhabités y et prouvent ainsi qu'ils sont iiicapables d'apprécier les bienfaits tle la civilisation.
Cette incapacité des esclaves de profiter de la liberté , est plus sensible encore dans les états <iu sud y où les nègres , plus nombreux , ont toujours été traités avec plus de dureté que dans le Massachusset. Ils y forment la basse i)lassé de !a communauté , sans propriétés , et con^équemment hors d'état de jouir d'aucun droit politique, etméme de travailler pour leur subsistance. Il est donc probable que ces nè« grès resteront sous le joug , tant que les pro-> priétaires blancs voudront les tenir dans les chaînes. Le jour où l'obéissance d'un esclave s'afiEaiblity l'autorité du maître diminue et le danger se montre. Tant que le système de l'esclavage existera tel qu'il est , tant que le fouet
et les supplices mèneront les malheutlîiDL nh* grès 9 il lexir «era sans doute difficile de se con<*' certer pour l'exterlBination de leurs maîtres» . Mais , pour n'être p/as prochain , le danger n'en est pas moins réeL M. John Randolph Ta fort bien dit dans le Congrès. Dans la Vir*- ^nie, lorsque la cloche d'alarme se fait entendre pour apnoncer un incendie , les nègres manifestent cet espoir, qu'ils ont toujours con* serve , d'une insurrection générale qui leur peimettrait de se livrer au pillage et à la destruction de leurs oppresseurs.
C'est ainsi que le système moderne de l'esclavage, tel qu'iLei(iste dans les cotonies européennes et dans les États-Unis, est un véritable cercle vicieux. Non seul^nent il crée une masse énorme de maux physiques ; mais en abrutissant les corps , il fausse les intelligences et corrompt les cœurs, au point que les malheureux esclaves sont incapables de re^ cevoir et d'apprécier les bienfaits du christianisme.
Dans les états du sud, les nègres ont rarement la facilité de profiter des consolations de la religion ; leurs maîtres , qui ont un pouvoir
absolu sur leur corps , semblent penser que leurs âmes sont ajissi leur propriété.
Il est à remarquer que les nègres libres, en grand nombre dans les états du nprd et du centre , sont , en général , fainéans et débauchés , et sont étrangers , pour la plupart , à toute pratique religieuse. Les crimes , très-fréquens parmi eux, prouvent suffisamment leur profonde corruption. Il y a quelques années , qu'une bande de ces misérables avait formé l'horrible complot de mettre le feu à des rangées entières de maisons, à New -York, pour se livrer , dans la confusion de l'incendie , au pillage et à la dévastation. En 1817, un nègre fut pris et pendu pour ce crime ; aussitôt toutes les tentatives d'incendie cessèrent. 11 est donc à croire que, si notre code criminel était plus rigoureux, si les coupables, au lieu d'être seulement renfermés pour un temps limité , subissaient un châtiment plus sévère , on verrait le terme de ces attentats , effet de l'immoralité et de l'ignorance.
Dans ces derniers temps, quelques philantropes, parmi lesquels il convient de distinguer les Quakers, dont la bienfaisance est à
(70) toute épreuve , ont essayé d'améliorer la condition des nègres libres dans le nord et le centre des États-Unis. Des écoles ont été établies , sous le nom d^ Écoles africaines ; des prédicateurs, et des maîtres y ont été attachés, afin de répandre la morale et l'instruction dans cette classe d'hommes qu'il convient de traiter comme des frères. C'est sans doute l'unique moyen à employer pour rendre cette population industrieuse et honnête ; et il est bien temps de prouver ce que nous apprend l'Ecriture , que Dieu a fait d'un même sang les hommes de toutes les nations de la terre ; et de réfuter , par des faits , l'injuste assertion de M. JefFerson ,. que les nègres sont une race d^ animaux inférieurs à V homme.
Comme la religion est la base de tous les principes moraux d'une nation , il peut être utile d'examiner son influence et ses effets dans les États-Unis. J'ai essayé de prouver, dans mon ouvrage sur les Ressources de VEm* pire Britannique^ qu'il existait des rapports intimes entre la piété des nations et leur prosp^té. L'histoire nous apprend que les peuples
iv)
qui ont secoué le joug de la religion , ont cons* tamment penché vers leur ruine.
Quand l'ancienne Perse oublia la pureté des institutions religieuses du vieux Cyrus , sa population corrompue devint aisément la proie d'un conquérant étranger ; quand les républiques de la Grèce négligèrent les maximes de leur religion primitive , accueillirent les principes erronés de la philosophie, on les vit dégénérer , se livrer aux conseils de démagogues ignorans , s'affaiblir , et se courber enfin sous le joug d^un éternel despotisme, fiome si puissante , dès qu'elle cessa de respecter les principes religieux de ses ancêtres , dès que la foi du serment n'y fut plus sacrée , se livra atix fureurs d'une démocratie insensée, adopta les maximes d'une philosophie perverse , et , tombant du faîte de sa gloire , fut soumise à la tyrannie militaire la plus cruelle , et finit par être la proie des barbares du nord.
Dans ces derniers temps, l'Europe a reçu une effrayante leçon, qui doit avoir fait connaître aux peuples le danger qui les menace, quand ils s'écartent des principes religieux. Pendant toute la fin du XYIII» siècle, les rois,
les princes , les grands , les écrivains, les phî* losophes , et tous les individus qui jouissaient de quelqu'influence , ont affecté de méconnaître les vérités religieuseSk Quels ont été les résultats de ces nouveaux principes? Pendant trente ans , toutes les nations chrétiennes ont été dévastées par le fer , le feu , la famine , les invasions ; et pas une , dans tout le continent européen , n'a échappé à ces terribles fléaux. Que n'ont pas à redouter les États-Unis ? Peuvent-ils espérer de jouir d'une longue tranquillité , et d'être à l'abri de semblables catastrophes , quand il existe sur le territoire l rois millions d'âmes qui n'ont aucun culte et ne pratiquent aucune religion ; quand il y a lieu de croire que , dans les états du sud , il s'est formé des sociétés secrètes , à l'instar des clubs de France , dltalie et d'Allemagne , qui travaillent à faire disparaître jusqu'au dernier vestige du christianisme; de telle sorte que, dans peu d'années , nous pouvons être envahis par des brigands sans foi , sans religion , et disposés à désoler le genre humain?
Plusieurs hommes sages doutent de la durée de notre constitution fédérale, attendu que,
( 73 ) dans cet acte national , on ne trouve pas-un mot qui sh rapporte à la Providence. Il n'existe pas de religion nationale aux États Unis. Quelques états , dans la Nouvelle-Angleterre particulièrement , reconnaissent Diei; tomme le souverain maître de toutes choses , et prescrivent , en conséquence , des jours de jeûne , de prières et de fêtes ; mais , dans la plus grande partie , il est inconstitutionnel , dans les actes publics, d*honorer la divinité. En Virginie, on pousse si loin cette doctrine , qu'il n'est pas permis à un chapelain , d'officier dans le local de la législature d'état , par le motif ( comme l'a déclaré une majorité considérab'e des représentans , ^n décembre 1817 ) que la constitution n'admet pas une secte religieuse de préférence aux autres ; et que , comme un chapelain appartient à une secte quelconque , il seraitv inconstitutionnel , pour les législateurs de Virginie , d'entendre ses prières ou ses sermons.
En 1 8 1 4 et 1 8 1 5 , la législature de la Louisiane rejeta , à une grande majorité , un bill qui tendait à faire observer le dimanche; à prescrire , pour ce jour solennel, la fermeture
des théâtres, et d'autres dispositions du mêni« genre. Un des principaux orateurs de la chambre déclara que. cette mesure était l'œuvre d'une intolérance , permise tout au plus aux Puritains de la Nouvelle - Angleterre , descendans de ces fanatiques grands admirateurs de la Bible, et conséquemment ignorans, faux et cruels ; mais qu'elle était contraire aux idées libérales et philosophiques des habitans de la Louisiane, qui descendaient des Français.
Les habiians de la Louisiane ont constamment montré leur goût pour les principes de la France , dont ils sont originaires. Chez eux , le dimanche est un jour de plaisir^ et même d'affaires ; c'est le jour où la religion est spécialement mi$e en oubli.
Il était réservé aux sages du XVIII* siècle, de découvrir que la religion était la cause de tous les maux politiques qui dégradent le genre humain. Les législateurs égyptiens , persans, grecs, romains, avaient senti la nécessité de faire reposer le code de leurs lois sur la base imposante des croyances religieuses. Il n'est pas up seul homme d'état de ces temps reculés , qui n'ait regardé comme indispensa-
(75) ble de faire servir ce lien sacré à l'union des hommes et au maintien de la société. Tous ont cru que , sans le tribunal de la conscience , sans la sainteté du serment , sauvegardes contre les faiblesses du cœur humain , il ne peut exister ni communauté paisible, ni prospérité nationale. Quelles sont les lois humaines qui pourraient maintenir la concorde entre le maître et le serviteur , entre le riche et le pauvre ? qui pourrait assurer l'union des parens, la soumission de la femme envers l'époux, et du fils envers le père? La religion seule peut produire de pareils effets. Ce que l'autoi ité et le pouvoir de l'homme ne peuvent atteindre est réservé à la puissance de Dieu seul.
. La France révolutionnaire a seule joui du détestable honneur de réduire l'incrédulité en système régulier. Dans le commencement du XV1II« siècle, M. Bayle, qui s'était réfiigié en Hollande après avoir échappé à la Sorbonne, entreprit de prouver à l'Europe qu'une société d'athées serait infailliblement mieux gouvernée qu'une société de chrétiens : parce que l'athée, dégagé de toute espèce de préjugés religieux , pourrait suivre plus facilement les moûveroens
(76) de la nature et de la vertu. L'évêque Warburton^ dans ses Lois divines, et Montesquieu dans son Esprit des lois, ont renversé cette opinion de Bayle, et démontré qu'une nation d'athées, ne pourrait supporter aucune loi, puisqu'il n'y existerait d'obligation -réelle pour aucun des individus qui la composeraient. L'athée, ne reconnaissant aucun pouvoir au-dessus de son opinion el de ses penchans , renverserait les. lois huaiaines , quand il y trouverait son avantage , convaincu d'ailleurs qu'il échappe à tout châtiment après cette vie,
, Cependant les disciples de Bayle, les philosophes du XVIIIe siècle, dont les écrits ont tant influé ^ur les destinées de la France, Helvétius, Raynal, Diderot, d*Alembert, Condorçet et autres , ont réuni toutes les forces de leur génie sophistique, dans le but de persuader aux hommes que tous les maux politiques qui assiègent 1 humanité , ont leur source dans l'existence et le maintien de la religion cathon lique , et que le genre humain échapperait à ces maux, s'il parvenait à détruire entièrement tout système religieux.
La France a fait l'çxpérience fatal<e ije ççs,
(77) principes insensés; elle a aboli la religion , persécuté ses ministres , proscrit toute croyance ^ et adoré les perfections humaines dans la personne d'une prostituée, substituée a Dieu sous le nom de la Aaison. De 1792 à 1796, le nom de Dieu prononcé fut un arrêt de proscription; et des milliers d'individus périrent, victimes de cette atroce tyraQnie. Mais ne retraçons pas ici les déplorables conséquences d'un principe pervers ; elles atteignirent le plus vertueux des princes , comme les derniers de ses sujets , et couvrirent la France de deuil et de repentir.
Cette rage parcourut l'Europe; le jacobilûsme donna la main à l'athéisme , et partout le fer et la flamme détruisirent princes, royau-^ mes, citoyens et républiques. Ce n'est qu'après qne longue et sévère expérience que l'Europe entière revint à son s^ncien respect pour l'Être Suprême. Alors , repî^rurent l'intégrité , la loyauté, lé vrai patriotisme; l'union des peuples $e forma de nouveau, et le jacobinisme fut rejeté dans l'intérieur de la Frs^nçe, d'où il il était sorti pour le malheur des nations.
A l'avènement du Messie, presque tout le monde connu était soumis à la domination de
(7») l'empire romain. Les lumières et la cîvîHsation avaient fait des progrès jusqu'alors inconnus ; mais ces avantages étaient compensés par une profonde immoralité. Les langues grecque et latine étaient, à cette époque, parvenues à leur perfection ; elles se divisaient les nations. Le latin était principalement cultivé dans la partie occidentale de Fempire romain ; le grec était la langue de toute la partie orientale. Tous les dialectes de lllalie, de l'Afrique , des Espagnes , de la Gaiile et de l'Angleterre , avaient cédé à l'idiome romain. Le grec était la langue des sciences et des arts ; le latin, celle des lois et de la politique. Tous les hommes bien élevés parlaient l'une et l'autre.
Mais au milieu de toute cette gloire intellectuelle, où en était la morale? la pudeur était proscrite ; l'innocence , sans autels; tous les crimes, tous les vices , tolérés ; et le cœur des hommes était un réceptacle d'atrocités et d'hor*reurs. Tous les historiens profanes de cette époque attestent ce que j'avance.
Tel était l'état des choses, quand la lumière se fit apercevoir. Le christianisme, la pureté de sa morale et les doctrines de l'évangile pré-
(79) valurent peu à peu. A peine cette religion nou- ' velle eût-elle répandu ses clartés, que les nations surent mieux connaître leurs facultés morales et intellectuelles. Elles s'afïranchirent insensiblement de l'esclavage politique , social et domestique; les sciences, la littérature , ainsi que l'industrie et les arts, se perfectionnèrent ; et toutes les vertus agirent, pour rendre l'homme meilleur et plus dévoué à la divinité.
Bientôt, il est vrai, ces jours de splendeur furent obscurcis par la superstition , qui corrompit les choses les plus sacrées et encouragea tous les crimes. La corruption du christianisme éteignit graduelien;)ent toutes les lumières de l'entendement ; et l'ignorance et l'iniquité gouvernèrent le monde pendant plusieurs siècles.
Au milieu de ce calios , il a plu à la divine providence de répandre de nouveau ses bienfaits sur les hommes. L'esprit de Dieu a fait apparaître les Luther , les Calvin, et un grand nombre de saints et de martyrs , qui ont établi la réforme et changé la désobéissance des hommes en un sentiment pur de sagesse et de croyance. Un nouvel ordre de choses se forma ; toutes les obscurités du moyen âge se dissi-
( 8o ) pèrent devant lui ; et par une chaîne non înter^ rompue d'améliorations progressives, il unit tous les hommes nouveaux de la chrétienté.
Mais rien n*est durable, ni le bien ni le mat. Nous sommes peut-être appelés à assister , dans ee siècle, à Tune des plus affreuses époques de la dépravation humaine. Il existe ^ dans 1© monde une absence de croyances qui est effrayante. La morale est universellement négligée ; il n'y a d'amélioration intellectuelle permise , que celle qui conduit au moyen de rendre la destruction de l'homme plus prompte par la guerre; et cette absence de croyances peut plonger encore une fois les nations dans les obscurités de la barbarie et toutes les ini-, quités de l'ignorance. Telle est la tendance des nations de l'Europe , tendance que la révolution française a favorisée et déterminée.
En se reportant aux temps les plus reculés, on peut voir que l'incrédulité a été la source de tous les maux que les hommes ont eu à supporter. Dans l'état actuel du monde, cette incréduhté est intimement liée à la question ré volutionnaire j et l'on peut affirmer que ceux qui provoquent une révolution dans un pays,
^us le prétexte ostensible d^araener la liberté du gpwe humain , sont des incrédules en pré* ceptes aussi bien qu'en pratique. Quelle erreur de la part de ces prétendus philosophes, puisque l'expérience nous apprend si bien que la liberté civile et la prospérité nationale ne florissent réellement que là où l'esprit pur et vrai du christianisme domine ! La situation de la Franceet de l'Angleterre, pendant la révolution, suffît à prouver la vérité de ce principe. C'était un contraste frappant que de voir, d'un côté, la France sans religion , sans morale , en proie k toutes les fureurs, à toutes les tyrannies, sans agriculture , sans commerce , sans manufactures, prête à retomber dans toutes les horreurs de l'ignorance; tandis que, d'un autre côté, le peuple anglais jouissait, avec des droits égaux, d'une administi'ation juste et éclairée; et au sein de la liberté et de la plus parfaite sécurité, voyait s'accroître ses richesses et sa puissance ; et pendant cette période de temps, le peuple anglais , s'attachant avec plus de force à la morale et à la religion, devenait, sous ce rapport, l'exemple du monde.
M. de Talleyrand a été frappé de la froideur
qui existe aux États-Unis pour la religion, en comparaison du zèle et de Fenthoi^îasme qu'il avait remarqué en Angleterre; il attribue cet état de choses à plusieurs causes dont il peut être important de rendre compte.
Et d'abord il établit que le premier besoin , pour un peuple nouveau , est d'augmenter sa richesse ; que ce besoin se manifeste partout en Amérique , et que la conduite de tous ceux qui l'habitent sert à prouver la vérité de cette assertion. En Angleterre , la religion a toujours exercé une grande influence sur le caractère du peuple. Depuis que Luther a paru dans le monde comme le chef d'une réforme religieuse, il s'est élevé plusieurs sectes , sous diverses dénominations , qui toutes ont pris naissance en Angleterre, ou y ont été transplantés d'autres pays ; et , quoique la religion nationale et l'esprit de tolérance y aient toujours maintenu la tranquillité publique, cependant la puissance du fanatisme a opéré de grands changemens dans la nation.
Toutes ces sectes , de différente origine , ont passé en Amérique ; et plusieurs états doivent leur étabhssement politique à l'émigration de
sectaires persécutés. Il était à croire qu'elles auraient conservé leur ferveur primitive , et qu'il en aurait pu résulter de l'agitation dans le corps politique des États-Unis ; mais peu à peu ces sectes se sont rapprochées ; et la religion, aux États Unis , est devenue un sentiment personnel et modéré, au lieu de conserver, comme en Angleterre , ce feu d'enthousiasme qui renaplit chaque individu* Aux États-Unis, k religion de chaque secte semble coopérer d'une manière paisible, égale et uniforme, au bien général. U n'est pas rare d'y voir , dans la même Étmille, le père , la mère et le fils, suivre chacun un culte différent, tandis qu'en Europe, la religion agit avec puissance, non seulement sur les individus , mais sur des masses de peuple.
