‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 121 sur 399 · CHAPITRE XI · texte numérisé non relu

CHAPITRE XI

Les constellations du Zodiaque. — Les Poissons. — Le Bélier.

Les constellations du Zodiaque forment une ceinture qui fait le tour entier du ciel. Si l'on trace sur la sphère céleste la ligne suivie par le soleil dans son cours annuel apparent autour de la Terre, cette ligne est l'écliptique ; elle marque en réalité le plan dans lequel notre planète se meut autour de l'astre du jour. En tournant autour de la Terre, la Lune suit à peu près la même ligne ; son inclinaison est de 5 degrés, c'est-à-dire qu'elle ne s'écarte, au maximum, qu'à 5 degrés de part et d'autre de l'écliptique. Les planètes tournent autour du Soleil, comme la Terre, à peu près aussi dans ce même plan : la plus inclinée, Mercure, ne s'en écarte qu'à 7 degrés. Les figures du Zodiaque sont en quelque sorte à cheval sur l'écliptique, se suivant, de l'ouest à l'est, dans l'ordre suivant :

Poissons. — Bélier. — Taureau. — Gémeaux. — Cancer. Lion.

Vierge. — Balance. — Scorpion. — Sagittaire. — Capricorne. — Verseau.

On en a déjà vu l'aspect général dans l'Astronomie populaire, p. 691 ; mais il importe maintenant d'entrer dans le détail de chaque constellation.

Cette ceinture est inclinée de 23° sur l'équateur, comme l'écliptique, naturellement. Ce n'est donc pas l'étoile polaire qui est au pôle de l'écliptique ou du Zodiaque, puisqu'elle marque le pôle de l'équateur; le pôle de l'écliptique se trouve, comme nous l'avons Ya, dans la constellation du Dragon, entre les étoiles ^ et $.

On pourrait appeler le Zodiaque « la voie des mondes » de notre système. En effet, la Lune suit régulièrement son cours, qu'elle renouvelle chaque mois depuis des siècles et des siècles, sans jamais être sortie du chemin zodiacal. C'est dans la même voie que la blanche Vénus étincelle, étoile du matin ou du soir. C'est elle que .Jupiter illustre de son éclat si majestueux. C'est sur le même passage que la planète Mars lance ses ardeurs ; et c'est également le long du Zodiaque que le vieux Saturne se traîne à pas lents. Voie triomphale

des mondes de notre système, sa contemplation et son étude se doublent pour nous d'un intérêt spécial, car, en dehors de ses richesses sidérales, c'est toujours vers elle que nos regards devront se diriger lorsque nous aurons à chercher une planète quelconque, lorsque nous voudrons observer une curiosité planétaire de notre grande famille : aujourd'hui les bandes nuageuses de Jupiter ou son cortège de quatre satellites, demain l'anneau mystérieux de Saturne, après-demain les phases de Vénus ou de Mercure, plus tard les continents et les mers de notre sœur voisine, la planète Mars.

Au moment où j'écris ces lignes (septembre 1880), Jupiter étincelle de tous ses feux et règne en souverain sur les constellations du soir. Il habite la constellation des Poissons; mais ce n'est pas elle qui pourrait le faire reconnaître, car elle ne se compose que de petites étoiles qui se trouvent éclipsées par la lumière dominante de l'éclatante planète. Au contraire, il se signale de lui-même par cette vive lumière qui frappe les regards les plus inattentifs, et chaque année, à l'époque où Jupiter apparaît, chacun se demande quel est ce nouveau visiteur céleste. Pour le nommer, l'important est de connaître cette époque. Lorsque nous aurons terminé la description des constellations, notre premier soin sera d'indiquer les moyens de reconnaître chaque planète dans le ciel. Quant à Jupiter en particulier, puisque tout le monde l'admire cet automne ('), remarquons qu'il a commencé de briller à l'est, le soir, au mois d'août ; qu'il s'élève en ce moment (septembre) un peu plus dans le ciel et marque le sud-est; qu'il va passer au méridien à minuit, c'est-à-dire marquer le sud, en octobre. Puis il se lèvera de plus en plus tôt, passera successivement au méridien à 11 heures, 10 heures, 9 heures, 8 heures du soir, brillera encore au sud en novembre, puis au sud-ouest (décembre), puis à l'ouest (janvier). Eh bien, c'est la même répétition tous les ans, avec un mois de retard à peu près, et personne ne devrait s'y tromper après avoir lu l'Astronomie populaire et son Supplément. Regardez-le cette année, et vous le retrouverez l'année prochaine sans éprouver le moindre doute sur son identité. Personne ne devrait plus aujourd'hui s'étonner de l'apparition de Jupiter : le soir à l'est en août 1880, en septembre 1881, en octobre 1882, et ainsi de suite. On ne pourrait le

