‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 144 sur 399 · LE SY.STEME DE CASTOR · texte numérisé non relu

LE SY.STEME DE CASTOR

et verticale, mais que nous ne pouvons pas encore tracer exactement, parce que si la composante verticale peut être estimée en kilomètres, il n'en est pas de même de la composante horizontale, qui n'est donnée qu'en vitesse angulaire, puisque nous ne connaissons pas la distance de ces deux étoiles.

Castor est Vune des plus belles étoiles doubles du ciel ; c'est en même temps l'un des systèmes orbitaux les plus remarquables, et c'est le premier qui en 1804 ait fait constater à William Herschel le mouvement révolutif de deux étoiles l'une autour de l'autre, soupçonné, deviné, affirmé théoriquement, mais non démontré avant lui. Les deux étoiles sont de deuxième à troisième grandeur (2,5 et 3,0), très brillantes dans le champ du télescope, et à 5",6 de distance angulaire, ce qui permet le dédoublement pour des instruments de faible puissance. Je vous en supplie, ne laissez pas passer la première occasion qui vous sera offerte de diriger une lunette vers cette étoile comme vers ^ de la Grande-Ourse. C'est là une observation charmante, et qui plonge toujours dans un étonnement bien légitime. Par une association d'idées anciennes, il arrive assez souvent que l'observateur novice nomme tout de suite les deux composantes Castor et Pollux. Il importe de ne pas laisser cette erreur se prolonger.

La première observation de ce beau couple a été faite en 1718 par Bradley et Pound, qui estimèrent que la direction des deux étoiles était parallèle à une ligne menée vers Pollux en laissant k à l'ouest,- L'année suivante ils recommencèrent l'expérience et trouvèrent cette direction absolument parallèle à une ligne tracée de jc à c Cette direction correspond à un angle de 356°.

Depuis cette lointaine époque. Castor a été l'objet d'une attention constante et d'une prédilection sympathique de la part des astroaomes, et nous possédons plus de deux cents mesures, qui montrent à la fois la nature de l'orbite et la lenteur avec laquelle elle est parcourue. Le mouvement peut se résumer ainsi :

DATES ANGLE DI3TANXE OB3ERVAIEUH3

1719 356° 5'4 Bradley, Pound.

1759 327 5 i Bradley, Maskelyne.

1779 303 5 i Chr. Mayer, William Herschel

1802 281 5 5 William Herschel.

1820 267 5,4 J. Herschel, South.

1830 260 4,6 W. Struve, Dawes, Smyth

1840 254 4,9 Dawes, Û. Struve, Kaiser.

1850 248 5,0 Madler, Jacob, Fletcher.

1860 243 5,3 Wrotteslcy, Powell, Secchi.

iS70 238 5,6 Dcmbowski, Talmage, Duner.

1880 234 5,6 Wilson, Flammarion, DobercL

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OU 122° parcourus en 161 ans. A ce taux moyen, la révolution entière, de 360", demanderait 474 ans pour s'accomplir. Mais le mouvement se ralentit, de sorte que la période est certainement plus longue. Le calcul fondé sur l'analyse de l'orbite conduit au chiffre de mille ans.

Ainsi, nous avons là sous les yeux un système de deux brillants soleils circulant l'un autour de l'autre et n'employant pas moins de mille années pour parcourir leur révolution. Lentement, ce lointain cadran

Stellaire mesure les destinées des Fig- 233. -Mouvement observé dans lesyslèn.»

peuples inconnus qui habitent en

ces régions célestes. L'étoile secondaire s'éloigne insensiblement du point de son orbite où nous la voyons en ce moment, et elle n'y reviendra que dans dix siècles ; mais déjà elle est passée là il y a dix siècles, au temps où Jean Scot Erigène infiltrait ses singulières doctrines druidiques et bouddhistes au sein même de la théologie chrétienne, où les derniers monarques carlovingiens assistaient à l'écroulement de l'édifice de Charlemagne, et où trois rois rivaux se faisaient sacrer par les ministres d'une même religion pour démembrer la France chacun à son profit. Si cette étoile double voit de làhaut l'état de notre petite planète, elle doit remarquer qu'en chacune de ses années (qui en valent mille des nôtres) il y a ici-bas d'étranges transformations dans la matière et dans l'esprit. Que verra-t-elle dans mille années?... Sans doute les habitants de la Terre en communication avec leurs voisins du monde de Mars.

Remarquons, en passant, la supériorité de l'étude de l'astronomie sur celle de la géographie. Combien est-il de lecteurs des voyages anciens et modernes qui puissent espérer visiter, je ne dirai pas Ninive, Thèbes, Memphis ou Carthage, qui n'existent plus, mais l'Afrique centrale comme Livingstone et Stanley, les régions polaires comme Hayes, Hall ou Nordenskiold, ou tout simplement New^-York, Constantin ople ou Pékin? Les curiosités du ciel sont, au contraire, constamment déployées pour tous les yeux, et chacun de nous peut, sans dérangement, visiter les merveilles étudiées par tous les astronomes qui nous ont précédés, contempler avec Herschel le système de Castor, voir ce qu'ont vu Galilée dans Jupiter, Cassini

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