Aussi , on ne rencontre point ici de ces hommes qui, par leur influence, séduisent des portions plus ou moins considérables de la population 7 et l'entraînent dans une persuasion religieuse. Les jours d'office , tous les membres d'une même famille sortent à la même heure , pour aller rendre leur hommage à Dieu , chacun dans le temple que sa croyance a choisi j et tous rentrent ensuite pour vivre
ensemble dans la meilleure intelligence. Quand quelque promoteur d'un culte nouveau arrive d'Europe, loin d'attirer à lui ceux qui professent une autre crovance , il se voit contraint à renoncer à faire des prosélytes ; sa voix n'est pas entendue, et il vit et meurt au milieu de l'indififérence de tous.
Le docteur Priestiey , ce vétéran de sédition et de troubles , qui avait menacé FAngleterre et sa constitution d'une destruction prochaine, et que ses démocrates partisans vénéraient comme un demi-dieu, vit toute sa gloire évanouie, dès qu'il eût mis le pied sur notre territoire. Une députation d'ecclésiastiques obscurs l'accueillit à New- York ; plus tard , il prêcha à Philadelphie devant un auditoire peu nombreux , qui fut bientôt désert ; et il finit par se retirer à Northumberland , en Pensylvanie, où, jusqu'à la fin de sa vie, il s'occupa d'expériences de physique, oublié de tout le monde, quoiqu'il publiât de temps en temps quelques pamphlets politiques que personne ne prenait la peine de lire. Sa mort ne produisit aucune sensation.
U n'existe point de religion d'état en Amé-
rique; le gouvernement n'y fait aucuns frais pour Tentretien du clergé. Les particuliers rétribuent leurs ministres comme ils Tentendent. La loi, il est vrai , a ordonné de salarier Fecclésiastique qui prêche dans chaque paroisse; mais, à cet égard, l'accord se règle entre cet ecclésiastique et ses paroissiens. Dans le Massachusset, Vermont, Nev^-Hampshire et Connecticut , les' lois prescrivent à chaque ville de pourvoir, par une taxe, à l'entretien du service divin ; mais chaque citoyen y est libre de suivre le culle qui lui convient. Le gouvernement n'a nulle part le droit d'intervenir dans les affaires religieuses. Cette indifférence forcée du gouvernement fait qu'un tiers de la population manque de tout secours religieux , principalement dans le sud et dans les districts de l'ouest. 11 est bien, sans doute, que, dans les États-Unis, il n'y ait de préférence pour aucune secte ; mais il est affreux de voir le service divin manquer par le défaut de toute coopération. Cette indifférence' e^strême est aussi dangereuse en Amérique , que la préférence qu'on accorde en Angleterre à une religion exclusive, qiii prive toutes les autres sectes de tout droit et de tout
privilège politique. L'égalité des droits politi^ ques existe pour toutes les religions dans les Pays-Bas y en Prusse , en Russie, et même en France. Comment la Grande-Bretagne renoncet-elle à l'avantage d'accroître sa puissance mo^ raie et intellectuelle , en rapportant les âcte^ du Test et de Corporation^ et en permettant à tous ses sujets de la servir, par tous les moyens dont ib sont capables , soit dans les fonction^ civiles, soit dans les grades militaires?
A l'époque où la Russie a reaversé le colosse qui régnait sur la France et opprimait l'Europe, le général en chef de son armée appartenait à la religion grecque, son ministre des finances suivait le culte de la réforme , et son premier ministre était catholique-romain. Les affaires de ce vaste empire n^en étaient pas moins bien dirigées; seulement, le souverain savait employer tous les mérites , abstraction faite de. toutes les opinions religieuses.
Le système suivi dans l'église anglicane présente deux graves inconvéuiens : le patronage ministériel et laïque, et la dime . Ce patronage Eût que le public a souvent pour ministre un homme que repousse sa confiance , et dont il
( 8? ) est obligé de recevoir les préceptes et l'exemple ; et 1^ dîfne est sans contredit le plus maovais moyen d'assurer l'existence dû clergé.
Elle paralyse l'agriculture; elle établit des d^ats coutimieis entre le pasteur et son troupeau. La dime enlève le dixième du prodiût brut de la terre; et cest en conséquence une taxe énorme qui ne tourne pas au profit de la production. Plus un pays emploie de capitaux à l'agriculture , et moins elle devient productive. Ce mal durera et augmentera, tant que l'Angleterre i^'adoplera pas un autre mode pour l'entretien de son clergé. La dime s'élève au quart du revenu brut de l'Angleterre et de l'Irlande, c'est-à dire à environ lo millions sterlîngs ; et en y ajoutant les revenus des églises, et autres du même genre , qu'on peut évaluer à 5 millions sterlings , il en résulte que l'église anglicane coûte à la nation i5 millions sterlings QU 67 millions de dollars.
Qu'on ajoute à ces j 5 millions, 10 millions pour la taxe des pauvres, 44 înillions pour l'intérêt de la dette publique , et a i millions pour les dépenses du gouvernement, on verra que le peuple anglais supporte , chaque année^
la charge énorme de 90 millions sterlings ou de 4o5 millions de dollars , qui , répartie sur la population qui n'est que de vingt millions d'individus, fait pour chacun , cinq livres sterlings' ou vingt dollars-; tandfs que^ dans les États-Unis d'Amérique , toutes les charges publiques réunies n'excèdent par 5o millions de dollars qui, répartis sur 1 o millions d'individus, forment , |>ar tête , une contribution annuelle de 5 dollars.
Le système de la dîme est bien plus oppressif en Irlande qu'en Angleterre, et il est aisé de le concevoir. Les quatre cinquièmes de la population irlandaise suivant le culte de la religion catholique romaine, il y a tel canton qui n'a pas de ministre , puisqu'il n'y existe pas un seul protestant; mais le ministre titulaire, qui souvent réside en Angleterre, et que^uefois dans l'étranger , n'en perçoit pas moins le revenu de la dîme, et contribue ainsi à maintenir la désespérante pauvreté du pays.
Les différentes sectes chrétiennes se disputent ici avec la plume, et publient des. ouvrages de controverse, tout aussi bien* qu'en Europe. Néanmoins, les progrès des lumières, la lecture
(89) de la Bible qui se répand chaque jour davantage, et les efforts des missionnaires, tendent à rapprocher insensiblement toutes les croyances. Tout ce que le fanatisme, la superstition et les préjugés religieux ont produit de maux dans les temps d'ignorance , ne pourrait se renouveler aujourd'hui. Quelques sectes cependant ont plus d'influe\ice que les autres, telles que les épiscopaux , les presbytériens, les indépendans et les méthodistes.
Les épiscopaux forment une véritable monarchie^ dont l'évéque est le chef suprême. Ce culte convient mieux aux institutions républicaines de ce pays qu'à l'Angleterre , car ici la coni^ention annuelle se compose de délégués laïques et ecclésiastiques que l'évéque préside ; et la coni^ention générale ,. qui se réunit tous les trois ans, se compose de tous les évéques gui forment la chambre haute ^ et de laïques et d'ecclésiastiques des différens diocèses qui forment la chambre basse. Maigre les idées républicaines qui dominent dans le pays, les évéques exercent une grande autorité sur leurs diocésains.
Les presbytériens sont nue espèce de repu-
blique rcprésenl^ive: leur tribunal ecclésiasti* que est composé d'un nombre ^1 d'ecclésias* tiques et de laques, dont lesVotes sont égaux, et qui opèrent à peu près de la même manière que le Congrès lui-même.
Chez ks indépendans , tout est décidé par le suffrage universel^ il n'y existe point de tribunal ecclésiastique auquel on puisse déférer pour 1^ matières graves , en doctrine et en cBscipline. Tout y est soumis au vote de la généralité des individus , hommes et femmes.
Les épiscopaux résident principalement à New- York, en Pensylvanie, Maryland, Virginie et dans la CaroUne du sud. Les Quakers sont nombreux dsms les états du centre. Là, comme partout , ils s'occupent essentiellement à faire du bien , à prêcher la paix^ à prévenir la guerre et la discoi*de ,à encourager les progrès de la société biblique , l'établissem^t dw écoles primaires et l'abolition de l'esclavage.
Les méthodistes occupent les états du midi ; les anabaptistes se sont dirigés vers ceux de rotfêst. Les papistes sont nombreux dans lé Maryland, et dans toutes les grandes villes, sur les côtes ; lei|r nombre s'augmente des Euro*
( 9» ) pèens c|uî arrivent sans cesse aux États-Unis, mài^ ils fotot peu dé prosélytes. L'église hollandaise réformée est établie à New-York et New- Jersey. Les Juife sont partout , mais en petit nombre; et même, dans la nouvelle Angleterre, on peut dire qu'il n'en existe point ; ils ne peuvent pas plus y résider qu'en Ecosse,
Le clergé américain pratique en général tous ses devoirs avec exactitude; mais, dans beaucoup de villes, il existe un usage qui nuit essentiellement à l'instruction chrétienne : trois ou quatre églises y sont communes à autant d'ecclésiastiques, au lieu d'avoir un pasteur pour chaque congrégation particulière. Il en résulte qu'il n'y a pas , dans le service divin , une suite et une règle convenable.
Bfaîs je l'ai déjà dit, une partie considérable de la population manque de moyens suffîsans d*instruction ; et ce n'est que depuis peu qu'un ûouveau zèle se déploie , et que la piété fait quelques progrès dans toutes les classes. On trouvé bien, dans les États-Unis, quelques hommes imbus des principes de la philosophie moderne, qui s'efforcent de tourner en ridîctlle ces bonnes dispositions; mais il y a lieu
(90 d'espérer que la religion prendra Iç dessus , et que l'incrédulité sera forcée de se soumettre.
Déjà l'établissement des écoles des dimanches , et les sociétés de la Bible et des missionnaires donnent la preuve copsolante que les principes religieux se répandent en Amérique ; et il est à remarquer que , dans plusieurs grandes villes , le yice , l'ignorance et la misère ont sensiblement diminué. Plusieurs personnes des premières familles prennent elles-mêmes le soin d'instruire les pauvres et les nègres, jeunes et vieux, dans les écoles nouvellement établies. Le bien s'opère ainsi d'une manière très-apparente.
La société des missions a été établie pour la conversion des Indiens , et ses travaux sont couronnés par le succès ; elle seconde parfaitement la société biblique qui , sans contredit, offre plus d avantages et a obtenu de plus heureux résultats. La lecture de la Bible dispose, plus que toute autre, à la pratique de la morale et au développement de l'intelligence. C'est l'œuvre du créateur de l'homme, qui Ta fait pour son instruction. Il suffit de voir tout le
( 9^> ) bien qu'a produit la société biblique ^ pour juger de l'utilité de son établissement. Son histoire , écrite par le révérend M. Owen , donne des détails fort curieux pour celui qui veut s'instruire sur un pareil sujet.
Il faut bien le dire , la nation américaine a besoin d'un clergé plus nombreux. Les Indiens, si voisins du territoire des États-Unis^ et qui, chaque jour , se confondent avec les A.méri« çains , réclament une instruction qui leur est nécessaire pour sortir des folles superstitions du paganisme. Le peuple américain lui-même nianque de moyens suffisans d'instruction ; et sa population augmente avec une telle rapidité, qu'il faut inévitablement avoir recours à de nouvelles mesures, afin de pouvoir répandre la lumière et les principes d'une saine morale.
Le caractère d'une nation repose sur ses institutions politiques et religieuses. Aux États- Unis, on peut dire quil n'y a qu'une seule institution; c'est la liberté individuelle, qui permet à chacun de parler et d'agir, selon sqq ^é , quelle que soit l'erreur qui le détermine ; et cette liberté n'y a de bornes que les lois.
lA fonds de la nation américaine est d'origine anglaise, et a conservé le caractère moral dé ses ancêtres , modifié seulement par la dififi^ t^nce de gouvernement , de climat et de situa-^ tion. La langue, les lois , la religion même sont semblables^ à quelques légères différences près. Tous les gouvernemeùs des États-Unis sont populaires et électifs; la souveraineté y résidé pleinement dans le peuple ; et ce peuple connaît Son importance, et s'élève par la dignité fort au dessus de tous les autres. Ajoutez , pour eiï avoir une juste idée, qu'il est de beaucoup Supérieur à tous les autres , par ses qualités physiques et morales, et son esprit entreprenant.
Les propriétés sont plus également divisées aux États-Unis que partout ailleurs. On y remarque peu de fortunes excessives ; mais la véritable indigence y est rare. Aussi , dans les relations sociales , on y est afi&ancbi à la foi^ et de Tinsolence de la richesse et de la servitude du besoin. On y voit régner une égàfitè pâr- &ite entre toutefs les classes de citoyens, uiié grande similitude dans les princi^e's et d'uni« formitédaxis le^manières. tie^lbisy sdtitienneiit
(95) , fat religion , ou plutôt toutes lès religions ; tes eedésiasdques , dans chaque paroisse , sont choisis par les halntans ; leur salaire est peu considérable, et ils sont en général instruits et pieux. Partout sont établies des écoles élémenmentaires , et l'on compterait aisément les individus qui ne savent pas lire , écrire et compter. Les manu&ctures y prospèrent par le travail d'hommes libres. Sous un grand noitt*bre de rapports , le peuple y ressemble singu-^ Uèrement à celui d'Ecosse.
Le docteur Currie a fait connaître les causes ée la supériorité des Écossais sur tous les autres peuples de FEurope. Le résultat de ses reeher» ches à ce sujet est que cette supériorité est due aux écoles primaires étid>lies dans chaque paroisse^ et qui distribuent à tous une égale instruction , à l'existence d'un clergé , modéré*ment payé , conséquemment instruit et zélé j et surtout à l'absence d'une loi sur là taxe des pmivres. Il prétend que c'est cette taxe désas-^ treuse qui a , pour beaucoup ^ contribué à la corruption du peuple d'Angleterre.
Cette loi &tale a tnalheureusement été adoptée en Amériquo ) c'est ufi vériti^le cano0r qui
« détruit insensiblemeut la morale et la prospé* rite publiques* Néanmoins le peuple américain jouit d un avantage inappréciable ,* inconnu à tous les autres, même à l'Ecosse; c'est que toute la souveraineté politique réside en lui. Un Américain ne connaît pas un homme sûr la terre qui soit son supérieur. Il résulte nécessairement pour lui de cette situation politique, une confiance , une élévation de sentimens qui le placent au dessus de tous les autres hommes. Dès l'enfance , il apprend que ses magistrats soiit ses créatures ; et , tandis que, partout ailleurs , le peuple humilié s'empresse de flatter ceux qui le gouvernent, ici c'est le gouverne* ment dont tous les efforts ont pour but de coi^server l'afïeclion populaire.
On peut affirmer que, par sa situation toufe particulière et par sa capacité , le peuple américain est au dessus de tous les autres , et qu'il est destiné à leur être un jour supérieur dans la paix et dans la guerre. Les qualités éminentes des Américains se remarquent surtout dans cette portion de l'Union qu on appelle la Nouvelle-Angleterre. Pendant la dernière guerre , les régimens de ces états soût ceux qui se sont
( 97 ) le plus distingués par le courage, la persévérance et la discipline. La population des états de l'intérieur est un peu différente. La religion y est moins protégée par les lois , les écoles primaires y sont moins nombreuses , et il n'est pas rare d'y rencontrer des habitans qui ne sachent ni lire ni écrire. La propriété foncière y est moins divisée ; et conséquemment la ligne de démarcation entre le riche et le pauvre y est plus sensible. Les esclaves y sont en bien plus grand nombre ; et dans le Maryland , on peut dire que Finfluence de l'esclavage a sensiblement détérioré le caractère national et les mœurs.
Dans les états du sud , la religion a moins de crédit encore. Les écoles y sont peu nombreuses ou mal administrées. On y trouve des blancs qui ne savent pas lire. Le travail, dans les ports et sur les vaisseaux , y est dévolu aux esclaves ; et Fesclavajçe y a corrompu la morale publique. Le nombre des gens de couleur ne cesse d'augmenter, et ils formeront bientôt une nation tout entière. La chasse , les plaisirs^e tout genre et les duels y sont les occupations qui se partagent le temps de tous les habitans.
Su pm*lant du relâd^ni^ftt é«9 mceur» daim quelques parties des États-Unis , je n'ai pas eu en vue d'àttaqi^r le caractère moral des damea américaines, qui en général , ont conaervé une grande pureté. Il n'y a jamais ki de ces exem-* pies d'infidélité conjugale, qui déshonorent une famille entière. Les femmes sont presque^ toujours de sages épouses, d'exoellentes meares^ et conservent long-temps l'amabilité et t^itet les grâces de leur sexe.
Cependant le système de l'escUvage peut un jour porter atteinte à la vertu des femmes de cette contrée. Il est tel, que la situation du peuple le plus misérable et le plus dégradé ne peut donner une idée de l'affreuse condition d'un esclave en Amérique. C'est surtout dan$ l'état -de Virginie , qu'on peut remarquer lea résultats de cet effroyable système. On peut avoir une idée de tous les maux qu'il amène à sa suite, en jetant les yeux sur l'ouvrage de M. Birkbeck , qui a fui l'Angleterre et son des^ potistne^ pour venir habiter le pays de la U<* berté. Il offfe les notions les plus curieuses sur le son des esdavès aux États-Unis. L'état dé* pkMrable de ^es plus vib compi^riGft^3 9 dit- il ,
(99) |iW pus comparable $^ celui des escls^ves de Virginie. Il éuU>lit un parallèle, à la manière de Plutarque ^ entre la manière d'exister des paj'sans anglais et celle des esclaves de TÂmé-f rique ; etil en conclut que l'état abject de ses p^ys misérables compatriotes n'a rien d'aussi horrible et d'aussi dégoûtant que celui des
noiirs.
Pai^ le^ objets (fignes d'attention que ren»
ferme le livre de M< Birkbeck , on doit s'an* réter sur fa description qu'il donne des émi* grations vers l'ouest, et de leurs progrès dans les nouveaux établis^eme.n». Il semble y d'après ce qu'il a observé , que toute l'Amérique se dirige vers ces contrées ; et il en fait remarquer les importantes conséquences. Il lui parait que, pendant la guerre de la révolution ^ et même long temps après, l'influence de la Nouvelle - Angleterre avail dominé dans les conseils , et que l'administration du général Washington avAÎt fondé la gtpire et la prospérité du pays ^w une base solide;. MafU , pli«» tard, la Virginie,, de concert avec les états du; suà et une partie de ceux du centre, % détruit ou sensiblem<iat paraly^ c^fite inftneno^ ]^
( ïoo ) à peu, la croissance prodigieuse des états de Touest en population et en richesses leur a donné de la prépondérance, et leur a permis de menacer les aqtres états par un système qui s'accorde peu avec les intérêts commerciaux des États-Unis. Le premier acte législatif, effet de cette prépondérance , sera de changer le siège du gouvernement établi dans la ville de Washington , pour le transférer à travers les montagnes d'Alleghani , vers quelque lieu voisin de l'Océan Pacifique.
