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CHAPITRE

ORGANISATION DE LvV VIIK^INIE

Orij^anisation du gouvernement de la Virginie, gouverneur, conseil et chambre des bourgeois. — Introduction de l'esclavage des noirs. — La foi anglicane religion d'Etat. — Le gouvernement despotique de Berkeley.— La Virginie perd sa charte. — Etat social de la colonie.

Les années 1619 et 1620 sont, à des titres bien différents, les plus remarquables de la Virginie. En 1612, le roi Charles 1er avait accordé à la " plantation" une charte que nous ne mentionnons que pour mémoire. Elle fut modifiée par celle de 1619, qui établissait le premier gouvernement re})résentatif qui ait existé en Amérique. Le gouverneur Yeardley a attaché son nom à la mise en œuvre des institutions, modèles de toutes celles qui furent établies plus tard dans les colonies anglaises. Ce gouvernement était composé d'un gouverneur nommé par la compagnie de Londres, d'un conseil qui avait la même origine, et d'une assemblée de bourgeois élus par le peuple. Les Américains aiment à trouver dans la grande charte de 1619 l'origine de leurs institutions actuelles. Le o'ouverneur, c'est le président des Etats-Unis ; le conseil est devenu le sénat et l'assemblée des bourgeois, la chambre des représentants. C'est ainsi que cette modeste organisation destinée à régler la vie politique de quelques centaines de

colons, s'est développée de façon à former cette puissante machine qui dirige et protège l'activité et les forces de plus de soixante millions d âmes !

La colonie ne comptait que quinze années d'existence et déjà elle s'organisait avec ce sens pratique que l'Anglo- Saxon apporte en toutes choses. L'erreur des premiers jours, en ce qui regarde le choix des colons, avait été corrigée, et maintenant des hommes d'une valeur réelle posaient les assises solides d'un étal)lissement sérieux. Dès 1624, la Virginie eut un code de lois qui réglait la vie civile, religieuse et politique. La législation de cette période est marquée, en général, au coin de la sagesse et de la prévoyance. En premier lieu, il y est décrété que nulle taxe ne sera levée avant d'avoir été votée par l'assemblée des bourgeois ; le principe qui est à la base de la grande Charte arrachée à Jean-sans- Terre, revit ainsi en Virginie. On stipule ensuite au profit des colons toutes les libertés dont jouissent les citoyens anglais. D'une année à l'autre, l'assemblée élargira le cercle de ses privilèges. VAle en vint un jour à vouloir usurper le pouvoir de déposer le gouverneur nommé par le roi. Sous la république de Cromwell, elle s'arroge la liberté du commerce avec toutes les nations du monde, mettant ainsi de côté un acte restrictif de la navigation adopté par le parlement anglais sous le règne de Jacques 1er. Les délibérations des trois branches de la " cour " ou '' assemblée générale," noms que portait ce parlement, se élisaient en commun dans une même salle, mais le conseil et l'assemblée votaient séparément.

L'assemblécî générale établit la foi anglicane comme religion d'Etat et assure son ai)})ui à ses ministres. Cha-

cun d'eux devra recevoir, outre les honoraires payés par legouveruemeiit anglais, le revenu d'une ferme de cent cinquante acres, à laquelle sont attachés six serviteurs engagés {indented S3rvants). Si les ministres sont entourés d'une grande sollicitude au point de vue matériel, ils sont aussi soumis à de sévères règlements qu'on aurait pu croire inutiles, mais qui laissent supposer que ces dergymen ne se faisaient pas remarquer par toutes les vertus cléricales, car l'assemblée éprouve le besoin de leur défendre, sous peine de châtiment, l'ivrognerie, le jeu, etc. La chronique rapporte que ces prescri])tions de la loi avaient leur raison d'être.

La culture du tabac en Virginie étant très profitable, toute la colonie s'y était adonnée à l'exclusion de toute autre, au point d'amener une disette de céréales. L'assemblée dut restreindre la culture de cette plante et obliger les habitants à semer au moins deux minots de blé par année, et à planter des vignes. Pour parer à toute éventualité de famine, chacun était tenu de déposer, dans un grenier public, un minot de blé chaque année, qu'il remplaçait à la moisson suivante })ar une même quantité de cette céréale.

