‹ Les États-Unis, origine, institutions, developpementChapitre 14 sur 79 · N EW PLY MOU TH · texte numérisé non relu

N EW PLY MOU TH

taires, (|iii prétendaient remonter à la simplicité de l'Eglise primitive reçurent le nom de puritains.

Elisabeth entendait la réforme comme son père. J.a hiérarchie avec les évêques et leurs subordonnés acceptant sa suprématie, lui send^lait le plus solide appui de son trône. L'éclat et la pompe des cérémonies battaient son goût pour le faste et la représentation. A son avis, elles faisaient un appel salutaire aux sentiments du peuple et l'attiraient au temple.

D'un autre côté, l'audace des novateurs l'exaspérait autant qu'elle lui inspirait de crainte. Cette passion pour l'uniformité importée de Genève, ce rigorisme })uisé dans les doctrines de Calvin, n'avaient-ils pas des tendances subversives ?

Plus d'évêques, plus de ministres, l'égalité entre les fidèles, dont on appellait le plus digne à faire la ])rière au meeting house, l'indépendance des Eglises entre elles, réunies seulement par le lien de la foi et l'Ancien Testament pour guide en toutes choses : tels étaient en résumé la forme et le fond du puritanisme.

C'était le nivellement démocratique imposé dans l'ordre religieux. N'avait-elle pas lieu de redouter que, de là il ne fit son chemin dans l'ordre politi(|ue l Voilà ce qui effrayait Elisabeth. Aussi se fit-elle persécutrice, pour ramener dans son royaume l'unité des croyances. Afin d'échapper à son intolérance, un certain nombre de dissidents s'enfuirent en Hollande et prirent le nom de pèlerins. Mais comme la libre allure et les mœurs (l(\s protestants des Pays-Bas blessaient leur rigorisme, ils formèrent le projet de chercher en Américpie, dont on parlait alors beaucoup, un endroit oii il leui* fut pei*mis d'adorer Dieu à leur guise.

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Ils sollicitèi'eiit du conseil j)()iii* la Nouvelle- Angleterres ([ui avait reinj)laeé la compagnie de Plymoutli, unc^ concession de terres, (|ui leui' fut accordée ; mais, moins lieui'eux auprès du roi Jacques 1er, ils ne ])ui'ent obtenir de ce monanpie, une charte de gouvernement ; ce l'efus ne devait pas cependant arrêter l'exécution de leui' projet, et l'été de 1()2() vit leur départ à la recherche d'une nouvelle patrie. L'expédition ayant à sa tête le gouverneur (îarvei-, le pasteur JBrewster et le capitaine Miles Standish comme chef militaire, oftrait un. singulier mélange d'émigrés.

Aux pèlerins étaient venus s'adjoindre, à la demande des bailleurs de fonds de l'entreprise, un certain nombre d'étrangers pris dans les diverses classes de la société et, au cours d'un long voyage de (juatre mois, il ne tarda pas à se manifester, dans ce milieu, des dissidences alarmantes. Il fallait prévenir la discorde avant de débarquer ; les plus humbles craignaient de voir les gens de position prendre sur la terre nouvelle l'ascendant qu'ils avaient eu en Angleterre. Aussi pour étouffer toutes dissensions, les voyageui's furent appelés à signer, en vue de l'Amérique, un document resté très célèbre dans les fastes des Etats-Unis.

Nous le reproduisons intégralement :

" Au nom de Dieu, ainsi soit-il. Nous soussignés, les fidèles sujets de notre redoutable seigneur le roi Jactpies, par la grâce de Dieu, roi d'Angleterre, d'Ecosse, etc., ayant entrepris, pour la gloire de Dieu, l'avancement de la foi chrétienne, l'honneur de notre roi et de notre patrie, un voyage à l'effet de fonder la première colonie dans le nord de la V^irginie, reconnaissons solennellement et mutuellement en présence de Dieu, et l'un

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en présence de l'autre, (|ue, par cet acte nous nous réunissons en un corps politique et civil pour maintenir entre nous le bon ordre et parvenir au but que nous nous proposons. Et en vertu du dit acte, nous ferons et établirons telles justes et équitables lois, telles ordonnances, actes et constitutions, et tels officiers qu'il nous conviendra, suivant (|ue ncnis le jugerons oppoi'tun et utile pour le })ien général de la colonie. Moyennant (pioi nous promettons toute due soumission et ()])éissance. En foi de ({uoi, nous avons signé ci-dessous, l'an du Seigneur 1620, le 11 novembre." (Vieux style.)

