‹ Les étoiles et les curiosités du ciel; description complète du ciel visible à l'il nu et de tous les objets célestes faciles à observer;Chapitre 68 sur 399 · ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE · texte numérisé non relu

ÉTOILES PRINCIPALES DE LA CHEVELURE DE BÉRÉNICE

Il n'y a pas grand'chose à tirer de cette série, parce que les observations anciennes manquent de précision, et que rien n'est plus facile que de prendre une étoile pour une autre dans un groupe aussi serré que celui-là. Quelques étoiles, comme la 42% n'ont pas été observées anciennement, tout simplement parce qu'elles sont assez écartées du groupe, et l'on ne peut rien conclure sur leur état antérieur. Cepen-

l'iS LA CHEVELURE DE BERENICE

dant, il ne me semble pas douteux que les étoiles qui portent les n°' 18 et 21 aient diminué d'éclat, car sur les anciens atlas elles sont marquées de même grandeur que leurs voisines, tandis qu'aujourd'hui elles sont beaucoup moins apparentes. Anciennement, la plus brillante était la 15"; actuellement, on peut classer par ordre d'éclat 43, 15, 16 et 42. L'étoile 23, autrefois de quatrième grandeur, est à peine de cinquième aujourd'hui, et il en est de même de l'étoile 35. (Il ne faut pas se fier rigoureusement aux grandeurs de Tycho, qui paraît les avoir exagérées.) L'étoile 36 parait flotter entre 4 1/2 et 5 1/2.

Pointez une lunette quelconque vers cette région du ciel, et vous serez véritablement émerveillé des richesses étoilées qui rempliront le champ télescopique, surtout si vous emploj'ez un faible grossissement et si vous avez un champ vaste et clair. Il y a là un grand nombre de petites nébuleuses. L'étoile qui porte le n° 12 est une étoile double très facile à trouver. Ses composantes sont de 5° et 8' grandeurs, écartées

à 66". L'étoile 24 est encore plus jolie : grandeur = 5* 1/2 et 7", orange et lilas, écartées à 21"; couple exquis, facile à observer {fig. 85), système fixe, jusqu'à présent. L'étoile 35 est triple : le compagnon éloigné, de 8" grandeur, brille à 28" de l'étoile principale, laquelle, dans les instruments puissants, se dédouble elle-même, montrant tout près d'elle, à 1",4 un petit compagnon de huitième N ' grandeur; depuis 1828, année

Fig. 85. — L'étoile double 24 Chevelure. j j, , ,., ,

de sa découverte, ce petit couple a déjà tourné de 40 degrés, ce qui indique une période de quatre à cinq cents ans. C'est un système de trois soleils qui voguent ensemble à travers l'immensité.

Cette petite constellation renferme l'un des couples orbitaux les plus rapides du ciel : l'étoile 42, qui est une double très serrée (une demi-seconde seulement d'écartement) et ne peut être dédoublée que par les instruments les plus puissants. Ce système de deux soleils égaux offre cette particularité, de tourner justement dans le plan de notre rayon visuel, de telle sorte que nous ne le voyons que par la tranche; mais il tourne (rès vite : la révolution des deux soleils

autour de leur centre commun de gravité ne demande que 25 ans pour s'accomplir.

Mais voici le Bouvier qui nous appelle, le Bouvier, l'une des plus anciennes constellations de la sphère, et l'une des figures qui paraissent le mieux en rapport avec ce mouvement silencieux du ciel qui entraîne tous les astres d'heure en heure de l'orient vers l'occident.

Fig. 86. — Anciennes constellations (d'après une gravure de Tan 1559).

L'idée de pasteur, de gardien de troupeaux, s'associe si naturellement à la contemplation des étoiles, que l'on est porté à les animer d'une vie lointaine et à les faire garder ou conduire, comme on voyait autrefois, dans les vastes plaines de la Chaldée, les tribus nomades s'avancer lentement à travers les contrées. C'est certainement par une association d'idées analogues, que dès les premiers âges on a dessiné dans le ciel la figure d'un homme des champs, berger, moissoimeur,

agriculteur, conducteur de troupeaux, chasseur, voyageur, car le Bouvier a reçAi tous ces noms et bien d'autres. Il gardait les sept étoiles du nord, les Septem Triones.

