II. — NÉBULEUSES ELLIPTIQUES
Les nébuleuses elliptiques sont des masses allongées en général très-faibles et très-difïuses sur les bords. Une des plus remarquables se trouve dans la Ceinture d'Andromède, et se voit à l'œil nu, comme une lumière vue à travers une mince lame de corne, pour se servir des expressions de Fabricius, qui l'a découverte. Son étendue est très-remarquable : elle est de 1° 30' de long et 24' de large. Bond de Cambridge, aux Etats-Unis, en a fuit une étude approfondie et a trouvé qu'elle peut s'étendre en longueur sur 4°, et en largeur sur 2" 30' ; mais à ses extrémités elle est très-peu distincte. En outre, elle est loin d'offrir une lumière régulièrement graduée; elle présente comme deux canaux étroits, obscurs, non rigoureusement parallèles. Sous de très-forts grossissements, la partie centrale se réduit à de petits flocons inégaux, dégradés, au milieu d'une masse en forme de queue d'aronde, et d'une forme très-différente de celle de l'ensemble.
Cette nébuleuse n"a pas une scintillation vive, et elle ne résiste pas au grossissement autant que les planétaires. Ses deux canaux noirs avaient échappé à de Vico, qui l'a beaucoup étudiée, et offrent une conformation assez mystérieuse. Il est difficile de croire qu'une masse qui semble gazeuse puisse être réellement partagée par des canaux vides. Il nous semble plus probable que ces canaux sont deux zones obscures de matière non lumineuse, qui sont accidentellement projetées sur la nébuleuse. Nous verrons que des cas de ce genre se rencontrent dans la voie lactée.
Sur la nébuleuse, il y a beaucoup de petites étoiles; mais, comme il y en a aussi sur la voie lactée, il reste encore douteux de savoir si elles se projettent simplement par hasard sur cette nébuleuse, ou si elles font partie de son système. Le spectre a été trouvé continu, et, par suite, les substances qui la composent restent inconnues. Cela ne prouve pas cependant qu'elle ne soit pas gazeuse, les gaz pouvant, à basse température, donner un spectre continu. En tous cas, nous sommes ici en face d'un objet différent des nébuleuses planétaires. La nébuleuse principale est accompagnée d\me autre petite, voisine, de même structure.
Une autre nébuleuse, très-belle, en apparence ovale, est dans le Taureau (H, 1157, A\ = 5'' 26™ 4^; D = + 21" 54' 50"). Vue avec de forts grossissements, elle présente des ramifications curvilignes, mais pas toutes du même côté, ce qui la fait ressembler à une fleur très-singulière, comme on le voit figure 2, planche XVI. Avec son instrument colossal, lord Rosse a reconnu que ces ramifications sont des traces d'arcs de spirale.
Les nébuleuses rigoureusement elliptiques sont trèsnombreuses, et généralement du type de la figure 5, planche XVI.
Un grand nombre de ces petites nébuleuses se trouvent principalement dans la région de la Chevelure de Bérénice et dans les Ailes de la Vierge. Elles sont en général condensées au centre et très-diffuses sur le boi'd, et elles passent par tous les degrés possibles de densité depuis la pénombre la plus faible jusqu'à présenter au centre u** assez bel éclat; en général, elles sont trop faibles pou; donner aucune espèce de spectre, et elles sont irrésolubles. Il est singulier que les nébuleuses elliptiques aient déjà été caractérisées comme irrésolubles par Herschel. On peut aussi noter que, tandis que dans les groupes globulaires le contour est entièrement formé d'étoiles plus belles et plus grosses qu'au centre, dans les nébuleuses ovales, au contraire, le bord est plus confus et moins brillant que le centre.
On découvre tous les jours beaucoup de ces nébuleuses extrêmement faibles. On en a trouvé plusieurs tant à Marseille qu'au Collège romain, et leur nombre s'accroîtra probablement avec la puissance des instruments. Évidemment, la forme elliptique de ces masses provient de la force centrifuge. Nous les voyons plus ou moins inclinées par rapport à leur plan de rotation. Quelques-unes sont vues par la tranche et semblent presque des lignes ; d'autres sont vues presque normalement, et alors elles présentent des formes en spirale. Avec ses instruments gigantesques, lord Rosse a fait voir que la forme spirale est plus fréquente qu'on ne le croyait. Un exemple magnifique de cette structure se trouve dans la nébuleuse des Lévriers, figure -4, planche XVI, qui montre une double spirale tournée vers une masse centrale multiple, avec une masse plus petite lointaine et excentrique (II, 3572, M. = 13'' 23"' b¥; D = + 47« 54'5G"; M. 51). Ces formes sont manifestement l'indice d une
force centrale attractive combinée avec une force tangentielle, dont le résultat sera la construction d'un astre définitif. Les deux noyaux nébuleux et les arcs en spirale sont parfaitement reconnaissables dans notre équatorial, et en 1855 l'angle de position relative était 15° 54' et la distance 4' 23". Cette nébuleuse ne supporte pas un fort grossissement. Son spectre a été trouvé uniforme. Elle est donc peut-être à basse température.
Il y a d'autres nébuleuses elliptiques. Ce sont les suivantes : (H. 2377, M = ll'i 12'» 48«; D = -f 13« 44' 43"); (II. 2373, M = 11'' 41"^ 37^ D = + 13" 51' 14"); elles sont rapidement condensées au centre, semblables et semblablement orientées. La première a une longueur d'environ 7' et une largeur de 2'; sa direction est 155"; la seconde est plus petite et a la direction 145°. Il y en a plusieurs autres dans le voisinage.