PRÉFACE
Durant l'année 18G2, alors que l'auteur de ces lignes faisait sa quatrième au Petit -Séminaire de Québec, M. l'abbé Audet, directeur de l'institution à cette époque, lui dit un jour : " Vous avez passé plusieurs vacances aux Etats-Unis chez vos parents américains ; vous connaissez mieux ce pays que la plupart de vos condisciples, pourquoi ne feriez-vous pas, à leur usage, un travail qui les mettrait en état de comprendre les causes de cette terrible guerre de la sécession qui désole la république voisine ? "
Les notes sur l'histoire des Etats-Unis, préparées pour répondre à cette invitation, virent le jour dans les colonnes de Y Abeille, petite feuille hebdomadaire, rédigée par les élèves du collège. En jetant plus tard les yeux sur ce travail d'écolier, l'auteur forma le projet de traiter le même sujet dans un cadre agrandi et avec des développements considérables, si le temps lui en donnait le loisir.
Ce n'est que trente ans après avoir fait cette quasi promesse qu'il lui a été enfin permis de la tenir. Il lui a toujours paru que, si un éducateur aussi éclairé, aussi intelligent que l'est M. Audet, jugeait nécessaire, en 1862, de donner à la jeunesse placée sous sa direction
VI PKÉFACE
des notions générales sur les Etats-Unis, ces connaissances devraient, à pins forte raison, faire partie du domaine intellectuel de la génération présente.
N'est'il pas singulier de voir les Canadiens instruits, au courant des faits et gestes des Grecs et des Egyptiens, des causes de la grandeur et de la décadence des Romains, des annales de l'Europe, ou très peu ou nullement renseignés sur les Etats-Unis ? C'est là, convenons-en, une anomalie qui ne devrait pas exister, car aucun pays au monde n'influe, autant que la confédération américaine, sur nos intérêts et sur notre situation économique. De quelque côté que nos gouvernements se tournent, ils doivent tenir compte de ce qui se passe au sud du Canada ; leur politique fiscale dépend, dans une large mesure, de celle de nos voisins et nos relations commerciales s'établissent, soit en vue de profiter des avantages que nous offrent les marchés de Boston et de New- York, soit en vue d'écarter la concurrence américaine ou de la combattre. Il n'y a pas jusqu'au mouvement social des Etats-Unis qui n'ait son contre-coup chez nous. Les organisations ouvrières nous sont arrivées de là en droite ligne et nous leur devons l'existence de nos Chevaliers du travail. Il nous importe donc de noter les actes de nos puissants voisins, ou pour en tirer parti ou pour nous mettre à ral)ri de leurs conséquences.
A un autre point de vue, celui du passé, ils doivent attirer nos études. Ne nous ont-ils pas forcés d'écrire notre histoire avec le fer et leur sang souvent mêlé au nôtre. Contemporaines de la Nouvelle-France à son origine, les colonies anglaises se sont montrées voisines fort peu aimables. Anglo-Saxons et Français d'Ame-
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ri(]iu^ ne se coniiaissaioiit, aux deux derniers siècles, que par les coups meurtriers ([u'ils échangeaient comme des ennemis dont l'un doit fatalement dévorer l'autre. Le temps a heureusement fait disparaître la cause des querelles d^autrefois, enterré la hache du sauvage barbare à côté du mousquet de l'Européen, souvent son rival en férocité à cette époque. Le combat sur la lisière des forêts, après de longues misères endurées, affecte les mœurs de l'homme civilisé au point de lui faire adopter celles de l'enfant de la nature. Elle est bien faible parfois la distance qui sépare la barbarie de la civilisation.
A ces luttes incessantes ont succédé de bonnes relations, qui ont rapproché les fils des combattants d'autrefois. Les descendants des compagnons de d'Iberville, de Rouville et de tous ces terribles sabreurs, envahissent aujourd'hui, pour y trouver les moyens de vivre, cette Nouvelle-Angleterre que leurs ancêtres parcouraient en tous sens pour y semer la ruine et la mort.
Hâtons-nous de détourner les yeux des champs de bataille pour voir le colon anglais faisant œuvre de citoyen, jetant d'une façon inconsciente les bases de la grande république de nos jours. C'est là qu'il nous plaît davantage de l'étudier, car il s'y révèle homme d'initiative, plein de courage, et avec une entente parfaite du côté pratique de la vie. A peine a-t-il mis pied à terre en Amérique, qu'il crée une organisation politique et sociale appropriée aux nécessités de sa situation nouvelle. Que ce soit le puritain de la Nouvelle-Angleterre qui pose les premières assises de la démocratie américaine, ou l'anglican de la Virginie qui s'efforce de continuer les traditions de la mère-patrie, c'est toujours le