VUI
partie des étoiles de la Galaxie — 10 milliards de soleils, et non 18 millions comme le pensait Flammarion à la suite de William Herschel. Flammarion situe son centre, sans le dire très clairement, â une ascension droite de 18 heures; c'est là en effet que se trouve le centre galactique, dans la constellation du Sagittaire.
Flammarion remarque l'anticorrëlation entre la distribution des nébuleuses et celle des étoiles de la Voie Lactée ; si le fait est exact, les considérations de Flammarion sont en revanche bien dépassées. Aujourd'hui, on sait que ce phénomène, bien réel, est dû à l'absorption par les poussières interstellaires de notre Galaxie, et qu'en réalité, si l'on pouvait observer, d'un point de l'espace très éloigné de notre Galaxie, la distribution des nébuleuses — extragalactiques, bien sûr, de loin les plus nombreuses — serait à peu près isotrope. Ces « galaxies >, loin d'être aussi proches de nous que les étoiles (ce que dit, au conditionnel il est vrai, notre auteur), sont à des distances gigantesques, qui se chiffrent en millions, voire en milliards d'années de lumière, alors que le centre de notre Galaxie n'est qu'à une distance du Soleil d'environ 40 000 années de lumière.
Les commentaires spectrographiques de Flammarion, suivant ceux de Secchi, sont étranges. Ne dit-il pas de la Nova Cygni 1876 que le spectre en «confirme l'idée de violents incendies» ?
L'examen systématique des étoiles variables à très lentes variations a un sens très clair dans la pensée de Flammarion: il s'élève avec vigueur, s'appuyant sur ces observations, contre l'idée ancienne de ces < plages célestes que l'on croyait, naguère encore, être le séjour de l'immobilité, de l'inertie, et de la mort». Il compare ces variations observées au caractère éphémère de l'observateur, qui les saisit néanmoins, — et prolonge sa vision vers l'idée grandiose d'un univers qui, sur une grande échelle de temps, se «renouvellerait» sans cesse, perpétuel feu d'artifice, mondes entraînés dans une évolution profonde, et constamment en action. Cette vue de Flammarion, à l'aube du XX* siècle, préfigure très bien l'idée générale qu'ont de l'Univers les astronomes contemporains — pour éphémères eux-mêmes qu'ils soient... Une fois de plus, l'intuition de notre visionnaire a visé juste.
On notera aussi dans ce chapitre l'étude de la 61* du Cygne, étoile dont Bessel mesura la distance — la première jamais mesurée. Il est important de signaler ici que cette étoile, très bien étudiée depuis, est l'une de celles qui, selon P. Van de Kamp, est accompagnée d'un système de planètes, décelable précisément grâce à la proximité de cet astre, l'une des 20 étoiles les plus proches du Soleil.
Dans le Petit Renard, l'objet Messier 27, nommé aussi nébuleuse « Dumbbell » (battant de cloche) en raison de sa forme, est une nébuleuse planétaire. Ces astres, assez nombreux (voir aussi la nébuleuse de la Lyre) entourent une étoile vieillie qui en a expulsé la mince couche gazeuse; ce sont des astres en voie de s'effondrer; mais le phénomène est sans doute différent de celui qui accompagne le phénomène de nova, ou de supemova; les explosions et éjections de matière ne proviennent pas des mêmes mécanismes physiques.
Chapitre IX. — La Lyre. — Véga, énorme et lointain soleiL — Etoile quadruple. — Nébuleuse annulaire. — La constellation d'Hercule et ses curiosités sidérales. — Transport du système solaire dans l'espace p. 210
Continuons le voyage. La Lyre du ciel et celle de l'auteur nous offrent le spectacle d'une harmonie parfaite ! Véga, l'étoile AOV bien connue, étoile normale blanche, très comparable à Sirius... Et puis la nébuleuse M 57, nébuleuse planétaire de la Lyre, l'amas globulaire M 56... Et puis toute la mythologie herculéenne, aux prises avec Cerbère (qui devient un rameau d'oranger sur certaines cartes)... Les dessins qui illustrent ces textes ont leur intérêt propre; ils montrent l'évolution de la qualité des observations visuelles.
Et Flammarion nous invite à continuer encore plus loin ce voyage, vers Hercule, précisément: car c'est vers cette région que le Soleil nous emporte... «Aborderons-nous jamais dans cette constellation?» dit-il. Il est difficile de le croire!... Nous savons bien que l'apex du Soleil, ou direction de son mouvement par rapport aux étoiles qui nous entourent, est uniquement un effet
de la rotation différentielle de la Galaxie, qui ne tourne pas comme un corps solide: les régions centrales tournent plus vite que les régions extérieures, et ce mouvement complexe se traduit par un déplacement relatif du Soleil dans Pespace des étoiles proches.
