‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 105 sur 139 · TOUT POU II L AVENU · texte numérisé non relu

TOUT POU II L AVENU

dans toirles les directions. Qu'on l'appelle instinct de conservation, patriotisme ou idéalisme, — peu importe le mot. — il constitue une immense force morale au service des États-Unis d'abord, et de la civilisation par surcroit ; il existe dans tous les Etats, dans toutes les ville.- et, plus ou moins, dans toutes les maisons, pauvres ou riches, môme dans les plus riches, où, je le rappelle, ce que nous appelons en France le rentier est inconnu, où le paresseux ne trouverait pas à qui parler, où chacun, entraîné par la vitesse acquise et incapable de se reposer, doit, bon gré mal gré, travailler, travailler encore, servir, se dévouer, se vouer. Qui sait dans quelle mesure nos pionniers français n'ont pas laissé derrière eux l'héritage de ce feu sacré, si différent du flegme ou de l'indolence d'autres peuples ?

A présent que je suis de retour dans les États de l'Est plus ou moins connus de tous, je cesserai de suivre mon itinéraire géographique; cet itinéraire je l'ai fait et refait, croisé dans tous les sens; je préfère, arrivant au terme de mon voyage et de mon livre, pieu Ire pour dernières stations, non plus les villes, mais les observations, les idées qu'elles m'eut suggérées ; ces idées contrôlées d'une visite à l'autre, sont devenues d'elles-mêmes, sans que j'y prétende, des conclusions.

L'œuvre essentielle de l'esprit public américain tient en un mot : l'éducation. Instruire, éclairer, guider la jeunesse et, par la jeunesse, la nation vers le bien, par tous les moyens, à tout prix: tel est t l'idéal de l'Américain, de l'Américaine. Tout poulies jeunes, tout pour l'avenir, «'.'est un élan spontané.

plus général encore dans les Etats neufs que dans les anciens. Et cet élan lui-même est le plus éloquent des exemples, puisqu'il est désintéressé, puisqu'il est un acte de foi dans les destinées du pays. Comment les jeunes enfants, les enfants ne regarderaient-ils pas à leur tour bien haut et bien droit devant eux ; avec quelle assurance aussi, puisqu'ils sont trop peu nombreux pour les besoins de leur pays, puisqu'ils n'auront que l'embarras du choix d'une carrière, puisque le sentiment de leur responsabilité personnelle s'éveille en proportion des services qu'ils sont sûrs de rendre, sachant qu'ils sont attendus et qu'on compte sur eux ! Etre utile, occuper sa place deux fois plutôt qu'une parmi cette population qui entreprend d'animer un monde, voilà un rêve assez différent de la conception du fils de famille européen préoccupé de se caser.

Cette volonté d'être utile; je l'ai trouvée toujours et partout dans la jeunesse américaine ; et jusqu'à l'excès, cela va de soi ; chacun se sent indispensable, chacun se dit qu'il contribuera à faire de son pays un très grand pays, le plus grand, le plus beau, etc. Nous connaissons ce superlatif américain ; c'est l'enthousiasme de l'enfant; il est insupportable quand il devient adulte et dégénère en vanité chauvine ; c'est le revers de la médaille; mais c'est pourquoi il importe de ne pas laisser la jeunesse ignorante du monde extérieur; c'est pourquoi les américains cessent de s'absorber dans leur immense travail de construction nationale pour jeter les yeux au dehors, appeler à eux tant d'étrangers qu'ils acceptent comme des maîtres et qui leur parlent de l'Europe, du passé, de l'art et de la nature, leur donnent des

modèles, des points de comparaison ; c'est pourquoi ils laissent croître et multiplier en toute liberté les universités et les collèges, les écoles, les instituts, les bourses, les fondations, les chaires, les tribunes, les conférences, les congrès, les expositions, les laboratoires, les missions, les voyages, les enquêtes, les statistiques, les bibliothèques, les églises, les musées, les parcs, les terrains de jeu, les concerts, en un mot, les œuvres sans nombre d'éducation dont il faudrait une encyclopédie pour donner une idée précise.

L'organisation ou, pour mieux dire, l'inévitable désordre de l'enseignement aux Etats-Unis est déconcertant pour un Français. Un Anglais peutêtre s'y retrouverait : un Français s'y perd. C'est un cbantier en construction, c'est la forêt vierge des improvisations libres, spontanées, écloses, sans plan d'ensemble, au fur et à mesure de la création des États. Mais du désordre de l'ensemble gardons-nous de conclure au désordre du détail. Cbacune de ces libres et multiples institutions vit sous le contrôle incessant et dévoué des principaux intéressés, pères mères, sœurs, frères, anciens élèves, bienfaiteurs, bons citoyens. FI c'est là toute l'explication. Ce n'est pas certes la perfection, mai- c'esl la genèse, la vie ; l'initiative individuelle supplée à la direction générale et à l'expérience qui manquent ; l'émulation, à son tour, fortifie les initiatives ; émulation d'État à Ftat, de ville à ville, d'université à université. Je me demande si la grande université fédérale rêvée par

