‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 182 sur 399 · LA SCIENCE · texte numérisé non relu

LA SCIENCE

selon leur nature ou leur caractère sidéral, et prendre une première idée scientifique, exacte, des réalités de l'univers qui nous environnent et nous touchent de plus près, ce travail, dis-je, n'a jamais été fait, de sorte que cet exposé général n'est, en idéalité, qu'un premier essai de méthode et de classification. Il n'y a guère plus d'un siècle que l'on observe avec précision les positions absolues des étoiles. Et comment ne pas remarquer que les grandes œuvres qui ont fondé l'astronomie sidérale sur ses bases inébranlables, les catalogues d'étoiles doubles et de nébuleuses d'Herschel , et le grand catalogue de 47390 étoiles de Lalande , sont dues aux efforts passionnés de deux amis de la science, de deux hommes indépendants, et nullement aux fonctionnaires des établissements officiels ! Lalande luimême laisse échapper un sourire quelque peu mélancolique à propos de la fondation de son observatoire de l'École militaire, où se sont faites à la fin du siècle dernier toutes les observations de son grand catalogue : « Après avoir fait, dit-il, des efforts inutiles auprès des ministres les plus célèbres et les plus savants, Malesherbes et Turgot, pour obtenir une lunette, je finis par l'obtenir de Bergeret, receveur général des finances. On lit dans l'Évangile que le publicain fit honte au pharisien.... Je fus longtemps contrarié par les circonstances, les intérêts et la jalousie.... L'Observatoire de l'État avait coûté quinze cent mille francs ; celui-ci n'en coûta pas quatre-vingt mille, et il est mieux approprié aux besoins de l'astronomie... etc. » Il y a bientôt un siècle que Lalande écrivait ces mots ('). Les hommes n'ont pas sensiblement changé depuis, et si j'ai quelque jour le temps d'écrire l'histoire de l'astronomie en France pendant la seconde moitié du

(') Depuis plus de deux siècles qu'il existe, l'Observatoire de Paris, avec tous ses observateurs et tous ses calculateurs, n'a pas encore publié un seul catalogue d'éteiles! Il y a quatre-vingts ans que le Catalogue de Lalande est construit, et notre Observatoire, dont le travail fondamental est la révision de ce Catalogue, u'a même pas encore renouvelé l'œuvre de Lalande. On nous prometcette publication pour « l'année prochaine», depuis vingt ans au moins.

Les faits ont parfois de tristes enseignements. Ce Catalogue français de Lalaude est encore aujourd'hui sans rival , et restera toujours dans la science comme le tableau exact de l'état du ciel pour l'époque 1800. Eh bien, ce ne sont pas des astronomes français qui l'ont publié : c'est le gouvernement anglais, en 1847, quarante ans après la mort de Lalande I — Un autre astronome français, élève de Lalande, le jeune Lepaute d'Agelet, neveu de la célèbre M""î Lepaute, et qui fut en 1788 victime de l'infortunée expédition de La Pérouse, travaillait aussi à l'Observatoire de l'École militaire, où il réalisa 6500 observations de petites étoiles, obtenant les positions les plus précises que l'on connût alors. Eh bien , le Catalogue de d'Agelet n'a été publié qu'en 1866, et par qui'? par un astronome américain, aux frais du gouvernement des États-Unis. Etc., etc. Voilà les encouragements que l'on donne à la science.

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