Chapitre X, — L'Aigle et Antinous. — L*Ecu de Sobie$kù — La Flèche. — Ophiuchus et le Serpent — Fin de la description de l'hémisphère boréal p. 229
Rappelons que TEcu de Sobieski est dans la Voie Lactée, proche du Sagittaire, proche du centre galactique; si bien que ses aspects sont fortement marqués par la présence, en nuages irrégidiers, de poussières interstellaires; d'où les remarques poétiques de Flammarion sur ces c agglomérations fabuleuses». On y trouve des quantités de nébulosités cataloguées par Messier.
Là aussi, que d'objets intéressants, — sans parler des nombreuses novae découvertes dans cette région, â cause de sa richesse en étoiles, et peut-être de sa proximité du centre galactique.
A propos des divergences entre les diverses cartes célestes des XVII», XVIII*, et X1X« siècles, — nous ne saurions trop conseiller au lecteur de ne s'en remettre qu'aux cartes modernes — celles de l'Annuaire du Bureau des Longitudes, ou, pour un instrument un peu plus puissant, les cartes de Beîfvar.
Rappelons que la nova de 1604, observée par Kepler (et citée ici) est évidemment une supemova galactique, l'une des onze, la dernière observée d'entre elles d'ailleurs, recensées dans les annales de l'histoire.
Chapitre XL — Les Constellations du Zodiaque. — Les Poissons. — Le Bélier p. 266
E^t-ce pour satisfaire d'éventuels lecteurs astrologues, ou au contraire pour lutter contre les méfaits de cette pseudo-science, que Flammarion consacre tant de chapitres â ces douze constellations si connues de tout lecteur de certains journaux â fort tirage ?
Quoi qu'il en soit, le fait que le Soleil parcoure successivement ces douze constellations ne leur confère aux yeux de l'astronome stellaire qu'un intérêt bien mince... Elles ont l'avantage pédagogique peut-être de séparer l'hémisphère boréal de l'hémisphère austral, dans la mesure où, associées par la trace sur le ciel du plan de l'écliptique, il se trouve qu'elles ne sont jamais très distantes de l'équateur céleste qui traverse plusieurs d'entre elles, et qu'elles permettent donc une transition pratique, simple, entre les deux moitiés du ciel, celle que l'on observe bien de Paris, ou de Juvisy, et celle que l'on observe mal...
Le tour du Zodiaque commence par les Poissons, puisque le point vemal s'y trouve actuellement..., ce qui permet à Flammarion de nous expliquer la précession des équinoxes.
Ce qui lui permet aussi de nous mettre en garde, dans ces constellations, contre la découverte éventuelle d'étoiles nouvelles qui ne seraient en réalité que Jupiter, Saturne, ou quelque autre planète...
Une idée intéressante, celle que les irrégularités de la description des étoiles sont si essentielles que c'est « sans contredit, l'étude de (ces) irrégularités mêmes qui peut nous mettre sur la voie de la structure des différentes parties de l'Univers». Certes! Mais si Ton regarde les figures 191 et 192 — alignements d'étoiles dans les Poissons — , on se doit de mettre en garde le lecteur contre l'interprétation de Flammarion qui y voit des courants d'étoiles prouvant l'existence d'associations physiques. De telles associations d'étoiles, comme on le sait, ont été découvertes plutôt par l'étude de la divergence de leurs mouvements propres, et par des caractéristiques physiques communes, ces aspects physiques, négligés par Flanmiarion, étant essentiels. De plus, les zones d'absences (les «déserts» et les «solitudes» évoqués par l'auteur) sont souvent dues à l'interposition de nuages de matière absorbante, poussières de petite taille (1/10 micron), gaz diffus et froids, qui rougissent la lumière des étoiles brillantes et éteignent celle des étoiles faibles.
Le Bélier — origine historique du Zodiaque (le point y s'y trouvait pendant l'Antiquité) — est
aussi l'occasion de dire combien Tinterprétation usuelle, par Tastrologie, des horoscopes en fonction du symbolisme des signes du Zodiaque est puérile, puisque le signe proprement dit ne porte plus la figure mythologique, qui lui prête son nom le temps d'un douzième de la période équinoxiale de 26 0000 ans...