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Washington et située sans doute par avance sur le plan de l'Enfant, avec son rayonnement sur tous les Etats, n'aurait pas fait en définitive plus de mal que de bien, tuant en germe l'indépendance, l'originalité, la vigueur de ses satellites. Je comprends que les Américains n'en aient pas voulu. Leur liberté' d'enseignement, la liberté d'enseignement n'est possible que dans un pays où nul pouvoir n'est capable de l'accaparer à son profit. Elle est impossible en France ; elle est possible en Angleterre où les églises protestantes et catholiques se neutralisent. Elle est possible dans un pays décentralisé : Oxford et Cambridge se sont passés de l'influence de Londres ; Heidelberg, Gottingen, Bonn n'ont pas attendu celle de Berlin ; et nous avons déjà vu poser la question de savoir si l'idéalisme et par conséquent le progrès allemand ne souffriront pas de la prédominance prussienne.

Aux Etats-Unis, il faut commencer par oublier que l'Etat existe ; il faut s'habituer à cette notion de Fédération, abstraite et nuageuse pour la plupart des Européens. Quiconque ici généralise est un naïf et un ignorant. Imaginez un Américain parlant de l'Europe sans s'attarder à distinguer Naples de Londres, Paris de Moscou, Kristiania de Constantinople. Chaque partie des Etats-Unis est, non une province, mais un pays distinct des autres par le climat, le sol, les produits, la population, les mœurs ; la pénétration subite du chemin de fer, du télégraphe, des journaux et de l'immigration étrangère y a déjà importé un ensemble d'innovations assimilatrices, plus ou moins discutables; est-il à souhaiter que l'éducation elle-même, à peine commencée, se

modèle dans le continent tout entier sur les patrons importés de 1 Est et d'Europe ?

Tant bien que mal on classe les établissements d'enseignement américains en quatre types, généraux, déterminés non d'après le sexe dès élevés, la nature ou le degré de leurs études, mais d'après leur âge. La première préoccupation c'est de réduire à néant le nombre des illettrés : on y réussit mieux qu'en France, sur cette surface immense d'un continent proportionnellement très peu peuplé. C'est d'abord l'école de grammaire qui reçoit l'enfant de six à quatorze ans ; puis 1 école supérieure, High Sejiopl, où l'élève passe de quatorze à dix-sept ans, puis le collège dont les cours sont généralement de quatre ans, et enfin l'université qui ne se distingue pas toujours nettement du collège, et où les jeunes gens et les jeunes filles suivent des cours supérieurs et se spécialisent au besoin dans l'étude des sciences ou des lettres, des arts, de la théologie, du droit, de la médecine, de la pharmacie, de l'art dentaire, de l'art vétérinaire, etc , et je n'énumère pas les milliers de cours, écoles ou collèges tecbniques et professionnels richement dotés de laboratoires, de musées, de bibliothèques, d'ateliers modèles, munis d'un outillage perfectionné : je ne parle pas non plus des écoles spéciales, écoles d'agriculture, d'ingénieurs, de mécanique, d'architecture, etc. On connaît l'école militaire de West-Poiril : l'école navale d'A it tii]>olis ; il existe dans le Sud nue université spéciale (Tmakegee el un institut pour les Nègre», et partout des établissements admirables pour les enfants anormaux. Il n'e>l pas de grande rilfe qui n'ait ses écoles normales de tille-, el ses écoles Ror-

maies de garçons, car le recrutement des professeurs est l'une des grandes difficultés d'un pays neuf. Le professeur, l'instituteur, l'institutrice sont encore, dans bien des États, de véritables missionnaires, ou même des malheureux, peu payés, peu considérés ; mais, si on veut juger les États-Unis sans parti pris, on doit reconnaître que tout cet enseignement répandu très inégalement sur un tel espace et souvent même dans le désert, avec une pénurie complète de personnel, pour commencer, et des moyens plus ou moins précaires, a donné en bien peu de temps des résultats de bon augure pour l'avenir et déjà dignes d'admiration.

Les Américains ont pris leurs inspirations un peu partout; ils ont très heureusement imité les Kindergarten allemands en y ajoutant le plus possible de terrains de jeu, de piscines, de parcs, d'espaces libres, de fêtes populaires enfantines. Tout cela dé- i pend du plus ou moins d'initiative des États et des villes. Les plus avancés prodiguent dans ce domaine mieux encore que l'argent, l'imagination, la sollicitude. Une institution qu'ils admirent en France, les écoles mate mehes, paraît ne pas s'acclimater chez eux aussi bien que chez nous ; la mère française ne s'exporte pas. En revanche, j'ai visité à Pittsburg une école professionnelle bien originale ; elle fait partie d'un groupe admirable, véritable ville de l'Enseignement fondée par Andrew Carnegie et comprenant, — avec un institut colossal, ù la fois musée, bibliothèque, école des Beaux-Arts, — quatre écoles techniques, dont trois pour les jeunes gens, une pour les jeunes filles ; cette dernière, dédiée par Andrew Carnegie a la mémoire de sa mère, — Margaret Mor-

rison Scliool, — est destinée à préparer pratiquement les femmes à leur mission dans la vie, et cette mission n'est pas matérielle seulement. L'inscription suivante la définit ainsi :

