LE 8TSTËME DE SIRIUS
astres ne présenterait pas un pareU contraste. Maïs, d'ailleurs, ce satellite de l'éclatant soleil sirien brille -t-il de son propre éclat? ou bien ne serait-ce pas là une planète énorme de ce lointain système? Il ne serait pas absolument impossible que nous apercevions d'ici une telle planète, à la condition qu'elle eût un volume considérable et une surface réfléchissante très blanche. Chacun a pu remarquer que la planète Vénus (et c'est très frappant en ce moment : mars-avril 1881) est incomparablement plus éclatante que Sirius, quoiqu'elle n'ait en réalité aucime lumière propre, quoiqu'elle soit de sa nature aussi obscure que la Terre et qu'elle soit tout simplement éclairée par le Soleil. Si la surface de Sirius est intrinsèquement deux fois plus intense que celle de notre flambeau solaire, et si cette surface est 144 fois plus étendue, une immense planète, éloignée même à un milliard de lieues de Sirius, recevrait encore une assez grande quantité de lumière pour être perceptible d'ici. Il est donc possible que nous ayons là sous les yeux un monde imposant de ce fameux svsTÈBfE db Simus célébré pour là première fois par Voltaire dans son conte charmantàe Microméga8{*).
Des planètes situées près de Sirius, aux distances où gravitent dans notre système Mercure, Vénus, la Terre et Mars, seraient illuminées d'une lumière si éblouissante et chaufiées par une fournaise si ardente que Ton peut se demander quel ordre dévie y serait possible. Si l'harmonie céleste n'est pas un vain mot, les planètes du système sirien doivent rouler autour de cet ardent et colossal soleil à une distance plus considérable, et trôner sur des orbites plus vastes encore que celles qui sont décrites en notre système par nos mondes géants de Jupiter, Saturne, Uranus et Neptune.
Le système de Sirius vient ainsi d'être révélé par la double con-
(•) Voyage d'un habitant de Sirius et d*un habitant de Saturne. Voyez mon ouTrage Les Mondes imaginaires et les Mondes réels, p. 479-487. C'est assurément Tun des chefs-d'œuvre de Voltaire. La philosophie astronomique y est déjà tout entière : < Nous avons soixante-douze sens, dit le Saturnien, et nous nous plaignons tous les jours du peu. — Je le crois bien, répond Micromégas ; dans notre monde de Sirius nous avons près de mille sens, et il nous reste encore je ne sais quelle vague inquiétude d'inconnu. — Combien de temps vivez-vous? continue le Sirien. — Ah! bien peu, réplique le petit homme de Saturne (qui n'avait que mille toises de hauteur) : seulement cinquante révolutions saturniennes ou quinze mille ans; c'est mourir aussitôt né. — Notre vie est sept cents fois plus longue que la vôtre, reprend le Sirien do huit lieues de haut; mais vous savez que quand il faut rendre son corps aux éléments et ranimer la nature sous une autre forme, ce qui s'appelle mourir, avoir vécu une éternité ou avoir vécu un jour, c'est à peu près la même chose, » etc. Tout ce roman astronomique est 5, lire. On ne sait pas, en général, que ce qui a donné à Voltaire rampleur et l'indépendance de ses idées, c'est sa connaissance de l'astronomie. C'est lui le premier qui a fait connaître Newton en Frauce, et la seule traduction que nous ayons du livre Ucs Principes est celle de la marquise du Châtelet, publiée par Vnltnirr».