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GUERRE DE L'INDÉPENDANCE

Cependant la soumission du pays n'avançait point : les troupes royalistes n'étaient maîtresses que de trois points sur la côte.

Au commencement de l'année 1781, Greene, le plus habile des lieutenants de Washington, prend le commandement des armées du Sud. Le général Morgan, vainqueur à Cowpens, seconde ses efforts, et une série d'actions brillantes opérées sous leur direction, démoralise lord Cornwallis qui bat en retraite. Le général anglais passe ensuite en Virginie où il est bientôt aux prises avec La Fayette, ce général de vingt-deux ans qu'il se flatte de mettre en déroute, c6 hoy, comme il l'appelle avec dédain. Mais l'ami de Washington a bientôt fait de prouver à son adversaire qu'il est de l'étoflPe dont sont faits les bons officiers. Manœuvrant avec l'habileté et la prudence d'un vieux soldat, il déjoue les ruses de Cornvrallis, et lui tient tête partout avec vigueur. Vers le même temps, Washington et Rochambeau se portent aussi vers le Sud, et forcent Cornwallis qui allait au secours de Clinton immobilisé à New-York, de prendre position à Yorktown (baie de Chesapeake), oii il serait en sûreté tant que la mer lui resterait ouverte. Mais l'arrivée de l'amiral de Grasse avec une flotte puissante changea la situation de ce général, qui se trouva bloqué par mer et par terre. Après une résistance opiniâtre, prolongée dans l'espoir de voir apparaître des voiles anglaises à l'horizon, il se rendit avec toute son armée à Washington et à Rochambeau, le 19 octobre 1781. C'était la fin des hostihtés. Le peuple anglais qui n'avait jamais eu d'enthousiasme pour cette guerre dirigée après tout contre ses propres enfants, ne voulait plus la prolonger. Le roi et ses ministres se

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soiiinirent au sort des armes, et en 1782 on jeta les bases d'un traité de paix qui fut définitivement sii'ué à Paris en 1783. Les Etats-Unis d'Amérique, bientôt reconnus par tous les pays de l'Europe, prenaient place parmi les nations de l'univers qu'ils allaient étonner par leur prodigieux développement.

(^HAPITKE XXI

L'expérience démontre les vices de la constitution de 1777.— Washington et ses amis se décident à la remplacer par une nouvelle, qui donnera plus de force au pouvoir central. Leur travail commencé en 1787, est terminé en 1789. — Coup d'œil rapide sur l'œuvre des constitutants. — Pouvoirs du président, du sénat et de la chambre des représentants.

Une scène sublime, digne de tenter le jDinceau d'un artiste, est celle que nous présente Washington après le rétablissement de la paix, remettant au congrès son épée et ses pouvoirs de dictateur, et disant ensuite adieu à ses compagnons d'armes avant de rentrer dans la solitude de Mount Vernon. Comme toujours, ce héros sans peur et sans reproche, nous apparait dans cette phase de sa carrière, avec une noble simplicité de manières, une dignité faite du respect que ses vertus inspirent à tous. Mais sa retraite n'allait pas être définitive. Il lui restait encore à se montrer aussi grand dans les conseils de la nation, qu'il l'avait été sur le champ de bataille. Dans quelques aimées, la patrie réclamera encore ses services et malgré l'amour du repos et de la tranquilité qui le domine, le patriotisme lui imposera le sacrifice de ses goûts et de ses intérêts particuliers à l'intérêt général.

Ce fut une morne période que celle qui suivit la paix

de Versailles : le découragement pesait sur le pays qui ne se sentait nullement rassuré sur son avenir. N'avaiton échappé à la tyrannie anglaise que pour tomber dans l'anarchie ? C'est ce que se demandaient tous les esprits soucieux effrayés par l'absence d'autorité, la désorganisation sociale, le relâchement des mœurs pul^liques et le mécontentement des soldats rentrés dans leurs foyers, sans leur solde, parce que le gouvernement était dans l'impossibilité de faire honneur à sa signature.

Les Américains souffraient de tous les maux que les guerres, même les plus avantageuses, traînent après elles, mais il leur incombait, en plus, de mettre en œuvre un nouvel ordre de choses. Au regard de cette situation périlleuse, le congrès se débattait en vain impuissant à faire face aux exigences de l'heure présente. Il aurait bien voulu appliquer les remèdes nécessaires pour ramener l'ordre, mais les moyens de les trouver lui faisaient déftxut. La source de tous ces maux découlait du manque d'autorité au centre du pays, des vices de la constitution élaborée au cours de la guerre en 1777.

Jetons un coup d'œil sur ce document, qui constitue la première tentative faite en vue d'unir les colonies en confédération.

