LE SOLEIL O
Complétons cette notice générale sur les observations offertes à tous les néophytes du culte d'Uranie, par quelques indications relatives au Soleil lui-même.
Il serait superflu de faire remarquer d'abord que toute éclipse de soleil ou de lune ne doit jamais être négligée, et qu'on aura toujours un nouvel intérêt à les observer avec soin, qu'elles soient partielles ou totales. Dans les éclipses de soleil, la silhouette noire de la Lune montre très bien les irrégularités montagneuses du bord lunaire. Lors des éclipses de lune, on constate l'arrivée et la marche de l'ombre de la Terre, qui s'avance lentement sur le disque lunaire, en répandant un crêpe rougeàtre sur sa configuration géographique, sans l'effacer tout à fait, on note le moment précis où cette ombre terrestre touche les principales mon* tagnes, et les aspects changeants de la sm-face lunaire atteinte par la pénombre de notre propre atmosphère. Il semble qu'en suivant ainsi toutes les phases du phénomène on s'initie personnellement aux lois des mouvements célestes, et qu'on fasse partie intégrante de ces mouvements eux-mêmes, — ce qui est d'ailleurs absolument vrai, mais ce que personne ne sent.
Les taches du Soleil offrent un sujet d'étude facile et satisfaisant, même dans une petite lunette de 60 millimètres. L'observation n'en est pas dangereuse : les opticiens doivent toujours avoir soin de placer parmi les accessoires de tout instrument d'optique destiné à l'observation du ciel une ou deux bonnettes noir«f
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ou verres foncés, que l'on visse à l'oculaire lorsqu'on veut regarder le Soleil; ce sont des verres chimiquement colorés, qui atténuent les rayons lumineux ; les bleus sont préférables aux rouges, parce qu'ils atténuent aussi les rayons calorifiques, Il ne faut pas laisser trop longtemps l'instrument directement pointé vers le Soleil, parce que l'oculaire étant naturellement au foyer, s'échauffe, et que le veri-e noir peut éclater devant l'œil ; accident sans gravité d'ailleurs, attendu quele petit verre se fend tout simplement, et que l'œil surpris se retire immédiatement; mais il vaut mieux l'éviter, et il suffit pour cela de tourner légèrement l'instrument dans les moments de répit de l'observation.
Pour pointer sans fatigue l'instrument sur l'astre éblouissant, il y a deux moyens bien simples. Si la lunette est petite, non munie d'un chercheur, dirigezla, de la main seulement, vers le Soleil, et recevez son ombre sur une feuille de
papier ou sur le parquet : lorsque l'ombre est réduite à son minimum, qu'elle n'a plus, dans tous les sens, que le diamètre de la lunette, que le corps de l'instrument n'ayant plus d'obliquité par rapport au soleil ne produit plus d'ombre, l'astre est dans le ".hamp de la lunette. Si l'instrument est muni d'un chercheur, commencez toujours à le tourner comme précédemment dans la direction du Soleil ; puis, en ayant soin de prendre l'un des verres noirs pour regarder dans le chercheur, amenez le Soleil à la croisée des fils : il est dans le champ de la lunette. Mais ayez soin de ne pas vous précipiter à l'oculaire sans y visser la bonnette.
Il ne faut pas s'attendre à trouver tous les jours des taches sur le Soleil. L'astre reste quelquefois des mois entiers sans en offrir une seule à la curiosité des astronomes, et déjà nous avons vu que certaines années sont privilégiées à cet égard. La variation est périodique. Dans les années de maximum, on a compté jusqu'à trois cents taches et davantage dans le cours de l'année; aux époques de minimum, ce nombre se réduit à une vingtaine. Les dernières années de maximum ont été les années 1848, 18G0 et 1871 ; nous pouvons nous attendre à ce retour en 1882 : ainsi nous entrons dans la période la plus riche à cet égard. Les dernières années de minimum ont été 1855, 1867 et 1878. En moyenne, du maximum au minimum suivant sept années s'écoulent, tandis que quatre seulement séparent un minimum du maximum suivant. C'est assurément là l'un des phénomènes les plus curieux que nous connaissions dans la physique de l'univers. Nous en ignorons absolument la cause.
Fig. 304. — Type de taches solaires, vues avec un grossissement de 300 fois.
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Ces taches offrent toutes les dimensions, depuis de simples points, de petits pores imperceptibles, qui ne se révèlent que dans les plus puissants instruments, jusqu'à des surfaces mesurant plus d'une minute de diamètre, c'est-à-dii-e larges de 43 000 kilomètres et davantage. De telles taches ne sont que 32 fois moins larges que le Soleil lui-même, sont visibles dans les plus petits instruments, et même à l'œil nu, et sont trois à quatre fois plus larges que la Terre, dont le diamètre, vu à la distance du Soleil, est de 17", 7.
En suivant ces taches de jour en jour, à la même heure, on se rendra très rapidement compte de la rotation du Soleil. Elles mettent environ 13 jours à traverser le disque. Parfois elles durent assez longtemps pour faire le tour du Soleil, de l'autre côté, et nous revenir par le bord oriental, quatorze jours après avoir disparu par le bord occidental j'en ai suivi et dessiné une, en 1868, qui a duré trois rotations solaires sans s'altérer sensiblement. Parfois, au contraire, elles ne durent que quelques jours, se fondent et disparaissent. Quelquefois elles sont isolées, mais le plus souvent elles sont groupées par familles variées, laissant de légères traînées derrière elles. De temps en temps on en voit qui se segmentent en deu,x parties réunies comme par une charnière.