Chaque jour voit la grande route d'Ohio, selon M . Birkberk , couverte de groupes d'émigrans qui se dirigent vers cette terre promise de l'ouest, emportant avec eux des outils , des grains , des provisions de tout genre , et traînant à leur suite leurs enfans et leurs vaches. Moyennant quelques dollars, ils y ache. tent quelques acres de terrain , dont ils ne sont obligés de payer de suite que le quart. On peut aisément reconnaître à la »aîté des uns, qu'ils viennent de la Nouvelle-Angleterre ; aux précautions de sautres, qu'ils habitaient New-Jersey ; et à la mélancolie des derniers, qu'ils viennent de quitter lé territoire de Pensylvanie. De cette
«natiière , et avec un seul cheval pour porter leur bagage , ils traversent tous les États-Unis de l'est à Touest^ et font ainsi 2000 ou 3ooo milles , avec leurs femmes et leurs enfans (jui marchent pieds nus.
Le peuple américain est^ sans contredit, celui de tous les peuples qui se déplace le plus souvent. Lors même qu'un Américain est biea dans un lieu, il est volontiers prêt k changer son domicile , à déranger toutes ses habitudes, toute son existence , et à se transporter avQC courage , et même gaîment , sur un point éloigné, et sans aucuns de ces graves motifs , qui obligent ailleurs les populations à 3e déplacer. En 1817^ on voyait, entre Baltimore et Philadelphie , et se dirigeant vers Pittsburgh et de l'autre côté des montagnes AUeghany, plus de vingt mille fourgons chargés chacun d'un poids d'environ quatre milliers, dont fe le port aurait coûté plus de deux millioQ^ de dollars. Le nombre des piétons et des chevaux répondait à celui des voitures, et peut donner une idée de la marche des émigrations dans un espace de plus de trois cents mille.
Les voyageurs des état$ de l'est laissent soy^ T. Il- 7
( ïo^ ) vent leurs chevaux à Pittsburgh, et desœndent ensuite TOhio , jusqu'au Ueu de leur destination, tandis que les voyageurs des états de Touest se transportent dans Test par des diligences.
Les femmes voyagent souvent à cheval , avec lîne redingote , un parapluie , et avec leurs en&ns couchés dans une couverture ; elles vont ainsi de Ténessée jusqu'à Pittsburgh , distance de moo milles. M. Birkbeck rencontra, à Washington, un fermier et sa femme bien équipés, qui avaient ainsi voyagé , des environs de Cincinnati en Ohio , pour aller voir leurs amis et leurs parens à New-York et à Philadelphie , quoique la distance soit d'environ 700 milles; et ce qui prouve l'excellence des chevaux du pays , c'est que ces voyageurs avaient déjà fait 370 milles en sept jours^ et que leurs montures n'annonçaient aucune Êitigue.
M. Birkbeck , pour donner une idée de Taccroissement rapide de la valeur des terres dans l'ouest, raconte l'histoire d'un fermier qui tient une auberge à vingt milles de Washington. Cet homme est âgé de trente ans , a une femme et trois enfans. Son père, fermier aussi
dans les environs , lui ayait donné 5oo dollars pour former nû établissement ; il en acheta de la farine qu'il transporta lui-même à la NouveUe-Orléans;, à uooo milles de son domicile, et la vendit 900 dollars. Il acquit , en 181 5, aSo acres de terre 9 dont 65 furtnt semées en prairies , bientôt en bon rapport , et qu'il vendit 35od dollars. Dans moins de trois ans , sa petite fortune s'est élevée à 7000 dollars , avec l'espérance dé la voir s'accroître avec promptitude. Bans beaucoup de parties de l'Ohio , l'aore de terrain Vaçu0 ne vaut guère que ao dollars, et vaut ipoo dollars au bout de dix ans.
Seaucoup d'émigrans ne sont que des aventuriers , qui arrivent souvent au lieu de leiir destiioation, après avoir épuisé toutes leurs ressotir<jes > et conduisant avec eux une femme et des en£Ems. Aprèr avoir obtenu une concession de terràili, qui leur est toujours accordée à/UU: prix très-modique , il se hâtent d'élever une hutte dans les bois , dé disposer une pièce de terre, et d'y semer du bled dellnde, ppUr assurer leur existence et celle de leur famille pour l'année suivante; mais n'ayant que la
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chasse pour se nourrir d'abofd, exposés à Fin^ tempérie des saisons, au froid, à Thumidité, «ans un véritable abri , plusieurs ne peuvent résister à la fatigue et périssent au milieu de leur entreprise.
Celui qui échappe à ces dangers, est souvent obligé de transporter son grain à plus de 5o milles pour trouver un moulin , et d'attendre plusieurs jours avant de pouvoir le faire mou-* dre. Mais il est vrai de dire qu'à mesure que le nombre des établissemens augmente, les difficultés diminuent. Depuis quinze ans seulement, iHie surface de terrain quatre fois grande comme les îles Britanniques , a décuplé de valeur par l'effet de la culture. Les villes, dans cette partie du continent américain , se forment à la hâte , sans égard à la salubrité , mais seulement dans l'intérêt des habitans, qui ne cherchent que les points favorables aux communications. La ville de Cincinnati est 'dans une situation fâcheuse , sur un point trop bas des rives de l'Ohio. Néanmoins , elle s'est élevée comme par enchantement , et deviendra bientôt l'une des plus importantes de l'ouest. Il n'y a pas long-^emps qu'elle ne consistait
qu'en quelques misérables cabanes; aujourd'hui , elle est composée de plus de huit cents maisons belle$ et vastes ; elle contient plusieurs beaux marchés^ et Ton y rencontre des voitures de luxe et des femmes élégantes. Enfin , il n'y a pas plus de vingt ans que les états de rohio et d'Indiana ne contenaient pas plus de 3oyOoo habitans ; et maintenant , le seul comté dUamilton, où est située la. ville de Gncinnati, en renferme un pareil nombre.
Le temps n'est peut-être pas éloigné , où lé commerce d'Europe avec ces contrées ne se fera plus par les ports de l'Atlantique, mais, à l'aide des bateaux à vapeur , par les grandes rivières qui viennent y aboutir.
L'état diadiana est plus nouvellement fréquenté que celui d'Ohio ; et ses habitans sont en général très-inférieurs à ceux, de ce dernier pays et n'ont été originairement que des aveii- . tnrîers. Qs sont paisibles , soumis aux lois , .unis entr'eux , et sont principalement occupés de la chasse et des moyens d'assurer leur subsistance par la culture du bled. Mais ils vivent dans la pauvreté, privés de. toutes les jouissances de la vie, ainsi que les Indiens, et,
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comme eux, se retirant loin des lieux trop habités*
Il n'y a presqu'aucune différence entre les habitans de Norfolk en Virginie, et ceux de Madisson en Indiana. Les uns et les autres sont en général grands ^ fbits et intelligens. Quand on leur demande pourquoi ils ne se livrent point au travail i « Nous vivons en liberté^ réj» pondent-ils, et nous n'avons pas besoin de » travailler comme des Anglais. ^ Ils paraissent ignorer que la panesse est une sorte d^esclavage et peut-être le pire de tous^
L'activité et rintelligence des Amérioains^ sont an delà de tout ce que Timagibatibn peut se figurer. O0 les^ voit- continuèlliement en voyage , par bateau , çn voiture, à cfaeval , de toutes ks manières ; ^t cette Êu^ilité à se transporte!' sans répugnance d'un lieu à un autre,, jointe ^nx, immenses ressources de ces con* trées de l'ouest, dont lés CQtons, sucres, grains,, et autres cultures s'aocrôissent touj& lies jours ,^ permet d'espérer que bientôt ceS' ridËEes pror ' duits seront éôhangés contre les. objets mEdnU'^ ^cturésdei'Ëardpe.^ ^ ,.
. Mais dans ces coçtrëes A^ l'ouest ^ Fin$truQ-^
( lo? ) lion et les arts sont naturellement très-arriérés. La lecture y est bornée aux journaux et à quelques pamphlets politiques ; point d'histoire 9peu de livres de religion ; et pourtant l'intelligence des habitans est fort développée. On peut en avoir une idée exacte, en lisant le Register american de M. Walsh. En visitant cette partie occidentale des États-Unis ^ cet auteur conçut une très-haute idée de ses habitans; et il crpit avoir remarqué q^e les membres du Congrès , qui viennent de ces contrées ^ ne sont pas des hommes ordinaires. « Cette con- 3» trée de l'ouest, dit-il,, est un grand empire, p destiné à explorer un jour toutes les parties » du inonde intellectuel. y>
Après avoir parlé des usages , des mœurs et du caractère de cette partie des États-Unis , qu'U me soit permis de présenter quelques remarques^ qui s'appliquent à tous les Américains en général.
Le prix élevé de la main d'oeuvre , la facilité de se procurer du travail , et l'abondance des produits de la terre ^ tout a contribué à former des hommes forts et vigoureux. Les quatre
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cinquièmes des habitans sont voués àTagrictil-' ture , et un très-grand nombre ne cultivent que leurs propres terres. Leurs amusemens ordinaires Sont la chasse et la cotirse, ce qui augmente leur force et leur agilité. Les lois de l'Europe sur la chasse et la pêche sont inconnues en Amérique. Nos enfans portent un fusil, pour ainsi dire aussitôt qu'ils sont en état de marcher; cette habitude de Tenfance les rend les meilleurs tireurs du mondfe. Tous lès hom* mes, depuis l'âge de dix-huit ans jusqu'à i'âge de quarante-cinq , font partie de la milice ; et, d'après un message du président, en 1817, cette milice était composée de huit cent mille hommes. C'est un excellent fonds pour une armée, puisque tous les miliciens sont exercés aux manœuvres et soumis à la discîpliïie militaire. Les Américains montrent des dispositions pour devenir d'habiles ingénieurs ; là situation du pays les rend très-propres à ïa profession de matelot, avantage que n'ont pas la plupart des natiotis de l'Europe. Il est dônd bien démontré que le peuple américain possède tous les élémens qui forment la grandeur d'une nation ; et si Ton veut considérer que l'éducation.
( i09 ) élémefttaire est ici gratuite et universellement répandue , on ne sera pas surpris de la supériorité du peuple américain sur les autres peu-' pies , en le considérant en masse. Son pouvoir politique ( car il est souverain) lui donne en outre une fierté et une élévation de sentimens qu'on ne peut rencontrer chez les hommes soumis à une autre forme de gouvernement.
Les succès constans de la marine américaine^ quoiqu'ils n'ayent pas eu un grand éclat, ont aussi contribué pour beaucoup à entretenir le sentiment national. Les vaisseaux américains ont la même force que ceux de l'Europe, et ont bien plus d'élégance et de légèreté. Les in-» génieurs anglais et français ont été contraints à imiter la construction axnéricaine ; ils ont pu faire aussi bien peut-être; mais en quoi les marines de l'Europe, et même celles d'Angleterre, sont inférieures à la nôtre , c'est dans la composition des équipages. Tous les Américains sont bons matelots et bons canonniers; tandis que, sur les vaisseaux de l'Europe, il n'y a guère que le tiers de l'équipage qui ait quelque habileté dans le service. Il est vrai de
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dire <i[ue, lors^e notre marine sera pins eon* sidérable , et en proportion avec l'étendue de nos c6te& et le nombre de nos fleuves et de nos lacs, il deviendra peut-être moins facile de faire monter nos vaisseaux par ^aussi halnles ma* rins ; et peut-être faudra-t-il, ainsi ^u'ei> Angle* terre , recourir au système de la presse , qui même a déjà été proposé au Congrès^ à la fin de la dernière guerre , comme le seul xpoyea de compléter les équipages des vaisseaux qui étaient en armement.
Néanmoins , malgré toutes les caisses d'élévation et de, prospérité qui existent en Amérique , d'autres causes , dont il fa^t bieuf tenir compte, peuvent paralyser ta^t d^avantagesw Dans le sud, l'esclavage tend à corrompre^ comme on l'a dit, l'esprit nf^onal ; et déjà les états de l'ouest se ressentent des maiix qu'entraîne ce fatal systèn^e qu'ils ont adopté. X<es Loteries , qu'on a intrQduil;^^ dàn^ la pl^p^rt des états, sont aussi une source de çom;ip|ion pour le peuple* On a^ depuis long-temps, reconnu en Angleterre les vices de ce genre d'établis^emens ; et dans chaque sessicm du parlement, on en réclame la juste al^olitton» Q^7^
nous, au contraire, le nombre s'en accroît annuellement.
La prison a été substituée ici aux galères et à d'autres cbâtimens également efficaces. Il est à remarquer que le nombre des crimes , au lieu de diminuer, est devenu plus considérable ; et l'usage de pardonner les criminels , quand ils ont subi une détention plus ou moins longue , n'a fait qixe multiplier les voleurs et les malfaiteurs de tous le^ genres.
Les lois eil ÊtveUr des débiteurs ont renda la fraude et la mauvaise foi plus communes^ Il résulte de ces lois que bien peu de çréan-< ciers étrangers , surtout s'ils sont Anglais ^ peuvent recouvrer leurs créances. Le débiteur setrouve aiséinetit décdiargé de ses obligations,, et peut Étire de nouvelles dupeç, selon ses dispositions et l'habileté qu'il a acquise par expériettcev
Nous avons, dit précédemment combien la taxe des pemvres lÊon^k iLUgmenter la misère publi^u6 , ai^ Ijeuid^ ladiminuer ; nou^ ne re- Viendroùs point sur ce sujet. , .
Le ctimtde/&wç est ici plus commun que |iàjrtout ailleurs; et la prison n'est point un
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pf ésenratif suffisant contre ce genre d'âttentât^ dont se rendent principalement coupables les nègres libres et les étrangers. Mais , de tous les vices qu'on peut remarquer aux États-Unis , celui qui frappé le plus ^observateur , et qui peut avoir les résultats les plus fâcheux^ est legoijt immodéré des liqueurs fortes, et l'ivrognerie qui en est la suite. La chaleur du climat y porte sans doute ; et le prix élevé de la main d'œuvre , en même temps que l'absence de tout droit sur les liqueurs , rendent plus facile aux ouvriers et aux pauvres de s'y livrer. Il y a. plus, les excès en ce genre ne sont pas rares dans les classes plus élevées. C'est à ce point qu'à New- York , il a été formé une commission des citoyens les plus recommandables , pour rechercher les causes de cette dépravation , et aviser aux moyens de Ja réprimer.
La quantité de pauvres dont le nombre augmente journellement, et leur horrible situation pendant l'hiver de 1 8 16 à 1817, ont déterininé, dans la même ville de Nèw-York, l'établissement d'une autre commission, dans l'objet deproposer des moyens pour remédier à ce déplorable état de choses. Une somme considé^
( "3) rable fut recueillie au moyen d'une souscription. Elle fut dépensée en très-peu de jours, tant ie nombre des individus dans le besoin dépassa ridée qu'on s'en était faite. Les gens riches xiontrèrent un zèle sans exemple à secourir les malheureux ; jamais capitale d'Europe n'avait présenté une semblable détresse. Quinze mille hommes^ femmes ou ènfans, reçurent ainsi des secours ; c'était presque le septième de la population. En Angleterre, il fut reconnu, «n 1816, que le nombre des pauvres est égal au neuvième de la population. Mais comment une pareille souffrance peut-^elle exister aux £tat3->Unis , où les individus sont répartis sur une si grande étendue de territoire , où le sol est si fertile et le climat si heureux , où il n'y a, pour ainsi dire, ni d^ense de gouvernement^ ni dîmes , ni impots ?
Il n'est pourtant que trop vrai que le nombre des ma^ieureux s'accroît annuellement dans la ville de New-York. Il y a donc lieu de recourir à im remède plus efficace que la taxe 4es pauvres pour arrêter ce mal, qui fait de nouveaux progrès depui^ qu'elle est établie.
Observons toutefois que la plus grande partie
de ces pauvres se compose d'étrangers venus d'Europe , et que le vice et la paresse OHitrir buent coHstamment à recruter cette dasse de misérables. Qui croirait ^ en Europe, qu'une partie de ces pauvres sont des électeurs libres et indipendans ; quils ont droit à toutes les places, et qu'ils possèdent toutes les qualités exigées pour siég^ dans les chambres et dans le Congrès!
Des comités ont été formés à New^^York.et ailleurs, pour rechercher les causes de tant de maux ; et il faut espérer que leurs investigations amèneront un meilleur ordre de^ choses. Quand on ne parviendrait qu'à obvier aux inconvéniens qui naissent de .Fint^npérance à laquelle se hvrent tant d'êtres dégradés, ce serait déjà un grand bieii, et ce bfen n'est peut-être pas difficile à obtenir. On compte, dans k seule ville de. Newr^York, trois mille cabarets ^ tandis qu'il n'y en a pas àex^x cents à Hiiladelphie. Cette différence provient des mesures de police qu'ont adoptées les magis* trats de cette dernière ville. Londres, cette cité si immense , si su^rieure par ses dimensions et par le nombre de ses habitans à presque
( "5) toutes les villes clu monde , n^a pas plus de quatre mille deux cents cabarets; et Ton trouve que ce nombre dépasse de beaucoup les besoins de sa population , qui est presque dix fois plus considérable que celle de New- York. Il Élut donc réduire le nombre de ces maisons où la débauche corrompt les âmes et les corps» THous ne dissimulons pas néanmoins qu'une tentative pareille demande du temps et de la persévérance ; c'est à la législation qu'il appartient d'opérer un si grand bien ; il y va de la morale^ de la religion et de l'existence des individus.
