ETOILES TEMPORAIRES DANS LE SCORPION
nous a conservé la liste des étoiles extraordinaires {Ke-Sing, étrangers d'une physionomie singulière), apparues dans le ciel, et celle-ci est en tête de la liste. Pline rapporte d'autre part que c'est l'apparition de cette étoile nouvelle qui détermina Hipparque à observer avec soin le ciel et à rédiger son catalogue, « afin que la postérité connaisse si des changements arrivent réellement dans le ciel » . La comparaison générale que nous faisons ici réalise précisément ce vœu formulé il y a vingt siècles. Le dire de Pline est traité d'historiette par Delambre; mais comme Ptolémée affirme expressément que le catalogue d'Hipparque est relatif à l'an 127 avant notre ère, et comme Hipparque observait à Rhodes — et sans doute aussi à Alexandrie — entre les années 162 et 127, il n'y a rien à opposer à l'assertion de Pline. D'ailleurs, elle n'a rien que de très naturel, et seize siècles plus tard, Tycho-Brahé n'a été déterminé lui-même à construire son catalognie que par mie apparition du même genre.
L'incendie de cette fameuse étoile eut lieu vers la tête du Scorpion, non loin de p. En l'an 393 de notre ère, une autre étoile nouvelle apparut dans la queue.
Sous le règne du calife Al-Mamoun, vers l'an 827, deux célèbres astronomes arabes, Haly et Giafar Ben-Mohammed Alboumazar observèrent à Babylone une étoile nouvelle, « dont la lumière égalait celle de la lune en son premier quartier » ! Cet événement eut encore lieu dans le Scorpion : l'apparition dura quatre mois.
En 1203, nouvelle étoile dans la queue du Scorpion : elle était de couleur bl euâtre, sans nébulosité lumineuse et semblable à Saturne.
En 1584, nouvelle apparition encore dans le Scorpion; la position a été mieux observée : près de n.
Il semble que les apparitions de l'an — 134 et de l'an 1584 puissent appartenir à la même étoile (peut-être aussi celle de l'an 827), et que les apparitions de l'an 393 et de l'an 1203 puissent aussi être attribuées aux conflagrations d'un même astre. Déjà, selon toute probabilité, la fameuse étoile de 1572 s'est allumée au même point de Cassiopée où l'an 1264 et l'an 945 deux apparitions analogues avaient frappé l'attention des astronomes. En attribuant à une même étoile plusieurs phénomènes de ce genre, nous sommes peut-être inspirés par l'idée de diminuer le travail de la nature, et, sans contredit, une telle préoccupation ne devrait pas nous inquiéter beaucoup, attendu que la nature n'est pas un être qui se fatigue; cependant ces phénomènes sont précisément assez rares pour que nous ayons une tendance logique à réduire le nombre des astres qui en ont été le théâtre.