« Gréer et inspirer le foyer ; diminuer la souffrance, augmenter le bonheur ; aider l'humanité dans ses luttes pour s'élever; ennoblir et orner le travail de la vie, si humble soit-il; voilà le grand but de la femme ».

Dans cette école, on ne se borne pas à apprendre aux élèves les éléments d'une profession et ce qui peut leur permettre de bien occuper un emploi, la sténographie, la dactylographie, la tenue des livres, le secrétariat, la correspondance commerciale, le calcul, les langues vivantes, le dessin d'agrément et le dessin d'application, la broderie, la couture, les modes, le droit usuel, le chant, la gymnastique, le blanchissage, la chimie pratique, l'hygiène ; on leur fait des cours de morale, d'éducation de l'enfance, de tenue ; on leur apprend surtout la tenue de la maison. Les Américains ont réduit nos principes en lois; ils enseignent comment on doit choisir son habitation, son logement, si modeste qu'il soit, comment l'orienter, le distribuer, le meubler, le nettoyer, l'assainir ; comment, en un mot, tenir son ménage. Là, chacune des élèves apprend ce que doit savoir une bonne maîtresse de maison, et j'ai constaté que cette science, française entre toutes, l'économie domestique, commence à se répandre aux États-Unis, où la bonne ménagère du bon vieux, temps, celle qui lit la bonne cuisine, la bonne chère, les bons estomacs et la bonne humeur de nos pères est en train de s'élaborer lentement. Les jeunes lilles de Margaret Mur-

rison School disposent d'un appartement qui l'iir sert de champ d'entraînement. Chaque semaine l'une d'entre elles y demeure et y joue le rôle de la maitresse de maison, la dame ; une autre est la femme d? chambre, une troisième la cuisinière : la dame reçoit - - amies, commande les repas, surveille l'achat des provisions, règle les comptes et doit établir sa moyenne des dépenses de chaque jour, à un centime près ; elle donne de petits dîners à ses amies ; la femme de chambre annonce les visites, sert a table, lave la vaisselle avec la cuisinière, et ainsi jusqu'à la fin de la semaine, où les rôles changent, la dame passant à la cuisine, puis à la lingerie, à la buanderie, et ainsi de suite. Le plus étonnant est que ces jeunes filk's joiu'iii leur rôle sans rire; serait-ce possible en France '? Et d'ailleurs tout ce petit monde se retrouve dans la salle commune pour la gymnastique, le chant, la musique, la danse, et au lavoir et dans les ateliers où elles passent tour à tour, par un système de rotation très simple et suffisant pour faire connaître les aptitudes de chacune.

Un détail encore me revient. Les Américains souvent surmenés, les femmes surtout souvent très nerveuses, ne s'accommodent pas toujours de l'ordinaire d'une cuisine bourgeoise ; il leur faut un régime spécial, des menus commandés par le médecin, dosés, pesés à la cuisine ou à l'office, tant de grammes de gras, tant de grammes de maigre, tant d'azote, tant de ceci, tant de cela. Une cuisinière qui borne son ambition à confectionner de bons plats n'est plus a la hauteur de ces analyses chimiques; dans la maison où règne le médecin elle s'adjoint, en vertu des lois de la division du travail, une personne spéciale,

d'un rang difficile à définir et qu'on nomme « the Dietitian » ; celle qui surveille votre régime, organise la diète, l'abstinence, préside à la rédaction des menus et à l'observation des ordonnances. Cette fonction est assez répandue aux États-Unis pour qu'une école de futures ménagères ait à faire l'éducation d'un certain nombre de jeunes « Dietitians » et leur fasse place dans son laboratoire de chimie. Ces laboratoires très fréquentés par les élèves sont spécialement destinés les uns aux applications usuelles de la chimie à la maison, à l'étude des aliments, de leur composition, de leur valeur nutritive, les autres à la recherche des principes les meilleurs pour nourrir un nouveau-né, un enfant, un adulte, un malade ou un individu bien portant, ou encore à la découverte des fraudes.