Par une de ces singulières contradictions dont l'histoire des variations humaines est remplie, l'inauguration du régime des libertés populaires coïncide dans cette colonie avec l'introduction de l'esclavai^'e des noirs. Le bienfait et le fléau entrent ensemble, et ce dernier fut sans doute à l'origine estimé à une aussi haute valeur que le bienfait même, car on croyait que le travail des noirs était indispensable à l'agriculture, les blancs ne pouvant résister aux fatigues (ju'elle imposait à cause du climat. C'est un vaisseau hollandais qui apporta à

Jamestowii les premiers noirs qu'on y ait vus. Les annales du temps notent ce fait le plus simplement du mond(\ '' Arrived to-day, disent-elles, a Dutch man of warre ; sold us 20 negarsT

L'esclavage prit des développements immenses. La Nouvelle-Angleterre, qui devait deux siècles plus tard demander sa suppression, favorisa la traite de toutes ses forces, heureuse de profiter des avantages que rapportait ce commerce. Tels furent les humbles commencements d'un état de choses qui provoquera des querelles sans fin, une des plus terribles guerres que le monde ait vues et qui se pose encore aujourd'hui, trente ans après l'émancipation des noirs, comme un problème redoutable pour les Etats-Unis.

Cette même année (1620) vit arriver les premières femmes destinées à devenir les épouses des colons, ("étaient des jeunes filles choisies avec soin au point de vue de leur moralité. Deux d'entre elles furent renvoyées en Angleterre parce qu'on découvrit, après leur arrivée, qu'elles avaient un passé qui laissait à désirer. Pour les distribuer aux colons, on eut recours au procédé original de les vendre à l'encan. LTne femme se payait en moyenne cent cin([uante livres de tabac, soit une valeur de (jiiatre-vingts dollars. Si le plus grand soin présidait au choix clés femmes, que dire de la décision du gouvernement qui, à la même époque, expédiait en Virginie, malgré les remontrances de la compagnie de Londres, cent forçats tirés des prisons de l'Angleterre I

La Virginie ressentit le contre coup des bouleversements politiques qui agitèrent la métropole au dixseptième siècle. La lutte engagée entre le parlement et Charles 1er, la réi)ublique de Cromwell, la restaura-

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tion (les Stuarts, la chuto do leur dynastie avec Jae(|ues H, la révolution de U)8S, (^t ravéneinent d(^ (luillaume d'Orange et de Marie ; tous ces changements de pouvoirs influèrent beaucouj) sur k^ développement des colonies anglaises, (pielcpies-unes les favorisant, d'autres y faisant o])stacle. Longt(^m])s avant la chute de Charles 1er (1649), la Virginie avait pris son essor ; les émigrés venaient sur ses rives en grand nombre et l'on en vit débarquer jus(pi'à trois mille })ar année. Le régne de Cromwell ne ralentit nullement le mouvement migratoire, mais il en modifia l)eaucoup le caractère, car il poussa vers l'Améiique nombre de royalistes. C'était \n\ élément spécial, composé surtout de ''caraim-s/' dont la présence dans ce pays réagira grandement plus tard sur son état politique, car avec eux s'introduisit l'idée aristocratique qui fournira un point d'ap})ui au })ouvoir, et l'aidera à se fortifier aux dépens des libertés populaires. C'est là que le sentiment royaliste est le plus marqué, et c'est aussi la dernière colonie (pii reconnaît la république de Cromwell. On aurait lieu de croire (ju'à raison de ses opinions, elle aurait été traitée sans merci par le Protecteur ; il en fut tout autrement. En profond ])olitiqiïe (ju'il était, il acheta l'adhésion des Yirginiens au nouveau régime en les comblant de faveurs. C'est alois que la colonie vit son âge d'or et fit le plus de progrès à tous les points de vue. L'Eglise anglicane, seule, eut lieu de se plaindre, car elle perdit son droit exclusif de religion d'Etat. L'assemblée des Ijourgeois dominait le conseil et le gouverneur. Elle en vint même, comme nous le disions plus haut, à s'arroger le pouvoir de déposer ce dernier à son gré, et d'une usurpation à une autre, elle

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osa décréter, en contrevenant à une loi passée sous Jacques 1er, que la Virginie jouirait de la liberté de commerce avec toutes les nations du monde et que nulle taxe de douane ne serait levée par l'Angleterre à Jamestown sans l'assentiment de l'assemblée.