Chapitre XIL — Le Taureau: les Pléiades; les Hyades; Aldébaraiu — Les Gémeaux, — Castor et Pollux, — Le Petit Chien, — Procyon p. 275
Que de beautés dans cette région!... Les Pléiades et les Hyades, amas «ouverts», sont des amas jeunes, riches encore en étoiles massives bleues non évoluées. On sait aujourd'hui, en étudiant la relation entre le type spectral (ou l'indice de couleur) et la magnitude relative des étoiles d'un même amas, déterminer son âge, par comparaison avec les modèles qu'offre la théorie de l'évolution stellaire. Pour les Hyades ou les Pléiades, on trouve un âge, respectivement, de 200 et 60 millions d'années..., beaucoup plus jeunes donc que notre Terre... Aldébaran, supergéante rouge évoluée, se trouve dans la région des Hyades, mais elle est beaucoup plus proche de notre système solaire que cet amas.
C'est dans le Taureau que se trouve aussi la belle nébuleuse du Crabe: nous en avons parlé a propos de supemovae, ci-dessus, au chapitre III. Il faut souligner que c'est aussi l'une des radiosources les plus intenses du ciel, l'une des sources X les plus intenses du ciel également, grâce au pulsar, résidu stellaire, qui se trouve en son sein.
On remarquera, â propos de l'étoile U des Gémeaux, que, très fortement variable, elle est considérée aujourd'hui comme le type d'une série d'étoiles explosives quasi périodiques, qui varient de 4 magnitudes et ont des périodes de l'ordre de l'année ; SS du Cygne est une autre étoile bien connue de cette famille d'étoiles instables mal comprise encore aujourd'hui des théoriciens.
A propos de Procyon (comme de Sirius), on peut noter que le mouvement d'oscillation de l'étoile, évoqué par Flammarion, est dû à la présence à ses côtés d'un astre très évolué, très petit, très peu brillant — une naine blanche, Procyon B. La densité d'une naine blanche est de l'ordre de 10 000 à 100 000 fois celle de l'eau...
Me permettra-t-on, comme le fait souvent Flanmiarion, d'émailler mon commentaire d'un souvenir personnel ? On sait que Procyon (A et B), que Sirius (A et B) sont des étoiles très bien connues, tout comme le Soleil, ou presque. On connaît leur luminosité, leiu* masse, leur rayon, — si bien qu'on peut leur appliquer certaines équations issues de la théorie de la structure interne des étoiles en vue de déterminer leur composition chimique. M. Schwarzschild avait fait cela pour le Soleil; en 1947, Ëvry Schatzman et moi-même décidâmes d'en faire autant pour les étoiles doubles les mieux connues; et nous prîmes des listes chez divers auteiu's, pour en faire un petit catalogue â nous. Dans ce catalogue, les 5 premières étoiles étaient, naturellement, le Soleil, Sirius A, Sirius B, Procyon A, Procyon B... Mais plus loin dans la liste, on trouvait aussi: Alpha Canis Majoris A et B, Alpha Canis Minoris A et B,... Aucun des deux auteurs ne savait que Sirius était le nom propre d'Alpha du Grand Chien, ni Procyon celui d'Alpha du Petit Chien!... Ce n'est que plus tard que je m'intéressai aux observations, et pénétrai enfin dans une coupole pour y faire du iru\ail nocturne d'astronome stellaire... ! Cette histoire a fait beaucoup sourire des malheureux théoriciens que nous étions alors...
Chapitre XIIL — Le Cancer: Pra£sepe ou la Crèche; curieux système ternaire formé par l'étoile du Cancer. — Le Lion: Régulus, — Le Sextant — Les étoiles du Printemps p. 327
A noter ici une discussion intéressante sur l'origine de la dénomination de la constellation qui pourrait, en associant la marche lente de l'Ek^revisse (traduction correcte, comme Crabe, du latin Cancer) avec le mois de janvier, permettre de dater l'invention du Zodiaque de quelque 1 2 000 ans avant l'Antiquité gréco-latine — ce qui est assez peu vraisemblable d'ailleurs !
L'amas de Praesepe est un amas ouvert, d'âge intermëdiaire entre les Pléiades et les Hyades.
On trouvera dans ce chapitre un retour â la théorie des trois corps â propos de Torbite de la troisième étoile du système, Dzêta du Cancer; cette digression met en évidence un point d'histoire concernant les relations internationales; Flammarion y accuse en effet Otto Struve de plagiat!... Quoi qu'il en soit, ce problème d'orbite est rarement mentionné et demeure fort intéressant : rétoile en question semble être la principale de celles sur lesquelles on peut tester la solution du problème des trois corps, dont nous avons déjà souligné l'extrême difficulté.
Flammarion, dans le Lion, s'appesantit sur Régulus. A ce propos il signale une étoile compagnon qui a le même mouvement propre que Régulus, et il en déduit qu'il s'agit d'un système stellaire... Ne faut-il pas bien plutôt voir dans cette observation, le reflet de la vitesse solaire vers son apex, c'est-à-dire de la rotation différentielle de la Galaxie, que Flammarion ne pouvait connaître ?...
