CHAPITRE VII
VARIABILITE DES ETOILES
Quand on contemple le ciel étoile par une nuit sereine, rien n'est plus difficilement acceptable pour l'imagination que la pensée que, dans ce profond silence, dans l'immensité de cet espace infini, tout est mort et tranquille. Il semble que là aussi doivent régner la vie et l'activité que nous voyons dans notre système. Mais, pour dissiper toute incertitude à cet égard, et enlever toute illusion, il suffit de considérer ces phénomènes passagers de feux instantanés, ces aérolithes qui semblent des étoiles changeant de place; la nature nous en présente encore d'autres preuves bien plus éclatantes, en nous montrant de véritables étoiles qui, après avoir brillé immobiles à leur poste des mois et des années, après avoir passé par les phases d'un monde en formation, s'évanouissent sans laisser de traces visibles de leur existence. On a ainsi, de plus, la preuve d'une immense activité toujours permanente que l'œil humain, même avec le secours des moyens les plus puissants, n'arrive pas ordinairement à saisir.
De tels phénomènes au milieu de l'admirable stabilité de
la sphère étoilée, sont des faits trop singuliers pour ne pas exciter l'attention des savants et la curiosité du vulgaire, quand ils se produisent; aussi l'histoire n'a-t-elle pas manqué d'en enregistrer plusieurs. Mais, en dehors des cas rares où l'étoile nouvelle surpassait notablement les astres déjà connus, il n'y avait pas lieu d'espérer qu'on y fit attention. Et pourtant le mouvement qui règne en réalité dans les profondeurs de l'espace est bien plus étendu, bien plus général que celui qui se manifeste dans ces cas très-rares.
Toutes les étoiles ne conservent pas la même grandeur, mais l'éclcit de beaucoup d'entre elles varie avec le temps. Peut-être n'y en a-t-il pas une seule qui soit absolument constante, mais l'attention des astronomes a été fixée spécialement sur quelques-unes des plus singulières, qui ont précisément pour cela reçu le nom de variables. Il est déjà si difficile, comme nous l'avons vu, de déterminer l'intensité de la lumière stellaire, que cette étude est sujette à de grandes incertitudes; mais les cas dont nous nous occupons principalement sont si remarquables qu'ils ne peuvent comporter aucun doute. La découverte de ces phénomènes est due tout entière aux astronomes modernes ; les anciens ne nous ont laissé que quelques souvenirs incertains des astres qui ont déjà disparu, et ils les ont si mal définis, que nous pcvons à peine déterminer la place occupée par ces étoiles.
Cette étude a été cultivée avec amour par un grand nombre d'astronomes des plus distingués de nos jours, Argelander, lïind, Heis, Schmidt, Schœnfeld, d'Arrest, Birmingham, Webb, et beaucoup d'autres observateurs. Leurs travaux ont amassé une ample moisson de faits qui sont arrivés à former un corps de science précise ; avec le secours de la spectroscopie, on arrivera certainement à dévoiler le mystère qui enveloppe encore ces variations et ces apparitions singulières.
Pour procéder avec ordre, nous parlerons d'abord des étoiles passagères ou, comme on les appelle, temporaires; puis des étoiles périodiques, et enfin de quelques modifications encore problématiques qui se produisent dans divers corps de la sphère céleste, et qui sont importantes pour nous, parce qu'elles sont relatives à notre soleil.