La plantation n'avait donc (|u'à se féliciter du régime républicain qui donnait pleine carrière à son activité. Aussi quel ne fut pas le désappointement de l'élément démocratique, lors({u'il vit, après la restauration des Stuarts, se produire un mouvement rétrograde î Charles II et son successeur Jacques II, entreprirent de. briser l'œuvre de la république.

L'assemblée avait élu gouverneur Berkeley, en qui elle avait mis une confiance qui ne tarda pas à faire place à la plus amère déception. Pour se rendre agréable à ce fonctionnaire, dont l'administration a été marquée par l'arbitraire et la cruauté, les bourgeois élurent, aux élections de 1661, surtout des ''caraliers'' et des propriétaires, (]u\ s'étaient taillé de larges domaines dans le pays, à la faveur d'une loi qui accordait cinquante acres de terres par chaque émigré (ju'un habitant de la Virginie attirait dans la colonie. Il se constitua dès lors une espèce d'aristocratie terrienne, qui établit un droit de primogéniture plus étendu que celui qui existait en Anoleterre. Elle osa men)e se mettre à l'abri des poursuites pour dettes, qui ne pouvaient être exercées (|ue du consentement de l'assemblée. Les libertés poi)ulaives disparaissaient l'une après l'autre et l'on vivait sous un régime de compression à outrance. Berkeley en profitait pour s'enrichir au moyen d'exactions exorl)itantes. 11 s'appuyait sur l'assemblée, à (|ui il avait laisser décréter (pie la pr'opi'iété foncière serait

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exempte d'inipôts et (]iie le l'eveiiii de la colonie ne découlerait que d'une taxc^ de capitation.

Enfin, un jour, l>erkeley défendit à ses sujets d(^ faire la i>'ueri'e aux Indiens, de plus en plus audacieux, parce (j^u'uncî rupture^ ouverte avec eux aurait i>'êné le commerce des pelleteries, dont il tirait un grand profit. C'en était trop. Un jeune Anglais, d'un grand talent et (Vune énergie sans pareille, rallie les colons autour de lui, repousse les indigènes, et comme le gouvernement avait mis sa tête à prix, Natlianiel Bacon attaquer Jamestown, dont il s'empare et qu'il réduit en cendres. La maladie vint l'arrêter dans sa course et l'enlever en quelques jours. La révolte de Bacon est la |)remière insurrection des colons contre la mère patrie. Personne piirmi les mécontents n'était de force à le remplacer.

La persécution eut beau jeu et Berkeley fit exécutei' jusqu'à vingt rebelles. Tant de sang répandu criait vengeance et cette répression parut excessive à Lon dres. Berkeley voulut se justifier, mais il mourut en se rendant en Angleterre. Ses successeurs, Culpepper et Effingham, ne se montrèrent guère plus honnêtes. C'est sous l'administration de Culpepper que Charles II annula la charte de la colonie (1684), qui devint alors province royale, son régime définitif jusqu'à la révolution. L'horizon était bien sombre en Virginie quand y parvint la nouvelle de la fuite de Jacques II, sous lequel la situation s'était encore aggravée, et de l'avénement de Guillaume d'Orange. Le dernier roi de la dynastie des Stuarts représentait l'arbitraire en matière de gouvernement, sa chute était le triomphe du parti populaire. Les colons virginiens qui soutenaient la même lutte que les parlementaires anglais, resy)i-

rëreiit, et entrevoyaient le retonr de ees beaux jours que la répul)lique leur avait donnés. ^\ l'instar du parlement de Londres, l'assemblée vota une déclaration des droits et rétablit Vhabeas corpus dont Charles II l'avait privé.