A propos du Lion encore, la mention des deux galaxies M 65 et M 66, deux galaxies dites ici elliptiques, en réalités spirales, et compagnons l'une de l'autre.
A ce sujet, nous voudrions profiter de cette occasion pour dire d'une part que les galaxies sont, dans l'Univers, plus nombreuses que les étoiles de notre Galaxie; d'autre part que les associations de galaxies en paires, en groupes de quelques-unes (dont l'une est souvent plus grosse que les autres), en amas plus ou moins serrés... sont légion; et enfin que les formes des galaxies ont une diversité telle qu'elle a permis de les classer de façon complète, et de faire coïncider cette classification morphologique avec une classification physique, la composition en astres, en matière interstellaire, Tâge, le degré d'évolution variant beaucoup d'un type à l'autre... Le monde des galaxies mériterait à lui seul un volume aussi gros que celui-ci I
Chapitre XIV. — La Vierge; l'Epi; la Vendangeuse. — Richesse de cette région en nébuleuses. — Changement arrivé dans le CieL — L'étoile double y de la Vierge. — La Balance. — Les étoiles de Vété p. 362
Faut-il suivre Flammarion dans sa discussion comparée des cartes successives dressées de cette région de ciel ? Faut-il concliu^ que les étoiles variables y sont si nombreuses, et que cela seul peut expliquer les différences entre les cartes ? Ce n'est pas certain; les observateurs certes étaient... chevronnés; mais qui peut dire, maintenant, combien de fois ils ont observé telle région, ou par quelles conditions météorologiques locales ?... Je serai moins confiant que ne l'est Flammarion dans son attribution d'un caractère variable à plusieurs des étoiles, par exemple, de la Vierge.
L'amas de galaxies (de nébuleuses, dit l'auteur) de la Vierge est fort connu; avec celui de Coma — la Chevelure de Bérénice — , c'est l'un des amas les plus riches du ciel, en milliers de galaxies de tous les types; de surcroît, nous savons maintenant que les amas de galaxies se groupent eux-mêmes en immenses < amas d'amas > ou « superamas » ; nous appartenons à l'un d'entre eux, et Virgo serait au centre de notre superamas.
On notera les réflexions amères qui terminent ce chapitre. On y voit que Flammarion se désolait de ce que l'Observatoire de Paris n'eût jamais publié de catalogue stellaire, et il exprime sa rancœur vis-à-vis des «fonctionnaires des établissements officiels»: il conclut par un hymne â «la science indépendante, la science libre, qui conduit le char (des sociétés), à ses risques et périls...» Peut-être!... Mais si Flammarion vivait aujourd'hui, il serait obligé de reconnaître que les triomphes de l'astronomie contemporaine sont liés à ses moyens; et les très grands télescopes, les radio-interféromètres, ou les satellites, et les sondes d'exploration planétaire in situ^ ne sont à la portée que des seuls organismes gouvernementaux, — lorsque même il n'est pas nécessaire d'associer plusieurs pays dans la même entreprise commune. Ce qui était la règle au temps de Copernic, voir d'Herschel, ce qui restait un rêve attardé pour Flammarion est aujourd'hui une franche utopie. Les astronomes indépendants, les amateurs d'astronomie peuvent encore faire de très belles choses, et contribuer, par exemple, aux progrès de la connaissance des étoiles variables
à longue période. Ils ne peuvent pas faire, avec les moyens dont ils disposent, des découvertes «de pointe»...
Chapitre XV. — Le Scorpion, Disposition remarquable de ses étoiles, Antarès — Les étoiles temporaires. — Curieux système ternaire. — Le Sagittaire. — Nouvelles étoiles variables. — La Couronne australe. — Les dernières soirées de leté p. 392
On continue le tour du Zodiaque ; et ce faisant, on examine des étoiles bien visibles, successivement, pendant une période privilégiée de l'année. Nous sommes en été...
