SCINTILLATION
Tout le monde a remarqué la scintillation des étoiles. Tandis que les planèles, même les plus brillantes, rayonnent d'une lumière calme et immobile, les étoiles, même les moins brillantes, paraissent plus ou moins agitées d'une lumière vacillante et variable. Cette lumière qui s'élance tanlùt vive, tantôt faible, en lueurs intermittentes, tantôt blanche, verte ou rouge, comme les feux étincelants d'un diamant limpide, semble animer les solitudes intersidérales.
La scintillation est un fait causé en partie par la lumière intrinsèque de l'étoile elle-même, en partie par l'état de notre atmosphère. Les derniers travau.x de M. Montigny conduisent notamment aux conclusions suivantes :
Les étoiles qui scintillent le plus sont les étoiles blanches, comme Sirius, "\' éga, Procyon, Altaïr, Régulus, Castor, p, y, £, C, i, de la Grande Ourse, a d'Andromède, a d'Ophiuchus. Nous verrous plus loin que ces étoiles, examinées au spectroscope, présentent un spectre formé de l'ensemble ordinaire des sept couleurs, coupé par quatre lignes noires principales (celles de l'hydrogène) ; raies spectrales peu nombreuses. Le degré de la scintillation de ces étoiles, ou le nombre de variations de couleur par seconde, est en moyenne de 86, toutes les étoiles observées étant à une même hauteur de 30 degrés au-dessus de l'horizon.
Les étoiles qui scintillent le moins sont les étoiles orangées ou rouges, comme Antarès, a d'Hercule, Aldébaran, Arctm'us, Bételgeuse, a de l'Hydre, s de Pégase, 0 de la Baleine, p d'Andromède. Les étoiles de ce type offrent un spectre traversé de larges bandes nébuleuses obscures qui en font une espèce de colonnade ; la plupart sont variables. La moyenne des variations de couleur par seconde est de 56.
DOCUMENTS
Entre ces deux groupes extrêmes se rangent les étoiles à oscillation moyenne (69 par seconde), dont la lumière est jaune, comme la Chèvre, Rigel, Pollux, a du Cygne, y d'Orion, y d'Andromède, a du Bélier, p du Taureau, p de Lion, a de la Grande Ourse. Le spectre de ces étoiles est semblable à celui du Soleil, coupé de raies noires très fines et très serrées.
Ainsi, il y a une correspondance certaine entre la sciiitillation d'une étoile et sa constitution physique : les étoiles dont le spectre présente un double système de bandes obscures et de raies noires et auxquelles correspondent, par conséquent, les lacunes les plus nombreuses et les plus marquées entre leurs rayons séparés par dispersion dans notre atmospbère, scintillent moins que les étoiles à raies s.pectrales fines, et beaucoup moins que celles dont le spectre présente uniquement quatre raies noires, et qui n'offriraient ainsi qu'un très petit nombre de lacunes entre leurs faisceaux de rayons dispersés par l'air.
Notre atmosphère joue un rôle considérable dans la scintillation : plus une étoile est basse et plus elle scintille ; la scintillation est proportionnelle au produit que l'on obtient en multipliant l'épaisseur de la couche d'air que traverse le rayon lumineux émané de l'étoile par la réfraction astronomique pour la hauteur où elle a été observée.
La scintillation est d'autant plus prononcée que le froid est plus vif; elle est plus forte en hiver qu'en été.
Autre fait d'observation vulgaire et aujourd'hui scientifiquement établi : les fortes scintillations annoncent la pluie. C'est la présence de l'eau en quantité plus ou moins grande dans l'atmosphère qui exerce lïnfluence la plus marquée sur la scintillation et qui en modifie le plus les caractères selon cette quantité, soit quand l'eau se trouve dissoute dans l'air, soit quand elle tombe au niveau du sol à l'état liquide ou à l'état solide sous forme de neige.
Ainsi, la lumière qui nous arrive des étoiles| subit, en traversant notre atmosphère, de légères variations d'aspect, suivant son intensité originelle, sa vivacité, sa nuance, en un mot suivant sa propre nature. Plus on s'élève dans les airs et plus la scintillation diminue : l'expérience est facile à faire en s'élevant en ballon, pendant les nuits profondes, calmes, majestueuses.