(') Je laisse à cette rédaction son caractère d'actualité, quoiqu'elle ne doive paî être lue immédiatement par tous les lecteurs de cet ouvrage; car ces indications pourront servir de point de repère pour toutes les époques. Tous les ans, au moment de lapparition de Jupiter, je reçois une centaine de lettres portant la même phrase : « Quelle est cette brillante étoile? » etc. J'espère que mes lecteur.« ne s'y tromperont plus.

confondre qu'avec Vénus « l'étoile du Berger » ; mais Vénus ne brille jamais à l'est le soir, quoique Lamartine ait chanté dans Le Soir :

Vénus se lève à l'horizon;

on n'a jamais vu la belle planète se lever le soir depuis le commencement du monde, et on ne le verra jamais, car elle n'est jamais opposée au soleil. C'est se couche, ou descend, ou s'aiZitme, ou simplement paraît, qu'il eût fallu dire.

En ce moment aussi on voit Saturne, étoile de première grandeur également, mais beaucoup moins lumineuse que Jupiter, qui brille d'une lumière tranquille à l'est de son éblouissant rival, le suivant à une faible distance, à trois quarts d'heure environ, dans la même constellation des Poissons. Tous les ans aussi, à la même époque, avec un retard de treize jours chaque année, il revient s'offrir à nos regards en déployant dans le champ de la lunette cet anneau merveilleux dont la constitution reste encore pour nous un si grand mystère.

Nous devons précisément inaugurer par cette constellation des Poissons la description que nous voulons faire des étoiles du Zodiaque, parce qu'elle se trouve être actuellement la première de cette zone, en commençant, comme on a l'habitude de le faire, par le point qui marque dans le ciel l'équinoxe du printemps, par le point où le soleil brille ce jour-là. Il y a deux mille ans, le soleil était, le jour de l'équinoxe, devant les premières étoiles de la constellation du Bélier, et c'était le Bélier qui ouvrait les signes du Zodiaque chez nos auteurs classiques. Il y a quatre mille ans, c'était le Taureau. Nous avons vu qu'en vertu du mouvement séculaire de la précession des équinoxes, le point qui marque le renouvellement de l'année à l'équinoxe du printemps (et qui devrait marquer logiquement le premier jour de l'année civile et du calendrier) fait le tour entier du ciel, le long de la ceinture zodiacale, dans la période de 25 765 ans. Dans deux mille ans, ce point se trouvera dans les étoiles du Verseau. Actuellement, le 20 mars, le soleil se projette devant la constellation des Poissons et en éclipse naturellement les étoiles; c'est donc six mois plus tard, en septembre, que cette constellation est opposée au soleil et passe au méridien au milieu de la nuit. Nous allons en donner la description. Seulement, pour en reconnaître les étoiles, nos lecteurs auront soin de faire abstraction des planètes Jupiter et Saturne, qui y passent actuellement mais qui n'en font pas partie. La même recommandation est applicable aux douze constellations zodiacales, puisque c'est laque les planètes se trouvent toujours. Du reste, il n'y a guère d'équi-

