‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 1 sur 399 · C. MARPON ET E. FLAMMARION, ÉDITEURS · texte numérisé non relu

C. MARPON ET E. FLAMMARION, ÉDITEURS

Galeries de l'Odéon, 1 à 7, et rue Rotrou, 4

(Tous droits réservés)

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AVERTISSEMENT

Si, au lieu de briller constamment sur nos têtes, les étoiles ne pouvaient être vues que d'un seul point du globe, les humains ne cesseraient de s'y porter en foulo pour contempler et admirer les merveilles des cieux.

SÉ.NÈQUK.

Cet Ouvrage est le Supplément, le complément naturel de notre Astronomie POPULAIRE.

Dans le premier volume, consacré à la théorie, à la description littéraire des connaissances acquises sur la constitution de l'univers, il a été impossible d'entrer dans aucun détail technique et de donner les éléments nécessaires à l'élude directe du Ciel. Les personnes instruites, ou amies de l'instruction, qui aimeraient à connaître les étoiles par leurs noms, à trouver facilement les constellations qui de mois en mois s'élèvent au-dessus de nos têtes, à se rendre compte de l'origine des noms donnés aux configurations célestes, à vivre, en un mot, au sein d'un univers connu, au lieu de sommeiller en face d'une énigme permanente ; les âmes délicates qui devinent par une clairvoyance naturelle l'intérêt sans égal et le plaisir intime qui accompagnent l'étude de la nature; les esprits laborieux qui voudraient pouvoir suivre les mouvements célestes, reconnaître à l'œil nu les planètes parmi les étoiles, et observer ù. l'aide d'instruments de moyenne puissance les principales curiosités du ciel, telles que les étoiles doubles, les étoiles colorées, les nébuleuses, les amas stellaires, les comètes, les mondes et les univers lointains qui développent à l'infini la sphère de l'observation humaine; en un mot tous les « amateurs », pour nous servir d'une expression ancienne parfois un peu dénaturée, n'avaient jusqu'ici aucun livre pratique à consulter pour entreprendre l'étude directe du Ciel, pour commencer l'observation personnelle de ces merveilles.

C'est cette importante lacune dans l'instruction publique en France, qu'un grand nombre de lecteurs de I'Astronomie POPUL.\iREont désiré voir comblée: nous nous sommes mis résolument à l'œuvre; mais, au lieu de pouvoir effectuer ce travail dans le cours d'une année, comme nous l'espérions, en ayant déjà préparé depuis longtemps tous les documents, il nous a fallu y consacrer exclusivement et laborieusement deux années entières. Nous espérons que nos lecteurs auront compris cette durée inévitable et pardonné les retards arrivés dans cette publication.

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Dans notre ouvrage, les terres du ciel, nous avons fait connaître les Planètes; dans l'œuvre présente, notrebut est de faire connaître Zes/i'toiies.

On trouvera dans les pages suivantes la position dans le ciel et la description de toutes les étoiles visibles à l'œil nu pour une vue moyenne. Nous avons pris soin de réobserver nous-même toutes celles qui sont visibles de Paris, et nous avons recules dernières observations faites parles astronomes de l'hémisphère austral sur celles qui restent invisibles au-dessous de notre horizon. On possède donc d'abord ici Y état actuel du ciel, exposé avec précision.

Les indications, les alignements et les figures nécessaires pour trouver facilement les constellations et en reconnaître les principales étoiles, complètent cet exposé, en permettant désormais à tout esprit attentif de faire la géographie du Ciel beaucoup plus rapidement et plus agréablement que nous ne pouvons faire celle de la Terre. Uhistoire de chaque constellation, la recherche de l'origine des noms donnés aux étoiles, marchent parallèlement avec cette description.

Afin que chacun puisse se rendre compte en même temps des changements arrivés dans l'univers, du mouvement séculaire des constellations, de la vie qui anime les apparentes solitudes des cieux, de la valeur de ces lointains soleils, de la nature des systèmes étrangers au nôtre, de la variété inimaginable répandue à travers l'espace infini comme le long du temps éternel, cette description générale du ciel est accompagnée de l'analyse et de l'exposé détaillé de tout ce que nous y connaissons d'intéressant.