Voilà ce document regardé i)ar la plupart des historiens comme la pierre angulaire de la démocratie américaine ; comme une copie antici})ée du fameux Contrat social de Jean-Jacques liousseau. 11 ne nous parait pas avoir eu cette importance. Dans l'esprit de ses auteurs, il n'était qu'un expédient suggéré par la nécessité, une précaution prise contre un dangei* imminent de discorde. Dans tous les cas, il est resté lettre moite ; car, connue nous le verrons par la suite, le régime de l'égalité fut loin de régner dans la Nouvelle- Angleterre.

(.^e n'est que le (quatrième mois après son départ ([ue la Mai/flower vit ses voyageurs mettre pied à terre près du cap C'od. ("était un dimanche du mois de décembre (21 décembre 1620) le temps était glacial, le ciel couvert de nuages. Malgré ces soml)res auspices, Vrlder l^rewster appela les pèlerins à s'agenouiller pour rendre grâces au ciel. Telle fut l'humble prise de possession de ce (\\\\, pour eux, était la terre promise.

Le souvenir de ce débarquement des Fi/(ji'imi< est resté cher à toute l'Américjue anglaise. Le tableau de la petite Mayjioiver et de ses rudes passagers, vénérés

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coniiiu» autant de héi'os, figui'o au prenii(^r ])lan de toute galerie de famille. ('luKjue année, le 21 décembre, le rocher de Plymoutli est le théâtre d'uiu» manifestation connnémorative de leur arrivée ; c'est le Fore/at/iers day. Un orateur de l'enom fait l'éloge des ancêtres de la Nouvelle- Angleterre, en face de l'Océan ([ui, il y a trois siècles, avait ouvert sa grande voie à ces fanatiques de la liberté religieuse, mais d'une li])erté exclusive et qui devenait de la persécution envei's ceux (jui ]ie partageaient pas leurs croyances.

Le long voyage de quatre mois avait presc^ue épuisé les provisions des émigrés et le premier liiver passé sur* le sol du nouveau monde fut bien pénible. Le man(|ue d'aliments convenables, les maladies firent de nombreuses victimes ; sur les cent passagers de Va Mai/floirer il n'en restait au printemps c{ue cinquante de valides. Au plus fort de la crise, il n'y avait (jue cin(| personnes sui^ pieds. Le gouverneur Carver succoml)a un des premiers et fut remplacé par Bradford. Mais (juehiue grande (jue fut la misère, jamais elle ne put courber la volonté, le courage de ces honmies de fer. L'exemple de la patience et de l'énergie venait des chefs : de Bradford, de Velder Brewster, de Miles Standish, ([ui veillaient à la sûreté delà colonie. " N'avons-nous pas, ne cessaient-ils de dire, la liberté ([ue nous cherchions, ne sommes-nous pas en possession de cette terre promise, objet de notre ambition!" A côté de ces pionniers de la Nouvelle- Angleterre, s'aperçoit la figure de Winslow, qui joue aussi un grand rôle dans la colonie. Tour à tour gouverneur et délégué en x\ngleterre, il paie sans cesse de sa personne, attire de nouveaux colons par sa propagande et pul)lie à Londres un ouvrage : Good, neiv.<

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from New-EiKjliind, dans le but de faire coiiiiaître lo nouvel étal)lissement. Le colonel Winslow qui, en 17.")5, exécuta l'oi'dre d(^ déportation des Acadiens, était rarrière-petit-ftls de cet homme énergicjue.