Le besoin crée la fonction. Des industriels ou des agriculteurs produisent de l'huile, du coton, du cuivre, des fruits ; ils ont peine à recruter le personnel qui fait défaut dans leurs usines ou dans leurs fermes; ils ont besoin de spécialistes ; ils se lassent de chercher au loin et se décident à produire sur place ce personnel; rien de plus simple ; ils propoposent à l'université la plus proche de fonder, à leurs fiais, les cours nécessaires, choisissent et font venir, s'il le faut, les professeurs convenables, assurent à leurs élèves un avenir. Ailleurs on a besoin de relations, de connaissances internationales ; on demande des jeunes gens et des jeunes filles qui parlent l'allemand, l'espagnol ou le français, et qui soient un peu au courant des choses extérieures : autres fondations, autres cours, autres résultats, selon les besoins.

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C'est ainsi que les Allemands qui surabondent dans leur pays et ne demandent qu'à s'expatrier, sont accourus par centaines de milliers dans les universités américaines. Et nos voyageurs français de crier à la partialité des Américains, à leurs sympathies allemandes ! Il est plus facile de crier que de réfléchir. Nous commençons seulement à payer en France la rançon de nos gloires militaires. Les guerres de Louis XV et de Napoléon Ier ont commencé par abandonner à nos rivaux étrangers les conquêtes de nos pionniers ; la source de l'influence et du peuplement français dans le monde a réduit son débit en proportion ; puis notre population stationnaire, à côté de celle de nos voisins qui doublait, est devenue suffisante à peine pour les besoins croissants de notre administration et de notre vie intérieure ; elle a fourui néanmoins un contingent inespéré à notre nouveau domaine colonial en Afrique, en Asie ; mais nous ne trouvons plus à recruter d'instituteurs même pour nous ! Et nous accusons les Américains de s'adresser aux Allemands! Et nous nous étonnons que les Italiens peuplent la Tunisie, les Espagnols le Maroc! etc. La vérité est qu'on ne trouve même plus une bonne d'enfants en France qui consente à s'expatrier, et que nous en importons nous-mêmes de Suisse, d'Allemagne. La vérité est que les professeurs français sont partout appelés, réclamés aux Etats-Unis, quand ils offrent les garanties nécessaires. Nous avons vu demander en vain à John's Ilopkins nos agrégés, à Vassar-College des élèves de Sèvres ayant fait leurs humanités. Interrogez les quelques professeurs français de première élite qui sontaux États-Unis l'honneur de notre pays,

les A. Fortier, les Kohn, les Bracq, les Guérard, vous constaterez qu'ils sont perdus à côté d'étrangers quelconques, Allemands, Suisses ou Belges, qui enseignent le français dans un esprit qui n'est ni américain ni français, mais parce qu'on ne veut pas se passer du français et qu'on prend ce qu'on peut. Voyez, dans les universités, les clubs cosmopolitains dont j'ai parlé plus d'une fois, vous y trouverez des Chinois, des Japonais, des Busses, des Allemands, des Belges, des Scandinaves, des Italiens, des Indiens; pas un Français. Ce n'est pourtant pas la faute des Américains ! Columbia University a formé le projet d'ouvrir, dans son enceinte, deux maisons étrangères, l'une allemande, l'autre française : pour la première, la colonie allemande innombrable a souscrit sans peine une partie des fonds nécessaires; la colonie française, excellente mais peu nombreuse, n'a pu faire le même effort; il a fallu qu'un généreux Américain, M. Barton Hepburn, le fit pour elle et qu'après lui un autre Américain, Boberl Bacon, se chargeât des frais d'installation. Le résultat est que, si la France n'exerçait pas son attraction exceptionnelle, si l'ombre parlante de nos pionniers ne surgissait pas d'elle-même du sol, l'attention des Américains serait attirée, partout ailleurs que chez nous, et que partout ailleurs elle trouverait à se fixer. Une nation ne fait pas impunément la guerre pendant des siècles; elle entame son capital; elle emprunte sur les générations, sur « la moisson humaine » de l'avenir, selon l'expression du président David Starr Jordan; elle se dépeuple ou elle se matérialise. C'est la thèse de beaucoup d'Américains. Loin de se sentir attirés, comme je 1 ai cru longtemps, vois les Allemands vie-

torieux, les Américains, au contraire, voudraient revenir à nous, parce qu'ils rendent justice à la persistance et au désintéressement de notre effort idéaliste, parce que nos conceptions sont parentes des leurs. A mesure que les Allemands répudient l'idéalisme qui a fait leur gloire, ils diminuent la réputation, la valeur de leurs produits; leur œuvre cessant d'être bienfaisante pour devenir utilitaire se déprécie. Qui dit « Made in Germany » dit marchandise de second ordre ; et cet abaissement de la marque d'un pays constitue pour lui une perte incalculable : un grand danger menace l'Allemagne quand elle répudie les pures aspirations de son passé : le danger de descendre intellectuellement et moralement à mesure qu'elle croît matériellement.

Les Américains ne s'y trompent pas, mais, encore une fois, ils vont au plus pressé : mieux vaut, disentils, faire enseigner le français par des Allemands que de ne pas le faire enseigner du tout.