D'après un recensement Éatit avec une scrupuleuse exactitude , il est vendu annuellement^ dans les cabarets de New-York, pour environ trois millions de dollars de vin et de liqueurs fortes. Le dixième xle la population seulement de cet état , habite la ville , et , en admettant qu'en raison de la paresse et des vices qui se réfugient toujours dans les grandefs villes , cette consommation du dixième des habi* lans soit égale à celle des neuf autres dixièmes y la dépense totale de cet état , en liqueurs fortes , serait de six millions de dollars. Il est
douloureux de penser qu'une si grande partie du revenu annuel soit ainsi détournée de l'induslrie productive , de l'agriculture , du commerce, des manufactures et de toute dépense utile à l'état. Cette somme équivaut à une capitation de six dollars par personne. £t cependant , ce n'est pas encore là le plus grand mal qui résulte d'une pareille dépense. L'usage immodéré des liqueurs spiritueuses énerve le corps, amortit toutes les facultés, et corrompt les âmes. Tout homme qui se livre habituellement à ce vice dégradant^ finit toujours par oublier tous ses devoirs , par ne plus connaître aucune affection , par devenir étranger à tous les sentimens de père , d'époux , de fils et de citoyen. Tout principe de religion et de morale s'éteint en lui , et il finit presque toujours par l'abrutissement et le crime.
Il est maintenant impossible , qu'une habitude si fortement enracinée^ puisse être détruite ou seulement atténuée , autrement que par des mesures législatives. Quel beau rôle , pour des législateurs amis du pays , que d'avoir à combattre un vice dont l'existence et les progrès xneDacent la sûreté de l'état ! La considération
mmm
lionteuse de voir diminuer le produit d'une
taxe, en restreignant le nombre des cabarets,
peut-elle ^tre mise en balance avec tout le bien
qui pourrait résulter d'une mesure si utile et
si morale ? Auprès tout , la répression de*lout ce
<|ui attaque la religion et les bonnes mœurs
n'çst-elle pas le premier devoir du magistrat
danô tout pays chrétien ?et les revenus de l'état
ne se trouveraient- ils pas accrus par les effets
d'une semblable mesure sur l'industrie et la
ridiesse particulières (i)?
Les usages et les habitudes des Américains sont tels que M. de Volney , dans la préface de son grand ouvrage sur l'Amérique, prévient ses compatriotes qu'ils ne doivent pas se flatter de trouver aux États-Unis une seconde patrie, parce que les traits caractéristiques des Américains sont trop différens de ceux des Français, ic Us nous reprochent, dit*il, d'être gais, légers , » et même peu raisopnables ; et nous les trou-
( 1 ) Le comité de New York a publié un rapportsur ce sujet important , et il y a lieu de croire qu'il ser fth en coDîricIcration.
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» vons , nous, froids , réservés et hautains, » n'ayant aucune de ces manières civiles que » nous estimons tant, et dont l'absence est pont 9 nous une sorte de barbarie. Cette rudesse, qui » est générale , provient de l'esprit d'indépen- » dance qui existe chez chaque individu, et » aussi de l'égalité de fortune et de condition, j» où se trouvent placés la plupart des Améri- » cains. Les formels extérieures du peuple de » ce pays-ci participent à la fois des ïnanièreé » de la basse classe des nations de l'Eurdpe et D des classes les plus distinguées. » La politesse des Américains n'est pas dans les mots; mais on retrouve, chez les nègres dupays, toutes les formes de la servilité ; ils ne vous parlent ja-^ ïnais^ sans vous accabler tfépithètes fiâtteùses. Quelques jeunes Américains, après avoi^ visité l'Europe , en rapportent quelquefois ce qu'iW appellent le bon tort', mais ils ne le conservent point ; et peu après leur retour , ils repi^nnent leurs anciennes manières.
Il faut bien dire cependant que la classe supérieure paf la fortune et l'éducation a, ici comme partout , les usages et les formes de la bonne compagnie de l'Europe. Je com-
(»»9) prends, dans cette classe , toutes les personnes qui jouissent d'un revenu de 5ooà loooo livres sterlings, en remarquant toutefois que les grosses fortunes sont fort rares dans ce pays-ci.
Les femmes américaines ont des manières fort agréables , en général de la beauté , ejt i)eaucoup de grâces. Leur conversation est souvent spirituelle. Presque toutes sont excellentes mères et sages épouses.
La société offre ici un aspect assez bizarre, lia facilité avec laquelle un étranger est admi^ d^ns les premiers cercles, est tout à fait inex^ plicable- J^^ gens qui, dans leur pays, auraient éprouvé des difficultés pour jêtre reçus ^ n'on}: ici besoin que d'une siipple lettre de crédi/: pour obtenir une place honorable dans la meilleure compagnie.
Quoique Fofigine de^ habitans des ÉtatsjUnis ne so^t pas hompgèi^e, cependant les çaus^. qui les ont amenés sur ce continent éloigné , sont à peu près semblables. La liberté de leurs institutions sociales, leur propre intérêt et lei^rs^besQfnâ communs put rendu leurs
flaanjèrçs pt If iirs b«'i}?itu^^s uniforme^i a un te}
( ï^o ) point que, quoiqu'une faible population soit répartie sur un très- vaste territoire, on ne remarque presqu'aucune différence dans les formes extérieures des habitans. Les neuf dixièmes parlent la même langue , lien puissant pour les individus qui composent une nation, et qui n'existe peut-être chez aucune autre.
Les lois , le gouvernement , la politique , les intérêts, la religion et les opinions sont, pour ainsi dire , les mêmes , ou du moins ont de grands rapports. La liberté commerciale est partout; les institutions et la. tolérance religieuse tendent à assurer l'indépendance générale; il n'existe point de division choquante entre les diverses classes ou professions ; nous n'avons ni noblesse ni populace ; nous sommes réellement un peuple souverain.
Personne n'ignore ici que l'égalité absolue est une chimère , et que , comhie il existe des hommes plus grands et d'autres plus petits , il doit y en avoir de plus ou moins riches , de plus ou moins intelligens. Mais l'égalité politique, la seule possible, est ici plus que partout ailleurs, dans les temps ancien^ et modernes. Tout homme reçoit ici une éducation plus ou
moins libérale ; mais le principe de cette éducation est toujours l'égalité sociale. Par le suffrage universel , chacun , hors les nègres , est citoyen, et connaît son importance.
Les villes ne comprennent pas plus d'ua million d'habitans , sur la totalité de la population ; les neuf autres millions résident dans des fermes ou des viUages; et la plupart des familles sont propriétaires du sol qu'elles cultivent. Cette division des propriétés, opérant comme une sorte de loi agraire , et l'abolitioa des droits d'aînesse , des substitutions et Téga* lité de partage entre tous les enfans d'un même père , produisent une indépendance d'esprit et une uniformité dans les manières , dont il est difficile de se faire une idée en Europe.
Cette indépendance est sans doute le plus grand bienfait de nos institutions. Comme tous les hommes sont égaux, même le président, il s'ensuit qu'il n'y a que le mérite qui puisse être un véritable motif de distinction. Mais il s'ensuit aussi que, si un homme a besoin de l'appui ou du suffrage de ses concitoyens , et qu'il ait un compétiteur, il faut qu'il ait recours à l'intrigue , à la cabale , comme dans un con^
clave de cardinaux , à l'époque où la papauté était de quelque prix.
Généralement parlant , ceux qui , dans un pays , sont attachés au sol , participent en proportion à tous les avantages de l'état. Telle est la situation de la majorité des Américains.
Dans la plupart des autres pays , le bas prix de la main d'oeuvre détoitVne du travail et de l'industrie, et nuit à la population entière. Aux États-Unis au contraire, le prix'de la main d'œuvre est très-élevé, et le travail est un cons* tant attrait. L'océan , comme le sol , offre des ressources de toute nature à Tindustrie, par l'immense quantité d^entreprises qu'il facilite, et qui contribuent à la fortune des particuliers. Tout est ici en mouvement ; chacun suit une profession quelconque; et l'état prospère, parce que chaque particulier prospère de son côté.
Ainsi, tout concourt à rendre la nation puissante , et à lui assurer, dans l'avenir, une influence irrésistible.
Un peuple semblable, qui a son origine en Europe, et qui a maintenu avec elle tant de relations, doit nécessairement avoir conservé beaucoup de ses usages; mais l'emploi du temps,
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les occupations de chacun, et les institutions politiques font qu'on ne retrouve point ici les excessives recherches du luxe , ni les manières serviles qu'on remarque chez tous les peuples de l'ancien continent.
L'hospitalité est la vertu la plus générale aux États-Unis. M. Birkbeck djt qu'il a été irappé de l'urbanité du peupla , partout où il s'e^ arrêté , dans son voyage de Norfolk , en Vii^inie , aux états de l'ouest et de Fintérieur. I>ans le cours de ce long trajet , il assure qu'il a toujours eu sous les yeux les preuves d'une milisatioii avancée : nulle part les recherches outrées de l'art, mais aussi nulle part cette grossièreté qui choque , genre de contraste qui est partout en Europe.
Par exemple , il se plaint de ce que tout est en commun dans les auberges ; un voyageur est forcé d'y vivre avec tout le monde. « Trois fois par jotur , dit-il, la cloche sonne; et une centaine de personnes arrivent de tous côtés pour prendre à la hâte un repas composé de cinquante plats difFérens. On sert, au déjeûner, du poisson ,de la viande, du beurre, des oeufs, du café et du thé. Le dîner est plus considé^
rable ; on y sert surtout une grande quantité de liqueurs; le^ souper est en tous points semblable au déjeuner. On passe ensuite dans de vastes chambres , où l'on trouve autant de lits qu'elles peuvent en contenir, comme dans un hôpital. On se déshabille pour ainsi dire en public ; heureux quand on n'est pas obligé de partager , avec un compagnon de route , une couche où, presque toujours, de fatigans insectes vous attendent ! » Je ne suivrai point M. Birkbeck dans la description qu'il a faite de la cuisine , et dans les détaHs du service d'une auberge. Il a peint Tair indépendant du maître, qui offre un caractère frappant avec la basse soumission d'un aubergiste d'Angleterre ou de France. Le fait est que, presque toujours^ c'est le propriétaire d'une ferme , ou bien un général, un colonel, ou tout au moins im capitaine de la milice, toujours l'égal de l'hôte qu'il reçoit, ayant plutôt l'air de le recevoir par obligeance que par le dévoir de sa profession. Telle est chez nous l'égalité politique ; et il ne faut pas être étonné si elle paraît extraordinaire aux hommes de l'Europe, si souvent témoins de l'insolence du riche et de l'humiliation du
pauvre. Les mahres d'auberge qui sont , chez: nous, instruits de leurs droits, comme tous les Américains , et qui , dès l'enfance, sont accoutumés à considérer tous les Européens comme des esclaves , ne se montrent pas aussi attentif envers les étrangers qu'ils devraient l'être, parce qu'ils les croient toujours disposés ' à traiter les personnes de leur état, comme elles le sont en Europe.
La malpropreté est malheureusement trop commune en Amérique ; et l'usage odieux de fumer ou de mâcher du tabac, indistinctement répandu dans toutes les classes, depuis le président jusqu'au simple manœuvre, contribue encore à cette malpropreté. C'est une chose choquante pour un Européen , de voir , dans les salons les plus propres, tous les hommes chiquer et cracher sur les parquets , à côté de nos dames les plus élégantes. Aussi xm Américain est-il fort embarrassé , quand il vient en Europe , et qu'il est forcé de reconnaître que cet usage n'y existe que pour les matelots et les ouvriers.
Les Américains sont moins féroces que les Anglais dans leurs amusemens. Ils dansent ou
font de la musique , au lieu deÊiire battre des^ coqs ou des chiens, ou de se délecter àfvoir des^ hommes se déchirer à coups de poing. II n'en résulte pas, et je n'ai pas l'intention de le faire entendre , que les Anglais sont moins hunlains que les Américains ; mais il est vrai de dire» que les premiers ont conservé quelques uns des usages des temps de barbarie. Les théâtres, la balle, les courses de chevaux et la table prennent une grande partie du temps des Américains. Ces goûts, venant d'Europe, y sont généralement répandus , et on les satisfait de la même manière. Les raouts sont , comme à Londres, des assemblées qu'on réunit dans des appartemens susceptibles de contenir seulement la moitié des personnes invitées. Ce sont cependant ces assemblées qui remplacent l'ancien usage de se visiter en famille et sans cérémonie.
On se marie fort jeune en Amérique. Aucune loi ne fixe un âge pour contracter ce lie» sacré; et la presque certitude qu'ont les jeunes gens , d'une part , de trouver, dans un pays aussi vaste et aussi fertile , des moyens d'existence pour eux et leurs familles, et de l'autre^
( »^7 ) k facilité dé déterminer un ministre , quel que soit le culte auquel on appartienne j à marier le» personnes qui lé désirent, sans leur adresscff aucune question, rend les mariages très-fréquens. Les mariages jeunes ont cet avantage , qu'ils donnent aux époux l'occasion de se bieii connaître et de former leur caractère l'un pour l'autre ; tandis que 4 plus tard , toutes les habitudes et tous les goûts étant formés , il est plus difficile de les plier aux idées des autres. L'usage d'ailleurs est une seconde loi ; on ne redoute pas ici ce qui est passé en proverbe eu Angleterre, que V amour dans une chaumière finit ordinairement par une chaumière sans amour ^ parce que, comme nous Tavons dit, il est aisé de pourvoir à son bien-être , en Amérique, avec du travail et de l'intelligence. L'union conjugale est rarement profanée ici, et les femmes y font le charme d'une société aussi intime qu'innocente ; on n'y trouve point dan^ le monde , cet art rafîné de bien vivre, si vanté dans les grandeâ .capitales de l'Europe : mais l'urbanité sans affectation est chez tous les gens bien élevés, et elle est peut-être la preuve d'une civilisation plus réelle.
Un territoire vaste , un sol fertile, un climat sain , sont assurément les élémens nécessaires pour assurer l'abondance dans un- pays , augmenter sa population ,. sa richesse , et en résultat, pour améliorer l'espèce humaine. Les occupations agricoles, l'usage de la chasse, et la disposition constante des Américains pour les voyages , sont autant de moyens de fortifier le corps et de maintenir la santé, xiussi Taccroissement de la population n'a pas pour cause unique la multiplicité des mariagfss ; c'est surtout le grand nombre d'enfans que pro^ duisent ces mariages. Le terme moyen en a été calculé avec exactitude : il est de six par mariage ,. dont quatre arrivent à l'âge de la maturité et peuvent à leur tour se procréer. M.Storch, dans sa Statistique de t empire de Âussiejafûrme qu'en général les Russes ont de leurs femmes un grand nombre d'enfans ^ mais qu'ils en perdent ordinairement les trois quarts* Cette mortalité doit être attribuée ; sans aucun doute;, aux mauvais traitemens qu'éprouvent les paysans russes. Catherine II se plaint, dans ses insti*uctions ministérielles, de cette destruction de l'espoir de la patrie. C'était bien
( ï^9 ) ïoccasion , pour les hommes d'état de Russie > d'apprendre à cette grande souveraine que le seul moyen, aussi sage que juste , de faire cesser ses nobles regrets , était d'établir des institutions plus favorables aux libertés pubUtjues et privées, à l'aide de lois équitables, d'une administration régulière de la justice, et d'une éducation plus libérale : moyens simples, mais . sûrs , de gouverner les hommes , et qui toujours ramènent avec eux la morale {Publique, la religion, la sobriété, la propreté, sources de la santé publique.
Partout où les véritables prindpeis de l'ordre social existeront et seront respectés, il n'y aura jamais d'autres causes de mortalité que l'âge , les maladies ordinaires et les épidémies ; tandis que, dans les pays où la population n'est pas assurée de ses moyens d'iexistence , où des loiis contraires à la raison et au droit oppriment et les grands et les petits , les mariages seront rares, se contracteront dans un âge avancé; la naissance des enfans sera plus tardive , et il arrivera souvent que , par la mort des auteurs de leurs jours, ils seront encore dans l'enfance quand ils prendront possession de leurs biens.
M. àe Vôlney, dans son ouvrage sur les États-Unis, compare la \i^ oisive et insignifiante de quelques fermiers français qui avaient fondé une colonie dans Vouest , avec l'activité et l'industrieuse persévérance des agriculteurs anglais, écossais et allemands établis daq^ Iç même canton. La différence ^tait pjiqsgr^n^e encore, quand on rapprochait la înanièreç de vivre de ces français , de ce|le des colons ainéri(^ip$ pleii^s d'énergie et de courage ^ qui s'établissent dans des forêts sauvages peuplées seulement de bêtes féroces , ej qui les trapsforinent ej^ ppu é^e temps en belles et riches cultures.
Il est certain qu'uQ peuple accoutumé à de pareils travau?^ po^ède 4^s a.yantages incalculables pouf a3surer son accroissement er population , en richesses et en puissance ; et sj îf Ap^érique coutîuu^ encore, pépiant cinquante a^s, à marcbçr dans la voie qu'elle suit depuj^ qu'elle est îu^épenclgute , elle ^uii^a par cour vrir l'océan d^ ses ypiles , porter^ s^ puissance gux extrémités du p^hde , et pruuver^ que le nouveau mo»de ue le cède ea rien ^ Taupien do^t il tire son origine.
Si la passion dominante^ des Américains est tle s'enrichir ( et c'est en général celle de tous les pays nouveaux ), leurs institutions populai* Tes les portent en même temps à s'occuper constamment de politique. C'est principalement sur les côtes, et dans les villes maritimes, i]^ue ces deux besoins peuvent être 1q plus aisér ment satisÊiits. Cependant Fesprit mercantile ^st répandu partout ; il n'est pas de fermier, de matelot^ de soldat, d'avocat, de médecin, de législateur, et même de membre du clergé, qui n'ait Fesprit occupé de quelque spéculation. Les circonstances où se sont trouvés les États-- Unis , ont favorisé cette tepdance. Pendant les guerres que la révolution française a &it naître «t qui ont duré le long espace de vingt-cinq ans dans l'Europe entière , les £tats*Unis se sont enrichis par le commerce , avec une rapidité sans exemple dans l'histoire des natiosos.
Depuis la paix de i8i5> la diminution senai^ ble di^ commerce avec les étrangers , et des faillites en grand no)i)bret nous ànt appris à modérer ce désjr d'argei)t ^t de bénéfices, comme aussi à réduire les. dépenses extrava**' gantes auxquelles se Uvraleat iK>s maisons de
( i3i ) tx>mmerce, dans le but de surpasser en ce genre les classés xx)rrespondantes en Europe, etïet inévitable d'une opulence acquise avec une incroyable rapidité.