C'était un assemblage d'individus peu sympathiques ([ue celui des pèlerins et des puritains (jui vinrent ])ientôt les rejoindre. Nés au sein de la persécution, ayant lutté avec acharnement pour la conservation de leur foi, et risqué leur vie pour elle, ils ont sul)i l'eftet des mauvais traitements. Rien d'humain ne bat sous leur poitrine. A force de résistance, leur caractère est devenu farouche, et l'intolérance la plus intransigeante^ en est le fond. V^ictimes de la persécution religieuse, ils se feront eux-mêmes persécuteiu's des sectes (|ui tentront de s'introduire dans la plantation.

Au milieu des difficultés sans noml)re, compagnes inévitables de t(mte fondation nouvelle, les puritains de Xew-Plymouth organisent leur société sur les bases de leurs idées paiticulières. Leur colonie durera soixante ans, jusqu'au jour où elle seia al)sorbée par sa puissante voisine du Massachusetts ; mais durant son exist(nice, jamais sa sévérité ne fléchira un instant.

J^'élément religieux dominait paiini les pèlerins et nous le retrcmvercms au sonunet du gouvernement. Pour assurei' la prédominence de l'Eglise sui' J'Etat, il fut décrété (pu^ nul ne serait free/man, c'est-à-<lire (îitoyen habile à participer au gouvernement de la colonie, à un titre quelconcjue, s'il n'avait été au préalable accepté connue^ membn^ de l'Eglise. (Tétait (mi définitive le ministre de la cong)*égation (pii conférait k^ droit de citoyenneté, et ce droit se distribuait avec imo telle j)arcimonie, qu'il excluait d(^ toute participation

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aux atf'aii'cs |>ii])li<jii('s les deux tier-s des colons de N(^w-PlyiiH)utli. (1)

i)nc (U^vient, au r(\L»ar(l de cet exclusivisme, le fameux ])acte si^iié sur le pont de la Mai/floiver? (Jette création d'une castc^ piévilégiéc^ porte l)ien jjlutôt une empreinte oligarchique cpi un cachet populaire.

Ve^ freemeh,, première assise d'une théocratie étroite, constituaient une assem])lée ou coui* générale dans la([uelle l'eposait l'autorité su])i'ôme.

("est cette c(mr (|ui élisait annuellement le gouvei'neur et ses assistants, espèce de magistrats investis des pouvoirs législatif, judiciaire et exécutif. A l'origine, tcmt le ])euple compose l'assemblée ; il édicté les lois en connnun, connne auti'efois le peuple à Athènes.

Il devint bientôt difficile de réunir les freemen à cause de l'éloignement des centi'es de population et en 1(>28 on introduisit k^ système de représentation pour former la cour générale. 11 fut statué que cluique groupe, chaque to/rn aurait deux délégués, Plymouth seul devant avoir quatre repi'ésentants.

Ce gouverncnnent, bien adapté aux besoins de la colonie, passa des lois dont (juelques-unes sont remar- ([uables par leur sagesse et d'autres enqjreintes de l'cvsprit du tenq)s. Le serment s'administi'ait à txms les citoyens au nom du roi, malgré le refus constant ({u'il opposa à la demande d'une charte^ faite par les Puritains. Plymouth se montrait plus ha])ile et plus loyal (|ue le Massachusetts ([ui, bien ([ue pourvu de lettres patentes, su])piTmM le nom du roi de t(ms les actes exécutifs.

(1) Les puritains appellent la réunion des fidèles : la congrégation, et leui- temple, meeting /ton se.

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La propriété se traiisinettait d'après le droit anglais. Un système uniforme de poids et mesures fut établi. J.es oisifs devaient justifier de leurs moyens d'existence sous peine de châtiments sévères. Dès l'origine de la plantation, les puritains établirent le jugement par le jury en matière criminelle. Huit espèces de crdmes entraînaient la peine capitale. Le sortilège était du nombre, et l'on verra plus loin jusqu'à (juel point extraordinaire les procès pour sorcellerie préoccupaient la Nouvelle- Angleterre à cett(^ époque. Sui' une foule de choses, la loi restait nuiette ou très vague ; et lorsque les magistrats se ti'ouveront eml)arrassés, ils chercheront une solution à la ditticulté dans l'Ancien Testament. Il est inutile de faire l'emanjuer combien un pareil principe pouvait conduire à l'arbitraire surtout à l'égard de personnes étrangères à la congrégation puritaine.