On notera la mention de la nova de Tannée 134 avant notre ère, première supemova figurant dans les annales de l'astronomie. Curieusement, quatre autres explosions remarquables ont été notées dans cette région par des observateurs visuels (en 393, 827, 1203, et 1584). On notera que les catalogues actuels donnent comme galactiques les supemovae de Tan 185 de notre ère (la première), et celles de 827 et 1203. Mais les deux autres semblent bien être extragalactiques, si les faits rapportés par Flammarion sont exacts; il n'est pas exclu, dit-il, que les explosions de ^^134, 1584, peut-être 827, soient des explosions successives de la même étoile; ceci voudrait dire qu'elles seraient aussi galactiques... Resteraient celles de 1203 et 393, comme extragalactiques... Rien n'est moins sûr. Il faut se méfier de ces identifications à posteriori, hors de l'existence d'une courbe de lumière solidement établie. Quoi qu'il en soit, il n'est pas très étonnant à priori que la région du Scorpion contienne des supemovae des deux types, proche du plan galactique d'une part, mais renfermant aussi des amas de galaxies lointaines... Le phénomène est moins «rare», d'ailleurs, que Flammarion ne veut bien le dire; dans une galaxie comme la nôtre, il y a en moyenne une supemova tous les dix ou vingt ans... Et il y a bien des galaxies comparables dans le ciel ; souvent la galaxie est si faible qu'elle est inobservable, sauf au moment de l'éruption de la supernova. Les novae correspondent à des éclats maximums plus faibles; alors qu'une supemova éjecte la quasi-totalité de sa masse dans l'espace, les novae n'expulsent qu'une couche de matière beaucoup plus faible. La cause des instabilités des novae et des supernovae réside dans le passage d'une étoile normale, au cours de son évolution, et dans ses phases les plus tardives, par un état bien défini d'épuisement des «carburants» nucléaires. Le mécanisme n'en est parfaitement connu ni pour les novae, ni pour les supemovae de divers types.
A noter un nouveau problème de mécanique céleste avancée, celui du mouvement du système ternaire Xi du Scorpion.
Une remarque intéressante est faite par Flammarion: la période courte des trois étoiles variables X, W et U du Sagittaire — de Tordre de quelques jours — lui fait penser qu'elles sont en rotation rapide. Cette erreur évidente impose ime mise au point. En effet, il ne s'agit pas de rotation; lesdites étoiles sont d'assez banales céphéides (c'est-à-dire semblables à Delta de Céphée). Ce sont des étoiles en pulsation. Il est vrai que des périodes du même ordre de grandeur sont caractéristiques de la révolution de certaines étoiles doubles, notamment d'étoiles à éclipses comme Algol. Quant à la rotation des étoiles, elle existe, bien évidemment. On peut la mettre en évidence de deux façons: soit par le mouvement des taches de la surface; c'est une méthode évidente pour le Soleil (de période d'environ 27 jours), mais valable aussi pour certaines étoiles tachées, comme les étoiles A à raies métalliques, ou particulières; soit par l'étude de l'élargissement des raies du spectre du disque (ou le décalage spectral des raies au bord du disque, dans le cas solaire, ou dans celui d'étoiles éclipsées). On trouve, pour les rotateurs rapides, parmi les étoiles normales, des périodes de Tordre de quelques heures. Pour les étoiles effondrées, naines blanches, étoiles à neutrons et pulsars, les périodes sont encore beaucoup plus faibles, et Ton connaît des étoiles qui font un tour en une fraction de seconde; leur petite taille les rend néanmoins stables vis-à-vis des forces centrifuges de disruption résultant de la rotation rapide.
Flammarion évoque parfois d'intéressants problèmes: «à l'ouest de Mu de Sagittaire, M. Pickering, de Cambridge, a remarqué... une étoile de huitième grandeur, dont le spectre continu, traversé d'une bande brillante près de chaque extrémité, indique que cette étoile est
entourée d'une vaste atmosphère incandescente...». Soit I Mais pour pouvoir préciser de quoi il s'agit, il faudrait en savoir plus ! Que sont ces raies ? A quelle longueur d'onde ? Et donc quelle identification ?... Et cette connaissance aurait seule permis un diagnostic fiable — du type de ceux que tout astrophysicien d'aujourd'hui multiplie quotidiennement... Est-ce une nébuleuse planétaire ? Une étoile de Wolf-Rayet ? Quoi d'autre ?... Flanmiarion ne donne pas assez de deuils pour nous permettre de répondre avec certitude...
On notera que les richesses qui «émerveillent» Flammarion dans cette région du ciel sont étroitement liées au fait que le centre de la Galaxie, si riche en objets intéressants, nuages de poussières et de gaz, étoiles jeunes et massives, noyau galactique, puissante source d'ondes radio et de rayons X et gamma..., se trouve précisément dans cette belle constellation.
Chapitre XVI, — Fin de la description du Zodiaque. — Les étoiles de V Automne, — Le Capricorne, — Etoiles doubles faciles à observer, — Le Verseau. Nébuleuses remarquables. — Origine des signes du Zodiaque p. 41 7
Variables, binaires, changements de configuration... Toujours le même examen minutieux des astres que tout un chacun peut aisément observer, en principe.
