Les États-Unis
Toi qui charmais la France au bruit de tes concerts^ Toi qui nous consolais, veille, jeune poète! Encor de nouveaux chants ! nous sentirions nos fers, Si ta lyre restait muette.
Quand tu te levas seul pour pleurer nos malheurs, Quand ta voix, rassurant nos cités en alarmes, Défiait l'ennemi, même au bruit de ses armes. Il ne t'a point puni de tes nobles douleurs.
D'un beau talent, d'un grand courage, Fais briller à nos yeux la double majesté.
Flétris les oppresseurs, repousse l'esclavage ^ Et du moins dans tes vers sauve la liberté' !
L'illustre vétéran"^ qui lui resta fidèle, Que sa main couronna dans les deux univers , Fuit le nôtre , et son cœur porte au delà des mers Tous les grands souvenirs qu'il a conserves d'elle. Que parmi les Français ta muse les rappelle ; Qu'ils vivent plus grands dans tes vers!
Émule de ton cœur et non de ton génie , Moi que l'humanité peut rendre audacieux,
Je conduirai sous d'autres cieux Tous les infortunes qui n'ont plus de patrie
L'Europe sans pitië les bannit de son sein :
Reçois-les avec confiance ,
Ouvre tes ports , Américain , C'est à des fugitifs que tu dois la naissance.
Quelques sectaires inspires'.
Librement asservis à des règles austères, Ne sont-ils pas venus, sur des bords ignorés,
* hix Fayette. — ** Champ d'Asiie. *
Mêlant aux lois de Penn leurs pieuses chimères,
Fonder une ville de frères?
Ridicules alors î maintenant admires !
Quand délaissés, sur le rivage»
Où s'élèvent les murs de la riche Boston ,
Les fils du superbe Breton Avaient enfin perdu î'espoir et le courage, Un peuple, souverain de ces vastes forêts.
Dans une rencontre soudaine, Les vit sans être ëmu ni d'effroi ni de haine , Et dans leurs traits nouveaux il reconnut ses traits. A ses dons il joignit des avis salutaires ; Du fleuve accoutume sonda pour eux les eaux ; Des ours et des élans leur marqua les repaires. Et par des soins touchans dirigea leurs travaux. Songez , Américains , qu'une tribu grossière Secourut vos aïeux et fut hospitalière !
Dans vos bois ces guerriers se montrent-ils encor% Couverts d'un manteau de castor ?
Voyez-vous, au jour du carnage , Le vainqueur, du bout de ses traits,
Pour éterniser ses hauts faits , Sur l'ecorce d'un cèdre imprimer son image ?
Voyez-vous le vaincu , déchiré par lambeaux , Lever son front brûle par une hache ardente? Il chante ses exploits, près d'expirer il chante, Et menace encor ses bourreaux :
(c Lâches, leur dit sa voix héroïque et barbare ,
Qu'ainsi votre supplice amuse mes enfans, (( Qu'ils comptent vos soupirs, et que leur toit se pare « De vos cheveux sanglans ! »
De ces cruelles mœurs efface les vestiges , 0 lumière des arts , brille sur ce climat ; Ouverte à tes rayons, belle de ton éclat, Qu'une terre sauvage enfante des prodiges î
Que l'exile, par ses travaux, Porte dans ces déserts la vie et la culture : Ces lacs majestueux creusés par la nature. Dont la frêle pirogue ose insulter les eaux, Attendent que sa main les couvre de vaisseaux.
Warren, Adams, Franklin, que votre exemple apprenne Si le Sénat romain n'a dû sa majesté
Qu'à la fierté praticienne.
Un sénat sans orgueil est-il moins respecte?
Ordonnez de combattre : à votre voix chérie
On s'agite de toutes parts ;
Ce n'est plus un peuple en furie Qui sur le Mont Sacre porte ses étendards — Non^ c'est un peuple arme pour venger la patrie!
Entendez-vous : liberté ! liberté 1 C'est en vain que l'Anglais présage leur ruine : Ce cri va retentir , mille fois répète , De hameaux en hameaux, de colline en colline.
Autour de cette tente accourez vous ranger, Levez-vous, défenseurs de la jeune Amérique,
Sans craindre de vous partager
Entre un homme et la République.