Pour que l'esprit des universités américaines soit si vivant, si avide de vrai progrès, il faut qu'il soit nourri aux sources infiniment diverses de tout l'ensemble du pays. E pluribus unum : c'est encore une des inscriptions qui ornent la maison de Washington à Mont-Vernon. Mais toutes ces sources, qui donc en garantit le bon aménagement, la pureté? Là est le problème aux yeux d'un Européen ; il ne se pose pas aux États-Unis, où l'esprit public veille.

C'est là ce que je voudrais bien faire comprendre, ce que je n'ai moi-même compris qu'à la longue.

Prenons les universités les plus indépendantes, les plus autonomes; car là encore il est impossible

d'établir un classement rigoureux ; il y a des universités d'Etat, entretenues par l'ensemble des contribuables; nous les avons vues à Seattle, à Madison, à Berkeley; il en est d'autres qui, fondées par l'État, ont été agrandies par des fondations particulières, comme Tulane ; d'autres qui sont entretenues par la ville, comme le Collège de la Ville de New-York; d'autres enfin, les plus considérables et les plus prospères, comme celles de Harvard, Golumbia, Yale, John's llopkins, Chicago, etc., qui ont été fondées par des particuliers et vivent exclusivement des pensions des élèves et de libéralités individuelles. Ces dernières sont les pépinières principales de l'activité américaine; il importe donc à la nation de s'assurer qu'elles sont bien dirigées intellectuellement et moralement. Qui donc, quels inspecteurs d'élite auront la responsabilité de les contrôler? L'esprit public, ou, pour être plus précis, les cadres de l'esprit public.

Quels sont ces cadres? Les trustées, c'est-à-dire de bons citoyens choisis le mieux possible pour faire vivre l'œuvre des donateurs.

Ces trustées ne se réunissent pas comme ferait une commission européenne chargée d'élucider une question, de la régler ou de l'enterrer; ils l'ont fonction de conseil permanent, Us examinent les comptes, la gestion de l'administration dans le passé, ils lui coulèrent les pouvoirs dont elle a besoin pour l'avenir. Un Président d'université a toute latitude, moyennant qu'il soit approuvé par les trustées. Tout dépend donc en dernière analyse, de la valeur et du dévouement de ces trustées; mais c'est là ce qui est essentiellement américain : les trustées prennent leur

fonction plus qu'au sérieux, à cœur. Beaucoup d'entre eux sont d'anciens élèves de l'université, à laquelle ils sont attachés comme à une mère ; ils parlent avec fierté de leur « aima mater »; beaucoup d'entre eux sont des donateurs ou des amis des donateurs ; et il est entendu que ces derniers offrant leur argent, les trustées apportent leur temps et leur peine. Leur collaboration, d'ailleurs gratuite, est effective, assujettissante, mais ils s'en acquittent, avec joie, souvent même de père en fils, comme c'est le cas à Columbia-University où le Président Seth-Low, qui fit tant de bien et qui en fait encore assidûment, à côté de son successeur, n'a fait luimême que continuer le dévouement de son père. J'ai assisté, le h' juin 1911, à la grande fête de Columbia- University, le « Commencement day » correspondant à nos distributions de prix en France et où sont proclamés les noms des étudiants qui, leurs examens passés, sont investis du droit d'exercer une profession, celle de médecin, par exemple. Rien n'est plus imposant que le cortège de ces vétérans volontaires de l'enseignement qui se déroule en tête des étudiants, des étudiantes et des élèves à travers les jardins déjà trop étroits de l'université sans cesse croissante. C'est à qui figurera dans ce cortège et viendra de loin pour y occuper son rang chaque année ; c'est ce cortège qui forme les contrôles, l'esprit public de Columbia-University et qui se sent responsable visà-vis des élèves, des étudiants, des parents, du pays entier. J'ai été invité à faire à La Fayette-Collège, à quelques heures de New-York, une conférence à laquelle tenait particulièrement l'administration de cet excellent établissement, en raison de son nom et

de ses sympathies françaises. Un admirable trustée est venu à New-York me chercher, avec ses amis, à mon hôtel, me conduire au train, réinstaller el m'accompagner dans mon wagon, puis me ramener. Pourquoi? parce qu'il avait donné une part de sa vie, de son cœur à ce collège et qu'il voulait être de la fête. Ce dévouement d'un homme âgé, riche et qui, sans doute, avait tant d'autres choses à faire, a contribué à m'éclairer.