La noblesse de notre belle science est antique. Mille ans avant les croisades, nos ancêtres observaient le ciel comme nous le faisons aujourd'hui; et malgré les révolutions politiques, le sang versé dans les guerres (opprobre de l'humanité!); malgré les conquérants et les destructeurs, malgré les folies et les crimes des « Héros » encensés par les peuples, ces pacifiques études sur le ciel étoile nous ont été conservées. Aussi avons-nous eu la satisfaction de rassembler ici, pour la première fois, les observations faites depuis deux' mille ans sur l'éclat de chacune de ces étoiles qui brillent le soir au-dessus de nos têtes : celles de l'astronome Hipparque — faites 127 ans avant la naissance de Jésus-Christ; — du Persan Abd-al-Rahman al-Sûfi vers l'an 960 de notre ère; — du Tartare Ulugh-Beigh, en 1430; — de Tycho-Brahé en 1590; etc., etc., — et de comparer tout cet ensemble à l'état du ciel en 1880. — Les amis des étoiles pourront apprécier ainsi les diverses observations, et connaître quels sont les changements arrivés dans le ciel depuis les temps historiques. Ces yeux qui ont observé les astres brillants du ciel sont éteints aujourd'hui... et les nôtres se fermeront aussi; mais la vie scientifique se perpétue à travers les siècles, et par la science nous

AVERTISSEMENT. vu

vivons dans le passé, de même que nous transmettons l'héritage de nos études à nos successeurs sur la scène du monde. La vraie vie de l'esprit n'est-elle pas, d'ailleurs, dans cette noble communion de sentiments avec les penseurs qui ont scruté, pénétré, analysé avant nous les grands problèmes qui nous séduisent?

Les étoiles qui ont subi des variations séculaires; celles qui se sont allumées subitement dans l'espace et ont jeté la terreur dans l'humanité ; celles dont la lumière oscille périodiquement, qui sont tantôt visibles et tantôt invisibles; celles qui sont lancées à travers l'immensité avec une vitesse qui donne le vertige; celles qui s'éloignent de nous pour toujours, celles qui arrivent au contraire vers nous avec rapidité ; celles que l'analyse spectrale nous présente comme récemment incendiées ; celles qui sont assez proches de nous pour que nous ayons pu en mesurer la distance et en déterminer le poids ; celles qui gisent perdues en un tel éloignement que leur lumière emploie des milliers d'années à nous parvenir; les étoiles doubles qui gravitent en cadence l'une autour de l'autre ; les systèmes formidables, tels que ceux de Sirius et de Castor ; les soleils animés des colorations étranges du rubis, du saphir ou de l'émeraude; ceux qui ressemblent à des gouttes de sang figées dans le ciel ; les amas d'étoiles composés de milliers de soleils analogues au nôtre en force et en lumière ; les nébuleuses gazeuses dont la pâle clarté traverse des abîmes inexplorés ; cette nébuleuse d'Orion, que l'on distingue presque à l'œil nu, et qui est avec son étoile sextuple un prodige dans un prodige ; cette merveilleuse république de soleils, qui brille, visible à l'œil nu, dans la constellation d'Hercule, et que personne ne se donne le plaisir de regarder ; et ces couples ravissants d'étoiles qui rayonnent sur Andromède, dans la Chevelure de Bérénice, dans les régions lactées du Cygne, de l'Aigle et de la Lyre ; et ces douces Pléiades qui tremblent dans l'insondable éther ; et les innombrables, les inénarrables merveilles semées à profusion autour de nous dans l'immense espace : toutes ces célestes splendeurs sont exposées dans les descriptions suivantes, toute l'histoire du ciel est ici racontée, tous ces tableaux sont expliqués, chacun à sa place ; le musée de l'univers est décrit, simplement, humblement, imparfaitement — à mesure que j'ai avancé dans ce travail j'en ai senti l'imperfection — mais avec sincérité, avec toute la clarté méthodique qui a pu y être apportée. Cette étude générale du Ciel est faite techniquement (forme nécessaire pour le but que nous nous proposions), sans phrases, sans ornements étrangers au sujet.

Aucune instruction préalable n'est indispensable pour lire et étudier ce livre, pas plus que pour I'Astronomie populaire, car nous avons pris soin de n'employer aucune expression qui eût pu rester incomprise ; il n'y a ni

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mathématiques ni formules; toutefois ce volume-ci est d'un degré au-dessus du précédent, et réclame une attention plus continue. Ce n'est plus un livre de lecture proprement dit. c'est un ouvrage à étudier si l'on veut connaître le ciel, et c'est aussi un répertoire à consulter en maintes circonstances, car nous avons fait entrer dans son cadre tous les documents utiles à ceux qui désirent commencer sérieusement l'étude de l'Astronomie.

L'exécution de notre projet répond-elle à sa conception? Nous le désirons, mais nous sommes loin de l'affirmer. Bien des lacunes, sans aucun doute, seront encore restées ; bien des incorrections, typographiques et autres, pourront y être relevées : nous en avons déjà remarqué plusieurs; nous recevrons avec reconnaissance toutes celles que l'on voudra bien nous signaler, et nous remercions d'avance tous les amis, connus et inconnus, qui nous aideront à rendre ce traité aussi complet que possible.