L'Amérique, il faut bien le dire, a profité de plus d'une manière des capitaux de l'Angleterre: non seulement elle a tiré de grands avantages du crédit que les négocians anglais ont accordé au commerce américain ; mais elle a trouvé un véritable bénéfice dans la quantité de Êdllites de ses propres négocians, puisqu'il est établi ici, comme un point de cons* cience , qu'on ne payera jamais un sou à un créancier anglais. De i^83 à 1789, les manufacturiers anglais n'ont pas reçu le tiers de la valeur des marchandises qu'ils ont expédiées à leurs correspondans des États-Unis ; et , depuis la paix de j8i5 jusqu'au moment présent, il n'oBt pas reçu le quart du montant de leurs envois. Cette odieuse piraterie «st l'effet de nos lois sur les débiteurs insolvables. Nul, parmi les gens de bien , ne peut coilceVoir comment le Congrès ne prend pas une mesure uniforme et cohstitntionnellé sur les banqueroutes , de manière àdonnet* aux créanciers étrangers une
diance qi;ielconqiie ;, de recouvrer le dividende de ce qui peut leur être dû par les faillis»
Aujourd'hui, dans chacun des étals, les débi-^ teurs ont des lois qui leur facilitent les moyens de ne pas payer. Il n'y a ^de garantie , pour le créancier , que dans l'honnêteté personnelle du débiteur : et ce n'est pas toujours la plus sûre. Si le débiteur est de mauvaise foi, il a mille moyens d'échapper à la nécessité de payer; et ilpeut,presqu'impunément, tromper la confiance des gens de bien. Il est ici beaucoup d'individus qui connaissent cette facilité et qui en profitent.
Une des conséquences naturelles et immédiates de Taccroissement des fortunes particulières aux États-Unis, a été le goût de la dépense qui s'est répandu dans toutes les classes, au lieu de cette sévère économie qui caractérisait les premiers habitans de cette Contrée. Ce goût | été porté jusqu'à l'extravagance* En proportion de sa richesse et du nombre de ses habitans , la ville de New-York surpasse tout le. reste du monde civilisé par le luxe ; et en i8i i , on y a compté jusqu'à six mille faillites. La vie est plus coûteuse à New-York qu'à Londres; et
pourtant la capitale de l'Angleterre passe ^ en Europe , pour la ville où les vivres, les loyers, et tous les objets de copsommation sont le plus chers. On est dans Tqsage , principalement dans les grandes villes, de se traiter récipro* quement, même en £amiUe, d'une manière qui dépasse tout ce qu'on £sdt en ce genre en £a^ rope , et qu'il est difficile d'imaginer. Cette obli-' gation de folles dépenses , qu'on s'est imposée, est d'autant plus extraordinaire qu'on n'ay aux Etats-Unis, ni naissance ni rang à: soutenir» La fortune y est la seule ligne de démarcation entre les citoyens; elle est la première vçrta. d'un Américain, comme le plus gra^d des vices à ses yeux est la pauvreté.
Une économie bien dirigée et bien entendue est la base de cette indépen4ance qui constitujç le bonheur, comme elle est en niasse la, source de la véritable prospérité nationale^ La cou'^ nais3ance de ce principe si simple et si évident paraît n'être pas arrivée jusqu'à la plupart des dame$ américaines; et il n'est p^s surprenfuijt qu'au milieu des extravagances qu'elle^ ont sous les yeux , elles ignorent la pratique de l'ordre et de la frugalité. Quand, à la vanité
dW père de famille , on voit s'unir les folies et les caprices de sa femme et de ses filles , on ne doit pas être surpris de voir tant de maisons honnêtes et respectables tomber ra- {iidéiùent dans une misère profonde. Cest un des grands malheurs d'une société crvilisée.
Personne n*est assez peu raisonnable •pour exiger que Fhomme riche vive exactement conïme le pauvre , et fasse tout juste la même dépense. L'opulence et les jouissances qu'elle procure sont les meilleurs stimulans de l'iridàstrie ; et les dépensés des particuliers sont peut-être plus utiles que lés aumônes. L'homme de talent qui cultive les arts de l'esprit ne peut pas , ne doit pas vivre de privations. Quand De^cartes dîna avec le stathouder de Hollande, ce lÀagistrat, observant que le métaphysicien mangeait avec avidité lé dessert qui couvrait sa table : « Quoi ! un philosophe, des glaces , des crèmes ! — Pensez-vous , monseigneur , lui répondit Descartés, que leà bonnes choses sont unîquemefat à l'usage des imbécilles ? » Mais il y a loin des plaisirs et des cominodités de la Tië à ces dépenses effrénées qui dépassent les facultés de celui cpii les fait.
Des causes puissantes, autres que le goût d'une dépense outrée, agissent en Amérique, pour empêcher l'accumulation des richesses dans les mêmes familles. L'aboUtion des substitutions et la loi sur les successions s'y opposent. On ne compte pas, à New- York, plus de douze ou quinze rejetons des anciens Anglais ou Hollandais qui ont fondé la prospérité de cette ville. Un homme habile et industrieuse amasse une fortune par ses spéculations commerciales ou ses travaux dans la culture des terres ; à sa mort , toutes ses propriétés sont divisées entré ses nombreux enfans ; chacun d'eux a de quoi vivre sans rien foire , mais aucun d'eux n'est véritablement riche. Les héritiers d'un homme qui avait de la fortune , sont souvent dans la misère , lorsqu^auprès d'eux des hommes nouveaux se sont enrichis. Les fortimes et les fomilles paraissent et disparaissent tout à coup : c'est une fluctuation continuelle.
Quelques hommes d'état, en Europe, à la tête desquels on doit placer M. Burke , ont entrepris de prouver que le pouvoir de perpétuer la propriété est essentiellement nécessaire pour donner de la force et de la vigueur aux
( »37) institutions publiques , en liant les générations passééls aux générations à venir. Mais le droit de primogéniture est le résultat d'un état artificiel de la société , qu'on a appelé le régime féodal. Il est contraire à toute justice que le fils aîné s'empare de la fortune de son père, au détriment des autres enfans qui n'auront rien, pour avoir eu le malheur de naître après lui. Ce système est doublement funeste pour les filles , qui n'ont pas les mêmes moyens d'assu-^ rer leur existence que les garçons.
Strictement parlant, il n'y a point de subordination dans les familles américaines. Les parens n'ont pas d'autorité sur leurs enfans , les professeurs sur leurs élèves, les fermiers sur leurs manœuvres , les négocians sur leurs commis , les maîtres sur leurs valets. Tous sont égaux ; chacun fait ce qui lui plaît , et ne travaille que quand il l'entend. Le maître seul est forcé de s'occuper , s'il veut que son état prospère. C'est un des inconvéniens de nos institutions populaires. Les enfans ont bien rarement pour leurs parens ce respect qui commande Tobéissance , et qui est si nécessaire au bonheur domestique et au b;çn-être à venir des enfans
( i38 ) eux-mêmes. L'autorité paternelle étant sans force, il y a peu de discipline dans tes collèges. Quand un professeur trouve juste d'infliger une punition à l'un de ses élèves , il peut en résulter pour lui la perte de cet élève et même de plusieurs autres ; et, comme il n'y a aucun inconvénient pour wx enfent à être renvoyé d'un collège ou d'une pension , les instituteurs sont sans autorité, et l'instruction publique ne jouit que de peu de considération.
Cette indépendance des en&ns est portée à
on tel degré, que les pères et mères ne se
croient pas le droit d'intervenir, quand il est
question de marier leurs fils et même leurs
filles. Il n'y a pas long-temps que cette question
fut agitée publiquement dans un des clubs de
n d'un nombreux
!t il fut décidé, à
iQS une république
ne devaient, dans
ur goût, sans l'avis
le motif plausible
que ce sont les en&ns, et non les parens, qui
contractent le lien du mariage; et que c'était
un ppéjugé du -vieux temp^ de croire que les
( i39 ) pères et mères ont quelqu'înlérêt à assurer le bonheur de leurs fils ou, de leurs filles. Ce système n'est favorable qu'au séducteur qui entraine à l'autel une jeune fiUe innocente , pour la posséder en liberté , et l'abandonner ensuite à la misère , au vice et au remords.
La différence entre le maître et le domestique est nulle en Amérique ; ces deux noms même n'y sont pas en usage , tant on y a d'horreur pour tout signe qui indiquerait une supériorité. La désignation de celui qui consent à recevoir des gages pour un service quelconque , est le nom d'aide; et ce sont uniquement des nègres libres ou des Irlandais qui exercent cette profession. Un citoyen des Etats-Unis ne voudrait pas abaisser à ce point la dignité d'un homme libre et d'un républicain. M. Birkbeck hd-méme, malgré àa prédilection pour nos principes démocratiques , paraît contrarié de l'aversion des Américains pour le service domestique. Il dit, et ce tfeât pas sans i*4iSoii, que celte avetsion est telle aux États-Unis , que celui qui veut être servi, doit prendï^ le parti de së servir hd-même. iè me rappelle que , me tihoùhranl à àbston,iI y à quelques années, la
maîtresse de la maison où j'occupais un ap* .parlement, femme très- respectable, voulut envoyer son nègre faire une commission dans la ville ; celui-ci lui répondit que ce n'était pas une chose possible , attendu qu'il avait promis à des amis de se trouver le soir dans une assemblée. Elle se vit dans la nécessité d'en passer par là , tandis que cet homme , qui recevait d'elle douze dollars de gages par mois , était allé faire partie d'un bal de nègres dans le voisinage.
La vanité nationale des Américains surpasse celle de tous les autres peuples, sans en .excep* ter les Français. Elle se montre dans toutes les occasions, dans les conversations , dans les journaux, dans les pamphlets, dans les discours çt dans les livres. C'est une vérité incontesta* ble pour tous les Améric^ns, qu'ils sont supél*ieurs aux autres nations, en vertu, en sagesse^ en prudence, en valeur, en liberté,, en gouvernement , en tout enfin. Les Européens ne sont à leurs yeux que de pauvres esclaves. C'est ipéme sous, la sage administration du général Washington , que fut débattue par le CoQgrès ççttç çângulière questiion : le peuple arnéricairt
est la nation la plus éclairée de toute la terre; et une majorité, faible il est vr^i, la reconnut comme un principe. A la fin de la dernière guerre , le général Moreau étant encore en Amérique , on lui demanda si quelque officier américain ne lui avait pas fait des questions sur l'art militaire , en sa qualité d'un des plus grands capitaines de l'Europe. « Il n'y a pas de simple officier de l'armée américaine, réponditil, qui ne se regarde comme fort au dessus de tous les généraux du monde. »
Quand on réfléchit à là nature de nos institutions toutes populaires , on trouve aisément la cause de cette présomption. La souveraineté est dans le peuple; chacun connaît son importance et devient orgueilleux. Ajoutez à cette réalité, que les journaux ne cessent pas, chaque jour, d'entretenir les citoyens de leurs pouvoirs, de leur dignité et de leur majesté coUecr tives , de leurs prospérités pendant la paix, et de là manière glorieuse dont ils ont terminé la dernière guerre ; et il sera fecile de concevoir qu'il n'en faut pas davantage , pour égarer l'amour-propre d'une nation toute entière.
Le résultat de tout ce que nous avons dit
précédemment est que le peuple des États- Unis d'Amérique a toutes les ressources et toutes les qualités propres à lui donner un rang élevé parmi toutes les nations ; que même il doit espérer de devenir la première du monde, s*il marche graduellement dans les voies qu'il a suivies , s'il fortifie son pouvoir exécutif, s'il resserre les liens de l'union fédérale , s'il organise un système de finances convenable , s'il donne plus d'empire aux idées religieuses , s'il améliore l'instruction publique, et s'il accorde à la littérature, aux arts et aux sciences, les encouragemens nécessaires.
CONCLDSION.
tourmentée par les embarras sans cesse renais» sans de ses finances ? (i)
L'Angleterre peut-elle, seule, chargée du poids de son propre fardeau, arrêter le torrent de la révolution qui parcourt l'Europe, depuis le Tage jusqu'à la Newa, menaçant de détruire de nouveau tous les élémeos de l 'ordre social , et d'entraîner, dans sa chute, les puissances qui ont pris récemment un si grand ascen* dant?
( I ) Depuis qae ces pages sont écrites , l'aspect de la France est bien changé. L'auleur avait sans doute alon le droit de considérer notre position comme peu rassurante; maïs aujourd'hui, il dépend entièrement du gouTernement de démentir de fâcheus pronostics. En ■ Sao, nos finances pouvaient encore o'Stre pas dans un étal cocaplëtemeot rassurant; mais, depuis cette époque, tonte crainte avait cessé. Il est vrai que d'étranges butes ont été commises depuis, mais on n'est pas è l'en repentir; tout l'indique; et il y a lieu d'espérer que ri< les réparer. L'ordre,
l'éconi us sagement accordés
■u COI ont des remèdes qui,
ehei u ne peuvent masquer
lenrei . ^ du Tratliutevr.)
£n Italie , en Allemagne , en Pologne , dans les Pays-Bas , tout semble désorganisé. Les an-» ciennes limites de ces divers états sont mêlées et confondues ; les peuples ont changé de maitrès, et ressemblent à des troupeaux sur le marché , qui peuvent , chaque jour , devenir la propriété de nouveaux individus; et jusqu'à leurs habitudes et leurs préjugés , tout est chez eux dans un état réel de fermentation.
Le rétablissement de quelques dynasties anciennes, après le choc violent de trente années de révolutions, n'est pas un moyen suffisant de rendre à l'Europe ce repos qu'elle semble si vivement désirer. Les deux principes fondamentaux de Tordre social , savoir , l'influence des autorités ou ordres intermédiaires , et là balance des pouvoirs , n'existent plus. Le clergé et la noblesse , comme parties de la communauté , ont subi de trop rudes épreuves , pour qu'on puisse espérer de .voir se rétablir leur splendeur et leur force. L'importance de ces corps intermédiaires qui, avant la révolution française, assuraient au souverain le respect et l'obéissance des peuples, en même temps qu'ils garantissaient aux peuples là modération
et la bienveillance du souverain , est trop sen* nUement diminuée, pour qu'on n'ait pas à craindre de voir l'Europe sans cesse exposée au despotisme ou à la sédition. Le seul moyen d'assurer l'ordre général et de prévenir tous les maux <pi'on peut prévoir, est l'extension du système représentatif, qui, en éclairant les conseils des souv^^*ains, peut maintenir et mem« accroître leur autorité , parce qu'il offre aux peuples une garantie de leur liberté. Les révolutions pc^itiques sont toujours pré* cédées d'un mécontentement général dans la masse de la communauté. Quand les nationis sont heureuses et satis£sdtes , il n'y a rien à redouter ; ce serait en vain que des intrigans , des ambitieux et des démagogues , qui ne con* sultent jamais que leur intérêt, tenteraient d'amener du trouble dans l'état. £t en effet , (piel tribun ardent et insensé oserait se flatter de porter à la révolte les citoyens des États- Unis , dans la situation prospère dont ils jouissent et qu'ils savent si bien apprécier 9 La justice , la modération et la tolérance politique «t religieuse sont les seuls moyens d^assurer maintenant la stabilité des gouvememens.
Après les révoltitions , il existe chez les peuples un esprit de mécontentement j de res^ sentiment et de haine, qui dispose ordinaire* ment ceux qui gouvernent au pouvoir arbitraire ; et c'est malheureusement une tendance naturelle à tous, les che& des états, soit dans un empire, soit dans une monarchie, soit mém^ dans une république. Il est donc à craindre qu'après les mouvemens révolutionnaires qui <mt agité l'Europe, cette tendance ne porte les gouvernemens à adopter des mesures de sévérité et de répression telles , que les conséqi^enoes pourront en être uoae réaction d'autai^ plus dangereuse , que V poiu! rarrêter , quand son a^tkoi sena commencée, la douceur et la mi9gnapii|iité personnelles des souverains se-
Il est maîntenanl; de l'intérêt. d'un gouvernement sage et prudent , de ménager les peuples, et de ne rien faire qui puisse provoquer les dispositions révolutiomiairea , partage de l'es* pèce humaine dans tous les temp3 et dans tous pays, et qui sont plusparticiilièrement le ca^raqtère du siècle où nous vivons. Ces disposi^tiens dangereuses sont remarquables dans la
génération actuelle, et celle qui suivra n^en sera pas probablement exempte. Oh a pu eii remarquer divers symptômes alarmans, même dans la monarchie populaire de l'Aligleterre^ aussi bien qu'en France depuis le rétablissement de son ancienne dynastie. Ces symptômes se montrent même sous le despotisme imbé" cille de l'Espagne^ sous le gouvernement timide des Pays-Bas , et dans diverses principautés de l'Allemagne et de l'Italie. La puissance mili* taire de la Russie , de l'Autriche et de la Prusse a bien pu jusqu'à présent contenir et réprimer l'aversion de leurs sujets pour l'arbitraire; mais il est facile de prévoir que la réaction sera d'autant plus formidable , que la résistance dé ces gouvernemens est plus puissante contré l'introduction de tout système de représentation nationale et d'institutions populaires.
Malgré le rétablissement des anciennes dynasties , la balance des powH)irs eil Europe ne peut être ^'établie telle qu'elle existait avant la révolution française , quand l'Autriche , la Russie et l'Angleterre se trouvaient réunies pour servir de contre-poids à l'ascendant dé la France et à la croissance de la Prusse. Un
Doh système d'équilibre entre les puissances serait, dans ce moment, une mesure de sagesse et de prévoyance , afin de prévenir les effets inévitables de la jalousie qui existe entre les grandes puissances et celles du second ordre, (^e serait une sorte de secours mutuel contre les envahissemens de puissàns voisins. Malheureusement , dans la situation actuelle de l'Europe, il n'est pas aisé de régulariser cette balance de pouvoirs, et il est peu probable que l'harmonie et là paix se maintiennent lonfjtemps entre les divers souverains,
La conduite des puissances du second ordre àerâ toujours dirigée par celles du premier. La Prusse a dix ou douze milliotis de sujets, répartis sur un immense territoire , dont on cherche en vain le éentre, et qui n^ pour ainsi dire , pas de limites. Les populations qui forïnent ce royaume , n'ont rien d'homogène, et ne sont pas plus liées entr'elles qu'attachées à leur gouvernement par une longue habitude et un sentiment constant de fidélité. Ce gouvernement , purement miUtaire , est essentiellement opposé à toutes les idées de représentation nationale et de liberté, qui font tous les
T. II. lo
jours de nouveaux progrès en Europe. Il côti* vient de se rappeler que Joseph II disait , en parlant de la Prusse , que, si elle se trouvait jamais pressée par une attaque formidable, elle reconnaîtrait qu'une armée ne constitue pas une nation (i).