LES POISSONS

voque possible, [si l'on apporte ici quelque attention. Sur les cinqplanètes visibles à l'œil nu, Vénus et Jupiter sont tellement brillantes qu'il est impossible de les confondre avec aucune étoile; Mercure n'apparaît que si difficilement dans l'aurore ou dans le crépuscule qu'il faut le chercher exprès pour le trouver; Mars est si rouge qu'il se trahit par son aspect même ; Saturne pourrait être confondu avec une étoile de première grandeur ; mais il brille d'une lumière calme et comme morte, ne scintille pas du tout (les autres planètes non plus); nous savons oîi il est, et nous le saurons toujours, puisque tous les ans à la même époque nous le retrouverons marchant à pas lents

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PÉGASE

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Fig. 18G. — Alignements pour trouver a des Poissons.

le long de ce Zodiaque qu'il n'emploie pas moins de trente années à parcourir.

La constellation des Poissons se trouve au-dessous, ou au sud, du carré de Pégase. On la voit le soir à l'est en juillet, au sud-est en août, au sud en septembre et octobre, au sud-ouest en novembre, à l'ouest en décembre. Elle n'a aucune étoile brillante, et pour faire connaissance avec elle, il est utile que nous nous servions de Pégase et du Bélier.

Par les deux étoiles supérieures ou boréales du carré de Pégase, menons une ligne et prolongeons-la, vers la gauche ou vers l'est, de presque deux fois sa longueur : elle nous conduit vers l'étoile de deuxième grandeur « du Bélier. Cette ligne forme un angle aigu avec celle de l'alignement de a, p et y Andromède, que nous connaissons

LES POISSONS

déjà. Près de l'étoile « du Bélier, on voit p et y, rappelant la figure de la Lyre. A l'aide des alignements indiqués sur notre fig. 186, les trois étoiles du Bélier d'une part, et la direction du carré de Pégase d'autre part, nous conduisent à l'étoile a des Poissons, de troisième grandeur. C'est le nœud du ruban auquel les Poissons sont attachés. De là partent d'une part vers le nord ou vers (3 Andromède, d'autre part vers l'ouest, deux files d'étoiles, qui aboutissent, la première au Poisson qui va mordre Andromède, la seconde au Poisson étendu sur le dos du cheval Pégase. L'idée de deux poissons rattachés par un fil a pu venir de la disposition même de ces étoiles dans le ciel. Regardez,

Fig. 187. — Principales étoiles des Poissons et du Bùlior.

en effet, notre fig. 187, et voyez si quelque autre dénomination conviendrait mieux pour définir cet arrangement. Il va sans dire que les premiers contemplateurs qui cherchaient dans les cieux des analogies, des ressemblances plus ou moins frappantes ou plus ou moins vagues, comme nous en trouvons nous-mêmes parfois dans les formes capricieuses des nuages ou dans les flammes du vieux foyer , n'ont point imaginé qu'il y ait jamais eu là de véritables poissons, un véritable n^ipvnl nilé ou un dauphin vivant; mais des rapports inattendus entre

Fig. 188 - Constellations zodiacales, - Les Poissons. — Le Bélier

Stfifi LES POISSONS

le groupement de quelques étoiles et la forme de certains êtres réels ou même imaginaires ont suffi pour les engager dans cette voie et pour les autoriser à peupler d'une vie plus ou moins fantastique les solitudes apparentes des cieux.

Cette explication paraît préférable à celle que l'on a adoptée jusqu'ici, savoir, que l'on aurait dessiné là des Poissons parce que cette constellation paraît à l'époque des pluies et des inondations. On a dit aussi que c'étaient des poissons consacrés à Vénus, que Vénus ellemême et son aimable fils s'étaient métamorphosés en poissons ; mais ces explications mythologiques n'expliquent pas grand'chose.

On trouvera au tableau ci-contre les principales étoiles de cette constellation, avec les observations faites depais deux mille ans sur leur éclat.

