‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 184 sur 399 · CHAPITRE XV · texte numérisé non relu

CHAPITRE XV

Le Scorpion. Disposition remarquable de ses étoiles. Antarès.

Les étoiles temporaires .

Curieux système ternaire — Le Sagittaire. Nouvelles étoiles variables.

La Couronne australe. — Les dernières soirées de l'été.

Depuis que nous avons quitté l'hémisphère boréal et que nous avons commencé la description des constellations zodiacales, nous tournons le dos au nord et nous regardons le sud en face pour toutes nos observations. Plus nous avançons vers le sud et moins les étoiles s'élèvent au-dessus de notre horizon. De leur lever à leur coucher, celles auxquelles nous arrivons maintenant ne décrivent plus audessus de l'horizon austral qu'un arc peu étendu, car elles sont fort au sud de l'équateur, et même au sud de l'écliptique, s'éloignant jusqu'à 120 et même 130 degrés du pôle nord. Nous ne pouvons donc les bien voir qu'à l'heure de leur passage au méridien, c'est-à-dire vers 9 heures du soir, en juin et juillet pour la Balance, en juillet et août pour le Scorpion, en août et septembre pour le Sagittaire. On ne peut guère se tromper pour reconnaître Antarès ; cependant si l'on éprouvait quelque difficulté, notre fig. 173 (p. 244) peut servir à rappeler les principaux points de repère.

Le Scorpion, signalé par la belle étoile rouge Antarès, s'étend audessous d'Ophiuchus, avec lequel nous avons fait connaissance. Le nom d' Antarès signifie « rival de Mars », ce qui montre qu'au temps des Grecs la coloration ardente de ce lointain soleil ressemblait comme de nos jours à celle de la planète guerrière. Antarès marque le cœur du Scorpion. A droite, les étoiles |3, 5et tt indiquent la direction de la tête. Les serres primitives s'allongeaient jusqu'à y et (i '- Balance pour la serre boréale, et jusqu'à i et a pour la serre australe. Mais le caractère le plus frappant est celui de la queue et du dard recourbé : la seule disposition des étoiles s, ij.,-/i,B, x,l -à suffi pour donner l'idée d'un Scorpion, d'autant mieux que toutes ces étoiles sont fort brillantes , et l'origine de cette figure céleste est aussi évidente que celle de la Couronne boréale, de la Flèche, des Gémeaux, et plus évidente encore que celle du Dauphin, du Taureau, des Poissons^

LE SCORPION

de la Lyre, etc. Un seul coup d'œil jeté sur notre fig. 276 suffit pour reconnaître dans l'arrangement de ces étoiles l'animal au dard recourbé. Chercher avec Pluche, Lalande, Dupuis, Francœur, une explication dans les mois de l'année et les chaleurs ou les maladies de Fêté symbolisées par l'animal venimeux , c'est chercher , suivant une expression vulgaire, midi à quatorze heures. Ajoutons que le seul fait de la présence du Scorpion dans les figures célestes nous prouve que ces constellations ont été nommées par un peuplé habitant les chaudes latitudes, familier avec cet animal, et pour lequel ces étoiles s'élevaient plus haut que pour nous au-dessus de leurs regards contemplateurs.

Le Scorpion primitif s'étendait, avons-nous dit, jusqu'à la Vierge : il en était encore de même au temps d'Ératosthènes , car dans le livre des Catastérismes qui nous a été conservé de lui et qui ne paraît être qu'un extrait d'un ouvrage astronomique plus important, il est dit : « La grandeur du Scorpion l'a fait partager en deux signes : dans l'un sont les serres et dans l'autre le corps et l'aiguillon; on voit deux étoiles à chaque serre, l'une brillante et l'autre obscure, trois brillantes au front, deux

Fig. 276. — Kloiles formant la Ugure du Scorpio

au ventre, cmq à la queue, quatre à l'aiguillon. Elles sont précédées par la plus belle de toutes, l'éclatante de la serre boréale ». D'après cette description, le Scorpion se serait encore à cette époque étendu sur les deux signes, et l'étoile p de la Balance, qui formait la serre boréale, eût été plus brillante qu'Antarès. Celle-ci n'était sans doute pas alors de première grandeur, puisqu'on la signale sans remarque, comme faisant simplement partie des deux du ventre (« et t sans doute). — Eudoxe, Aratus et Ératosthènes ne parlent que des Serres du Scorpion, et c'est Manéthon le premier qui rapporte que « les prêtres ont changé les serres en plateaux de Balance, parce qu'elles s'étendent de part et d'autre comme des plats suspendus à un joug. » Ovide rapporte que c'est la vue de ce monstre qui épouvanta Phaéton lorsqu'il essaya de conduire dans l'espace le char flam-

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boyant du Soleil, et la mythologie assurait que ce Scorpion était la métamorphose de celui qui piqua Orion au moment où il allait atteindre Diane poursuivie. Mais ne nous occupons pas des fables.

L'éloignement austral des étoiles du Scorpion nous interdit de les observer toutes de nos latitudes boréales : celles-là même que nous pouvons voir ne s'élèvent que faiblement au-dessus des brumes de l'horizon, de sorte qu'il nous est difficile d'estimer exactement leur grandeur. Pour représenter l'état actuel du ciel et former la dernière colonne de notre tableau, j'ai eu recours aux observations si soigneuses qui viennent d'être faites sur les étoiles de l'hémisphère austral, par les astronomes de l'Observatoire de Cordoba, près Buenos- Ayres (République argentine), et qui ont permis à M. Gould de compléter l'uranométrie d'Argelander et de Heis par l'étude des zones célestes qui restent cachées aux astronomes européens.