L'Autriche a une population de près de trente millions d'individus; mais ses possessions s'étendent en Allemagne, en Pologne et en Italie. Ses sujets de ces deux derniers pays ne lui sont pas très-affectionnés. Ses belles pro* vinces de la Hongrie, de la Bohême^ de la Styrie, de la Carinthie et de la Gallicie, si . susceptibles d'offrir de grandes ressources par leurs richesses et le nombre de leurs babitans, sont si étrangement administrées , qu'on peut les considérer comme dans un état presqu'im-^ productif; tandis que, ^ un meilleur ordre y était établi, elles pourraient fournir, avec l'Autriche , assez d'hommes et d'argent pour main-
■ ■■ —— — « ■! Il I—— *— — «a»^ ■ I II I I I j i ■»— — y.
( i ) La prophétie de Joseph II s'est yérifiée , en 1806; une seule bataille et une campagne de Tingt jours, suffirent aux Français pour foire la conqiiête de la Prusse.
tenir la balance de l'Europe. Mçiis la faible&se et l'inertie de ce gouvernement, le mauvais état de ses finances , le défaut d'esprit public dans toute la nation, dont on asoin de réprin^r tous les élans patriotiques , lui enlèvent tous les moyehs de s'opposer à la marché du géant Ail nord , qui s'avance toujours vers la suprématie de l'Europe.
L^Espagne possède tous les avantages physi* ques;sa situation indique tout ce qui constitue une grande et puissante nation. Placée entre l'Océan «t la Méditerrannée, et protégée par la ohaine des Pyrénées du seul côté où elle touche au continent européen, son territoire est étendu^ son sol fertile, son climat favorable à toutes les cultures ; elle n'A guère que douie millions d'habitans, mais une bonne administrsttion qui, saurait donner à l'agriculture les encouragemens convenables, la porterait bientôt à trente millions. Ses paysans sont pàiiens et courageux; ses montagnards, actr& etintrépides; sesmarins, hardiset éntreprenans. Avant la bataille de Rocroi, son infanterie était la meilleure de l'Europe ; et même en ce moment, malgré sa faiblesse, son ignorance et
lO.
^a superstition y le moindre effort de la part de son gouvernement pourrait lui donner en Europe une influence égale à celle des premières f)ations.
Mais l'Espagne vérifie ce qu'ont dit si souvent les hommes éclairés des temps modernes > c'est que la grandeur d'une nation est toujours relative au degré de liberté dont elle jouit , et des lumières qui y sont répandues. La raison humaine n'est pas le résultat des efforts et des moyens d'un seul individu , mais bien de l'instruction de la masse. Delà, cette différence énorme qu'on remarque entre tel et tel pays , ou dans les mêmes pays à différentes époques. Ici^ les connaissances humaines se répandent avec profusion ; là , elles ne peuvent pénétrer et sont perpétuellement repoussées ; ici conséquemment, sont la richesse et la force j et li|, la faiblesse et la misère.
Un gouvernement qui donne à la masse de la nation une bonne instruction élémentaire , qui favorise tous les progrès de l'intelligence humaine, doit aujourd'hui se trouver nécessairement au premier rang; et il est d'autant plus essentiel d'étendre l'instruction à toutes
les classes, qu'assurément l'être suprême a répandu leg^nie et la puissance de l'esprit indistinctement chez tous les hommes, et que la dasse la plus pauvre étant la plus nombreuse, c'est au milieu d'elle qu'on peut espérer de rencontrer ces êtres supérieurs qui sont l'honneur de l'espèce humaii^e.
En 1 808 , l'Espagne se vit dans la nécessité de repousser la plus injuste des agressions.
On éveilla son intelligence , on anima son courage , a^n qu'elle agît avec plus de force contre im ennemi implacable. Ce peuple ne manquait ni de patriotisme ni d'ardeur ; il entendit la voix de l'honneur et de l'intérêt public, et se dévoua pour sauver le sol natal et protéger les cendres de ses pères. Malheureusement, le courage espagnol ne fut pas secondé par l'intelligence sinécessaire. en pareille occurrence. L'ignorance avait jeté dans ce pays des racine»
profondes, et principalement depuis ladynastie régnante , de telle sorte que , lorsque les principes d'une révolution vinrent à &'y déclarer , il fîit impossible d'opposer l'instruction et les lumières publiques à l'esprit d'anarchie et de désordre. Tous les efforts nationaux furent pa-t
rafysés; les nobles et les grands rivalîs^ieiit d'ignorance et de dérégiemens ; le peuple ne connaissait ni ses droits ni ses devoirs ; la majorité ne savait ni lire ni écrire; le dérgé seul possédait quelques connaissances , eecore étaient-elles n^élées et confondues avec les principes d une théologie scolastjque et les préjugés, des temps barbares.
L'état de ce ms^eureux p^ys , avant sa révokitiony était tel^ que^depuis long-?temps, son gouvernement était constan^nfent ; dirigé .par des étrangers: obscurs ^ irlandais ^ écossais , ita^ liens' ou français, qui, placés ait ttmon des; ^fidres, $uppléaieM parlewr adresse au ma^-* que d'iiïteltigence daûs la' nattons C'est peut^ être le jiremierexemplércpie présente Tbistoire d'uià pap, qui\ possédant tous les élémens da la grandeur, se trouve^ par reffet deson igno- Tsmcéy dans la itonteusenécéâsilté: de soumettre à des intrigans étrangers kb cKrection de ses i^nahces et de sa politique.
Ans^9 pendant sept années d^une guerre continue, chô»e inouielil lie s'est élevé en' Espagne, ni un^miKtaire distingué^ ni un homme d*éta(t, ni un négociateur habile, enfin un
botnmé de génie capable de sauver son pays.
Tous le» efforts militaires s y sont bornés à des afl&ires dé parti. Aucun général n'y a proposé ou suivi un plan de campagne bien combiné.
Pendant ce temps, son administration coloniale se conduisait d'après des principes aussi erro^ aés que pernicieux. H y a donc lieu de croire que le peuple espagnol aurait succombé sous les efforts de la France , si TAngleterre ne lui avait prêté son efficace assistance.
La constitution que se donna l'Espagne pendant la captivité de son souverain, est une nou vellë preuve de son peu de lumières. De Textrême despotisme qui l'opprimait , ^Ue a passé au système le plus démocratique qui ait jamais existé. La constitution espagnole de 1 8 1 u laisse au souver^i^n moins de pouvoir réel^ que la constitution fédérale n'en accorde au président des États-Unis. Elle n'a admis qu'une seule chambre législative ; la noblesse ou l'aristocratie héréditaire n'y ont point de place , ou n'y sont pas reconnues. La liberté de la presse y est mise sous la sauve-garde d'un éomité.
Il était assurément impossible de former un plus mauvais gouvernement que celui où le
pouvoir exécutif est faible et sans aucun appui ; où un sénat ou corps permanent n'est pas établi , pour s'interposer entre les exigeançes. ordinaires du pouvoir exécutif et la (luctuatior^ des représentans temporaires du peuple ; où presque tout le pouvoir national , exécutif législatif et; judiciaire , est réuni dans une chambre, les seuls Cortès, choisis indis^tinctement parncii lés habitans de l'Espagne et de. l'Amérique espagnole , et pour un si court espace de temps, que les députés de la péninsule pouvaient à peine prendre connaissance des besoins du peuple et y satisfaire, et que ceu::^ des colonies, à c£^use du trajet d'Amérique eii Europe, auraient, pour ainsi dire, rempli leurs fonctions sur TOcéan. C'est l'établissemen!( d une seule chambre législative qui a été Is^ source de tous les nialheurs de la révolution française. Les remarques de M. Burine à ce su^et méritent l'attention de tous ceux qui se liyreiat aux étude? politiques.
Le retour de Ferdinand VH, en j8t4» ^^ fin à la révolution espagnole , et détruisit ce. mélange bizarre de lois, qu'on appelait la constitution des Cortès, et rendit aux Espagnols l^e^.
( »57 ) bienfaits de Tinquisition et d'uu despotism© faible et cruel, dont rien ne sauvera TEspagne qu'une nouvelle révolution populaire ( i ). Cette révolution , si elle est sagement dirigée, peut rendre à FEspagnç son rang véritable parmi les nations, en établissant un gouvernement libre et régulier, une tolérance universelle qui permette aux chrétiens de toutes les sectes de jouir des droits politiques; la liberté de la presse , sans autre contrôle et moyen de répression qu'un jury, un sénat permanent pris parmi les grands propriétaires ou les hommes d'utie haute considération , une chambre démocratie que-, pour représenter la masse du peuple, un pouvoir judiciaire éclairé, au choix du prince, mais inamovible , pour que son indépendance soit assurée; une armée et une marine bien
( 1 ) Au moment où il écrivait , en Amérique , l'auteur ignorait l'insurrection des troupes de File de Léon f qui fut le prélude de cette nouyelle révolution qu'il annonce comme inévitable, et qui n^a pas eu, * comme on le sait, ks résultats qu'il en espérait pour Iç bonheur de la monarchie espagnole.
{Noté dif, Traétifiteua-, \
( »«8) organisées , un bon système d'impôts, la liberté du commerce et de Tindustne , et par dessus tout , une protection bien entière pour les individus de toutes les classes et conditions , qui leur permette de chercher tous les moyens d'améliorer leur existence.
La France a été, pendant plasieurs sièclels, une puissance formidable ^ dominant l'Europe par la puissance de ses armes et par l'heureuse influence de sa langue et de ses arts.
Restreinte , comme elle l'est maintenant datis son territoire , et moins redoutable qu'autrefois, elle peut cependant, après quelques années de paix , redevenir encore une puissance du premier ordre. Il lui suffit d'avoir le temps de réparer ses finances et de refaire son armée. Indépendamment de ses possessions coloniales^ elle possède un territoire de 260,000 millea quarrés , avec une population de trente mil-^ lions d'âmes. Elle est située au centre de l'Europe ; son climat est tempéré , son sol esr riche , et sa force politique considérablement augmentée par la destruction des moines et des couvens de toute espèce , et par la vente des biens du clergé et d^une grande quantité
de terres royales ou seigaeuriales , par la situa^ tion et le caractère de ceux qui les possèdent ^aujourd'hui ^ qui ont une bien autre industrie que les anciens seigneurs féodaux. Ajoutez à ces avantages , cel^i d'avoir toutes: ses lois réunies en un seul code , tandis qu'avant sa révolution , chaque province avait des lois judi-. çiaû*es particulières ^^ système qui nécessaire^ ment apportait des entraves dans l'administra-^ tion de la justice, gênait la circulation des propriétés , amortissait Findustrie productive ^ s'opposait aux progrès de l'amélioration générale, à l'opulence et à la force nationale. Aujourd'hui , la France possède des institutions militaires , qui disposent sa jeunesse à la vie des camps; et elle a conservé, de sa révolution, un esprit actif qui, se dirigeant vers la guerre et la politique, ajoute beaucoup à sa force naturelle.
Toutefois, il existe, pour la France, des e£Eet& de sa révolution qui peuvent nuire à sa puissance nationale. On convient que sa population est belliqueuse , et qu'elle est disposée à porter encore les armes, par l'habitude qu'elle en a contractée pendant'vingt-cinq ans de guerres
toujours glorieuses. Si ses finances sont en désordre, son commerce nul, sa marine faible^ ses manufactures ruinées , et si le peuple est en général appauvri par les contributions militaires et l'occupation des armées alliées ^ on convient que quelques années d'un gouvernement sage et paternel, au moyen des immenses ressources du pays , peuvent réparer tous ces maux. Mais ce qui est peut-être irréparable , c'est la corruption de la morale publique. Le système de fraude qui a prévalu pendant tant d'années, a détruit tout germe d^esprit public. Pendant les diverses usurpations révolutionnaires , tous les sentimens nobles^ et généreux ont été comprimés; les idées utiles et louables, proscrites ou ridiculisées. I-ies gouvernemens républicain et impérial n'ont pas seulement condamné à l'inaction les vertus qu'ils redoutaient, ils ont cru nécessaire de fomenter et d'exciter les passions dont ils avaient besoin pour assurer leurs odieux succès. Afin d'anéantir tous les sentimens patriotiques, ils se sont appuyés sur l'intérêt personnel; ils ont imposé silence à la voix de la conscience, et ouyçrt la carrière à toutes; les' ambitions ; ils on^
t^endu intolérables toutes les conditions de là vie sociale , et n'ont accordé appui et favejir qu'à celles qui supposaient un dévoùment sans bornes ; ils n'ont laissé jouir de la tranquillité que ceux qu'ils voulaient favoriser; enfin, ils ont, avec adresse, persuadé à toute la nation qu'il n'y avait pas de but d'ambition ou de prétentions qui fussent indignes d'elle.
C'est ainsi que la France révolutionnaire a été agitée d'espérances, de craintes, de désirs et d'intérêts , dans toutes les classes du peuple. Rien n'y a été fixe ; tout y a été commotions et changemens. L'instabilité de toutes les situations a empêché chacun de remplir ses devoirs, parce que chacun aspirait sans cesse à une nouvelle existence. La religion, les moeurs et la probité ont reçu chaque jour des atteintes ; et ceux qui avaient encore le goût de la vie privée ou qui aimaient encore leurs devoirs, ont été séduits par l'appât du pouvoir ou là vanité du commandement, vertus révolutionnaires , aiuxquelles ils n'ont pu
résister.
La. France est un volcan mal éteint ; les laves
que son ëratère peut encore lancer ^ menacent toutes les nations de son voisinage.
Au moment de sa révolution, en 1789, là France se distinguait par ses lumières; les connaissances y étaient g 'néralement répandues; mais il est vrai de dite que la religion et la morale n*y étaient pas en grand honneur , et qu'on n'y accordait une véritable importance qu'aux sciences physiques, aux arts et aux belles-lettres. A cette époque , le peuple français était animé d'un véritable ènthou* siasme pour la liberté ; et quoique cette disposition ait été depuis dénaturée par les excès effirayans de la démagogie et du despotisme militaire , il faut bien convenir qu'elle avait alors tous les caractères de la subliniité; et, malgré toutes les horreurs de la révolution ^ on peut croire qu'elle n'est pas entièrement étaufifée chez cette brillante nation. .
Bien long-temps avant la révolution , la pressé n'était occupée, en France, qu'à répandue les ^ophîsmes du jacobinisme; le public y était dans une agitation perpétuelle ; tous les grands avaient adopté la nouvelle philosophie ; elle était introduite à la cour ; tous les nobles
p^roiessaieixt rathéisme ; le clergé , après s'être dégagé de tout ce qui tenait aux vieilles superstitions , avait l'air d'abandonner la religion elle-même ; les savans paraissaient convaincus que le royaume ne pouvait être gouverné que par les talens^ et qu'eux seuls étaient dignes des premiers emplois; les agens diplomatiques portaient^ dans les cours étrangères, lin esprit dé désordre et d'intrigue qui régnait dans l'intéridur de l'état ; et toute la nation enfin parais^ sait enivrée par les notions vagues et fausses qu'on lui avait données de la liberté.
C'est dans cet état d'anarchie morale que là révolution éclata, renversant toutes les anciennes barrières du gouvernement , bouleversant les usages et les habitudes, comme les ordres et les rangs ; et livrant pour ainsi dire àelle-mém^^ une masse de vingt^six millions d'ho^nmes actifs, ingénieux et turbulens, qui, sans principes arrêtés , sans plan fixe , devinrent l'efïroi de leurs voisins, et bientôt après du monde entier.
Placée au centre de l'Europe, entourée d'une triple barrière de fbn];iidables forteresses , la f'rancè , dont Ja population ji'est que trop por-
tée â chérir la gloire militaire par dessus touféâ les autres, aussitôt après les premières irruptions de la révolution , n'eut d'autre désir que de diriger des armées contre les puissances qui l'entourent. Sa domination s'étendit en peu de temps sur la Hollande^ l'Espagne, l'Italie, les principautés du Rhin , la Suisse , l'Autriche , la Pologne, et même jusqu'aux frontières de la Russie, Partout elle fut victorieuse, autant par la valeur de ses soldats , que par la supériorité de sa tactique. En même temps, elle négociait avec toute la dextérité de la plus adroite diplomatie. Elle domina l'Europe y aussi bien par l'habileté de sa politique, que par la force de ses armes. C'est ainsi que , dirigeant toutes lés ressources de sa puissance, elle produisit ces grands mouvemens qui ont ébranlé le monde jusque dans ses fondemens, et frappé la société humaine d'un coup si violent , qu'aujourd'hui même elle fait encore des efforts pour se replacer sur ses bases.
JjQs mesures arrêtées dans le G>ngrès de Vienne , remédieront-elles aux désastres qui ont désolé l'Europe depuis viiigt^cinq années ? Comment et quel pouvoir magique rétablira la
Wance des pouvoirs , rharmonie etia paix au milieu de tant d'élémens de trouble et de confusion ?La Russie deviendra-t-elle le grand pacificateur du monde? Alexandre est-il désigné par le Très-Haut , pour être le libérateur de la chrétienté?
L'empire de Russie j qui est d'une étendue de quatre millions de milles quarrés, est, pour ainsi dire ,, inattaquable de tous les côtés, et présente à l'Europe une frontière inexpugna* ble. Les cinq sixièmes de sa population habi* tent sa partie européenne , et s'élèvent peutêtre à cinquante millions d'individus. Elle est susceptible de tous les genres d'aca*oissement. Ses ressources sont en raison de l'étendue de son territoire , et de la variété de son sol , de son climat et de ses productions. Son gouvernement ne néglige aucun moyen d'augmenter ses forces. Un 'épargne aucun encouragement, aucune récompense aux arts, aux science/ et aux talens de tous les genres. Il accueille avec empressement tous les étrangers qui apportent une invention ou une industrie nouvelle. Sa population peut s'accroître sans inconvénient, à cause de l'étendue de son territoire ; cette T.n . II
population est brave, patiente, capable de supporter les plus longues fatigues; son armée est formidable , soui!nise à une discipline sévère ; et les généraux qui la commandent, ont acquis une haute réputation. Son gouvernement^ étant absolu, peut suivre avec persévérance et secret tous les 'plans d'ambition qu*il pourra former ; il a, pour instrumens e£Bcace^, huit cent mille bayonnette& et d'habiles né* gociateurs.
