‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 351 sur 399 · novembre · texte numérisé non relu

novembre

Eclat.

1" grandeur, grande étoile, grosseur extraord.

1" grand., bleuâtre.

1" grandeur, grande étoile.

Éclat, de \" grand.

0 extraordinaire. »

« grande étoile. »

3" grandeur.

V grandeur, grand, considérable.

3' grandeur.

4» grandeur.

5° grandeur 2» grandeur.

3' grandeur.

Résumons l'histoire de chacune de ces apparitions. Les mentions anciennes les plus précises sont tirées de l'Encyclopédie chinoise de Ma-tuan-lm, traduite et coordonnée par Edouard Biot, Catalogue astronomique qui remonte jusqu a l'an 613 avant notre ère, c'est-à-dire à l'époque de Thaïes.

1» Première apparition entre p et p du Scorpion, on juillet de l'an 134 avant J.-C, selon l'Encyclopédie chinoise — ou vers l'an 130 selon Pline (II, 6). —Si l'on en croit Pline, c'est l'apparition de cette étoile qui aurait déterminé Hipparque à entreprendre son Catalogue. Le rapport du grand naturaliste acte traite d'historiette par Delambre {Hisl. de VAstr. anc, t. I, p. 290, et Hist. de VMtr. mod t I, p. 186). Mais comme Plolémée affirme expressément [Almageste, VU, 2) que le Catalogue d'Hipparque est relatif à l'an 128 avant notre ère, et comme Hipparquc observait à Rhodes, et peut-être aussi à Alexandrie, entre les années 162 et 127 avant J.-C, il n'y a rien à opposer à l'assertion de Phne.

2» Étoile qui parut sous l'empereur Adrien, vers l'an 130, selon les annalistes ou en décembre de l'année 123, entre a d'Hercule et a d'Ophiuchus selon les

Chinois. ,...,,■„

3° Étoile singulière et très grande, tirée de Ma-tuan-lm ainsi que les trois suivantes. EUe parut le 10 décembre 173, entre a et p du Centaure, et disparut huit mois plus tard, après avoir montré les cinq couleurs l'une après l autre.

4» Cette étoile brilla depuis le mois de mars jusqu'au mois d'avril de 1 an 3b9. Sa position n'est pas indiquée. . - n

5° Entrée et =p du Sagittaire. Le catalogue chinois indique ici expressément le lieu « où l'étoile demeura depuis le mois d'avril jusqu'à celui de juillet 38b ». Elle était donc immobile, et n'a pu être confondue avec une comète.

6° Étoile nouvelle près de a de l'Aigle; pendant le règne de 1 empereui- Honorius. D'après le récit de Cuspinianus, témoin oculaire, elle brilla d un éclat comparable à celui de Vénus, et elle disparut trois semaines après sans laisser

7° Mars 393; encore dans le Scorpion, mais cette fois dans la queue; tirée du Catalogue de Ma-tuan-lin.

8° L'année 827 est douteuse ; il est plus sûr de dire : dans la première moitié

du IX' siècle. C'est en effet vers cette époque, et sous le règne du calife Al- Mamoun, que deux célèbres astronomes arabes, Haly et Giafar Ben Mohammed Alboumazar, observèrent, à Babylone, une étoile nouvelle « dont la lumière égalait celle de la lune dans son premier quartier ». Cet événement eut encore lieu dans le Scorpion : l'étoile s'évanouit après un intervalle de quatre mois.

9° L'apparition de cette étoile, en 945, sous l'empereur Othon le Grand, ainsi que celle de l'an 1264, reposent uniquement sur le témoignage de l'astronome bohémien Cyprianus Leovitius, qui assure avoir puisé ses renseignements dans une chronique manuscrite. Cet auteur fait remarquer en môme temps que les deux apparitions de 945 et de 1264 ont eu lieu entre Céphée et Cassiopée, tout près de la Voie lactée : précisément à l'endroit où l'étoile de Tycho s'est montrée en 1572.

10" D'après le témoignage d'Hépidannus, moine de Saint-Gall, mort en 1088, et dont les annales s'étendent de 709 à 1044, une étoile nouvelle d'une grandeur extraordinaire et d'un éclat éblouissant {oculos verberans] parut vers la fin du mois de mai 1012, dans le signe du Bélier, au point le plus méridional du ciel, et y resta visible pendant 3 mois. Elle oscilla plusieurs fois d'éclat, et parfois même on cessait de la voir.

11" A la fin de juillet 1203, dans la queue du Scorpion : « Étoile nouvelle de couleur bleuâtre, sans nébulosité lumineuse, et semblable à Saturne », d'après les catalogues chinois.

12° Encore une observation chinoise tirée de Ma-tuan-lin. La nouvelle étoite parut vers le milieu de décembre 1230, entre Ophiuchus et leSerpent. Elle s'évanouit à la fin de mars 1231.