Le roi Guillaume, élevé dans les idées d'absolutisme, à la mode sur le continent européen, ne goûtait guère l'enthousiasme de ses loyaux sujets pour la lil)erté. S'il ne pouvait régner despote sur l'Angleterre, il lui était agréable de restreindre le plus possible les privilèges des Virginiens. Comme si le mauvais vouloir du roi ne sufhsait pas à leur déception, ils se virent en butte à une hostilité d'autant plus désagréal^le, qu'elle venait d'un pouvoir dont la colonie aurait eu raison d'attendre protection. Le parlement anglais inaugura, vers ce temps, la politique restrictive du commerce des colonies qui aura des conséquences si si terribles pour l'Angleterre cent ans plus tard. Sous le l'ègne de Guillaume, la classe mercantile avait accru sa représentation à la chambre des communes et, comme ses intérêts n'étaient pas les mêmes que ceux des colonies, la mère patrie n'hésita pas un seul moment à décider (pie les seconds devaient se subordonner aux premiers. Des sommets élevés de la société anglaise à ses plus humbles souches, il paraissait que la raison d'être des colonies n'était que le })rofit de la métropole : principe impossil)le à faire accepter par les Virginiens, gens utihtaires, ayant emporté avec eux en Amérique, la soif de gain, l'esprit de lucre qui distinguait leur pays d'origine. Cet empiétement sur leurs droits ne fut pas le seul grief dont ils eurent à se plaindre. L'Angleterre les avait engagés dans ses guerres avec la Kr-ance,

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Cvontribiitiolis eu argent, sacrifices (riioiuines, })ertes éprouvées par leur commerce les accablèrent ensemble. Etait-il juste que la métropole leur imposât ces dures nécessités de la guerre, et en plus le paiement d'une partie de ses frais, tout en tarissant la source de leurs recettes, au moyen de sa législation commerciale l Il est vrai de dire que souvent ces lois restrictives restaient lettre morte. On avait recours à la ruse, cette force des f\iibles, pour les éluder, et le trafic avec l'étranger allait son train. Mais ces lois ne laissaient pas que de provoquer de grands mécontentements.

Nous avons vu naître, grandir et prospérer la colonie de la Virginie. Au moment où nous la quittons, à la veille de la révolution, c'est un Etat organisé, jouissant d'une certaine autonomie, partois gêné, il est vrai, par la métropole, mais connaissant l'étendue de ses droits et parfaitement décidé à les reconquérir en entier. C'est en un mot une petite république, indépendante, jalouse de ses privilèges, fermée à toute intervention de ses voisines.

Voyons comment sa population est composée au point de vue des classes. En première ligne, nous trouvons les planteurs, descendants des cavaliei's, qui n'étaient pas de la noblesse, comme on le suppose généralement, mais des adhérents à la cause de la royauté et de l'Eglise, ou de grands propriétaires peu favorables au progrès du pays, gens instruits pour la plupart, vivant retirés sur leur domaine avec leurs serviteurs et leurs esclaves, genre d'existence (|ui favorisait le développement des idées aristocratiques. Caste hautaine, pleine de mépris pour ses subordonnés, elle ne faisait rien pour améliorer le sort des autres classes ni pour répandre l'instruc-

tion, qui s'est développée bien lentement dans cette colonie. Ce n'est qu'en 1691 que l'on fonda l'institution nommée le collège de Guillaume et Marie, aujourd'hui l'université de Virginie.

La seconde catégorie sociale est celle des bourgeois ; elle s'accroît par l'immigration et par l'entrée dans ses rangs des serviteurs engagés ( indented serixuits). Ceux-ci sont des émigrés pauvres dont le voyage en Amérique a été payé par des propriétaires, en échange de la perte de leur liberté pendant sept ans. Leur condition, tant (pie dure l'engagement (iiidenture), n'est guère meilleure que celle de l'esclave ; et, à l'origine de la colonie, on prolonge leur servage sous toutes sortes de prétextes. Une fois l'engagement terminé, l'Etat leur donne cin- (piante acres de terre et ils deviennent colons, au même titre que les bourgeois avec lesquels ils ne tardent pas à se confondre.