La plantation de New-Plynîouth ne fut jamais très prospère : elle n'avait rien d'attrayant pour les dissidents, et les émigrés (pii, ne se souciant pas de \\\ve scms l'absolutisme des rldcrs, se gardaient bien d'y aborder. Comme nous l'avons dit plus haut, le Massachusetts absorba cette plantation (1692), durant le règne de (luillaume d'Orange. Cette colcmie avait combattu le projet de son ami )itieuse voisine. Elle ne devait cependant guère répugner à cette absorption, car sous renq)ir(^ du Massachusetts, c'était encore le puritanisme* dans toutc^ sa fieur et son essence.

( HAPITKE V

LK MASSACMH'SKTTS

Le pasteur White et ses amis fondent ia colonie puritaine du Massachusetts—Charte de Charles 1er détournée de son but— Débuts imposants de l'entreprise. —Caractère de l'organisation- Théocratie -Description de la société puritaine.

Fondée dix ans après New-Plymouth (1630), la grande colonie puritaine du Massachusetts devait bientôt devancer sa rivale, puis rabsorl:)er et acquérir la suprématie dans l'Amérique anglaise. C'est elle qui va régler le cours de l'opinion chez ses voisines, déterminer par son influence prépondérante la politique de la Nouvelle- Angleterre, et torcer la mère-patrie de marchera sa suite lorsqu'il s'agira de relations extérieures, surtout d'attaquer la Nouvelle-France, contre laquelle elle prononcera un jour le ddemda Carthago. Ce sera ensuite le Massachusetts qui battra le rappel, pour rallier toutes les colonies anglaises autour du drapeau de rindé])endance. Sa force morale se prolongera jusqu'à nos jours, oii nous le verrons à la tête de cette campagne abolition niste, cause du terrible conflit (pii, en 1861, précipitait la partie septentrionale du pays contre les Etats à esclaves.

C'est un pasteur puritain nommé White qui conçut le projet de former cette colonie et d'y élever, selon son expression, '' un boulevard contre le royaume de

raiitéchrist." Des hommes d'inriueiice lui prêtèrent main forte, et réussirent à obtenir de la compagnie de Londres une concession de terres qui comprenait en latitude toute la baie du Massachusetts et s'étendait d'un océan à l'autre. Plus heureux que les puritains de New- Plymouth, les amis de Wliite reçurent de Charles 1er une charte aux termes très vagues, dont les concessionnaires ne tarderont pas à se prévaloir pour transformer, ces lettres patentes octroyées à une compagnie de commerce, en charte de gouvernement. D'a])rès sa teneur, c'est de Londres que la future colonie devait être administrée. Il y avait là une erreur palpable, que l'on se hâta de réparer en décrétant (pie les actionnaires qui voudraient se transporter en Amérique, formeraient partie du gouvernement, sans se préoccuper si les lettres patentes comportaient un tel changement. L'autorité resta indifférente à cette violation de la loi, et c'est ce qui a frappé bien des historiens, étonnés de voir Charles 1er, si absolu, si jaloux de son autorité, fermer les yeux sur cette espèce de défi à ses volontés. Ne doit-on pas, au contraire, présumer que le départ des puritains et de leurs amis agréaient à ce nionar([ue, qui se débarrassait ainsi d'une foule d'ennemis ? D'après la charte, le gouvernement devait se composer d'un gouverneur et d'un lieutenant-gouverneur, assisté d'un conseil de seize membres, aj)pelés aussi magistrats, élus annuellement comme les deux })remiers fonctionnaires par les freemcn, ou actionnaires de la compagnie. A ce conseil incomberait la mission de faii'e les lois. De plus, tous les freemen seraient appelés à se réunir (juatre fois par année en sessions, dont l'une serait consacrée à l'élection du gouverneur et des magistrats, l(^s autres à la confection des lois, à la levée des inq)ôts.