Les cadres de l'esprit public ne sont pas un mot aux Etats-Unis, et tout s'en ressent. Dans la plupart des Etats, à l'exception de quelques-uns plus arriérés que les autres, la fonction du projesseur, qui peut tout gâter ou tout sauver, est particulièrement honorée, surtout dans le domaine de l'Enseignement supérieur. La vocation éducatrice est encouragée dans ce pays qui a pourtant besoin de tant d'ingénieurs, d'architectes, d'hommes d'affaires, d'avocats, d'agriculteurs < de commerçants, d'industriels, de banquiers, etc. Celui qui enseigne rend un service public dont on lui sait gré ; j'ai été bien reçu aux États-Unis, parce que j'enseignais; les présidents d'universités jouent un grand rôle dans la vie publique aux États-Unis: Andrew D. White, mon collègue américain à la première conférence de la Haye, ancien ambassadeur à Berlin, a été choisi comme universitaire ; le nom du poète el de L'ambas sadeur Lowell est intimement lié à celui de l'Université de Harvard, dont son neveu esl le président actuel ; mes collègues David Jayne llill, Seth-Low furent tous deux des universitaires éminents el des écrivains; le président, Charles Kliot. de Harvard, le président Nicholas Biurrav I bit 1er. de Columbia, Boni

au premier rang des hommes dont la parole, moralement et politiquement, fait autorité. Robert Bacon a quitté son ambassade de Paris pour aller se mettre filialement au service de son université de Harvard.

Dans la crise de protestations et de troubles que les États-Unis viennent de traverser, quand, contrairement aux traditions, quatre candidats, au lieu de deux, ont brigué la Présidence des États-Unis, c'est M. Woodrow Wilson qui l'a emporté par une énorme majorité, bien qu'il n'eût pas sur ses concurrents la supériorité de la réputation ; il était président de Princeton Collège.

Ainsi les universités, loin de souffrir de leur complète décentralisation et de leur infinie variété, y ont gagné ; leur organisation est le moins possible administrative, le plus possible familiale; une camaraderie durable unit entre elles les générations successives qui en sortent, tout au moins les générations du même sexe, car le principe de la coéducation perd chaque année du terrain dans l'Est, (l'est bien dommage. La vie commune et quasi fraternelle entre jeunes gens et jeunes filles humanise les uns et les autres et les prépare à se mieux connaître plus tard. L'indépendance de la jeune fille l'oblige à plus de tenue, en même temps qu'elle habitue le jeune homme à plus de respect d'elle et de lui-même. N'isolez pas les jeunes gens; n'en faites pas des sauvages. Les jeunes Américains que j'ai vus dans l'Ouest confondus avec les jeunes filles m'ont paru plus charmants et plus purs que partout ailleurs, et plus forts aussi, car ils font l'éducation la plus difficile, celle de leur volonté; ils s'habituent à livrer contre eux-mêmes le premier combat, le com-

bat qui décidera de tous lesautres ; il leur faut choisir entre la débauche, impossible dans ce milieu, et la chasteté. La coéducation est une école de droiture et d'énergie. Elle rend les jeunes gens plus sociables, moins gauches, plus aptes à se conduire dans la vie. Il m'a semblé qu'à Boston les jeunes filles jouissaient encore d'une grande liberté; je les ai vues, dans les parcs et les paysages charmants qui entourent la ville, éparpillées comme des oiseaux; j'en ai vu beaucoup aussi dans leurs canots, sur les lacs et dans la rivière qui m'a rappelé la Tamise. Mais dans le beau Collège de Wellesley elles étaient seules, nombreux essaim ; je les ai vues dans leurs péplums aux tendres nuances, sous les ombrages et sur les pelouses vallonnées de leur parc, jouer un fragment de l'Odyssée traduit en anglais : 1 une d'elles représentait Ulysse, une autre Nausicaa avec sa suite ; c'était charmant, mais teinté de mélancolie, plus anglais qu'américain.

J'ai parlé aussi à Vassar-Gollege, autre collège de jeunes filles, près de llludson ; pas de jeunes gens. J'ai subi là peut-être L'influence d'une journée de la lin de mai qui était très belle et celle d'un directeur admirable, sans parler de notre compatriote, M. Bracq, mais il m'a semblé voir dans ce collège indépendant, fondé par un Français nommé Vasseur, la récompense de l'initiative et de la confiance américaines : ces centaines de jeunes filles, allant et venant librement, causant, jouant dans un parc qui semblait leur parc, presque toutes grandes, élancées, du- tête, le regard bien droit, le teint respirant la santé, habillées chacune à sa guise, mais toutes '!'• couleurs très claires, c'était un spectacle d'ave-

nir incomparable, — à faire Oublier le présent; — était-ce en Ame'rique, était-ce enl'année 191 1 ou 1912? non, c'était une vision de la Grèce antique, une ile de la mer Egée peuplée de nymphes, au milieu desquelles je me sentais d'un autre temps, d'une autre contrée, d'une autre planète. Et je faisais, une fois de plus, cette constatation que les sports, la vie extérieure et libre, aux Etats-Unis comme en Angleterre, ont réussi à créer, à recréer un modèle de beauté classique, une harmonie de la tenue et de la marche, une distinction; les jeunes gens et les jeunes Mlles que je vois dans ces collèges sont assurément plus près du type grec que les grecs modernes. Ce qui n'empêche l'esprit boulevardicr de New-York de plaisanter sur ce sujet; sur tous les murs, des affiches annonçaient une opérette dont on imagine le thème : The Vassar Girls. Mais l'esprit boulevar dier n'est pas l'esprit public américain. Combien de fois en ai-je eu la preuve dans cette même ville de New-York? Un jour, un autre Français d'élite, Henry Bargy, me demanda de parler devant les jeunes filles de l'école normale de la cité. Elles étaient là plus d'un millier; je ne leur ai parlé que de leur influence sur l'avenir; je n'ai jamais vu spectacle plus réconfortant que cet auditoire, le feu sacré, la flamme de dévouement joyeux et déterminé qui animait ces jeunes regards. On se figure que j'enseignais; on ne sait pas tout ce que j'ai appris dans ces conférences.

