‹ Les étoiles et les curiosités du cielChapitre 306 sur 373 · OBSERVATION DE 3 PLANÈTES. — LA LUNE G · texte numérisé non relu

OBSERVATION DE 3 PLANÈTES. — LA LUNE G

attentivement le ciel occidental, trois quarts d'heure environ après le

coucher du soleil, aux époques de ses plus grandes élongations du

soir:

1883 21 janvier; — 14 mai; — 10 septembre.

1884 4 janvier; — 25 avril; — 23 août.

et ainsi de suite, en retranchant 18 jours à chaque date, à un jour près. Ce sont là les milieux des périodes de ses élongations du soir : la visibilité s'étend sur six jours de part et d'autre de ces dates moyennes.

Le seul intérêt de Tobservation populaire de Mercure, à part la satisfaction d'une curiosité bien légitime, réside dans la constatation de ses phases, analogues à celles de Vénus, accessibles aux instruments de moyenne puissance, mais assez difficiles à suivre jusqu'au croissant. Aux époques de ses élongations les plus favorables, cette miniature de planète s'offre à nous sous Taspcct d'une demi-lune de 9' de diamètre, comme on le voit sur cette petite figure dessinée à la môme échelle que les précédentes {\ mill. = T).

Nos lecteurs savent qu'en réalité le diamètre de ce petit monde n'est égal qu'aux 38 centièmes de celui de la Terre. C'est la plus petite des huit planètes principales Fg.392.— Aspect deMercur©. de notre système. — De Mercure comme de Vénus, la Terre où nous sommes brille pendant la nuit dans le ciel comme une magnifique étoile de première grandeur. On peut môme voir à l'œil nu la Lune à côté, de sorte que nous offrons le spectacle d'une charmante étoile double, planant mystérieusement dans l'infini des cieux.

11 serait superflu de chercher à distinguer les taches géographiques, l'atmo* sphère et les montagnes de Mercure. L'observation de ses phases est vraiment la seule qui se puisse faire facilement. On peut encore examiner la planète, en de tout autres conditions, sous l'aspect d'un disque noir, lorsqu'elle passe devant le Soleil, et ainsi nous l'avons observée le 5 novembre 1868 et le 6 mai 1878. Mais il n'y a plus de passage visible à Paris avant le 10 novembre 1894. Nous en avons un, il est vrai, cette année môme, le 7 novembre 1881, seulement il aura lieu de 10** 25" du soir à 3** 47" du malin, c'est-à-dire pendant la nuit pour nous, et sera par conséquent invisible pour l'Europe. On l'observera des deux Amériques et de nos antipodes.

LA LUNE a

Je ne connais pas de spectacle plus ravissant^ plus délicieux, et en môme temps plus saisissant, j'allais dire plus idéal, plus sublime, que celui de la Lune observée au télescope pendant une tranquille soirée, aux environs du premier quartier. Obliquement illuminée par les

Mî OBSERVATION DES PLANÈTES. — LA LUNE

rayons du soleil, coaché pour nous, la surface lunaire offre alors le relief de ses cirques et de ses montagnes, rehaussé par les ombres noires qui s'allongent nettement à leurs pieds ou qui emplissent le fond des cratères. Dans Tazur du ciel, encore éclairé dans la vaste clarté du crépuscule, le bord intérieur du croissant lunaire, non dur et éblouis* sant comme à la nuit tombée, mais doucement lumineux, clair, pur, candide, semble une broderie d'argent fluide flottant dans Tair, suave comme Téther, céleste, divine. L'anneau de Saturne, le disque de Jupiter entouré de son cortè^; les phases de Vénus; Taspect des étoiles doubles colorées, telles que 7 d'Andromède, p du Cygne, le Cœur de Charles, y du Dauphin; les étoiles doubles éclatantes, telles que Mizar, Castor, y de la Vierge; les créations lointaines et splendides, telles que la nébuleuse d'Orion ou l'amas d'Hercule, nous transportent plus loin dans l'infini sans nous charmer davantage. L'aspect de cette île de lumière vaut celui de ces merveilles. Pourquoi ne commencerait-on pas par là l'apprentissage du télescope? C'est l'observation la plus facile; en s'y exerçant, on se préparera à des recherches plus délicates, et dès le premier instant on sera récompensé de la peine que l'on aura prise pour ajuster exactement l'instrument, et encouragé à poursuivre plus loin l'observation des célestes spectacles.