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La compagnie, après avoir compris, comiDcî nous venons (le le (lire, l'impossibilité de diriger de Londres son établissement du Massachusetts, décida d'y expédier de toutes pièces un gouvernement, avec John Winthrop connue premier gouverneur. Elle fit de grands })ré{)aratifs de voyage ; seize navires furent frétés, et l'on ne dépensa pas moins de vingt mille livres pour assurer le succès de l'entreprise. Un bon nombre d'actionnaires et des émigrés de tous genres s'embarquèrent en 1 QoO. Arrivés sur les C(")tes du Massachusetts, les colons furent distribués sur différents points, surtout à Charleston et à Boston. Ils n'arrivaient pas en pleine solitude, car le puritain Endicott, ayant avec lui environ mille émigrés, avait fondé plusieurs années auparavant, ([uelqnes établissements dans cette contrée ; c'était un homme important, qui fit cause commune avec les nouveaux venus et ([ui devint le gouverneur de Salem, ville établie par ses soins.

N'était-ce pas là un début imposant qui n'avait rien de commun avec ces chétifs envois de colons, cpii venaient descendre sur les bords du Saint Laurent ? On estime que, de 1630 à 1640, il n'arriva pas moins de 10,000 émigrés dans le Massachusetts. Ainsi menée à son origine, l'entreprise devait entrer dans la voie de ce succès (|ue le monde a regardé comme prodigieux, mais ([ui s'explique assez, lors(|ue l'on regarde défiler ces fortes migrations. Dans celles-ci se trouvaient des hommes éminents par leurs lumières, leur énergie et leur intelligence. Au premier rang apparaît John Winthrop. En quittant l'Angleterre, il avait fait une profession dt^ foi publique de profond attachement à l'Eglise anglicane, profession qu'il sc^ hâta d'oublier au débarque-

ment pour devenir puritain séparatiste. C'était un homme instruit, bien au-dessus de ses compagnons d'exil, qu'il méprisait, comme il le leur fit sentir. Il fut souvent réélu gouverneur. Il mourut en 1649. Son fils devint le premier magistrat du Connecticut.

Il nous a laissé son journal, très précieux à consulter ])Our l'histoire de la colonie. A ses côtés se faisait remarquer John Cotton, qui passait pour être son inspirateur: ministre de la congrégation, plus dévoué à son Eglise qu'à son pays, en haine de l'anglicanisme, c'est lui qui jettera les bases de cette théocratie qui sera durant cinquante ans l'autorité suprême de la plantation. Cotton et Winthrop appartenaient à cette catégorie d'hommes (pii impriment la marque de leur esprit à une époque et donnent au milieu où ils vivent une de ces impulsions (pii se font longtemps sentir, (d

Le gouverneur se mit à l'œuvre aussitôt après avoir installé ses compagnons de voyage, et son activité prévovante témoigne de son entente des besoins de la plantation. Les établissements, dont il a été question plus haut, avaient été placés à la portée les uns des autres, afin qu'il leur fût possil)le, en cas d'attaques des sauvages, dont on avait lieu de se défier malgré l'alliance conclue avec eux, de se prêter mutuellement mainforte. Ces mesures de sûreté ayant été prises, il fallait pourvoir à l'administration de la colonie, et c'est ici qu'apparaît la ruse autant que l'habileté de Winthrop et

(1) " The aim of .1. Winthrop and liis fiiends, in coming to Massachusetts, was the construction of a théocratie State which should be to Christians, under the New Testament dispensation, ail that the theo . cracy of Moses and Joshua was in Old Testament days." (The beginning of New England, or the Puritan theocracy and religions liberties by .lohn Fiske, Boston, 1890.