Tous les pouvoirs, législatif, exécutif et judiciaire du gouvernement central, sont concentrés dans une chambre unique : le congrès formé des délégués élus par les autorités régionales, qui se réservent le privilège de les révoquer ou de les rappeler chez elles quand bon leur semblera. La charge de président telle que nous la connaissons, n'existe point. Le fonctions executives du congrès sont confiées, durant l'intervalle des sessions, à trois comités.

Ltî conjures a le pouvoir : de déelarer la guerre, de conclure des traités de paix et d'alliance avec les puissances étrangères, mais non des traités de commerce, car les Etats se réservent les revenus })ro venant des douanes et il peut y avoir autant de tarifs douaniers qu'il y a de gouvernements ;

D'effectuer des emprunts, d'émettre dupapier-monnaie ;

D'arrêter le chiffre des forces de terres et de mer et de fixer le contingent cpie devra fournir chaque confédéré ;

De statuer sur les différends qui peuvent surgir entre les divers gouvernements.

Les revenus du gouvernement fédéral proviennent de contributions fournies par les Etats, d'après une proportion établie sur la valeur de leurs terres et maisons.

Le congrès a le droit d'exiger de la part des gouvernements de provinces, obéissance à ses actes.

Voilà, en résumé, les principaux traits de la constitution de 1777. Il suffit de les examiner, pour voir que l'on avait constitué un corps auquel on refusait de donner les moyens de subsister par lui-même. Il reste sans vie et sans mouvement vis-à-vis de ses subordonnés, qui font mine de lui donner des forces, mais les gardent en réalité. Où trouverait-il des ressources, privé qu'il est des revenus de douanes, et du droit d'imposer des taxes directes ? Il a bien le pouvoir de contracter des emprunts ; privilège illusoire, puisque son crédit ne repose que sur le bon vouloir de treize Etats jjIus ou moins bien disposés à lui fournir des garanties. Il possède la faculté d'exiger la soumission à ses actes, mais aucune force coercitive pour contraindre les récalcitrants à l'obéissance.

Les constituants de 1777 sentaient bien le côté faible de

leur œuvre, mais l'impossibilité d'obtenir des concessions plus considérables des parties contractantes les frappait encore davantage. Celles-ci n'entendaient, comme le dit le préambule de la constitution de 1777, que former une ligue d'amitié qui laisserait intacte la souveraineté de chaque Etat. Pour s'expliquer l'incohérence, le manque de logique de cette charte qui, confondant tous les pouvoirs, législatif, judiciaire, et exécutif, les concentrait dans une chambre unique, sans contrepoids, il faut bien se rendre compte des idées et des influences ataviques dominantes alors aux Etats-Unis.

La révolution avait débarrassé les colonies du seul contrôle qu'elles pouvaient redouter, et on venait inopinément leui* demander d'aliéner une partie de l'indépendance tant convoitée, et à peine acquise, en faveur d'un autre gouvei'nement. Ne devaient-elles pas, tout naturellement, redouter la création d'un pouvoir qui serait plus agissant que celui de l'Angleterre et partant plus gênant ? Aussi, leur défiance se trahit à chaque ligne de l'œuvre du congrès de 1777. Ce n'est pas la seule inquiétude (|ui pèse sur l'esprit des hommes de l'époque. Si l'Angleterre avait inspiré de l'antipathie à ses colonies, il ne faut pas croire qu'elles fussent animées, les unes envers les autres, de sentiments de grande cordialité. La jalousie les séparait et si, à certains moments, on les voyait agir de concert, ce n'était que pour conjurer un danger commun.

Franklin attirmait à Londres, lors de la négociation du traité de Paris, que les colonies s'entendraient mieux avec l'Angleterre ciu'entre elles. Leur but, en se sé])arant de la mère-patrie, était donc de conserver leur souveraineté individuelle sous l'empire des chartes pi'imitives.

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Dans le cours de leur histoire coloniale, on les voit rarement s'adresser à l'Angleterre, mal<»'ré leurs déclarations empreintes d'un royalisme exagéré, l'attachement à la métropole ne tenant (pie peu de place dans leur cœur. Comment pouvait-il en être autrement ? Les traditions de famille ne leur rappelaient-elles j)as la cause première de leur transplantation en Amérique ? Au cours des débats engagés au parlement anglais sur le projet de taxer les colonies, Charles Townshend exprimait l'espoir que " des evfants de F Angleterre, établis par nos soins, nourris par notre Jmnté et protégés par nos armes, contribueraient à payer leur part de la dette commune y

Ces paroles soulevèrent l'indignation du colonel Isaac Barré, ancien compagnon d'armes de Wolfe au Canada, et qui connaissait bien les rebelles. " Etablis par vos soins, s'écriait-il, quelle ironie ! C'est votre oppression qui les a poussés vers l'Amérique où ils se sont mis à l'abri de votre tyrannie .... Nourris par votre bonté ! Ils ont grandi, hélas î grâce à votre indifférence. Lorsque vous vous êtes occupés d'eux, ça été pour leur envoyer des tyrans, qui ont paifois glacé le sang de ces

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