ÉTOILES DOUBLES DANS LES GEMEAUX
Nous avons vu aussi plus haut que ç, variable pcriodiquc, se montre accompagnée de deux autres, de 8° et 13' grandeur. — Ne chercher à voir que celle de 8°, à 90".
S x : 4° et 9% à 6", orangée et azur ; la petite paraît varier de 8 à 10.' Sir John Herschel pensait qu'elle pouvait briller d'une lumière réfléchie, être une planète dont cette étoile >t serait le soleil.
L'étoile 38 e, de 5° grandeur, jaune d'or, est une double intéressante. Son satellite varie d'éclat de 8 à 10, et de couleur, du vert au bleu, au pourpre et au rouge. Ecartement = 6". L'étoile principale paraît varier aussi de 5 à 6|.
L'étoile 61 (petit triangle au sud de â) est une double écartée à 60", dont les deux composantes sont de 6° et 9° grandeur, et dirigent le regard vers une jolie paire composée de deux étoiles de 8" et 9" dont la distance est de 6". L'étoile 61 varie de 6 à 7 |, et son compagnon tombe même jusqu'à la disparition complète.
Ajoutons encore l'étoile n° 20, de sixième grandeur, à 1" 1/2 au nord-ouest de Y, et à peu près à égale distance entre y et v : 6" et 7=; écarteraent = 20"; système fixe depuis l'an 1755 que nous rol)servons. Cette étoile est à la limite de la visibilité pour l'œil nu, et elle doit varier d'éclat, car nous avons comme observations, entre autres, pour ses deux composantes :
Struve.. .
Struve. . .
Piazzi . . .
Lalaude. .
Smyth..-.
qui difTèrent singulièrement. On arrive parfois à la distinguer à l'œil nu, et Heis l'a insérée dans son Catalogue ; ce serait tout à fait impossible si elle n'était que de 8" gi-andeur, ou même de 7'. Gomme on a presque toujours noté une grandeur de dillérence entre les deux composantes, on est porté à invoquer la transparence atmosphérique pour expliquer ces variations ; mais elles sont si énormes que l'explication n'est vraiment pas suffisante. Autre particularité. En 1696, Flamsteed a observé à côté de cette étoile, qu'il a notée de 1" 1/2, une voisine, de 6= 1/2, qui porte le n" 21 dans son Catalogue. Or on ne retrouve plus cette étoile au ciel, ce qui porte à penser que l'astronome anglais a commis là quelque erreur d'observation ou de rédaction. Peut-être est-ce la composante la plus brillante qu'il a observée cette fois-là, car elle est à l'est de la moins brillante, mais beaucoup plus rapprochée qu'il ne le dit, môme en supposant, comme l'a fait Baily, une erreur d'une minute de temps dans l'ascension droite. On en a conclu que l'étoile 21 Gémeaux n'existe pas. Tout ami des astres peut à la première occasion diriger une petite lunette vers ce point du ciel : i" pour voir s'il ne la retrouverait pas, et 2" pour vérifier la grandeur des deux composantes de l'étoile double dont nous venons de parler.
Un splendide amas d'étoiles enrichit encore cette opulente constellation des Gémeaux. On le distingue à l'œil nu, lorsque le ciel est bien pur et que le clair de lune ne vient pas interposer son voile de lumière sous les étoiles pâlissantes. Regardez entre c des Gémeaux et Ç du Taureau, ou, plus minutieusement, au nord - ouest de fi — ». Prenez une jumelle, et vous aurez déjà comme un prélude du spectacle réservé à la vision télescopique. Dirigez là une petite lunette, et vous remarquerez des étoiles de 9° et 10° grandeur alignées en forme de courbes curieuses. Armez votre vue d'un instru-
. , . j. 1 „, „ Fig. 235. — L'amas des Gémeaus.
ment plus puissant, et vous
découvrirez des centaines d'étoiles de 11' et 12° grandeur. « C'est un objet céleste merveilleusement frappant , s'écriait Lassell, l'un de ses observateurs assidus. Nul ne peut le voir pour la première fois sans exclamation. Un champ de 19' de diamètre se montre absolument rempli d'étoiles. Il faut voir soi-même, dans un bon télescope, ce splendide amas pour le juger à sa valeur et l'apprécier dans son exquise beauté, car les dessins n'en peuvent donner qu'une pâle idée. » Ajoutons cependant qu'on peut se rendre compte de l'aspect général de l'amas par la gravure ci-dessus, quoiqu'elle n'ait assurément ni l'éclat, ni la scintillation, ni la grandeur du spectacle céleste. Cette nébuleuse résoluble est inscrite sous le n° 35 du catalogue de Messier.
