LUNETTES ASTRONOMIQUES
Diamètre de l'objectif
Dédoublement possible
Diamètre de en pouces en
l'objectif millimètres
Dédoul)Iement
en pouces
en millimètres
possilile
Un instrument de premier choix doit donner ces dédoublements, en en exceptant toutefois les couples d'étoiles dans lesquels la principale est trop brillante et éclipse sa compagne, et à la condition que l'instrument soit bien stable, que l'atmosphère soit bien pure et que l'astre observé soit à plus de 40 degrés de hauteur au-dessus de l'horizon, attendu que les données précédentes correspondent aux plus forts grossissements.
La stabilité est une condition essentielle. Une lunette, quelque excellente qu'elle puisse être, ne servira à rien s'il faut la tenir à la main ; elle ne sera que d'un médiocre usage si elle est posée sur un mauvais pied, d'un maniement brusque ou difficile. N'hésitez pas à consacrer une partie du prix au pied et au chercheur : mieux vaut posséder un instrument moins puissant dont on puisse agréablement et facilement se servir, qu'un instrument plus puissant dont l'usage vous rebuterait au bout de quelques semaines. L'astronome Lacaille a construit son fameux catalogue de 9766 étoiles australes avec une petite lunette de 14 millimètres ou un demi-pouce, admirablement montée (c'était le chercheur de son grand instrument).
Les lunettes indiquées ci-après sont toutes montées et vissées sur des pieds stables. Les plus petites sont destinées à être posées sur un pilier ou sur une table bien callée (les guéridons à trois pieds remuent facilement et ne valent rien). Le plus léger mouvement se centuple dans la lunette et s'y perpétue, rendant les observations impossibles. Il importe même de s'abriter du vent, qui suffit pour faire osciller la lunette et faire danser les étoiles. Si l'on observe du haut d'un étage élevé, les trépidations du sol causées par le passage des voitures se transmettent à toute la maison, et il est impossible de les éviter : choisir l'endroit qui en est le plus affranchi, et profiter des heures ou des instants de tranquillité.
La lunette doit être montée de telle sorte sur son pied, qu'elle puisse facilement se mouvoir dans la verticale, ou en altitude, et dans l'horizontale, ou en azimut, et être centrée de telle sorte qu'elle reste stable, en équilibre, quelque position qu'on lui donne. Autrement on ne pourra rien trouver, rien observer au ciel.
Observez de préférence en plein air, même pendant l'hiver, et sans crainte de l'air de la nuit, en prenant les précautons suffisantes. Il n'y a rien à redouter de ces exercices astronomiques à la belle étoile : la longévité bien connue des anciens astronomes en est la meilleure preuve (aujourd'hui nous vivons plus vite!). Si vous ne pouvez observer en plein air, n'ayez ni feu ni lumière dans la Çièce où l'instrument est placé. Placez-vous dans l'obscurité plusieurs minutes
avant de mettre l'œil à l'oculaire; autrement vous ne distingueriez même pas le champ de la lunette.
Lorsque vous chercherez une petite étoile ou une nébuleuse et que vous ne la trouverez pas là où vous savez qu'elle est, n'abandonnez pas la recherche sans avoir regardé obliquement, en détournant l'œil : la rétine est alors frappée par des rayons qui demeurent invisibles lorsqu'ils arrivent de face.
Toutes les fois que vous ferez une observation, n'attendez pas au lendemain matin pour l'inscrire : la mémoire est infidèle. Notez la date, l'heure et la minute. Soyez clair, précis, et aussi complet que possible dans vos dessins et dans votre rédaction, ne serait-ce que par méthode. Il arrivera parfois qu'un observateur rapportera une observation faite à la même heure que vous : en recourant à vos notes, vous pourrez vérifier vous-même, corriger ou compléter sou récit.
Voyons maintenant quels instruments ou peut choisir pour commencer l'élude de l'astronomie.
Puisque dans la vie pratique tout se réduit à des questions d'argent, laissons encore un instant l'étude contemplative et la poésie de côté pour nous occuper de ces vulgaires détails. Et pour commencer par le commencement, j'avouerai qu'il ne me paraît guère possible de faire sérieusement un peu d'astronomie à moins d'un instrument d'une valeur de cent francs. Voici donc la liste que j'ai pu établir de concert avec les principaux opticiens-frabricants de Paris (lesquels, on peut le dire, ne sont pas des commerçants ordinaires, et font aux amis de la science qu'ils aiment toutes les concessions possibles) (').
Avant d'arriver aux instruments d'optique proprement dits, rappelons qu'à l'aide d'une bonne jumelle on peut déjà apprécier certains spectacles célestes vraiment remarquables, notamment les richissimes agglomérations d'étoiles dans les régions blanches de la Voie lactée, la Chevelure de Bérénice, les Hyades, les Pléiades, l'amas du Cancer, la nébuleuse d'Andromède, les amas de Persée et d'Hercule, et les étoiles voisines brillantes ou les belles étoiles doubles très écartées, telles que y Petite Ourse, i Scorpion, t Verseau, 9 Sagittaire, x' Oriou, X, ?, lA p et p du Sagittaire, i» du Scorpion, h du Sagittaire, S de la Lyre, -k Pégase,
V du Sagittaire, Mizar et Alcor, [a du Scorpion, a du Taureau, a du Capricorne,
Y du Petit Cheval, i Orion, 9 Taureau, a Balance, e Lyre et 9 Oriou.
(') J'ai cru devou- ue signaler ici que des opticiens français, sentiment tout naturel ; mais comme l'intérêt de la science prime tous les autres, je prie les observateurs de vouloir bien me faire connaître s'ils ont éprouvé de meilleurs instruments — à prix égal, bien entendu — et s'ils leur ont reconnu des avantages incontestables : que ces instruments soient dus à des opticiens français avec lesquels je ne me trouve pas en relation, ou îi des opticiens étrangers, il en sera tenu compte dans les futures éditions de cet ouvrage. Le progrès de la science et de l'instruction publique avant tout!