‹ Les États-Unis d'AmériqueChapitre 8 sur 139 · A WASHINGTON (J · texte numérisé non relu

A WASHINGTON (J

d'Etat des États-Unis et de tous les représentants à Washington des gouvernements américains. Un étatmajor international de statisticiens, d'attachés commerciaux., d'éditeurs, de bibliothécaires, de traducteurs, de commis et de sténographes complète cette organisation. Une correspondance active est échangée avec les commerçante de tous les pays de l'Union et au delà. Une revue mensuelle, très bien illustrée, est publiée en trois langues, anglais, portugais et espagnol. Peut-être un jour y verrons-nous adjoindre un exemplaire en français. La bibliothèque, uniquement composée d'ouvrages spéciaux, publie des rapports, des graphiques. Le public y est admis comme dans tout le palais. L'aménagement intérieur a même été conçu de telle sorte que l'entrée monumentale et classique fait mieux ressortir le charme du patio intérieur, où les Latins se retrouvent chez eux, en serre chaude, en pleine végétation tropicale. En été, le toil mobile se déplace el le patin est a ciel ouvert comme là- bas. C'est l'Amérique espagnole symbolisée.

Les gouvernements américains sont unanimes à favoriser l'action du bureau, lequel ne cesse d'éveiller l'attention générale sur les ressources des divers États de l'Union. C'est une sorte de syndical d'initiative collectif, quelque chose comme un comité d'en- ■ couragement à faire connaître l'Amérique, à établir des communications, des relations entre ses différentes parties. Je ne vois pas pourquoi nous n'aurions pas en Kurope un bureau de cette nature, lequel, correspondant avec le bureau américain, rendrait grand Bervice au commerce, à la production de chaque pays, et par conséquent i tous. Ce serait,

comme ici, un commencement d'organisation, complément indispensable des rapprochements nouveaux de notre temps.

A Baltimore, siège de la célèbre université de John Hopkins, on m'a posé cette question : « Pourquoi le gouvernement français ne favorise-t-il pas l'envoi dans nos grandes universités de ses jeunes professeurs agrégés ? Ce serait double avantage pour eux et pour nous. » J'ai fort approuvé cette suggestion, tout en me rappelant qu'un essai analogue, et déjà très intéressant, se poursuit, grâce à de généreux initiateurs, à commencer par la fondation Albert Kahn: Mais comment ces voyageurs, ces boursiers du «Tour du Monde » sont-ils ordinairement traités par notre ministère de l'Instruction publique en rentrant en France? Comme s'ils avaient non pas travaillé, mais pris un congé pour ne rien faire. On les relègue dans nos plus petits lycées de province.

En général, quiconque se distingue dans nos administrations par son esprit d'initiative en est plutôt puni que récompensé. Tout officier, tout professeur qui accepte une mission hors cadres se sacrifie. « Les absents ont tort » est un proverbe bien français. 11 est vrai même et surtout peut-être pour nos représentants à l'étranger.

Un hasard heureux, fait que depuis plus de quinze ans, sans remonter plus haut, nous avons été bien représentés à Washington et très utilement. Deux ambassadeurs seulement s'y sont succédé; c'est déjà bon signe ; deux hommes aussi différents que deux Français peuvent être différents l'un de l'autre : l'un, M. Jules Cambon, ne parlant pas l'anglais, l'autre, 31. Jusserand, le sachant au contraire à fond.

A WASHINGTON il

En rencontrant à Washington M. Jules Cambon, en 1902, j'admirais les services qu'il rendait à notre influence par son expérience, par le charme pénétrant de son intelligence et de sa conversation ; j'allais jusqu'à penser que son ignorance de l'anglais était un grand bien, puisqu'elle obligeait les Américains à « sortir» leur français. M. Cambon a fait beaucoup par son action personnelle pour éveiller ou aviver aux. Étals-Unis la fierté de la coopération francoaméricaine de jadis. (Test un spectacle émouvant de voir, en face de la Maison Blanche, les monuments de La Fayette et de Rochambeau occupant les places d'honneur. Ce sont deux monuments nationaux par excellence.

Mais voila que dans ce pays d'avenir on ne se contente pas de voir, on veut savoir, et M. Jusserand, par ses discours, commente, inaugure les statues; il explique ce que fut la France et ce qu'elle est. Cet ambassadeur ne se borne pas à négocier, il s'acquitte de la tâche d'éducateur, qui est celle qu'apprécie le plus peut-être le jeune peuple américain.

En mesurant l'œuvre bienfaisante de ces deux représentants de la France, je me réjouissais qu'on les eût choisis et je souhaitais que de tels choix devinssent la règle, car ce n'est pas le choix qui manque, c'est la façon dont on l'exerce au quai d'Orsay. Les influences de toutes sortes y agissent avec un dédain absolu quant à la valeur de nos représentants, valeur intellectuelle, sociale et morale. Je dirais même : quant à la valeur de famille. 11 est est au moins inutile qu'un ambassadeur de la République donne l'exemple du faste, mais il esl essentiel qu'il ait sa valeur personnelle, avec an lover respec-

table et respecté. Et, si cela est vrai pour nos ambassadeurs, cela ne l'est pas moins pour les consuls. Recrutés par un concours sérieux, les malheureux sont envoyés, au pelit bonheur, dans les postes et sous les climats qui souvent leur conviennent le moins ; celui qui parle anglais est expédié dans les pays de langue espagnole, en Allemagne ou en Russie, et inversement. Il en a toujours été ainsi ; les bureaux cèdent au ministre, qui cède à la pression du Parlement ou d'ailleurs ; il en sera ainsi tant que l'opinion ignorante et indifférente laissera faire. .Je me reporte à ce que fut la représentation française jadis, au temps du chevalier d'Eon; nos diplomates n'ont pas à se plaindre s'ils comparent leur situation à celle de leurs prédécesseurs de l'ancien régime. Mais n'est-il pas fâcheux de voir la France se désintéresser de sa représentation extérieure, alors que nos relations à l'étranger se multiplient à l'infini?

L'erreur s'aggrave par ce fait que le service des informations télégraphiques apportant les nouvelles de France à l'étranger n'est pas organisé. On trouve dans les journaux américains des nouvelles de tous les pays du monde, sauf du nôtre. On n'y parle guère de la France qu'à l'occasion d'un scandale et d'après les journaux allemands ou anglais.

La force des choses, malgré tout, prend sa revanche, et la vie, l'activité, l'esprit se font jour quand même.

Les monuments de nos grands hommes, les chefsd'œuvre de nos artistes, nos savants, nos aviateurs, nos professeurs, nos romanciers, nos pièces nouvelles, nos acteurs, nos modes suppléent au silence de la presse. Pour ne parler que de nos modes.

Page 1