On trouvera à la fin de l'ouvrage les cartes du ciel pour chaque mois de l'année, les moyens de reconnaître les planètes comme les étoiles, l'exposé des observations les plus intéressantes à faire, des conseils pratiques sur l'usage des instruments, les principaux catalogues, tables usuelles, etc. 11 suffit, du reste, de parcourir la table des matières pour se rendre compte do l'ensemble des documents réunis (').

Il est étrange, inconcevable, en vérité, que les habitants de notre planète aient vécu jusqu'ici sans même savoir où ils étaient! Il est incompréhensible qu'il y ait encore aujourd'hui quatre-vingt-dix-neuf êtres humains sur cent qui ne connaissent pas la demeure qu'ils habitent, qui ne savent pas où ils sont, qui ne se rendent aucun compte de la situation de la Terre dans l'espace, et qui voient toutes les nuits la sphère étoilée se déployer sur leurs tètes, sans jamais avoir appris le nom d'une seule étoile, d'une seule constellation, vivant à l'état d'aveugles volontaires, ne sachant rien, ne se doutant de rien, au milieu d'un univers magnifique, dont la seule contemplation doublerait, décuplerait pour eux le plaisir de vivre! C'est tout simplement stupéfiant! Citoyens du Ciel, nous vivons étrangers dans notre propre patrie !

Le but de ce recueil scientifique sera rempli s'il satisfait dignement la

curiosité studieuse des amis de la plus belle des sciences. Nos plus chères

espérances seront atteintes s'il développe sous une forme nouvelle l'œuvre

à laquelle toute notre vie a été consacrée : Étudier dans leur vraie lumière

les sublimes réalités de la création, et élever de plus en plus les esprits

vers la connaissance de ces magiques splendeurs !

(') Nous ne voulons pas laisser passer cette circonstance sans remercier un véritable ami de l'Astronomie, M. Towne, du concours dévoué qu'il nous a apporté dans la construction si délicate de ces tables et catalogues, ainsi qu'un habile dessinateur, M. Paul Fouché, des soins qu'il a mis a construire les cartes et les figures qui complètent nos descriptions.

Fig. 3. — Les constellations voisines du pôle. Petite Ourse. - Dragon. - Céphée. - Girafe. - Renne. - Messier.

légende ; son chien a subi la môme transformation, et au lieu de Callisto et de son chien, la sphère étoilée nous montre depuis deux mille ans la Grande et la Petite Ourse. Quant à Arcas, il est devenu le Bouvier; c'est un homme d'âge mùr qui n'a point du tout l'air d'un enfant {votj. plus loin) ; il est vrai que depuis tant de siècles il a pu facilement vieillir. Néanmoins, Jupiter n'a pas été tout à fait prévoyant.

Ovide donne une version assez curieuse de la métamorphose de Callisto. Jupiter l'aurait transformée en ourse sur la terre même. Un jour, a la chasse, Arcas se disposait à tuer sa mère, qu'il ne reconnaissait pas (on le croit sans peine), lorsque Jupiter enleva cette ourse au ciel et par la môme occasion y transporta également Arcas sous la forme d'un gardien, Arctophylax, gardien de l'ourse. C'est le nom qu'il porte encore sur plusieursatlas Mais comme plus tard les sept étoiles de la Grande Ourse furent considérées comme sept bœufs paissant dans la campagne céleste, le gardien de l'ourse devint le gardien des bœufs, le Bouvier, tandis que les sept étoiles du nord étaient nommées Septem triones.

Six siècles avant notre ère, sous Thaïes, la Petite Ourse reçut son nom. Aratus, qui écrivait au m' siècle avant notre ère, remarque qu'elle s'appelait déjà aussi le Petit Chariot, par similitude avec le Grand Chariot (A?naxa).

Les anciennes constellations étaient formées depuis longtemps et déjà classiques au temps d'Eudoxe, disciple de Platon, qui, au iv° siècle avant notre ère, a observé les positions des 47 principales étoiles visi])les en Grèce et rédigé le plus ancien catalogue d'étoiles qui nous ait été conservé. Cette première astronomie grecque venait de l'Egypte, et je crois, avec mon illastre ami Henri Martin, que le pays des sphinx et des pyramides est le plus ancien auquel notre histoire classique, grecque et romaine, puisse remonter pour les origines des sciences et des arts. Voici les étoiles observées par Eudoxe et placées sur sa sphère vers l'an 368 avant notre ère. C'est la plus ancienne description que nous possédions de noire sphère astronomique.

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