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<](\s autr(\s actionnaires. II s'af>issînt de suljstituer à In société (lo commerce autorisée ])ar la chartedeCliai'kvs 1er, nn gouvernement politi(iu(^ colonial auquc^l les émiorés, les freetnen participeraient cnix-mêmes, et créer un Ktat autonome avec le moins d'attaclies possible à la métropole. Ce mouvement «('paratiste, que les idées religieuses favorisaient, répugnait l)ien un peu à un certain nombre, mais les chefs eurent bientôt raison de leur scrupule en leur i-eprésentant que, pour se constituer fortement, il importait autant de se dégager des liens de l'Eglise établie cpie de l'autorité civile anglaise. C'était briser de toutes façons avec la mère-patrie. Sous l'empire de pareilles idées, les émigrés anglais se transformeront lentement en un ])euple nouveau et deviendront les Américains de nos jours. Le gouvernement s'organisa en apparence sur les bases ae la charte indiquées plus haut, mais avec des pouvoirs plus étendus (|ue ceux qu'elle portait.

La délégation des pouvoirs n'exista pas tout d'abord ; le peuple lui-même se réunissait pour délibérer, en coui* générale, conmie à Athènes. Lors({ue la population plus nombreuse aura rendu ces assemblées impraticables, les différents groupes délégueront leurs {)ouvoii\s à des députés appelés sélect men.

Au-dessous de ce gouvernement central, et après sa création, fut instituée la town, l'unité politique élémentaire des Etats-Unis ; c'est la commune, la municipalité, créée aux premiers jours de leur existence coloniale.

Le pouvoir civil s'inféoda dès le commencement a l'Eglise, pour former une puissante théocratie sous l'ins- |)iration directe de John CvOtton, qui avait été en Angleterre une des lumières de la secte puritaine. L'organi-

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sation de cha(|iie coiigTégation était des plus simples. Au sommet se trouvait un pastor, l\ (pii revenait de droit la direetion générale ; à ses eôtés un tearher, ehargé de la doctrine et de la recherche des hérésies. Au-dessous d'eux venaient les elilers, comme leur nom rindi(|ue, les anciens de la secte, choisis parmi les plus fervents membres de la comnnine. Pour devenir membre d'une congrégation, il fallait avoir subi im examen public siu' sa croyance.

Cette règle, à la(|uelle il était rarement fait exception, constituait un acte de tyrannie exercé au détriment des timides (^t des faibles, incapables de se tirei' d'une épreuve assez difficile. Cependant, on admettait parfois au temple des personnes nullement en état de rendre compte public juement de leur foi, mais elles n'étaient que membres de la société puritaine et non de l'Eglise.

Comme à New-Plymouth, la congrégation conférait le droit de citoyenneté. Nul n(^ faisait partie de la société des freemen, s'il n'était agrégé au puritanisme. Hors de cette Eglise, point de participation au gouvernement. Cet exclusivisme finit par priver les deux tiers de la population des droits politicjiues. Que devient, au regard de cette tyrannie, l'assertion de certains historiens que : l'égalité inspirée par le sens démocratique le plus piu', avait posé son niveau sur la Non velle-Aniilet erre ? (d II y avait certes de l'égalité à la congrégation, entre les puritains, mais, d'après Hildreth, " ceux-ci faisaient preuve vis-à-vis de ceux qui étaient étrangers à l'Eglise de toute l'arrogance d'une aristocratie religieuse prétendant régner de droit divin."

(1) Faisaient paitie de la Nouvelle-AjjgU'terre : le Massachusetts, le Connectiout, le New-Haven, le New-Hampshire et le Maine : ce dernier fut réuni à la première de ces colonies après (pielques années d'existence.

. Une société assise sur cette base, accc^ptaiit la direction de sectaires aussi rigides que l'était^it les pères du puritanisme, devait ofïï'ir un tal)leau bien sombre. L'Ancien Testament à la main, les disciples de John Cotton prétendent marcher sur les traces de Moïse. Pouieux, l'Amérique est la terre promise et ils forment le peuple choisi de Dieu entre toutes les nations de la terre. Mais la Bible mal comprise, interprétée^ dans le sens de leur esprit étroit, devient souvent un instrument de persécution. ^^^