Plusieurs de ces étoiles ont subi des variations d'éclat certaines. La première de toutes, a, qui était anciennement la plus brillante de la constellation et la seule de troisième grandeur , vient aujourd'hui après yj et y, et n'est que de quatrième grandeur. Plusieurs observateurs (Jacob en 1842, Main en 1845, Webb en 1859, Dembowski en 1866) l'ont même estimée de cinquième. Struve, au contraire, l'a estimée de 2° gr. 1/2 en 1825 et en 1832. La variation est certaine. C'est une étoile double ; le compagnon, de 5* grandeur, paraît varier lui-même. Si l'on recommençait actuellement la classification littérale de Bayer, c'est l'étoile ri qui recevrait la première lettre.

L'étoile î^ varie également. Vue de 4" grandeur jusqu'en 1660, elle a été notée de 5° par Flamsteed, de 6° par Piazzi : elle approche en ce moment de la cinquième grandeur.

L'étoile i a diminué d'écj'^t aux xvi° et xvii° siècles, et est revenue à son éclat primitif. Il en est de même de ^ eto. Les étoiles i|^',(|;'^,(|'^, anciennement de 4° grandeur, sont, la première de 5% les deux autres de 6% depuis le xvi' siècle.

L'étoile w a augmenté d'une grandeur depuis l'époque de Bayer ; elle est actuellement presque égale à a. L'étoile h, anciennement de 4° grandeur, est tombée à la sixième et s'est un peu relevée.

L'étoile 19, notée de 6° grandeur par tous les observateurs du siècle dernier et de celui-ci, surpasse aujourd'hui les étoiles de la cinquième. Elle offre une nuance rouge bien prononcée, qui plaide en faveur de sa variabilité.

Enfin le groupe des quatre étoiles 27, 29, 30 et 33, situé au sud de la constellation, était formé anciennement de quatre étoiles de la quatrième grnr.dev.r ; elles scr.t bien moins apparentes aujourd'hui.

LES • POISSONS

(Regardez avec une attention toute spéciale ce losange de quatre étoiles : c'est là, un peu au-dessus, que passe le soleil le jour de l'équinoxe de printemps. Menez une ligne de là à a Andromède et à l'étoile polaire, c'est l'origine des ascensions droites : les étoiles situées sur ce méridien céleste sont à 0 heure; celles situées 15 degrés plus loin à l'est sont à I heure, les suivantes à II heures, III heures, et ainsi de suite.)

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CONSTELLATION DES POISSONS DEUX MILLE ANS D'OBSERVATIONS

ÉTOILES

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67 ft

Les variations que nous venons de remarquer dans plusieurs étoiles des Poissons sont lentes, et sans doute irrégulières. Mais nous connaissons déjà dans cette constellation cinq variables régulières, inscrites dans les catalogues sous les lettres R, S, T, U, V; malheureusement elles ne peuvent être trouvées, identifiées et suivies, qu'à l'aide d'instruments assez puissants et montés équatorialement.

Etoiles doubles intéressantes :

Et d'abord a; mais elle est assez difficile à dédoul^ler nettement. 4' et 5° , variables ; distance = 3", 1 . Couple physique en mouvement orbital probable : il y a seulement 14 degrés de parcourus depuis un siècle; à cette lenteur, la révolution de ces deux soleils ne demanderait pas moins de 2570 ans pour s'accomplir.

Fig. 189. — L'étoile double a Poissons.

Fig. 190. — L'étoile double C Poissons.

(]/* (prèsïî Andromède). Les deux composantes sont d'égale grandeur (5' |), à 30" de distance. Dédoublement facile à l'aide du plus faible instrument. Ces deux lointains soleils restent fixes l'un par rapport à l'autre depuis l'an 1755 qu'on les observe; ils n'en forment pas moins un système physique qui vogue dans l'espace, animé d'un mouvement propre assez rapide.

ç : 5" et 6% à 24". Système physique, fixe également depuis 1755. Variable, comme nous l'avons vu. — Jupiter vient de passer près de cette étoile. — Couple brillant et facile, comme le précédent. Chercher à l'est de ôete.

65 z : 6' et T ; quelquefois toutes deux de 6'. Distance =: 4", 5. On la trouvera par a, ê et e Andromède.

55 : au sud-ouest de yj et "C Andromède. 6' et 9°. Écartement = 6',

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