Au l:)as de l'échelle se trouvent les esclaves nègres ou indiens ; ces derniers sont des prisonniers de guerre, ou des captifs achetés aux tribus indiennes. Les indigènes furent traités par les Virginiens avec une cruauté (pii cadrait mal avec les prétentions humanitaires de ses administrations successives. En 1694, la chambre décréta ([ue tout Indien pris à la guerre serait réduit en esclavage. Au premier abord, on serait tenté de croire que cette législation avait pour but d'effrayer les sauvages et de les tenir à distance ; mais si on la juge à la lumière des faits, au regard de l'intérêt des colons, on ne tardera pas à s'apercevoir que ce n'était ni plus ni moins ((u'un appel à la cupidité des colons qui, sous les prétextes les })lus futiles, faisaient la guerre aux ])eauxlouges ou j)lutôt la chasse aux esclaves.

()R(;anisati()N de la nikginik .'{:}

Non contents do dépouiller, sans [)itic, n's nialheiircux de leur territoire, les Anglais voulaient !nai([uer leur usur])ation du sang' de leurs victimes. Us inaugurèrent cette cruelle politi(]ue suivie aux Etats-Unis dc^puis lors à l'égard de ces peuplades iufortunées et qui semble ins- [)irée de cet axiome l)arbare: tke onlii good Indiait,, is tke dead lïidvm, qui ue figure pas dans leur droit des gens, mais qui parait bien leur avoir servi de régie de conduite. L'assemblée de Virginie déclarait dés 1B24, qu'on ne devrait accorder ni })aix ni trêve à ces l)arbares. Ceux-ci tentèrent une fois de se soustraire a un anéantissement prochain, mais le complot formé pour se débarrasser de leurs oppresseurs, échoua au milieu de son exécution (1644). Après avoir exterminé environ (juatre cents l)lancs, ils se sentirent pris de terreur et s'enfmrent dans la forêt, d'où ils ne sortirent que pour se trouver en face de la vengeance de leurs ennemis implacables.

L'Eglise anglicane, étroitement unie à l'Etat (pii n'accordait de droits politiques qu'aux membres de cette connnunion, se montra d'une rare intolérance envers les cultes dissidents, pendant toute la période coloniale. Les quakers, les méthodistes, etc., furent en butte à sa persécution. En 1746, une colonie de cent vingt puritains fut expulsée. La liberté de conscience n'y fut pas, durant de longues années, la compagne de la liberté politique. La tolérance était, il est vrai, dans la lettre de la loi ; mais il aurait fallu, pour Fol) tenir d'une façon efficace, le concours des mœurs alors antipathiques à tout dissentiment religieux. La compression eut son effet ordinaire et les sectes persécutées prospérèrent malgré l'Eglise établie, qui finit par ne

plus com])ter que pour un tiers dans la population, a la veille de la révolution. Le fanatisme ne désarma <|u'en faveur des protestants allemands ou français. Au dix-huitième siècle, on voulait attirer surtout les huguenots pour acclimatei* en Virginie, grâce à leur industrie, la vigne et le mûrier En 1699, sept cents familles de cette secte passèrent de France dans cette plantation. Quant aux catholiques, c'était la ])roscription qui les y attendait, aussi ne tentèrent-ils jamais de s'y établir, et les préjugés à leur égard étaient tellement enracinés, (jue ce n'est qu'en 1830 que la loi, se relâchant de sa sévérité, leur reconnut les droits de citoyens.

La Virginie, à son titre de plus ancienne colonie, est souvent désignée sous le nom de Old Dominion. Elle a eu l'honneur de donner aux Etats-Unis quatre présidents, dont le plus illustre fut George Washington. Ce fut aussi la patrie de Patrick Henry, le grand orateur des premiers jours des querelles avec l'Angleterre.

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