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LA NÉBULEUSE DU NAVIRE

tant sont immenses l'intérêt et la variété des astres qu'il rencontrei tant est riche le fond du ciel étoile sur lequel ces astres étincellent. i

La nébuleuse du Navire n'offre, en aucune partie de son étendue, la moindre apparence de résolubilité en étoiles ; elle est à cet égard analogue à la nébuleuse d'Orion. Elle ne paraît avoir rien de commun av:)c la Voie lactée sur le fond de laquelle nous la voyons projetée , et doit être par conséquent située à une incommensurable distance au delà de cette couche.

On ne remarque aucune forme régulière dans cette singulière nébuleuse, ni dans aucune de ses parties ; sa substance est disséminée sans aucune espèce de loi apparente et offre la plus complète irrégularité dans ses condensations

Fig. 850. — La nébuleute de ^1 du Navire.

comme dans ses vides. Cependant du côté précédent ou occidental de l'étoile tj, on remarque une longue ouverture s'étendant du sud au nord et offrant un peu l'aspect d'une serrure; cette ouverture vide n'est pas entièrement noire, car un léger voile nébuleux s'étend obliquement sur sa partie boréale et occidentale ; quatre étoiles sont placées sur ses bords.

Nous l'avons déjà dit, sur les 1203 étoiles mesurées 21 sont multiples, et la fameuse variable est l'une d'entre elles; elle est accompagnée de deux étoiles de 12* et de 13« grandeur, rapprochées d'elle à 12 et 14 secondes d'arc.

Il semble que certaines métamorphoses se soient opérées dans la nébuleuse; que, de plus, plusieurs étoiles aient changé de place, tandis qued'autres se seraient éteintes. Sans admettre toutes ces variations, dont plusieurs peuvent être dues aux différences d'appréciation des observateurs et à celles des instruments employés (comme tout astronome ne le sait que trop pai* la pratique), il est probable néanmoins que certains changements assez rapides s'opèrent actuellement dans cette région du ciel. — Quand nous disons actueUement^ il faudrait tenir compte

552 CURIOSITÉS DE LA CONSTELLATION Dl> NAVIRE

du temps que la lumière emploie pour venir de là jusqu'ici... c'est-à-dire des milliers d'années. Le mouvement propre de ii du Navire est presque insensible.

On voit qu'il y a là une création bizarre, inexpliquée, actuellement incompréhensible pour Vhomriculus terrestre. C'est encore là un nouveau mystère sidéral à ajouter à tous ceux qui nous ont émerveillés jusqu'ici. Mais, au surplus, en osant entreprendre ici la description complète du ciel visible, n'était-ce pas essayer d'entreprendre la conquête de l'infini?... Il nous restera toujours plus à apprendre que nous n'en saurons jamais, à quelque époque que ce soit de notre vie étemelle.

Remarquons aussi dans cette vaste constellation du Navire, l'étoile Cmopus, de première grandeur, située par 6*21- et 52*37'. Comme nous l'avons vu (p. 484), c'est la seconde étoile du ciel par ordre d'éclat, car elle vient immédiatement après Sirius, et est supérieure à a du Cen^ taure, Arcturus, Véga, Rigel et Capella. Elle brille sur le gouvernail du Navire et porte le nom du pilote de Ménélas, qui s'appelait Kanôbos. Pline, Ptolémée, Manilius l'appellent déjà Canopua; pourtant Hévélius et Flamsteed écrivent encore Canobus. Cette éclatante étoile était adorée en Egypte. La ville de Canope (aujourd'hui Aboukir), sur Tune des branches du Nil, dans la basse Egypte, portait anciennement le môme nom : c*était là, disait-on, que le pilote de Ménélas était mort de la morsure d'un serpent.

U faut aller à 53 degrés du pôle nord, c'est-à-dire au 37* degré de latitude, pour commencer à apercevoir Canopus rasant l'horizon. On peut le voir de Gibraltar, des côtes sud de l'Espagne, de TAlgérie, de la Tunisie, delà Grèce et d'Alexandrie. Hipparque et Ptolémée ont pu l'observer aussi de leur temps, car dans cette position l'effet de la précession est à peu près nul.

Cet astre jouissait d'une célébrité spéciale chez les anciens navigateurs. Améric Vespuce en parle dans ses mémoires, et croyait même en avoir vu trois, dont un noir (probablement le trou dans la Voie lactée nommé sac à charbon). Les pèlerins arabes l'appelaient € l'étoile de sainte Catherine », parce qu'ils étaient joyeux de la voir et de se guider sur elle pour aller de Gaza au mont Sinal. Canopus est resté célèbre dans les annales de la navigation.

La situation australe de ces étoiles du Navire nous interdit de faire directement connaissance avec elles. Signalons pourtant im bel amas, visible d'ici, et à l'œil nu, sur le prolongement d'une ligne menée par ^, « et Y du Grand Chien, à deux fois et demie environ la distance de « à /. C'est l'amas H. VIIL 38, illustré dans son voisinage immédiat

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