Dès le troisième jour de la lunaison, le croissant est assez dégagé des brumes rougissantes de l'horizon occidental pour ofiUr des contours nets et arrêtés et des cornes extrômement unes prolongées le long de la circonférence du disque, dont rintérieur est éclairé par la lumière cendrée. Tandis que le bord extérieur du croissant se montre net et circulaire, parce qu'il est éclairé moins obliquement et que toutes les irrégularités de la topographie lunaire se projettent en perspective les unes devant les autres pour former un môme niveau moyen, le bord intérieur se montre déchiqueté, les reliefs les plus élevés étant seuls éclairés par le soleil levant, qui arrive alors sur ce méridien. La tache grise ovale que Ton remarque déjà est la mer des Crises, tache grise ovale à gauche, à Touest, près du bord, au-dessous de Téquateur. Le méridien éclairé, le cercle d'illumination, passe là le troisième joiur de la lunaison. — (La petite figure suivante suffit pour les configurations principales; mais il sera utile de revoir la carte de la Lone publiée dans VAstronomie populaire^ page 156, et la chromolithographie de la page 186).

[Rappelons à cet égard que si Ton veut avoir devant les yeux la Lune comme on la voit à rœil nu, il faut retourner le dessin ci-après et mettre le haut en bas : alors le croissant est à droite. Pour avoir l'astre tel qu'il se présente dans les lunettes astronomiques, qui renversent les images, il faut le regarder tel qu'il est imprimé ici : alors le croissant est à gauche et le cercle terminateu* intérieur passe par la mer des Crises.]

Le quatrième jour, on juge mieux de Tensemblo de la mer dos Crises, parce

Fig. 393. — Aspect générai de la Luc«.

(lue le croissant est plus large et que le cercle terminateur est plus rapproché du méridien central. Alors on distingue aussi la mer de la Fécondité (la tache grise, longue, au-dessus de la mer des Crises, et traversée par Téquateur), ainsi que les cirques qui l'entourent à gauche et à droite : au milieu de cette plaine se trouvent les deux cratères jumeaux Messier, qui ont subi un changement depuis 1837. La partie supérieure du croissant apparaît comme une bordure de dentelle, parle grand nombre de cratères qui peuplent cette contrée montagneuse. On commence & apercevoir la mer du Nectar, au-dessus de la précédente dans Thémisphère sud.

Le cinquième joui*, Toeil est arrêté par les trois grands cirques à droite c { de la mer du Nectar, qui sont, en allant de bas en haut, Théophile, Cyrille et Catherine. Malgré la vulgarité de ces noms, ces cirques sont splendides, immenses : ce sont des montagnes plus élevées que le Mont- Blanc. La plaine grise au-dessous des deux mers précédentes, et communiquant avec elles, est la mer de la Tranquillité, et celle plus bas, entourée d*un rempart elliptique, est la mer dv. la Séréuité. Au-dessous do celle-ci se remarque uq beau cirque ovale : Posidonius.

Le sixième jour est peut-être le plus intéi*essant. La mer de la Sérénité se développe presque entière, avec le cirque d'Eudoxe et le Caucase au noi-d, Posidonius au nord-ouest, la traînée blanche qui la u*a verse, et en haut, au sud. les cirques de Pline, Ménélas et Manilius. (Astronomiey p. 158). Plus haut, les rainures d'Hyginus et de Triesnecker (Id.y p. 189). Le long de l'hémisphère supérieur, le cercle terminateur passe par une série de cratères énormes. Parfois leur circonférence est éclairée tout entière par le soleil levant, le fond restant dans Tombre ; parfois les crêtes les plus élevées sont seules visibles, détachées du bord intérieur du croissant, comme des étoiles. Attendez une demi-heure, une heure> et vous verrez de vos yeux l'illumination solaire enflammer toutes ces alpes blanches et réunir les cimes aux versants moins élevés.

Le septième jour, quadi*ature ou premier quartier; le méridien d'éclairenient coupe la Lune en deux, traversant la mer des Vapeurs vers le centre, et passant au-dessus d'elle, près des trois grands cirques de Ptolémée, d'Alphonse et d'Arzachel. Leurs crêtes, comme celles de la grande irradiation de Tycho, dans la partie supérieure de la Lune, s'illuminent insensiblement à la droite ou à l'est du méridien. En bas, au-dessous de la mer de la Sérénité, la vue est attirée par d'autres cirques remarquables.

Le huitième jour, l'observation est encore extrêmement intéressante, parc-e que le cercle dlllumination arrive, en haut, sur la pittoresque formation montagneuse de Tycho, et en bas sur la chaîne grandiose des Apennins (dans l'hémisphère nord, à droite du méridien central), sur les cratères d'Archimède,

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d'Aristillus et d'Autolycus (Voir les photographies publiées dans Us Terres du Ciel), et, plus bas encore, vers le pôle boréal de la Lune, sur le cirque plat et sombre de Platon. L'observateur ne pourra 8*eropécher de s'étonner de la variété des études qu'il y aurait à faire là, et tout de suite il pensera qu'une vie entière n'y suffirait pas.