A propos de la nébuleuse H IV 1 (^) du Verseau, Flammarion parle de nébuleuse d'aspect planétaire, de gaz incandescents, — et de c mystère sur mystère ». Flammarion en estime la densité (â partir d'arguments géométriques) conmie 400 millions de fois plus faible que celle de l'hydrogène sous la pression atmosphérique, soit environ 2 10 ~'^ g cm '^ Cela est, n'en déplaise à Flammarion, une énorme surestimation ! Dans l'espace interstellaire, il y a, au voisinage du Soleil, 1 particule par cm^ en moyenne, donc une densité moyenne de 0.13 10'^^ g cm ■^; dans une nébuleuse gazeuse, ou une nébuleuse planétaire, on atteint des densités cent fois plus fortes, un million de fois peut-être dans des cas extrêmes; autrement dit des valeurs de l'ordre de 10 ''"^ gcm'^ ne sont pas des valeurs faibles de la densité, mais fortes ! Qui plus est, Flanmuirion parle ici de «genèse cosmique». Ce serait le cas pour des nébuleuses gazeuses (conune celle d'Orion); pour une nébuleuse planétaire, il s'agit au contraire d'un astre en voie d'effondrement, qui, pendant ce processus, a éjecté la matière nébulaire.
Au moins Flammarion reconnaît-il l'importance de l'étude de ces objets nébuleux, et cite-t-il une intéressante statistique de John Herschel à leur sujet. Il est évident que c'est le spectrographe qui permettra le mieux de discriminer correctement entre des amas stellaires non résolus, des nébuleuses gazeuses ionisées, des nébulosités froides, des nébuleuses planétaires, voire des galaxies, — objets dont les plus remarquables et brillants exemples constituent la liste des 109 objets du catalogue de Messier, qui date d'environ 1780 (il est publié dans La Connaissance des Temps pour 1784).
Ce que Flammarion dit de la graphie des signes du Zodiaque est original. Mais est-ce fiable ? Nous n'en sommes pas très sûrs aujourd'hui. Lisons ce paragraphe avec un certain scepticisme, — et consultons les ouvrages plus modernes sur les écritiu^s anciennes... Au moins la digression finale de ce chapitre nous en aura-t-elle donné le goût...
Chapitre XVIL — La Constellation géante de lequateur. — Orion et ses splendeurs. — La grande nébuleuse dX)rion et son étoile sextuple. — Le Grand Chien: Sirius et son système p. 447
Nous voici donc franchissant la ligne de l'équateur, après avoir fait le tour de l'écliptique. Et voici Orion, l'une des constellations les plus faciles à reconnaître pour l'observateur, avec sa belle rouge, Bételgeuse, sa belle bleue, Rigel, — avec son baudrier, son épéc, — et la célèbre nébuleuse, facile à voir avec de bonnes jumelles.
(*) 11 s'agit de NCC 7009. C'est une n^buJeuse planétaire, dite «nébuleuse Saturne». Voir note i^).
Amusons-nous en passant du petit plaisir que se donne Flammarion citant quelque admirateur (?) lui ayant propose conmie étymologie de son nom une combinaison des mots Flamma et Orion... € Noblesse oblige», conclut l'auteur !...
Ce que dit Flammarion des supergéantes comme Bételgeuse, et de Rigel, est en gros correct... à cela près que Fauteur classe Rigel, Sirius et Véga comme des «géantes» («énormes soleils») alors que ce sont des étoiles très normales de la Série principale, un peu plus grosses seulement que le Soleil, tandis que le rayon de Bételgeuse (que Flammarion considère seulement comme un astre refroidi) est de 1000 fois le rayon solaire, celui de Rigel étant d'environ 40 fois le rayon solaire.
Les étoiles bleues d'Orion, nombreuses étoiles O du Trapèze (le système de Thêta Orion, « la Californie du Ciel», dit Flammarion), forment une association en voie de dispersion, très jeune (quelques millions d'années), associée étroitement à la belle nébuleuse d'Orion, à ses nuages moléculaires, à ses poussières, à ses gaz chauds, et froids. La nébuleuse d'Orion a une masse considérable — cent mille fois le Soleil — et c'est un véritable centre de genèse stellaire, l'un des objets les plus instructifs de notre ciel en ce qui concerne la formation des étoiles et l'évolution des objets jeunes, embryonnaires même pourrait-on dire (les astronomes modernes désignent certaines étoiles en formation, encore nimbées de poussières opaques, du nom de « cocons » ; Orion en abrite plusieurs).