L'observation des taches fera tout d'abord reconnaître en elles l'ombre noire centrale et la pénombre qui l'environne. Le centre des taches paraît noir, par contraste, quoiqu'il soit en réalité deux mille fois plus lumineux que la pleine lune. La pénombre paraît formée de filets de lumière, parfois très apparents et singulièrement contournés. Pour se rendre compte de l'aspect réel de ces formations, rien n'est aussi utile que d'essayer de les dessiner, et ce n'est pas absolument difficile. Vous ne serez pas toujours satisfait de vos dessins, car on rencontre des effets et des tons impossibles à rendre dans leur vraie lumière ; mais ces dessins vous feront remarquer un fait assez curieux : c'est que l'œil humain parvient ta distinguer nettement des détails extrêmement délicats, et finit par s'accoutumer à les voir, de telle sorte que les proportions deviennent tout à fait trompeuses. Ainsi, pour représenter une tache solaire de la largeur de la Terre, mesurant 17" à 18", vous aurez fait un dessin de 7 à 8 centimètres de large, c'est-à-dire que vous croirez voir un objet de i" avec une largeur de 4 ou 5 millimètres. Or, cette tache dont vous ne pouvez guère dessiner tous les détails visibles qu'en lui donnant cette exagération, cette tache n'est qu'un point noir sur votre rétine; et quand, après avoir quitté la lunette et vous être reposé le regard sur le paysage environnant, vous revenez au bout de quelque temps à lobsei'vation, vous ne pouvez vous empêcher d'être surpris de voir, au premier coup d'œil, la tache aussi petite. Puis l'œil s'y habitue de nouveau et la revoit grande. Tout est dans les proportions. C'est par un effet contraire qu'au milieu des Alpes les montagnes ne paraissent pas avoir la moitié de leurs dimensions réelles, que la plaine d'Interlaken (au-dessus de laquelle j'écris ces lignes) paraît large comme la main, tandis que ce triangle a 6 kilomètres de longueur sur 4 de largeur, que Montmartre ici ne se verrait pas, et que la mer de glace à Ghamonix paraît pouvoir être traversée en un quart d'heure. Un jour que je contemplais l'intérieur de l'immense basilique de Saint-Pierre de Rome du haut d'une galerie qui court sous le dôme même, quelqu'un me pria de chercher eu bas le maître-autel, que l'ou finit par reconnaître, en effet, dans le
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fond de l'abîme, au contre du parvis : ce maître-autel a la hauteur de l'Observatoire de Paris, 27 mètres ! Il est perdu comme un dé sous le ciel de Michel- Ange.
Le Soleil offre en ce moment môme (septembre 1881) une belle tache ronde et un groupe remarquable, parfaitement visibles dans une lunette de 60 millimètres. Nous entrons actuellement, comme nous le disions tout à l'heure, dans la période d'observation la plus favorable.
Si l'on veut suivre une tache pendant plusieurs jours, plusieurs semaines, il importe d'observer à la même heure, parce que la position de la tache, relativement à notre verticale, varie du lever au coucher du soleil à cause de l'obliquité du mouvement diurne apparent. En revoyant le lendemain la tache que l'on a vue la veille, et en la retrouvant de nouveau le surlendemain et les jours suivants, on ne peut s'empêcher de songer que pendant ce temps-là la Terre a tourné plusieurs fois autour de son axe, a plongé plusieurs fois l'humanité et la nature entière dans la nuit et dans le sommeil, tandis que l'astre flamboyant est resté là, immuable, toujours lumineux, rayonnant sans arrêt ni trêve la lumière et la chaleur qui vont porter la vie sur tous les mondes.
Lorsque les taches arrivent près des bords, on remarque autour d'elles des traînées plus lumineuses que la surface solaire, des espèces de bourrelets, de longues vagues blanches , que l'on peut suivre jusqu'aux bords de la sphère solaire : ce sont les facules.
Une observation plus attentive permettra également de découvrir, même à l'aide de faibles instruments, les gramdations de la surface solaire, laquelle est loin d'être unie et d'une blancheur homogène, comme on se l'imagine en général, mais est composée de points blancs serrés sur un réseau sombre. Ces points blancs sont des nuages de lumière mesurant en moyenne 200 kilomètres de diamètre.
Ajoutons enfin que si jamais en observant le Soleil on voyait une tache noire bien ronde se déplacer en quelques heures et glisser devant le disque lumineux, il faudrait avoir soin de dessiner la corde tracée et de noter l'heure précise, ainsi que toutes les circonstances de l'observation : ce serait là une belle découverte; nous aurions enfin la constatation de l'existence de cette fameuse planète intra-mercurielle, que la plupart des astronomes considèrent comme acquise à la science, mais dont pourtant l'existence n'est prouvée par aucune observation certaine et définitive.
Il est possible aussi qu'on apei'çoive une comète passant devant le Soleil, (comme on l'a vu entre autres le 6 janvier 1818 et le 26 juin 1819), et peut-être d'autres corps célestes inconnus. Toute observation spéciale est intéressante à conserver.
L'analyse spectrale du Soleil et l'étude de ses protubérances demandent des appareils spéciaux, et restent jusqu'à présent en dehors du domaine de l'astronomie populaire.
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