Cet homme est Washington : en volant au danger. Ne vous alarmez pas, compagnons de sa gloire. Vous ne sentirez point le joug de la victoire Après celui de l'étranger.
lo LES ÉTATS-UNIS.
Pourquoi tant vanter vos annales,
Nations du vieil univers?
A peine, en vingt siècles divers, Quelques nobles vertus brillent par intervalles. L'Amérique naissante opposant Washington
A tous vos héros, à vos sages,
Balancera par un seul nom
Cette grandeur de tous les âges.
Mais ne séparons point deux illustres amis : Ceints du même laurier, Washington, La Fayette, A la postérité doivent passer unis , Comme Achille etPatrocle, Hercule et Philoctète.
Toi, qui de ta patrie aurais été l'orgueil , Arnold ^, elle a pleuré sur ta gloire flétrie ;
Marque ra-t-elle par le deuil Le jour où tu reçus, où tu quittas la vie ? Juste, même envers toi, ne crains pas qu'elle oublie,
Que les fiers accens de ta voix Arrachaient ses enfans à de lâches alarmes, Et que dans les combats tes conseils et tes armes Ranimaient son courage et soutenaient ses droits.
LES ETATS-UNIS. n
A ta noble valeur le Sénat se confie.
Vois-tu ce roc altier que l'Hudson en furie Cherche en vain à troubler du fracas de ses eaux? Va, guerrier citoyen, y planter tes drapeaux, Du haut de ce rempart veille sur ta patrie.
Tel l'oiseau du maître des dieux,
Inaccessible dans son aire.
Repose à côte du tonnerre , Et pour saisir sa proie abandonne les cieux.
La nuit a redouble l'horreur de ses ténèbres ; Des flancs creux du rocher partent des cris funèbres Qui viennent expirer sur le fleuve du Nord , Son flot bat en grondant une barque légère : C'est un soldat, sans nom dans la troupe étrangère , Qui des Américains vient marchander le sort. Voici l'Anglais, Arnold, avance sans alarmes; Tandis qu'ils reposent encor , Livre tes vieux compagnons d'armes, Et vends ton pays pour de l'or !
Que ses concitoyens maudissent sa mémoire , Même quand leur antique histoire
Placera Washington, dans ses récits confus,
Au rang des dieux mortels plus chéris que connus ;
Et quand la puissante Amérique Sous l'appui de ce dieu qui reconnut ses droits , Aura vu s'écouler, dans un cours héroïque, Les siècles de grandeur que présagent ses lois.
Finissez vos sanglans ravages.
Le ciel a prononcé : retirez-vous , Anglais ! Fuyez, la liberté règne sur ces rivages, Reculez devant elle et devant les Français.
Par une secousse profonde Cette jeune immortelle, ébranlant le vieux monde ,
Pousse leur flotte vers ces bords :
Hâtez-vous, ils sont dans vos ports!
Us touchent l'Amérique, elle est indépendante. France, réjouis-toi d'avoir brisé ses fers :
La liberté reconnaissante Sur tes vaisseaux va traverser les mers.
Elle arrive au milieu des pompes d'une féte Que remplacent trop tôt le silence et le deuil,
Dans Paris je la yois sur un royal cercueil Pleurer, et de cyprès environner sa tête.
Elle s'enfuit... dans les combats Jetant son glaive et sa bannière.
Un héros, ses camps, ses soldats, Remplissent seuls l'Europe entière !
Mais de ses longs exploits pourquoi s'entretenir Sa gloire est un malheur et son nom décourage Détournons nos regards vers un autre rivage , Et ne gardons qu'un souvenir.
Jadis le Créateur , ayant maudit la terre , Allait la replonger dans la nuit du chaos ;
Quand le souffle de sa colère Sur la face du globe eut dispersé les flots , Il s'émut, à l'aspect d'un si vaste naufrage, Et , trop vengé , voulant ranimer l'Univers ,
Soutint, sur l'abîme des mers, Une famille sainte au milieu des pervers
En qui survivait son ouvrage.
La liberté n'a plus d'autel.
Par des ingrats elle e3t abandonnée ;
i4 LES ÉTATS-UNIS.
Dans un esclavage éternel Notre race à languir est-elle condamnée? Non! la famille sainte, Américains, c'est vous! Le despotisme nous inonde , Enchainez ses flots en courrou^^. Une seconde fois renouvelez le monde î