Sirius, comme Véga, est une étoile normale de type AOV. On se doit de noter que le fait qu'une étoile nous apparaisse comme très brillante signifie surtout qu'elle est très proche. Mais elle n'a rien de très remarquable, sinon qu'on peut l'étudier avec un grand luxe de détails ! C'est parce que Sirius est près de nous qu'on a su trouver son compagnon, la célèbre naine blanche Sirius B. Qu'une étoile de ce type ait pour compagnon une naine blanche est sûrement un phénomène commun; mais un tel compagnon est indétectable dès que l'on s'éloigne du Soleil de plus de quelques dizaines de parsecs...
Signalons, pour la petite histoire, que c'est au prosélytisme de missionnaires, enflammés par Flammarion, que l'on attribue parfois le fait étrange que les Dogons de la bouche du Niger célèbrent, avec une périodicité qui est celle de la période de l'orbite de Sirius B autour de Sirius A, la fête du Sigi, — et que ces populations affirment qu'elles honorent ainsi le centre de l'univers, objet infiniment lourd, et infiniment petit — une naine blanche en somme ! Sans doute ont-ils été conquis par les exemples de la grandeur de Dieu que voulait leur donner les missionnaires scientistes de la fin du siècle dernier ? Cette interprétation reste évidemment très hypothétique...
On notera avec plus de curiosité que de ferveur scientifique la liste donnée par Flammarion des vingt étoiles les plus brillantes du ciel; cette liste se retrouve dans la plupart des livres d'aujourd'hui, — mais avec des inversions. Ainsi Arcturus a-t-il coiffé Alpha du Centaure sur le poteau î La raison de ces différences est certainement due à ce que l'un des classements, celui de Flammarion, se base sur les magnitudes photographiques ou bleues, celui des auteurs modernes sur les magnitudes V (visuelles). Les étoiles rouges (Arcturus, Antarès, Bételgeuse) sont favorisées et remontent dans le classement...
Chapitre XIII. — Les Constellations australes. — La Baleine. — L'Eridan. — Le Lièvre. — La Licorne. — L'Hydre. — La Coupe. — Le Corbeau. — La Colombe. — Le Navire p. 494
Comme on eût aimé que quelque émule australien de Flammarion eût été responsable de cette «façade sud» de l'ouvrage... L'auteur parcourt le ciel à une vitesse énorme, et nous laisse trop vite entrevoir quelques beautés. Il est pourtant avéré que c'est dans l'hémisphère austral que se trouvent le plus d'objets intéressants..., des nuages de Magellan â la Croix du Sud, de Canopus à Mira l'admirable, de la Baleine, ou d'Eta de la Carène, aux régions proches du centre galactique... Ne perdons donc pas de vue que ce livre s'adresse surtout aux observateurs de l'hémisphère Nord, — et ne fait que leur donner quelque envie d'aller, munis d'une petite lunette, se promener dans les Andes, ou dans le haut Veldt... On sait que les observatoires modernes construits par cerUins
pay» d'Europe, par les USA, par le Royaume-Uni,... fleurissent sur les monts du Chili, d'Afrique du Sud, ou d'Australie...
Mira Ceti, la première variable reconnue par les observateurs, dès la fin du X\1« siècle, est un objet étrange, variable — tvpe à longue période, et dont on a pu mesurer directement (par interfëromëtrie à tavelures) le diamètre. On notera les explications un peu bizarres données par Flammarion à ces changements d'éclat : il les compare à celles du cycle solaire. De fait, si Mira est bien tachée, il semble clair que les variations d'éclat sont liées à une véritable pulsation.
iMentionnons, pour mémoire, que Flammarion cite très vite les étranges constellations, très curieusement nommées par les astronomes du siècle des lumières: l'Atelier du Sculpteur, le Fourneau chimique, ou la Machine électrique... Ces inventions, jugées inutiles par Flammarion, ont presque toutes disparu des listes officielles des constellations...
Flammarion s'arrête avec raison sur Ëta de la Carène du Navire. Cette étoile, fortement variable, est classée aujourd'hui comme une < nova » â évolution très lente — la plus brillante des étoiles de ce type. I^ nébideuse qui l'entoure se trouve être le siège, épais, dense de la formation d^un véritable essaim d'étoiles, rendues invisibles par l'absorption des poussières qui les camouflent (mais que les mesures dans l'infrarouge permettent de percer). C'est, comme le soupçoime Flammarion, l'une des régions les plus fascinantes du ciel austral, pour les astronomes d'aujourd'hui, pour ceux qui notamment, à bord de ballons, ou depuis des satellites, observent l'ultraviolet lointain, ou l'infrarouge...