13° C'est l'étoile dont parle l'astronome bohémien Cyprianus Leovitius. A la même époque (juillet 1264) parut une grande comète dont la queue embrassait la moitié du ciel, et qui par conséquent n'a pu être confondue avec l'étoile nouvelle qui apparut entre Céphée et Cassiopée.

14° L'étoile de Tycho du 11 novembre 1572, dans le trône de Cassiopée. C'est la plus mémorable de ces apparitions subites, et celle qui jeta dans l'esprit des hommes l'étonnement le plus ineffaçable. Le massacre de la Saint-Barthélémy, accompli quelques mois auparavant, le malaise général, la terreur et la privation qui pesaient en nos contrées"; l'attente encore crédule quoique vingt fois trompée de la fin du monde ; la direction funeste des événements donnaient à cette apparit'ion un caractère céleste, manifestant clairement les desseins terribles du Tout- Puissant. Cette étoile gigantesque, subitement apparue, surpassait en éclat toute l'armée des cieux. Tycho-Brahé,qui écrivit son histoire, déclare que Sirius, Véga, Jupiter pâlissaient auprès d'elle, et qu'on la voyait en plein jour. Cardan compulsa les manuscrits poussiéreux des antiques grimoires, et trouva que cette étoile mystérieuse était la même que celle des Mages ! Théodore de Bèze, poursuivant la même hypothèse, déclara ci, l'Europe consternée que cette apparition annonçait le second avènement de l'Homme-Dieu, comme l'apparition orientale de Bethléem avait annoncé le premier. L'antechrist devait être né, d'après les calculs de Stoffler et de Leovitius ; la fin du monde approchait ; le jugement dernier se préparait : déjà l'on entendait le bruit lointain des préparatifs, et bientôt les étoiles allaient tomber du ciel l

j\[ais l'étoile de Cassiopée commença à diminuer d'éclat, et en mars 1574 elle avait complètement disparu à l'œil nu. La première lunette ne fui inventée que trente-sept ans plus tard. (Voir Astronomie populaire, p. 765.)

15° Etoile qui apparut en février 1578, d'après Ma-tuan-lin. La constellation n'est pas indiquée. Il faut que l'éclat de cette étoile ait été bien extraordinaire : le Catalogue assure qu'elle paraissait « grande comme le Soleil ».

16" Le 1" juillet 1584, près de ■k du Scorpion ; observation chinoise.

17° L'étoile 34 du Cygne, d'après Bayer. Guillaume Janson, géographe distingué, qui avait observé quelque temps sous la direction de Tycho, est le premier qui ait fixé son attention sur cette nouvelle étoile, située dans la poitrine du Cygne, au commencement du col ; c'est ce que prouve une inscription de son globe céleste. Kepler manquant d'instruments depuis la mort de Tycho, et empêché d'ailleurs par ses voyages, ne commença à l'observer que deux ans plus tard; il n'apprit même son existence que vers cette époque : circonstance singulière, car l'étoile était de 3° grandeur. L'étoile diminua d'éclat, surtout à partir de 1619, et finit par disparaître en 1621. De 1638 à 1659, Hévélius la revit, de 3° grandeur, et de même Cassini en 1655; mais en 1659 elle diminua de muveau, et le 31 octobre 1660, elle était plus petite que les étoiles de 5' grandeur du col du Cygne. Elle décrut encore en 1661, et du mois d'août au mois de d'cembre elle était presque de 6' grandeur. De 1662 à 1666, elle resta complètement invisible à l'œil nu; mais le 24 septembre 1666, elle était redevenue visible. Je l'observe régulièrement chaque été: elle reste actuellement de 5° grandeur \. (Voir plus haut, p. 194.)

18° Après l'étoile qui éclata en 1572, dans Cassiopée, la plus célèbre est celle qui parutlen 1604 dans Ophiuchus. A l'une, comme à l'autre, se rattache un grand nom. L'étoile nouvelle du pied droit du Serpentaire ne fut pas découverte, à la vérité, par Kepler lui-même, mais par son élève Jean Brunowski, de Bohême, le 10 octobre 1604. « Elle surpassait les étoiles de 1" grandeur, elle surpassait même Jupiter et Saturne ; mais elle était moins brillante que Vénus. » Son éclat était moindre que celui de l'étoile de Tycho en 1572 ; aussi n'était-elle pas visible en plein jour comme celle-ci ; mais sa scintillation était beaucoup plus vive, et c'est par là surtout qu'elle excitait l'étonnoment des observateurs : elle flamboyait comme un feu de toutes couleurs. Elle tomba à la 2° grandeur en février 1G05, à la 3° en avril, à la ¥ en août, à la 5° en octobre, diminua et disparut en janvier 1606. Les instruments d'optique n'étaient pas encore inventés pour la suivre dans l'invisibilité.