Il y a encore dans cette constellation une autre nébuleuse bien curieuse, c'est celle qui porte le chiffre H. IV, 45 et qui se trouve par 7" 22" et 21" 10' de déclinaison, à 2° au sud-est de â. C'est une étoile de 9'' grandeur, qui brille juste au centre d'une nébulosité circulaire, phénomène remarquable et d'une extrême rareté. Telle William Herschel l'a observée il y a un siècle, telle nous la retrouvons aujourd'hui. Le diamètre est de 30". On voit auprès d'elle, à l'est, ou poui niieux dire au nord-est, une étoile de 8° grandeur, un peu plus bril» lante que celle de la nébuleuse. La marge australe de ce disqua
ASTRONOMIE. — SUPflLÉMENT. 41
pâle est un peu plus claire que la marge boréale. Étudiée au spec-
troscope, cette nébuleuse s'est montrée absolument gazeuse, son
spectre est traversé des trois principales raies brillantes, dues à la
'prédominance de l'azote et de l'hydrogène. /
; Telles sont les curiosités principales de la constellation des Gé-' meaux. On voit qu'elles ne manquent ni d'intérêt ni de variété. Mais nous ne pouvons pas encore quitter cette région du ciel sans remar- ' quer le Petit Chien installé depuis deux mille ans au sud des Gémeaux, et dont l'étoile Procyon, de première grandeur, se trouve très facilement, soit à l'aide de Castor et Pollux (revoir la fig, 195, p. 276), soit à l'aide d'Orion, à l'orient duquel elle scintille. Cette petite constellation tire son nom de l'éclat de sa brillante étoile, Pw-Cyon, «précurseur du Chien», parce quele lever matinal deSirius,duChicn, était attendu, épié, avec une attention perplexe parles Égyptiens, et que Procyon étant plus boréal apparaissait avant lui dans l'aurore. Le nom a dû précéder ici le dessin de la constellation, et ensuite on a pu trouver dans la disposition de ses étoiles une esquisse suffisante pour y dessiner un petit chien, car les étoiles |3 y et e forment facilement une petite tête. Quoique peu étendu, cet astérisme fait partie des 48 anciennes constellations déjà établies au temps d'Eudoxe, d'Aratus et d'Hipparque. Aratus, Hipparque, Ptolémée ne l'appellent pas le Petit-Chien, mais le Procyon. Sùfi le nomme al-Kalb al- Asgar, le Petit-Chien. C'est le nom qui lui a été unanimement conservé. — En voici les étoiles principales.
PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATIOX DU PETIT CHIEN. DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION.
— 127 -\- 9G0 1450 1590 1603 iCGO ITflO ISOO 1S40 1860 1830
a {Procuon).. .1 112 111; 1.2 1 1 1,4
fi .... 4 4 4 3 3 3 3 3 .3 3 .3,0
P. VII,24'J. . . 0 0 0 0 0 5 0 G 0 6.7 G, 'i
Procyon se place, par son éclat, après Sirius, Arcturus, Véga, Rigel et Capella, et avant Bételgeuse, Aldébaran, Altaïr et Antarès. On peut estimer sa grandeur à 1,4, et c'est sans doute par une éva-
luation un peu trop faible que Tyclio ne l'a noté que de deuxième grandeur.
p a certainement augmenté d'une grandeur entière depuis Ptolémée, Sùfî et Ulugh-Beigh.
Aucune des autres étoiles de cette petite constellation n'a été signalée par les anciens. Tycho remarque le premier •/, 6 et 11 ; ce qui porte à croire que e était plus faible alors que de nos jours, car aujourd'hui il est difiicile de voir y sans voir e. L'étoile n° 6 était certainement plus faible du temps d'Hévélius, car dans sa description, très soignée d'ailleurs, il ne parle pas de cette étoile, aujourd'hui plus brillante que les autres dont il donne les positions. L'étoile n" 11 est aussi descendue d'une grandeur au moins entre Bayer et Hévélius. L'étoile P. VII, 289, a été estimée de quatrième grandeur par Flamsteed et Lalande, de cinquième par Piazzi, et de sixième par Argelander. L'étoile P. VII, 249 était invisible à l'œil nu en 1840; mais en 1660, Hévélius l'a notée, à l'œil nu, de cinquième grandeur.
Ce sont là des fluctuations plus ou moins prononcées, mais certaines, et dont la considération ne laisse pas que de modifier profondément les idées admises jusqu'à présent, et unanimement enseignées, sur la fixité, la permanence, la stabilité presque immuable des étoiles disséminées dans les campagnes de l'mfini.
(Par suite d'une erreur, qu'il n'est pas inutile de corriger, l'étoile P. VII, 289, qui se trouve incontestablement dans les limites de la constellation du Petit-Chien, et qui brille à l'est de Ç, se nomme 13 du Navire dans les catalogues (Flamsteed, Piazzi, etc.). Or le Navire est relégué fort au sud, et entièrement séparé du Petit-Chien par la Licorne.)
Il y a là trois variables périodiques, R, S et T, qui oscillent, la première en 337 jours de 7,2 à 10, la deuxième en 324 jours, de 7,6 à 13, et la troisième en 340 jours, de 9 à 14. Mais on ne les voit jamais à l'œil nu, et leur étude est en dehors de notre programme actuel.
L'éclatant Procijon s'impose spécialement à notre attention par la grandeur de son mouvement propre et par une irrégularité curieuse découverte dans l'analyse de ce mouvement lui-même. La marche annuelle s'élève à — 0%047 en ascension droite et à — 1", 06 en déclinaison, ce qui donne pour résultante une ligne dirigée vers le sudouest et mesurant T, 27, soit 127" par siècle ou 21' en mille ans. Il ne lui faut pas plus de quinze cents ans pour se déplacer dans le ciel d'une quantité égale au diamètre apparent de la lune. Dans douze mille ans, si le mouvement se continue en ligne droite, cette be.'b