Le neuvième jour, Tun des paysages alpestres les plus curieux se présente sur le cercle terminateur: le mont Copernic (au-dessus des Apennins), le plus grandiose peut-être de la Lune entière, formation géologique visible dans tous ses détails, avec son énorme pyramide centrale et ses fantastiques éboulements de rochers. Le terrain environnant est criblé de petits cratères. Au-dessus de Copernic on remarque Timmcnse plaine qualifiée du nom de mer des Nuées (c'est la grande tache grise qui s'étend depuis l'équateur jusque vers Tycho).

A partir du dixième jour, l'observation devient plus fatigante pour la vue et moins intéressante par refTacement des reliefs. Cependant en tempérant la vive lumière par un verre bleu léger vissé à l'oculaire, on pourra encore, le !!• jour de la lunaison, examiner, à droite de Copernic, la montagne i*ayonnante de Kepler, le 12* celle d'Aristarque, qui est au-dessus de Kepler, et le 13* les échancrures du bord sud-est du disque lunaire. Le jour de la pleine lune, il n^y a d'intéressant à voir que les rayonnements blancs qui partent de Tycho comme autant de méridiens. De la pleine lune au dernier quartier, on peut faire les observations précédentes en sens contraire, mais alors à une heure de plus en plus avancée dans la nuit. lia Lune retarde de trois quarts d'heure par jour, et après le dernier quartier, elle n'est plus visible que le matin.

Tous les instruments sont bons pour l'observation de la Lune, à condition que l'objectif soit pur et qu'on n'emploie pas de grossissements trop forts. Mais, naturellement, plus l'instrument sera puissant et plus on découvrira de détails. Une simple jumelle donne déjà une idée exacte de la géographie et de la topographie générale; une jumelle de marine et une longue-vue terrestre mellenl en évidence les aspects de la figure précédente. Une lunetle de 60 millimètres permet de se rendre compte des principales particularités signalées dans la description sommaire que nous venons de faire. Dans une lunette de 75, on apprécie fort bien le caractère essentiel des cirques lunaires, qui est d'avoir leur fond plus bas que le terrain environnant leurs bords, et d'ôtre de véritables excavations paraissant dues à des bulles de gaz aiTivées de l'intérieur du globe lunaire, qui auraient crevé à la surface à l'époque où elle était encoi*e pâteuse, en laissant déprimée l'aire de leur passage. On reconnaîtra également la forme circulaire, totale ou partielle de toutes les mers lunaires. En observant les reliefs à l'aide d'une lunette de 95, on jugera de Télévation prodigieuse de certaines arêtes et de certains pics, notamment de la chaîne des Apennins, qui s'élève à 5560 mètres au-dessus de la plaine, du cratère de Tycho, dont l'altitude est de 6150 mètre^, de Callipus, dans le Caucase, au-dessous de la mer de la Sérénité (6216 mètres), du cirque de Copernic, lequel, quoique ne dépassant pas 4000 mètres, produit néanmoins un efifet si remarquable par son isolement, tandis que des monts plus élevés, perdus dans les régions montagneuses, tels que LeibniU (7610 mètres), Doerfel (6403), Newton (7564), Clavius (7091), accumulés au pôle sud, restent en partie éclipsés par leur propre voisinage.

Une lunette de 108 permettra de distinguer et de dessiner les rainures qui serpentent près d*Hyginus, de Triesnecker, d'Archimède, sous les Apennins, de reconnaître de curieux détails au sein de cette nature si bouleversée, d'entreprendre de beaux dessins des plaines éclairées d'une lumière fuyante, au bord desquelles les arêtes de certains cratères présentent de profil des cadres du relief le plus étonnant.

On appréciera soi-même, par les résultats obtenus, quels seront les grossissements les plus convenables à employer; chaque instrument est muni de plusieurs oculaires : on reconnaîtra par la pratique môme que le plus fort ne peut-être appliqué que dans des circonstances exceptionnelles de transparence atmosphérique, et seulement pour vérifier certains détails devinés avec le grossissement moyen. Plus le grossissement est fort, plus la lumière et la netteté diminuent. Répétons-le, pour la Lune, de faibles grossissements, des instruments modestes, donneront des résultats surprenants à tout observateur attentif qui voudra consacrer quelques belles soirées à faire connaissance avec notre petite voisine. Jusqu'à présent, c'est avec des instruments moyens que Ton a fait les plus belles études sur la topographie lunaire.

Ajoutons enfin que les observations faites au crépuscule seront toujours plus agréables que celles faites à la nuit tombée.

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