19° 1609. a Vue au sud-ouest » : c'est tout ce qu'en ont rapporté les Chinois qui l'ont observée.

20« 1670. Observée par le chartreux Anthelme, non loin de p jdu Cygne, de 3° grandeur en juin, de 4' en juillet, de 5° en août. Elle disparut au bout de trois mois, mais pour reparaître le 17 mars 1671, avec l'éclat d'une étoile de 4* grandeur. En avril 1671, Cassini lui trouva une lumière variable. Elle disparut en septembre pour venir le 29 mars 1672, mais seulement avec l'éclat d"un astre de 6' ordre, puis au mois de septembre, elle s'évanouit tout à fait. Depuis ce temps, on ne l'a jamais revue. Il y a vers sa position une petite étoile de 10" grandeur (n° 1814 du Catalogue de Greenwich de 1872). qui paraît soumise à quelques fluctuations, et [deux autres de même éclat dans le voisinage. Un

astronome amateur serait bien avisé d'observer de temps en temps ce point du ciel. (Voir p. 191.)

21° Le 28 septembre 1690, les astronomes français qui avaient restauré l'Observatoire de Pékin observèrent non loin de l'étoile tt du Scorpion une étoile de 4° grandeur qui n'existait sur aucune carte ni sur aucun catalogue, et qui disparut en quelques semaines. {Voir plus haut, p. 414.)

22° 1848. Découverte par Hind, le 28 avril ; était de 5' grandeur et de couleur rougeàtre. Sa position a été déterminée avec la plus grande exactitude. On avait examiné ce môme point du ciel le 4 et le 5 du même mois, et l'on n'avait vu là aucune étoile supérieure à la 9* grandeur. La nouvelle étoile était orangée et visible à l'œil nu. Le 15 mai, elle devint inférieure à l'étoile 20 Ophiuchus, de 5« grandeur, qu'elle avait un peu surpassée; le 23, elle fut trouvée de 6«gr. j et rouge, le 20 juin de 7°. Elle descendit successivement jusqu'à la 11°.

23° Étoile de la Couronne, du 12 mai 1866, qui apparut ce soir-là avec l'éclat d'une étoile de seconde grandeur. Le 14 elle était déjà de 3% le 16 de 4°, le 19 de 5°, le 20 de 6% le 22 de 7% le 24 de 8°, le 27 de 8^ 1/2, le 7 juin de 9", le 5 de 9= 1/2, le 1" juillet de 10". Elle resta dans cet état jusqu'au 27 août, puis se ranima et remonta à la 9'= grandeur le 30, à la 8° le 10 septembre, et atteignit presque la 7° le 10 octobre pour redescendre à la 8'= le 1" novembre. Elle est ensuite tombée à la 9° 1/2, et depuis cette époque je l'ai toujours trouvée stationnaire. D'après les observations de l'astronome Schmidt, directeur de l'Observatoire d'Athènes, qui depuis un demi-siècle a voué sa vie aux étoiles variables, cette étoile a dû s'élever subitement à son éclat maximum le 12 mai, ce qui paraît être, du reste, le cas de toutes les étoiles temporaires.

Pour la première fois il a été possible d'examiner ce phénomène par l'analyse spectrale. L'examen du spectre ne laisse aucun doute sur la nature du phénomène observé : c'est une étoile qui s'est trouvée subitement enveloppée des flammes de l'hydrogène" en combustion. Il y a eu probablement une éruption qui aura mis d'énormes volumes de gaz en liberté, et ces gaz auront brûlé à la surface de l'astre en se combinant avec quelque autre élément. N'oublions pas d'ailleurs que l'événement cosmique auquel il nous a été donné d'assister en spectateurs désintéressés en 1866 n'était point un événement contemporain; au moment où les flammes de cet incendie vinrent frapper nos regards, le 12 mai 1866, elles étaient éteintes, depuis bien des siècles peut-être.

24° Étoile de 1876, dans le Cygne. Aperçue pour la première fois le 24 novembre par l'astronome athénien Julius Schmidt, elle brillait comme une étoile de 3= grandeur, plus intense que vi Pégase, et très jaune; quelques jours après, elle était déjà descendue à la 4° grandeur; le 5 décembre elle était de 5" et le 11 de 6% puis elle disparut, tombant à la 7°, à la 8° grandeur et au-dessous. Elle est actuellement de 12° grandeur et nébuleuse. Spectre analogue à celui de l'étoile de la Couronne. {Voir p. 135.)

Telle est, en résumé, l'histoire de ces apparitions curieuses. Ce sont là, répétons-le , selon toute probabilité, des soleils en voie d'extinction réveillés un instant par une conflagration soudaine.

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