Même impression, plus forte encore, inoubliable, à ce meeting, organisé en 1907, à l'occasion de mon passage, pour réunir les enfants des écoles de New- York et les initier à l'enseignement de la justice et de

l«a paix. Quoi de plus éloquent que cette manifestation préparée avec amour par les maîtres de l'Enseignement? Mais les enfants? tilles ou garçons, quatre ou cinq mille, dans ce théâtre, assis dans leurs fraîches toilettes et dans leurs petits costumes bien tenus; comme ils comprenaient déjà le devoir d'organiser la société qu'ils allaient composer demain avec le même ordre, la même discipline que leurs jeux. De vrais gamins avant d'entrer et à la sortie, de petits citoyens déjà pendant toute la durée de la conférence. Comme ils se sentaient responsables, et ils l'étaient, car, livrés à eux-mêmes, par milliers, dans ces rangées interminables de fauteuils qui s'étageaient depuis la scène jusqu'au balcon, le moindre désordre dégénérait en panique ; mais non, une armée de vétérans n'aurait pas mieux manœuvré. Et cette discipline volontaire qu'ils s'imposaient les préparait à toutes celles de l'avenir.

Les Américains se rendent compte qu'il ne sullit pas d'instruire la jeunesse ; et c'est pourquoi on leur a reproché de trop sacrifier 1 instruction ; il faut l'élever, la protéger contre elle-même, à ses début-, contre les appels du monde extérieur. Un de nos maîtres de l'enseignement français, qui visitait arec moi Columbia-University, fit cette remarque : « que de précautions pour retenir I i jeunesse à l'intérieur de l'université ! Voyez ces deux vastes piscines profondes on les jeunes gens, d'un côté, les jeunes filles, de l'autre, deviennent des champions de la natation; voyez cette gymnastique, ces terrains de jeux, encore trop mesurés ici, mais ailleurs sans limites, et regardez au dehors, dans les rues; pas un café, pas un bar, pas une tentation. » Il avait raison. Et je

comparais ces précautions maternelles, encouragées, dictées par l'esprit public américain, avec l'abandon complet où sont laissés nos jeunes gens à la Sorbonne, par exemple. Là rien que l'étude, belle, austère, mais rien que l'étude pour les retenir à l'intérieur ; pas un parc, pas un arbre, pas un terrain de jeu, de repos ; et, au dehors, à la porte même, le Boulevard Saint-Michel, les surenchères de l'amour qui passe, la tentation de saint Antoine. Il est clair que ceux qui résistent à cette tentation, à vingt ans! deviennent des hommes de premier ordre ; mais les autres, parfois les meilleurs, les plus généreux, les mieux doués?

Les Américains ne croient pas avoir tout fait quand ils ont ouvert des cours, des classes, des musées, des universités; ils veulent former non pas quelques savants seulement, mais des générations de citoyens, des hommes, et, pour y arriver, ils commencent par soustraire, le plus possible, la jeunesse à la séduction des excès qui la flétrissent et n'aboutissent qu'à faire des malades, des sceptiques ou des abrutis.

Quoi qu'il en soit, ce régime de liberté surveillée réussit, je ne dis pas à tous les Américains, c'est entendu, mais à l'ensemble des Américains. Ce n'est pas la grâce seulement et la fierté, c'est la bonne grâce que développe aussi leur éducation, même chez les jeunes gens pourtant assez gauches à l'âge ingrat... J'ai été frappé souvent de l'obligeance des élèves; en voici un nouvel exemple : c'était l'an dernier, en 191:2; je visitais l'Université d'Yale. et, par exception, cette visite n'ayant pas été préparée par mes amis, je ne trouvai qu'une organisation médiocre à la gare; des guides très courtois, mais

découragés et décourageants; « personne à voir, rien à faire, rien à dire, rien à entendre, etc. » J'étais d'autant plus désappointé que j'avais décidé l'aviateur Blériot et un de nos amis français à m'accompagner. Je comptais faire aux jeunes gens, le grand plaisir de cette surprise. Mais non, « c'était impossible; on ne s'intéressait à rien; il n'y avait qu'à déjeuner et à s'en retourner »... Je ne renonce pas facilement à mes projets: je maugréai d'abord, puis, ayant réfléchi, j'avisai deux jeunes étudiants qui traversaient le campus; je leur expliquai la situation, le malentendu, ma visite perdue pour moi, celle de Blériot perdue pour eux. « Oh, c'est trop dommage », dirent-ils, « mais attendez » ; et aussitôt les voilà qui vont s'adresser an doyen et, tandis que nous déjeunons dans une maison hospitalière, préviennent leurs camarades qui arrivent en foule; en un clin d'œil les voilà massés en plein air; nous pouvons gaiement leur parler, leur serrer les mains, échanger des sympathies. L'initiative et la bonne grâce de ces jeunes gens avaient sauvé notre journée.