Hipparque, Ptolémée, Sûfi, Ulugh Beigh, Piazzi, qui habitaient au midi de nos latitudes, ont observé presque toutes ces étoiles; mais Tycho-Brahé, Hévélius, Flamsteed, Player, Argelander et Heis n'ont pas observé celles qui dépassent le 35° degré de déclinaison australe. Fort heureusement, nous pouvons suppléer en partie à ces lacunes par trois séries d'observations indépendantes faites à de longs intervalles l'une de l'autre. En 1676, Halley s'embarqua pour l'île Sainte- Hélène, et l'année 1677 fut presque entièrement consacrée à l'étude de l'hémisphère austral; j'ai remplacé dans notre tableau la colonne fort incomplète d'Hévélius (1660) par celle de Halley. En 1751 et 1752, Lacaille fit, au cap de Bonne-Espérance, la première observiition intégrale complète de l'hémisphère austral : j'ai inscrit ses observations, au lieu de celles de Mayer, pour toutes les étoiles situées au delà du 30" degré; enfin les lacunes de Heis (1860) ont été comblées par les observations de Behrmann, extraites de son « Atlas dessûdlichen gestirnten Himmels ».

Antarès n'était classé par les anciens astronomes que parmi les astres de la deuxième grandeur; il s'est élevé ensuite à la première, et maintenant il paraît de nouveau diminuer lentement. Au temps d'Ératosthènes, l'étoile p de la Balance était plus brillante qu'Antarès, et sans doute de première grandeur.

L'étoile p du Scorpion a été éclipsée par la planète Mars (presque occultée) le 17 janvier de l'an 271 avant notre ère. Cette étoile paraît osciller autour de la troisième grandeur; en 1756, Mayer l'a notée de 4°; mais ses estimations ne sont pas absolument sûres ; en 1704, Kirch l'a vue inférieure à 5, et elle y redescend actuellement.

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Les estimations d'éclat qui composent la dernière colonne de notre tableau, ayant été faites par des observateurs placés dans l'hémisphère austral, doivent être sensiblement supérieures à celles qui sont dues aux observateurs de l'hémisphère boréal : de faibles différences dans le sens positif n'indiqueraient donc pas pour cela un accroissement d'éclat. Il est probable que, malgré l'apparence, les étoiles â, £, 9, y., 1 n'ont pas varié. Cependant la différence est d'une grandeur enti-ère pour la dernière.

C'est sans doute par erreur que Piazzi a noté Q de b'. ç', qui était anciennement égale à Ç% est aujourd'hui de deux grandeurs au-dessous.

P est descendue de la troisième à la quatrième et demie. 0 n a jamais existé. Bayer a placé cette étoile entre p et y , au milieu de la distance qui les sépare; mais on ne voit rien au ciel en cet endroit. Elle provient sans doute d'une erreur de transcription.

Sur la carte de Bayer, la lettre c est gravée entre deux étoiles contiguës qui se «"uivent à peu près parallèlement à l'écliptique. Ces deux étoiles correspondent à FI. 13 et P. XVI, 31, seulement elles sont moins écartées l'une de l'autre. C'est donc la première qui est c', et c'est la seconde qui est c*. Les astronomes se trompent souvent sur cette identification, appelant c' une étoile de sixième grandeur et demie située tout contre 13, au sud (FI. 12), et appelant 13 c^ — Ces deux étoiles manifestent une certaine fluctuation d'éclat. FI 12 est très faible et invisible à l'œil nu.

P. XVI, 111 paraît varier entre 4^ | et 5=|.

P. XVI, 92 est a de la Règle sur un grand nombre de cartes et catalogues. Lacaille a placé là, en effet, en 1752, une Règle et une Équerre (fig. 279), en prenant au Scorpion, au Loup et à l'Autel, des étoiles qui auraient fort bien pu leur rester.

Le même astronome a voulu aussi glisser une lunette dans l'étroite ouverture qui sépare le Scorpion du Sagittaire. L'étoile de troisième grandeur et demie qui suit le dard recourbé du Scorpion (P. XVII, 229) et qui peut marquer la pointe d'un second dard, au lieu de rester au Scorpion, se nomme y du Télescope, mais non chez tous les astronomes, car dans Behrmann elle est la 63' du Scorpion, et dans Gould elle porte la lettre G de cette même constellation. Cette étoile offre la particularité d'avoir été nommée nébuleuse par Ptolémée. Sùû rapporte cette qualification sans la continuer, et dit que c'est une faible de la quatrième grandeur. Bayer l'a dessinée nébuleuse, sans doute à cause de la tradition de Ptolémée. Cette tradition n'est peut-être pas

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sans fondement, car il est certain que l'étoile augmente d'éclat; la gradation est même instructive :

Il y a deux mille ans . nébuleuse.

Il y a neuf cents ans 4« î

Il y a trois cents ans 4»

Aujourd'hui 3« j

Aurions-nous assisté là à la transformation d'une nébuleuse en étoile? Nous sommes ici en pleine Voie lactée.

PRINCIPALES ÉTOILES DE LA CONSTELLATION DU SCORPION DEUX MILLE ANS D'OBSERVATION

Etoiles

a {Antarès)

absente

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