Ann. de Physique de Gilberl, Vol. 74. 1S
SPECTRES PRISMATIQUES DES ÉTOILES
dit pas plus loin le champ de ses observations. Lamont chercha ensuite à se servir d'un prisme ordinaire placé près de l'oculaire du grand réfracteur de l'observatoire de Munich, de dix pouces d'ouverture; mais il n'obtint pas de résultats satisfaisants, à cause, disait-il, de l'énorme influence des ondulations atmosphériques. Aussi ses recherches tombèrent-elles dans l'oubli.
Celui qui fit revivre la spectroscopie stellaire fut l'astronome G.-B. Donati, de Florence, vers l'année 1860. Ayant au Musée de cette ville une grande lentille non achromatique de 41 centimètres d'ouverture, qui avait servi aux recherches physiques de Y Accademia del Cimento et du célèbre Davy, il la monta parallactiquement comme une lunette, la jugeant utile pour recueillir beaucoup de lumière, chose essentielle en pareille matière. Sous la direction du fameux opticien G.-B. Amici, il construisit un spectroscope analogue à ceux qui, plus tard, furent employés dans les recherches chimiques, et il s'en servit pour examiner la lumière des étoiles.
La figure ci-jointe représente la partie essentielle de
fig. 3.
l'instrument; qm (fig. 3) est le prolongement du tube de la grande lentille, p est le prisme, f, la plus petite lunette, l'analyseur. Au lieu de la fente sur laquelle doivent tomber las rayons des étoiles, il se servit d'une lentille cylindrique,
laquelle, formant une ligne focale, jouait le rôle de la fente, sans exclure la lumière latérale; seulement il conserva un diaphragme placé dans le plan focal de l'objectif, pour avoir une direction constante des rayons et un axe optique déterminé. Au moyen de la vis de rappel S, on pouvait donner à la lunette les inclinaisons nécessaires pour mesurer les positions des raies et lire la valeur de la déviation avec un vernier l se mouvant dans la graduation tracée sur le cercle. Les petites différences se lisaient avec la vis micrométrique r.
Les résultats obtenus par Donati avec cet instrument furent publiés en 4862 dans un important Mémoire où étaient figurés, décrits et mesurés, les spectres de 15 étoiles principales; il y relève spécialement la position presque constante de la raie du vert-bleu et des autres du spectre dans sa région moyenne, et beaucoup de groupes propres à d'autres étoiles colorées. Seulement l'auteur se plaint encore là de la faiblesse de la lumière et de la difficulté de reconnaître les couleurs; il semble même qu'aux extrémités elles lui aient complètement échappé, sans doute en raison de l'imperfection de l'objectif non achromatique et du grossissement trop fort de la petite lunette.
Pour favoriser ces recherches et obvier au grand inconvénient de la vision oblique à l'axe de l'objectif principal en raison de la déviation du prisme, M. Amici a inventé un prisme qui, sans dévier la lumière, en donne cependant le spectre complet, comme dans les prismes angulaires.
Ce prisme est formé de trois autres (fig. 4), un moyen F de flint pesant (borate de plomb), et deux autres C,G' de crown ; ils sont collés ensemble avec du baume ; le rayon blanc sort alors décomposé sans déviation, et l'effet de ce prisme est le contraire de celui du prisme achromatique ordinaire.
A psine connue en France, la construction de ce prisme
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donna naissance à un instrument qui devait jouer un grand rôle dans la science spectrale. L'opticien Hoffmann, de Paris,
améliora noLaljlcincnt ie prisme, élevant à cinq le nombre des prismes composants, deux de flint pesant F, F, et trois de crown C, C, G" (fig. 5), ce qui augmente la dispersion ; il con-
struisit amsi un petit spectroscope de poche, qui l'ut présenté
;i l'Académie des sciences de Paris par M. Janssen, en 18(52.
La construction de cet instrument est aujourd'hui très-
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connue; il ne sera pas inutile pourtant d'en donner ici une idée. Il est composé de deux lunettes : l'une, KG (fig. G), à la place de l'oculaire, porte, en son foyer principal, une
fente SS' laquelle reçoit les rayons du corps lumineux. Ceuxci, rendus parallèles par l'objectif G, traversent le prisme quintuple P. L'autre lunette FO est une lunette ordinaire, munie d'un oculaire micrométrique avec lequel on regarde l'image de la fente à travers le prisme, comme si elle était située à l'infini. Devant la fente est un petit miroir ou prisme r qui sert à réfléchir à l'intérieur de l'instrument une lumière artificielle placée latéralement. Le bouton B sert à élargir ou rétrécir la fente.
Ce spectroscope fut connu à Rome presque en même temps que le mémoire de Donati. J'eus immédiatement l'idée d'en faire usage pour les étoiles, en l'appliquant à notre grand réfracteur, avec l'espoir d'obtenir de meilleurs résultats que Donati, grâce à la grande perfection de notre objectif de Merz. L'instrument fut commandé immédiatement, mais il n'arriva qu'au mois de décembre de la même année. Pendant ce temps-là, M. Janssen étant venu à Rome pour étudier le spectre solaire, et ayant avec lui un de ces petits instruments, je le priai de l'appliquer à notre réfracteur, pour nous en servir provisoirement jusqu'à l'arrivée du mien. Il y consentit, et nous fimes ensemble les premières recherches qui furent présentées à l'Académie des sciences de Paris.
L'étude de la spectroscopie solaire et chimique était déjà si avancée que nous cherchâmes non-seulement l'existence des lignes spectrales, mais même leur nature, et, dès les premières soirées, nous pûmes constater dans l'étoile a d'Orion l'existence de la raie D du sodium et d'autres métaux.
L'appareil provisoire fut bientôt transformé en un appareil fixe, dès que j'eus mon spectroscope auquel j'appliquai une échelle latérale éclairée, et vue par réflexion sur la face