Les annales contemporaines nous représentent les Puritains se rendant le dimanche Siumeetina koiise, appelés par un roulement de tambour. Leur démarche est grave, leur air sombre. Ils vont en rang, le fusil sur l'épaule. A l'église, ils prennent place, les hommes à droite, les femmes à gauche. Un sermon, d'une durée moyenne d'au moins trois heures et souvent de quatre, remplit l'office, que nulle musique ne vient diversifier. Sur la table, qui est placée devant le ministre, se trouve un sablier, qu'un elder retourne à intervalles réguliers. Si d'aventure un auditeur, succombant à l'ennui, s'endort, un gardien armé d'un long bâton, en fi'appe le dormeur pour ranimer son attention. ^^^

(1) Ils demandent aux pages de la Bible leur inspiration journalière, leur consolation. Ils lui empruntent ses étranges noms sémitiques pour les donner aux nouveau-nés. Sur ses préceptes mal compris et non moins mal appliqués, ils s'efforcent d'ériger des règles de conduite propre à les élever au-dessus de ce monde ignorant. (John Fiske, déjà cité.)

(2) " The constables carried long staffs having a hares foot at one end and a hare's tail at the other. If a female nodded with coming sleep during the sermon, the end with the hare's tail was gently applied to ner face till she was roused ; but if a man or a boy was the delinquent, the end with the hare's foot was brought down with a smart rap on the head to awake him." Eggleston, Household History of the U. S.

Ce n'était pas assez pour cette colonie de subir les misères communes à tout établissement nouveau ; il lui fallait, de plus, se priver de toutes distractions de nature à atténuer les amertumes de l'exil. Les Puritains vivaient dans un cercle étroit, formé de restrictions de tous genres. Défense de s'amuser, de jouer, de se réunir au cabaret ; défense aux femmes de porter des

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robes de soie, des dentelles, des rubans. Seuls les gentlemen et les gens pouvant justifier d'un revenu d'au moins deux cents livres, échappaient à ces prescriptions somptuaires. Les gentlemen avaient seuls droit au préfixe Mr. Au roturier on disait, good man ou good ivoman, ou par abréviation goodg. " La société puritaine," dit Hildreth, " ressemblait à un couvent de

moiiKîs dévots soumis à toutes les règles des ordres mouasticjues les })lus austères, à cela près du uiariage et du couimerce. Tout ce ({ni rai)|)elait, même de loiu, les cérémouies religieuses de l'église anglicaue était proscrit, couune pratiques superstitieuses et damnables, eve7i the eatiiuj of mince pies on Christmas''

La vigilence des elders s'étendait à tous les détails

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de la vie ; la loi punissait sévèrement les blasphémateurs à qui on perçait la langue. Si d'aventure un ivrogne était vu sur une place publique en état d'ivresse, on l'attachait à un ])oteau, la poitrine ornée d'une pancarte sur laquelle se détachait l'initiale du mot Drimkard. La médisance et la calomnie n'allaient pas sans danger pour ceux qui s'en rendaient coupables.

Une femme était-elle notoirement connue pour ses péchés de langue, ou comme trop revêche dans sa famille, on lui infligeait le supplice bizarre du ducking-siool. Solidement ligottée sur une chaise, fixée à une longue planche reposant sur un point d'appui, elle était plongée à plusieurs reprises dans un cours d'eau, aux applaudissement de la foule, fort éprise de ce spectacle, à défaut d'autres plus réjouissants et plus chevaleresques. Parfois, on se contentait de bâillonner les cancanières incorrigibles, et de les exposer dans cet état aux rires des passants.

Ce qui caractérise le gouvernement du Massachusetts, à cette époque, c'est sa défiance pour la mère-patrie, et une tendance à s'en éloigner. C'est ainsi qu'il fait rayer le nom du roi des formules du serment d'allégeance ; que le farouche Endicott ordonne d'enlever la croix blanche qui traverse le drapeau anglais, sous le futile prétexte que c'est un symbole catholique. Imbus d'un esprit d'indépendance refractaire à tout autorité supérieure, les chefs du puritanisme seront, plus tard, surpris de voir les mêmes idées se faire jour à leur encontre dans certains groupes de la colonie. Sans craindre, le reproche d'inconséquence, ils séviront contre les dissidents, coupables de vouloir se soustraire à leur joug.

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