L'âméliomtion de ragriculture et Taccroissemeût de la population sont très-sensibles en Russie. Ses rivières et ses canaux en été, ^x»tome ses traîneaux en hiver, y rendent fkciles les ccan* municatiom du commerce. L*empereur travaille diaqûe jour à rendre l'existence de ses sujets plus heureuse sous tous les rapports physiques et moraux, en émancipant les ser&, eh propageant TinstncK^ion , et surtout en pro« tégeàùt, avec un soin cx>ntinùel, lès sociétés éê mià^onnmres et les sodétés de la bible.
lies deftïiers succès militaires de la Rus^e, q^i ont mis tm temùre aux m^uvem^is révolu* tio^nàirés iâe la France , ont singulièrement &vorisé Sun influence en Europe , et préparé
( i«7 ) ses moyens d'agrandissement pour l'avenir, en développant ses ressources et en donnant à ses troupes cette confiance qui assure la victoire. Il n'est pas dans la nature d'une grande puis- 4sance de mettre elle-même des bornes à ses projets d'ambition. Pierre le- Grand disait quV/ ^6bmit assez de terre^ qa'il ne lui manquait que de l'eau. £t néanmoii^s, depuis ces paroles re* manjus^les , Catherine H a ajouté de grandes provinces à son empire; et Alexandre lui même y a réuni la Finlande , la Moldavie , la Valadhie, la Bessarabie , une partie de la GalKcie , la Géorgie , la Circassie, et tout ce qui restait du royaume de Pologne. IX'un côté , il menace FAsie , et de l'autre il alarme l'Europe. Il entraîne dans sa s^ère la Suède , le Danemarck , la J^russe elle-méipe ; quelques marches militaires peijTvent lui soumettre Constantinople; et alors , que deviendrait la puissance autrichienne? Maître du Bosphore et des Dardanelles , où en serait la suprématie maritime de l'Angleterre en Europe? La politique russe, depuis Kerre I^ jusqu'à Alexandre , a toujours été , tout en conservant une grande force militaire, ^ tendre sans cesse à se créer une marine
puissante. La domination de la Russie sur la mer Noire, sur Constantinople et tous les archipels de la Morée et de la Grèce, en ferait, pour l'Angleterre , une rivale plus redoutable que la France et qu'aucune autre puissance de l'Europe. Lord Nelson avait coutume de dire que , dès qu'il apercevait des vaisseaux français, il allait droit à eux pour les aborder^ mais que, vis-à-vis des vaisseaux russes , il manœuvrait toujours de manière à s'en tenir à une distance respectable.
La Russie a montré, dans une foule d'occa* sions, qu'elle était jalouse de la puissance navale de l'Angleterre, principalement lorsqu'elle se mit à la tête de la neutralité armée en 1781 pendant le règne de Catherine, en 1801 sous Paul V^ , et surtout en 1 807 lors de la conclusion du traité de Tilsitt entre Napoléon et Alexandre. 11 fut secrètement stipulé, dans ce dernier traité , que la Russie pourrait s'emparer de la Turquie d'Europe, afin de pousser avec plus de facilité ses conquêtes en Asie , et qu'elle unirait ses forces maritimes à celles de la France pour reprendre Gibraltar; que la paix ne serait pas conclue avec l'Angleterre, que l'île
ée Malte n^eût été rendue à la France ; que cette dernière puissance pourrait s'emparer de Tunis^ d'Alger et Tripoli, et réoccuper l'Egypte; et qu'enfin , nulle puissance , si ce n'est la Russie, la France, l'Italie et r£spagne , ne jouirait du droit de navigation dans la Méditerrsuiée.
Les possessions anglaises dans l'Inde ont toujours excité l'envie de la Russie. Catherine n avait conçu le projet de diriger une armée vers ces contrées éloignées^ afin d'en chasser les Anglais. Plus tard , Alexandre et Napoléon s'étaient entendus pour l'exécution d'un projet tout semblable»
U est certain que l'occupation de Constantrnople par les armées russes n^offre pas des difficultés insurmontables, et il est plus que douteux qqe les efforts des puissances de l'Eu" rope fussent assez efficaces pour l'empêcher. Cette facilité de s^étendre dans le midi donne à cette puissance une prépondérance efifrayante, qui n'est pas de nature à rétablir la balance de l'Europe et à donner l'espoir d'une paix bien durable. Il suffit de lire Y Esquisse de sir Robert Wilson sur la Puissance de la Russie , pour concevoir de justes alarmes^ quoiqu'il y ait assuré*
( i7o) ment de l'exagération dans la manière dont le danger est présenté pour l'Angleterre, qui a bien des moyens de* le prévenir.
Pour bien juger de la situation des puissances de l'Europe relativement à Fiimérique , il est nécessaire cb bien se ressouvenir de l'extrême différence qui existe entre le gouvernement des États-Unis et ceux des autres pays. Celui des £tats«Unis a été formé d'après des constitutions écrites et des codes fixes , tandis que les autres sont le produit du temps, des habitudes, et que les circonstances les ont soumis à une infinité de modifications. £n France et en Hollande , des constitutions ont été récemment adoptées ; et ce n'est peut-éti^ pas une des conséquences les moins fâcheuses de la révolution fitmçaise : car il en résulte une propension à introduire la démocratie dans les gouvernemens européens. Aussi j voit-on déjà le Wurtemberg, la Prusse et quelques autres puissances continentales, se disposer à établir des constitutions qui admettent le système représentatif dans leurs institutions municipales. Avant la révolution française, les gouvernemens d'Europe étaient tous formés d'après lé
^mf$|le8cir€onstancesetlesévéii^p[)eQs.Quaa4 Tempire romain fut ren verçé par ks barbares Ju Qord^ les vainqueurs établirent partout un^ aristocratie élective. Le régiine féodal fut le résultat de ces institutions ; et , avec le temps j ce régime lui-même se changea en monarchie aristpcr$Uique héréditaire ; mais partout il exista^ qu^lque^ traces du pouvoir populaire ^ qu^ s'a£Ë3dblirçut|[raduellement^et disparurent, e^ Espagne par FaboUtion des Cortès , en France par l'abaissement (lu tiers-état , en DanemarclL et en Suède par les usurpations des souverains sur les privilèges de la noblesse , en Italie et en Allemagne par FaçcQrd des rois et des grands pour ppprimer la masse du peuple ; tandis qu'en Angleterre y la puissance des communes ne cessa jamais 4e balancer le pouvoir des deux autres branches du gouvernement , Taristoçratie et la monarchie héréditaires. M. Burke a développé cette idée dans l'ouvrage qu'il a publié autrefois sous le titre de la Paix régiçidCi où il a démontré que, de tous les gouvernem^s , la France révolutionnaire possède 1& plus fort, et l'Angleterre le plus faible.
On peut, en général, regarder comme un prin-
( '7^ ) cipe vrai que plus un gouvememait est libre dans ses formes, plus il est susceptible depro«> curer aux hommes le bonheur individuel , do^mestique et national ; qu'il soit république ou monarchie , moins il est propre k se tenir en garde contre Faction des autres puissances , et par conséquent , moins il est convenable à ce qu'on appelle la politique étrangère- Cet inconvénient est très - sensible en effet pour tout ce qui se rapporte à la diplomatie ; tnais il est tout aussi réel dans les cas de guerre, parce qu'il y a moins de moyens de tenir secrètes les opérations qu'on prépare, et d'ap^ porter *à leur exécution la même célérité et la même énergie que les gouverhemens absolus* , La paix et la guerre sont les grandes affaires des nations; les négociations diplomatiques fournissent les moyens de faire la paix ou de prévenir la guerre: elles sont donc, et par elles-mêmes et par leurs conséquences , de la plus haute importance pour les nations. On ne peut nier que l'Angleterre n'ait plus perdu par l'incapacité de ses négociateurs lors de la paix d'Utrecht en JjiS, et plus tard lors du traité d'Amiens, que par les guerres désastreuses
(«73) qa'elle peut avoir eu à soutenir depuis plu*^ sieurs sièdes ; et cependant, telle est la force de son gouvernement , si favorable à la liberté individuelle^ si bien calculée pour augmenter les produits de son industrie et assurer sa tranquillitéintérieure, que, malgré toutes les fautes de sa "diplomatie, malgré le peu d'étendue de son territoire et sa faible population , elle s'est placée au premier rang des puissances , et que, plus d'une fois, elle a été le sauveur et l'arbitre d e l'Europe.
La révolution française a néanmoins porté une atteinte terrible à la puissance de l'Angleterre, en la forçant d'entretenir une armée hors de toute proportion, et en lui rendant nécessaire une augmentation de dépenses publiques qui, à leur tour, ont rendu indispensables des impôts onéreux , et ont ajouté sept cent millions sterlings au montant déjà énorme de sa dette nationale. Cette révolution a ébranlé en même temps tous les autres gouvernemens jusque dans leurs fondemens; et il reste à savoir ce que deviendront les divers états de l'Europe, qu'ils aient une tendance vers la démocratie ou vers l'aristocratie, quand
toutes les conséquences é& cette révotutkw auront produit leurs efikts. La prévoyance hu^ maine ne peut pa$ aller au delà de certaines Umites. En ce n:ioment, le système représeir*tatify seule base durable de la liberté et dtf bonheur des nations , semble prévaloir dans diverses parties du continent eurc^en. En Angleterre , en Hc^ande, eu France , en Suède ^ le pouvoir exécutif et là noblesse sont héréditaires, tandis que Id pouvoir pppuls^re est électif; mais ce système repr^ntatUn'a epccwre été adopté ni en Espagne, ni en Portugal, ni en Italie , ni en Allemagne ^ ni en Rus^. Or , tous ces peuples réunis présentent une popula^ tion de cent quarante millions d'habitans.
On remarque, chez tous les peuples de FËur rope, le désir d'imiter la constitution de l'An^gleterre , dans ses institutions municipales. Ce n'est plus une datose nouvelle pour ev^ , qu^ l'excellence d^ principeâs sur lesquels repose cet admirable édifice. Montesquieu , dms sq^ Ejprit des Lois , s'est livré à une investjgatio?^ de la constitution anglaise, dont il &it ressortir toutes les beautés ; Yoltaire , dans «es Lettres, lui a rendu un homÈmage non moins sincère.
( '75 ) La Rochefoucault^ dans le Supplément à ses Pensées , et tous les grands écrivains , depuis^ un siècle, ont exprimé la même a^imiration.
Frédéric de Prusse , dans ses Mémbires sur la maison de Brandebourg) a fait aussi, de la constitution anglaise , un examen approfondi qui lui est favorable; et Belolme enfin dit expressément qu'elle réunit les trois essencesd'unbon gouvernement : k protection deK individus, la disposition à tous les sacrifices que peut réclamer le bien public , et tous les moyens désirables d'améUoration, Depuis Delolme, il est vrai, l'augmentation considérable des charges publiques et de la dette nationale peut avoir tempéré, aux yeux des gens sages et mo^ dérés, une partie de cesasisertions. Mais quoiqu'il en soit, M. Fouché, plus récen^n^t, dans, sa Lettre au duc de Wellington, après la bataille de Waterloo, déclare que l'établissement en France d'une constitution semblable à celle de l'Angleterre serait le meilleur dédommagement des horrem'S de la révolution , et que les Français ne demandent ni plus ni moins de liberté .que celle dont jouit la nation hvx-^ tannique.
En consultant les anciens auteurs , qui sont pour nous des autorités respectables , on peut voir que tous , d'après leur expérience , ont pensé qu'un sage mélange de monarchie , d'aristocratie et de démocratie y dans un système politique, serait la meilleure forme de gouvernement, si jamais il pouvait se réaliser*
Platon dit formellement : Une monarchie maintenue dans la limite des lois y est la perfection de tout.
c Je pense que le meilleur de tous les gouvernemens , dit Cicéron , dans sa République , pst celui qui participe des trois espèces connues : la monarchie , l'aristocratie et la démo* cratie. i»
Tacite, dans ses Annales^ livre IV, s'exprime ainsi : « Toutes les nations sont gouvernées , soit par le peuple , soit par des che& choisis dans le peuple , soit par un seul souverain. Toute autre espèce de gouvernement , sans l'une de ces trois conditions , est une chimère plus aisée à imaginer qu'à réaliser ; et si jamais il se trouve établi, il ne peut avoir une longue durée. »
On lit dans le VI* livre de l'Histoire de
( 177 ) Polybe : « Il «8t donc évident que le meilleur de tous les gouvernement est celui qui se compose de démocratie, d'aristocratie et de monarchie. Lycurgue a établi le premier modèle de cette triple forme de constitution , dans les lois qu'il donna à Lacédémone. »
Il est juste de faire observer que ces opinions des anciens auteurs, qui semblent autant d'approbations de la constitution anglaise, supposent que ces grands hommes n'avaient pas ime idée de ce qui pouvait arriver dans d'autres temps. Les États-Unis n'avaient pu encore donner au monde entier l'exemple d'une nation rassemblée , par le moyen de délégués , dans une convention nationale^ afin de former, librement et pour elle-même, un gouvernement purement représentatif et électif, tant pour le pouvoir exécutif que pour les autres branches de la législature.
Il est bien certain que le gouvernement d'une nation et le code des lois qu'elle adopte ne sont jamais plus naturels et plus durables, quQ quand ils sont adaptés aux usages , aux mœurs et aux habitudes des individus qui composent cette nation. Les parties matérielles qui cons-
lité réelle entre ces deux modes de gouverne'* ment; le commerce ne peut pas plus fleurir sous le régime militaire , que le pouvoir militaire ne peut se maintenir chez les peuples industrieux. Les entreprises commerciales ont besoin de liberté y de crédit national , d'argent et de moyens d'échange* L'autorité militaire ^ pour se conserver , a besoin au contraire de l'arbitraire; elle ne peut être rien^ là où le peuple est quelque chose; il faut qu'elle ait en propriété les hommes et leurs biens.
Sous un gouvernement militaire , le peuple doit sentir le poids de ses chaînes ; et l'ignorance et la misère ont bientôt transformé le «ol le plus fertile en un vaste désert. Avec le commerce au contraire , le peuple est libre et heureux , et l'industrie a bientôt changé le sol le plus ingrat en un véritable jardin d'£den. Le plus beau des gouvernemens serait celui dans lequel on parviendrait à combiner ensemble , et dans une juste proportion , .les systèmes commerciaux et militaires. La Hollande, essentiellement vouée au commerce y dont les habitans étaient libres et opulens, a disparu comme nation , par la faiblesse de son gouvernement.
( t8i ) qui n'a pù^'ésister à la guerre extérieure et aux factions qui l'ont déchirée. Pendant sa révolution, la France n'a été qu'un gouvernement militaire; et tandis que son peuple était accablé de charges et soumis à tous les genres de tyrannies , elle a pu , à sa volonté , dirigea toutes les ressources de son vaste territoire contre les nations de l'Europe , et porter en tous lieux les ravages de sa domination.
L'Anglet«rre jouit d'une grande puissance militaire ; et en même temps , son commerce immense s'étend sur tout le globe ; son peuple est libre, industrieux et riche ; et son gouvernement* est assez bien établi pour protéger ses sujets, punir l'agression des autres nations j, préserver ses alliés des atteintes d'un voisin puissant , et répandre les heureux effets de la liberlé civile et religieuse sur les points les plus éloignés du globe. Grâce à la divine providence et à la force de l'esprit public du peuple anglais, comme à sa persévérance pendant vingt -cinq ans d'une guerre sans exemple, l'Europe a enfin échappé à la cruelle servitude que lui avait imposée la révolution française.
T. n. la
( l8a ) On fait souvent à radministration britanni>' que un reprociie qui mérite d'être approfondi : on FacGuse , et ce n'est pas seulement en Angleterre qu'un parti tient ce langage, mais aussi beaucoup de personnes désintéressées aux États-Unis; on l'accuse , dis je, d'éloigner de son service les hommes d'un talent distingué. Il est vrai que c'est ainsi que parle l'opfK»sitipn en Angleterre, et que cela veut dire seulement que, si elle était à la tête des aïïuires, les choses en iraient beaucoup mieux. Il suffirait de répondre que le peuple anglais est le véritable juge de cette question , et qu'il la décide par son vote aux élections, quand il choisit ceux qui doivent le représenter dan&la chambrée des comipunçs. Mais enfin, cette accusation est naturelle dans la bouche des réformateurs anglais, se plaignant sans cesse des profusions et de la corruption de l'administration , qui ne leur répond qu'yen rendant inutiles tous leurs efforts pour bouleverser la nation. Les Américains ont toutefois une sorte de droit à tenir le même langage , car ils ont eu rarement l'occasion de voir des hommes d'un mérite supérieur, parmi ceux qui repré^
sentent l'Angleterre aux États-Unis. Ils ont été les témoins des fautes répétées de FAngleterre, dans la di^ection de la dernière guerre ; et ils voient tous les jours les erreurs de Tadministration britannique dans le gouvernement de ses colonies dn nord de TAmérique , que la mère- patrie semble ne gouverner que dans le dessein de les rendre une proie plus facile pour les États-Unis, quand une guerre nouvelle éclatera entre eux et TAngleterre. Il n'est réellement pas fisicile de défendre le gouvernement angl^iis du reproche d'incapacité dans sa politique extérieure , comme dans son régime eokmia] , principalement au Canada , où jamais , par un ba^rd malheureux y elle n'^a employé que des hommes médiocres dans les fonctions civiles et militaires*
Afin d'expliquer une conduite en apparence si étrange , il faut remarquer que ce ne sont pas les hommes à talent qui manquent en Angleterre; et que l'objection porte seulen^ent sur ce qu'ils ne sont pas employés par le gou* vemement, qui, d'après l'oubli où il les laisse, semble agir avec une espèce d'imbécillité per- , jnanente. Mais si ce reproche était fondé, il
la.
s'ensuivrait qu'en tous pays, tous les hommes à talent devraient être employés dans des fonctions publiques. Si un pareil principe était jamais adopté généralement , il en résulterait un despotisme intolérable , parce que, le pouvoir ayant toujours une tendance à s'accroître dans quelques mains qu'il se trouve placé, tous les grands talens agissant ensemble et dans le même sens, asserviraient les masses des nations, qui nécessairement manqueraient de défenseurs et de moyens de résistance.