Canopus, Fomalhaut,... nous achevons le tour des étoiles connues déjà des astronomes de rhémisphère Nord, au prix de quelques efforts. On peut observer Canopus, par exemple, à condition de < descendre > jusqu'à une latitude de S?*» nord — celle, seulement, de l'Andalousie, ou du nord de l'Algérie... Canopus était connue d'Americ Vespuce, et des conquistadors...
Chapitre XIX. — Le pôle austral et les constellations qui lenvironnenL — Vide laissé sur les anciennes cartes. — Variations séculaires: Constellations australes autrefois visibles en France. — La Croix du Sud — Le Centaure. — Llndien. — Le Phénix; etc. — Fin de la description du ciel étoile p. 555
Et notre voyage, dit Flammarion, arrive à son terme, le pôle Sud du ciel...
On remarque d'abord, c'est bien connu, que les astronomes de l'hémisphère austral n'ont pas, comme nous, la chance d'avoir pour se repérer une Etoile Polaire. Contrairement à ce qu'on croit parfois de notre côté de l'équateur, la Croix du Sud, splendide constellation, est située à 30<> du pôle, ce qui est considérable...
Et je m'autoriserai ici à l'évocation d'un autre souvenir personnel. J'ai eu la chance de participer à l'expédition organisée par le Bureau des longitudes pour observer, à Khartoiun, l'éclipsé du 25 février 1952. Or Khartoum est dans l'hémisphère Nord, à 15® de latitude environ... Si bien qu'il était possible de voir en même temps — en janvier — , à 15o au-dessus de l'horizon bien dégagé des sables du désert soudanais, l'Etoile Polaire d'un côté, la Croix du Sud de l'autre. Presque simultanément, la même nuit en tout cas, on voyait les Nuages de Magellan. Sans parler de la superbe traînée de la Voie Lactée, dont les régions du Sagittaire étaient bien visibles... Bien entendu, la lumière zodiacale, presque verticale à l'aube, ou au crépuscule, était splendide; et au moment de l'éclipsé totale, on pouvait voir à la fois la couronne solaire (le soleil était très haut sur l'horizon), Mars, Mercure, Vénus, et quelques belles étoiles des deux hémisphères... Quel condensé d'astronomie en quelques heures... I Un tel spectacle est de ceux qu'un astronome ne peut évidemment oublier.
Des astres comme les Nuages de Magellan, la Croix du Sud, Canopus ont été (à cause de la précession des équinoxes) visibles de l'hémisphère Nord, — et même de Paris; mais ceci n'est pas arrivé dans les derniers 3000 ans de l'histoire de l'Astronomie. Les anciennes sphères célestes laissaient dans le Sud des régions encore inconnues au XVI* siècle...
Une des étoiles les plus fascinantes de cette région est Alpha du Centaure. Cette étoile est
aujourd'hui connue comme triple. Et c'est la composante la plus faible (Alpha du Centaure, C) qui est sans doute, de toutes les étoiles connues dans le ciel, la plus proche de notre système solaire. C'est une étoile naine, froide, de type M5, présentant un spectre marqué de quelques raies d'émission, signe d'activité, et peut-être de jeunesse... Sa distance est de 4,3 années de lumière. Flammarion donne comme l'étoile la plus proche après le système d'Alpha du Centaure un autre système double, la 61* du Cygne. Depuis la publication de son livre, on a découvert que 10 autres étoiles étaient plus proches — dont Sirius, et Epsilonn d'Eridan. Comme toutes les étoiles proches, un effet de perspective donne à ces étoiles d'importants mouvements propres; ces étoiles sont de bons candidats pour la recherche des systèmes planétaires, et quelques-uns ont en effet été détectés, par Van de Kamp ; c'est aussi vers ces étoiles que se pointent les radiotélescopes à l'affût d'éventuels signaux émis par des civilisations extra-terrestres (sans aucun succès jusqu'à présent... mais l'expérience méritait d'être tentée !).
Et nous voilà au bout de ce voyage... qui n'est qu'un début. Comme dit l'auteur, arrivé au pôle Sud comme les héros d'Edgar Poe ou de Jules Verne, fasciné par l'avenir, entraîné par les mirages, par les espoirs, par un enthousiasme peut-être fou, mais qui n'en est pas pour autant injustifié: «C'est par l'astronomie qu'il faut commencer... Le reste, c'est du détail...»
L'auteur de cette postface peut-il se permettre d'ajouter, à ce stade, qu'il n'est pas en désaccord avec Flammarion? La vie n'est qu'un épiphénomène de peu de durée, de peu d'ampleur; son importance est énorme, mais la compréhension de son origine, de son évolution, passe à peu près certainement par la compréhension améliorée des processus physico-chimiques qui se déroulent depuis des milliards et des milliards d'années sur des grains de poussière perdus dans notre gigantesque Univers.