Le plus étonnant est que ces initiatives ne sont jamais découragées. Il en est pourtant de fâcheuses, de temps à autre, cela va de soi : mais l'exception confirme la règle. L'extrême liberté ne va pas sans une tolérance invraisemblable à nos yeux d Européens. Toutes ces jeunes filles de Vassar-College appartiennent à des religions diverses, les unes à telle ou telle secte protestante, les autres sont christian-scientists, les autres catholiques, les autres Israélites ou à peu près libres penseuses. Il n'existe pourtant dans ce collège qu'un seul temple, une

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belle église où elles vont toutes ensemble et à la même heure, se recueillir, chanter, réciter une prière commune ; toujours E pluribus unum. Il en est de même à Columbia-University. Je m'arrête un jour devant la chapelle et je demande au président : « Qui fait le service? qui parle à ces jeunes filles, à ces jeunes gens? » Il me répond : « Celui qui a quelque chose de bien à leur enseigner; vous, si vous voulez. » « Mais, repris-je, si celui qui assume cette responsabilité s'en acquitte mal ? » « Nous faisons la part de l'intention et nous comptons sur l'esprit public qui préside ici comme ailleurs. »

L'église est une école ; tout est aux écoles; Henry Pargy, dans son beau livre sur la religion aux États- Unis, écrit : « Les temples ne sont plus des sanctuaires; la chaire devient une tribune; l'enseignement des sciences morales et sociales prend quelque chose de religieux, et la religion quelque chose de laïque...; l'Eglise évolue vers l'université populaire. » « C'est l'Église au service de l'intelligence humaine ; ce n'est plus l'homme au service de Dieu ». J'ai vu dans les églises applaudir et dans les théâtres chanter des cantiques. Le président Ch. Eliot, était l'apôtre d'une conception religieuse qui supprime le culte et qui certainement n'était pas celle de tous les parents des milliers d'élèves de son université ; son action éducatrice était loin d'en être diminuée.

En politique, cette tolérance n'est pas moins extraordinaire. Le président Wheeler que nous avons vu présider l'Université d'État de Californie faisait ardemment campagne contre le président Taft ou, si on préfère, pour son concurrent, le colonel Roosevelt. Dans le même État, le président de l'Université

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de Stanford était démocrate et pacifiste militant. A New-York, le président de Columbia L'niversity a joué un rôle important à la convention républicaine de Chicago. Quant au président de Princeton, on conçoit qu'il était ardent Wilsonien.

Cette liberté des éducateurs s'exerce même dan? la politique extérieure. Surtout dans les universités j'ai trouvé mieux que l'hospitalité, des amitiés pour m'encourager; et ces amitiés sont devenues une collaboration suivie. Le président N. Murray Butler qui, dès 1902, m'engageait à faire auprès du président Hoosevelt la démarche dont j'ai parlé, a pris, depuis lors, la direction d'un mouvement qui s'accorde très bien avec ses fonctions universitaires, pour développer, selon notre formule devenue commune, « la prospérité intérieure de son pays à la faveur de ses bonnes relations extérieures» : la branche américaine de la « Conciliation internationale » qu'il a fondée aux États-Unis est plus importante à elle seule que toutes les autres; elle compte près de cent mille adhérents, recrutés parmi l'élite de tout le pays, (".'est lui qu'Andrew Carnegie a choisi, avec Elihu Root, pour être l'un des directeurs, lune des âmes de sa colossale fondation pour la paix. Il a présidé pendant plusieurs années de suite les conférences retentissantes de Lake-Mohonk pour l'Arbitrage International, et chacun de ses discours d'ouverture a été un manifeste politique qui pouvait certainement contrarier les opinions de plus d'une famille de ses élèves. Cela n'a pas emprché le nombre de ces élèves d'augmenter chaque année, ainsi que le nombre des donations qui affluant à son université. Il a grandement contribué, avec les nombreux éducateurs qui

participent à son action, à l'évolution de l'esprit public américain dans le sens bien défini de l'arbitrage et de la conciliation.

Parlons maintenant de cette grande tribune de Lake-Mohonk, étrange institution et, je crois, unique au monde. C'est à côté de l'Université et de l'Église. et des fondations de toutes sortes, encore une forme d'enseignement libre aux États-Unis.

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