Il y a lieu sans doute de se féliciter , quand l'administration d'un pays est dirigée par des hommes supérieurs; mais pour peu qu'une ration jouisse du bienfait inappréciable de la liberté , elle doit désirer que des hommes supérieurs se placent aussi à la tête d'une opposition forte et raisonnable , pour ramener l'administration aux vrais principes , si elle tendait à s'en écarter , ou si elle se livrait à des actes arbitraires et illégaux. Les fonctions ecclésiastiques, celles des juges et des avocats, l'état militaire, et tant d'autres, ne réclament-ils pas aussi l'emploi d'hommes éclairés ? N'est-il pas convenable aussi que le talent et le génie se
consacrent aux arts, aux sciences, afin d'améliorer l'état intérieur d'un pays de toutes les manières ; afin de faire ressortir avec avantage l'intelligence , l'industrie , la richesse de la population toute entière^ afin qu'elle devienne, entre les mains dii gouvernement, un instrument puissant pour repousser les attaques des autres nations , ou assurer l'indépendance et la prospérité publiques ?
Il n'existe point de pays où , plus qu'en Angleterre, les services rendus soient amplement récompensés; et où les talens dans les sciences, la littérature, les arts et les métiers, obtiennent plus aisément honneur et profit. Aussi , nulle part il ne s'élève un plus grand nombre de gens distingués dans toutes les classes de la société. Ceux qui connaissent T Angleterre savent bien qu'à aucune époque de son histoire , elle n'a compté autant d'hommes de mérite, soit dans l'administration publique, soit dans les proférions particulières. Son gouvernement, qu'on accuse de tant d'incapacité, n'a maintenant qu'une seule difficulté à vaincre : c'est de déterminer dans quelle proportion les hommes de mérite doivent participer à l'administration,
dans un système politique aussi étendu, et dont Faction doit être toujours combinée avec la liberté individuelle la plus illimitée.
S'il faut beaucoup d'intelligence et d'habileté pour diriger, en Angleterre, les départemens de la marine et de la guerre, il faut aussi une prudence, une discrétion et une dextérité infinies pour copduire le parlement , pour concilier entre eux les^ intérêts différens et souvent opposés des propriétaires, des capitalistes, des négocians et des manufacturiers ; et surtout pour résister dans les chambres , comme hors des chambres , à une opposition ' formidable par le rang, l'influence, la capacité , et qui est constamment occupée à déclamer , à écrire et à agir contre les mesures du gouvernement bonnes ou mauvaises , importantes ou insignifiantes. Aussi est-ce toujours le mérite qui arrive aux premiers emplois; mais pour tous les autres, il suffit du zèle et de l'exactitude. Si l'on examine isolément ce reproche Êiit au géùvernement anglais, de ne pas employer un plus grand nombre d'hommes éminens^ on reconnaîtra que c'est par le motif qu'il est plus aisé de guider le mouvement d'une machine
( i87) tout établie et dont les ressorts ^sont bien connus, que d'en établir une nouvelle dont l'action serait incertaine. Un gouvernement aussi bien organisé que celui de l'Angleterre n'exige pas absolument que tous ceux qui y prenheilt pai't soient des hommes du premier mérite.
Formé d'après les habitudes^ les affections et le vœu de la nation , sa marche peut être dirigée par quelques hommes d'état supérieurs, dont les ordres sont fidèlement exécutés par des subordonnés honnêtes et dévoués. Dé cette manière^ tous les autres hommes qui pour* rment se faire distinguer dans Tétat, portent leur activité vers d'autres objets ; les sdences , lesarts^ les belles lettres, l'agriculture, le commerce , la navigation , sont, en Angleterre, des sources de gloire et de richesses.
C'est une grande question , pour les hommes d'état > de déterminer jusqu'à quel point il peut être dangereux pour la chose publique, de laisser les hommes à talent sans emploi ou livrés à eux-mêmes. Un bouleversement peut résulter de leur inoccupation. Pour que les hommes soient gouvernés d*une manière convenable , il faut que l'autorité ait des bornes,
comme il faut que là société ait des habitudes^ Si Tordre judiciaire, par exemple, n'avait pas un profond respect pour les usages et la jurisprudence établis, il en résulterait les plus graves désordres. Ce qui est vrai pour les cours de justice, est également vrai pour toutes les branches de Fadministration publique. Il est donc évident que tout gouvernement sage doit s'efforcer d'établir l'habitude de l'obéissance passive à l'autorité , choisir un nombre cgnvenable de gens à talent pour conduire l'administration , et encourager les autres par des éloges publics et des récompenses, partout où ils peuvent se rencontrer- Il n'y a effectivement, dans la société, que deux véritables puissances, deux véritables aristocraties^ le talent et la propriété; sans elles, il n'est pas de nation qui ne fut bientôt soumise par les conquêtes extérieures ou parla tyrannie intérieure. Toutefois, on peut dire que le talent est seulement personnel et passager , tandis que la propriété est permanente et durable, qu'elle accroîf sa force de génération en génération , et qu'elle est essentiellement favorable à la stabilité.
( 109 ) Si le talent seul jouissait du pouvoir, la sodété , entraînée de projets en projets, serait dans une agitation perpétuelle ; tandis que la propriété, dans quelque main qu elle se trouve, est toujours favorable à Tordre, repousse toutes les innovations. C'est le rouage d'une machine qui empêche l'action du principal ressort de la briser par sa force et ses mouvemens. Dans les anciens gouvernemens solidement établis , la propriété , en s'opposant aux succès trop rapides du talent, l'a rendu plus profitable à la société , en l'obligeant à se combiner avec l'expérience, la discrétion et la prévoyance. En France, la révolution détruisit l'influence de la propriété, pour laisser dominer le talent seulement. Quelles en ont été les conséquences? Une agitation continuelle dans la communauté, qui s'engoua successivement de divers systèmes, tous superbes en théorie , mais impraticables en réalité, jusqu'à ce que le despotisme militaire vînt enchaîner la nation dans une servitude générale.
La vie entière d'un homme, passée dans l'étude et la méditation , suffit à peine pour former son intelligence ; que de temps ne faut-il pas
( «90 ) pour qu'une nation arrive à un certain degré de splendeur et de féliâté ! M. Burke, à la suite de raisonnemeos profonds sur les difïérentes formes des gouverneuiens anciens et modernes^ affirme qu'il n'y a que la transmission héréditaire de la propriété et des droits politiques, qui puisse assurer la durée et la prospérité d'un psiys. Rome, il est vrai , fut, pendant huit cents ans, la maîtresse du monde, et elle n'avait pas joui, pour favoriser sa domination , de ce système successif des droits politique^ et de propriété ; mais à cette époque, on ignorait les vrais principes de la politique et la balance des pouvoirs : ces sciences sont le résultat de l'expérience el du temps. C'est par cette vaste théorie des res- ' sources politiques, qu'on est parvenu à régler les actions des nations diverses , qui ont une influence directe les unes sur les autres. Quelle que soit la distance qui les sépare ^ elles se trouvent réunies par un principe commun ; leurs mouvemens respectif sont régularisés; et le système politique très-compliqué de la chrétienté moderne est maintenu.
Dans le XVI* siècle , ce système de balance préserva l'Europe du joug que voulait lui im-
( '91 ) poser l'empereur Charles-Quint ; dans le X VII^ siècle, il la sauva de la domination de Louis XIV; dans le XIX« , il a brisé la diaîne d'esclavage que Napoléon Bonaparte faisait peser sur toutes les nations civilisées; et bientôt peut-être il appellera tous les efforts du monde contrcTla suprématie menaçante de la Russie.
Dans un pays où la législature se compose, dans toutes ses parties , de laristocratie effective de la nation, c'est-à-dire, d'hommes qui ont de la naissance , ou de la fortune, ou des talens , où les employés du gouvernement ont lé droit de faire partie de cette législature , et où les fonctionnaires publics de tous les rangs sont convenablement salariés, il se trouve toujours un assez grand nombre d'hommes supérieurs dans l'administration , pour que ies événemens , soit intérieurs , soit extérieurs , ne puissent jamais déranger la marche générale des affaires.L'Angleterre en a fourni une preuve éclatante. Dans la même année, quatre hommes illustres, qui jouaient un grand rôle dans 1 état, ont cess é de vivre: M, Pitt, M. Fox, lord Thurlow et l'amiral Nelson; et cependant Tempire britannique, privé du génie, de l'expérience
( 19^» ) et de la sagesse de ces grands citoyens , a conservé sa contenance devant TEurope entière agissant contre lui sous l'influence de la France, et a surmonté tous les obstacles.
Des résultats aussi avantageux sont dus uniquement à la forme du gouvernement représentatif; jamais le despotisme ou la démocratie ne pourront les obtenir, parce que, dans l'un et l'autre de ces gouvernemens, tout dépend de quelques hommes isolés qui se sont élevés par hasard ou par VeSet de circonstances favorables, et qu'une succession d'hommes de mérite , dévoués à la patrie , n'y est pas une chance ppssible. Les grands états de l'Asie et plusieurs monarchies de l'Europe donnent la preuve de ce que nous venons de dire ; on a vu ces états successivement dominer leurs voisins ou leur, être soumis , selon qu'ils ont été gouvernés par un chef habile, actif et guerrier,, ou par un monarque £gdble et indolent.
Frédéric H, par les efforts de son génie militaire et par sa politique , éleva la Prusse au rang des premières puissances de l'Europe. Ses successeurs , n'ayant ni son habileté ni son activité, ont vu leurs provinces et leur capitale
( Ï95 ) conquises par la France , et ont été réduits à implorer l'appui de la Russie , pour conserver leur existence nationale.
La démocratie de Thèbes devint florissante et domina la Grèce, tant que Pélopidas et Épaminondas conduisirent ses armées et dirigèrent ses conseils. Après la mort de ces grands hommes^ Thèbes ne fut plus qu'une république sans gloire ; elle tomba dans la dégradation du mépris. Athènes fut supérieure à toutes les autres républiques de la Grèce , tant que Thémistode et .Périclès furent placés à la tête de son administration ; mais dès que ces grands hommes furent remplacés par des démagogues insolens , elle perdit son influence, et fut soumise au joug militaire de Lacédémone, sa rivale aristocratique. L'aristocratie mili^ire de Rome enfanta des héros ; elle fit la conquête du monde : mais l'invasion de la démocratie amena l'anarchie ; l'anarchie ne put être étouffée que par le pouvoir militaire qui dégénéra en despotisme ; le trône d'occident fut renversé par les barbares du nord, et le trône d'orient devint la proie des Sarrasins. Le gouvernement de la France révolutionnaire avait
passé, à la fin y entre les mains d'un tyran militaire.
Mais dans les gouvememens qui un^fsent la puissance à la liberté publique , les grands hommes s'élèvent selon les circonstances ; Fopinion publique et l'éducation leur ont appris leur devoir ; ils forment à leur insu des successeurs dignes de les remplacer, quand la mort les enlève à Tétat , .ou quand Tâge les force à s'éloigner des af&îres.
Il serait à désirer que, dans tous les pays , on pût foire disparaître les obstacles qui s'op- . posent à ce que les grandes places soient occupées par les hommes les plus propres à les remplir. Dans les gouvememens représentatifs, les institutions nationales sont telles que ces obstacles y sont plus rares : et il faut s'en féliciter , parce que le bonheur d'une nation et la durée de ce bonheur se fondent sur une succession de mesures utiles. Cest ainsi qu'en Angleterre , lord Chatam a été reiûplacé par M. Ktt , et que M. Pitt a eu pour successeurs lord Castlereagh et M. Canning.
L'Angleterre qui, dans sa politique étrangère et dans ses relations diplomatiques, ne
. ( »95 ) s'est pas toujours montrée au niveau de sa position, comme nous Favons déjà dit, peut néanmoins donner la preuve de l'utilité d'une succession d'hommes distingués à la tête d*une administration. La manière dont elle a soutenu la guerre en Espagne, en Flandre et en France, depuis 1808 justjuen i8i5 , comme aussi ses négociations en 181 4^ i8i5, indiquent assez qu'elle a su profiter de ses fautes passées. Il est plus que probable qu'elle échappera aux orages qui grondent autour d'elle , et qu'elle résistera à tous les mouVemens révolutionnaires qui menacent encore la tranquillité de l'Europe.
Cet espoir repose sur les principes de reli gion et de morale qui dominent dans cet empire ; sur la force , comme sur la justice de son gouvernement; sur TégaKté de ses lois; sur rincorruptibflité de ses juges ; et sur le bon sens, les Itimières, l'industrie et la persévérance de son peuple. Toutes ces causes maintiendront sa puissance , malgré le fardeau de ses impôts, l'énormité de sa dette, ses dépense$ excessives, les entreprises des réformateurs , le ressentiment de la France , la jalousie des Pays- Bas, k prépondérance de la Russie d'un côté.
( '96 ) et de l'autre , le pouvoir toujours croissant et toujours hostile des £tats-«Unis d'Amérique.
Tant que l'Angleterre conservera sa prééminence, les libertés de TEiurope n'auront rien à redouter ; le jour où elle la perdra, les lumières et la civilisation disparaîtront pour faire place à l'ignorance et à la barbarie. Comme elle ne peut augmenter l'étendue de son territoire, ni arrêter les progrès de la Russie par le nombre de ses soldats , son premier , son unique soin doit être de donner toujours plus d'exten* sion à ses forces navales et à son pouvoir maritime , en réunissant à son empire les îles de la Grèce, Cuba, l'isthme de Darien , et en opé« rant la jonction de la mer Atlantique à la mer Pacifique, afin d'être à portée, par la force de sa position, de sauver encore une fois l'Europe, dans le cas où des événemens qui ne sont pas invraisemblables , rendraient la Russie menaçante pour cette partie du globe , comme l'a été la France , sous le régime révolutionnaire et sous le gouvernement impérial.
L'extinction prochaine de la succession en ligne directe au trône d'Angleterre , montrera l'Insuffisance d'une monarchie héréditaire ,
pour assurer le repos. d'un peuple. Jamais peutêtre la destinée de vingt millions d'individus libres et éclairés , n^a été soumise, comme dans ces derniers temps , à la vie oU à la mort d'une seule personne. Le malheureux événement qui a enlevé à l'Angleterre cette jeune princesse qui faisait sa gloire et son espérance, a donné lieu aux rumeurs et à la joie de certains politiques ardens, en leur annonçant la dissolution du gouvernement britannique. Mais comme il a su résister a ses ennemis , comme il a été assez fort pour échapper à de graves dangers , il survivra sans doute a cette circonstance difficile. Le meilleur moyen de prévenir les révolutions et les troubles est de rendre les peuples heureux en les éclairant; et le peuple anglais est , sans contestation , le plus heureux et le plus éclairé de la terre.
En considérant la situation précaire de l'Europe , la fermentation qui y règne, le peu d'apparence que la balance des pouvoirs puisse s'y rétablir, et ce qui peut porter à craindre qu'une longue paix n'y soit pas maintenue , il est naturel de penser que, tôt ou tard, les États-Unis d'Amérique seront compris dans lui conflit
T. II. i3
général ; et dès lors , il devint urgent pour eux de fonder un système de finances, afin de s'assurer un revenu qui , s'accroissant de plus en plus par les ressources territoriales et commerciales du pays , leur pei^mette d'administrer intérieurement la république avec grandeur et libéralité , et de conduire sa politique extérieure avec la vigueur et la dignité qui lui convient ; il devient urgent surtout d'établir le crédit public sur une base inattaquable, de manière à pouvoir emprunter avec facilité les sommes que les événemens de la guerre, ou d'autres causes ppurraient rendre nécessaires.
Le président des États-Unis paraît reconnaît tre ces besoin^ de la nation qu'il gouverne; car il s'exprime ainsi dans un de ses derniers, messages au Congrès :
« Le crédit public est élevé au suprême de- » gré; les dispositions pour notre défense à j) venir, s'exécutent d'après un système bien » établi ; le gouvernement acquiert de jour » en jour plus de force; les petites jalousies, » de localités disparaissent , pour faire place à » des vues plus généreuses et à une politique .
(^99) » nutionale plus sage; les milices des états ^ » infanterie, cavalerie et artillerie, s'élèvent à j» hoi^ cent mille Hommes^ dont la majeure » partie est armée , et le reste le sera sous peu , » le Congrès ayant recommandé qu'on s'occu- » pat de son organisation et de sa discipline , » etc., etc. »
Dans une autre partie du même message j oh lit ce qui suit: •
c< L'armée s'élève à peu près au taux û^é par x>la loi; elle est stationnée le long de nos » frontières de l'Atlantique et dé l'intérieur. » Nous avons des escadres dans la Mëditerra*- » née et dans le golfe du Mexique; et, en con- » séquence des terres achetées récemment des » Indiens, le long des bords du lac Érié et des » Chérokées , les États-Unis pourront bientôt » étendre leurs possessions depuis les parties » inhabitées de l'Ohio , jusqu'au territoire de » Michigan. Au sud, nous obtiendrons le même » avantage dans toute cette partie de terri- » toire , le long des rivières qui se déchargent » dans le Mississipi et le Mobile, de manière » à ce que nos frontières soient parfaitement » garanties. Nos villes et le commerce de nos
» grandes rivières , seront sous la protection » de fortifications, le long des côtes et dans » quelques points de l'intérieur, avec une com- » munication entre elles, depuis la baie de » Fundy jusqu'au Mississipi. Il s'en suivra né- » cessai rement une augmentation dans la va- » leur des terres , et une plus grande facilité » pour l'émigration vers les parties les plus » reculées des états. Déjà plusieurs nouveaux » états ont été créés dans le sud et dans l'ouest, » et un gouvernement a été organisé partout » où il y a des terres vacantes à vendre : ce qui » doit évidemment amener une augmentation » considérable dans la population, et par là, » accroître la force et la richesse de la nation )^ en général. »
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