L'une des plus anciennes figures que je connaisse de cette région du ciel (à part celles des manuscrits arabes, qui diffèrent trop des nôtres) est un planisphère d'une édition grecque et latine des Phénomènes d'Aratus, imprimée à Paris en 1559, à une époque fort antérieure aux remaniements et additions dont la sphère céleste a été l'objet au

Fig. 87. — Ancien dessin du Bouvier (gravure sur bois de Tan 1485).

xvii' siècle. J'en reproduis ici {(îg. 86) un fragment, lequel, malgré la grossièreté de ces premières figures sur bois, donne une idée satisfaisante de l'état de la sphère enseignée à la Sorbonne il y a plus de trois siècles. On y remarque d'abord que le pôle était encore fortloin de notre Polaire actuelle et que cette carte du ciel est même construite sur un dessin plus ancien. On y remarque ensuite le vide énorme qui s'étend tout autour de la Grande Ourse et où plus tard on a dessiné la Chevelure, les Chiens de chasse, le Petit Lion, le Lynx, la Girafe, etc. On y remarque enfin un véritable Bouvier, une main levée, paraissant faire signe an troupeau, et la houlette de l'autre main ; il porte un costume du temps de Henri II, ce qui s'explique fort bien — mais heureusement qu'on n'a pas continué de faire subir aux constellations

nos changements de mode. • — Cette figure est très correcte quant au Bouvier, entre les jambes duquel on voit briller Arcturus. Il ne faudrait pas croire cependant que la Gerbe ou la Chevelure n'existaient pas avant cette époque, car, sur un autre ouvrage de ma bibliothèque. le Poeticon astronomicon d'Hyginus, imprimé à Venise en 1485, c'està-dire aux premiers temps de l'imprimerie, soixante-quatorze ans

Fig. 88. — Le Bouvier de l'atlas de Bayer (1603).

avant l'ouvrage précédent, cette même constellation du Bouvier est dessinée telle qu'on la voit {fig. 87), avec une faucille cala main et une gerbe à ses pieds. L'atlas de Bayer (1603) a conservé la même tradition (/Ig. 88), et nous représente le personnage dans l'attitude d'un moissonneur qui vient découper la gerbe; ici, ce n'est plus le gardien des bœufs, « le Bouvier », ni le gardien de l'Ourse « arctophylax » , comme on l'appelait. Son caractère change de nouveau dans l'atlasd'Hévélius, qui, dessinant là les deux Chiens de chasse, enlève

la faucille de la main du Bouvier et lui fait tenir en laisse ces deux lévriers qui vont se précipiter à la poursuite de la Grande Ourse. Depuis, comme on l'a vu sur notre fig. 79, on a remis la faucille dans la main du Bouvier, ce qui complique encore sa situation.

On trouve aussi chez les Arabes les noms de Gardien du Nord, de Fossoyeur, de grand Hurleur et de Crieur. Ils appelaient Arcturus Simàk, parce qu'il s'élève très haut dans le ciel.

Quoi qu'il en soit, l'important pour nous est de faire connaissance avec les étoiles de cette constellation, et d'abord avec son étoile principale, Arcturus, qui resplendit si brillamment dans cette région du ciel et qui est, avec Véga, la plus belle étoile de notre hémisphère boréal. Certaines mesures photométriques placent Véga avant Arcturus; mais je donnerais volontiers la préférence à celle-ci pour l'ardeur de sa coloration. Véga est d'une blancheur immaculée; Arcturus brille comme un feu : la première est un diamant blanc d'une limpide pureté ; la seconde est un diamant jaune du Cap. Arcturus étincelle d'une couleur plus chaude, et ce n'est pas seulement une apparence : ce lointain soleil flamboie dans l'immensité avec une telle ardeur qu'on a déjà pu mesurer sa chaleur au thermomètre ! Sans doute le rayon venu d'une étoile perdue à 62 trillions de lieues d'ici, et obligé de courir pendant plus de vingt-cinq ans à travers l'espace glacé pour arriver jusqu'à nous, ne peut pas garder en lui une chaleur bien sensible; cependant elle suffit pour faire dévier l'aiguille d'un galvanomètre et pour se montrer considérablement supérieure à celle de Véga, qui pourtant elle-même n'est pas tout à fait insensible. Par contre, lorsqu'on fait la photographie de ces deux diamants de notre ciel, la lumière argentée de Véga impressionne beaucoup plus rapidement la plaque collodionnée que la lumière dorée d'Arcturus : celui-ci est plus chaud et moins photogénique. Rien n'est plus facile que de trouver Arcturus dans le ciel. Revenons à notre chère Grande Ourse, qui nous a déjà rendu tant de n ....-*. '""'*''■■'■•« services : regardez-la, prolongez ' '1 * par la pensée la ligne courbe ti\a- T I cée par les trois étoiles de sa queue : cette ligne idéale conduit Fig. 89. -Alignement pour trouver Arcturus, directement et saus équivoque

le Bouvier et la Couronne. pOSSiblc à l'étoile ArcturUS, de

première grandeur. Lorsqu'une fois vous l'aurez trouvée, vous ne pourrez i:)lus jamais l'oublier, d'autant plus que son nom indique jus-

i Coxr.mtit e +.' horMle

a^'^Arclunit

LE BOUVIER. — ARCTURU3 133

tement sa position : arctos-oura, à la queue de l'Ourse. Il est ensuite tout aussi facile de remarquer les autres étoiles principales du Bouvier et celles de la Couronne, qui lui est contiguë.

Arcturus est la première étoile que l'on ait observée en plein jour : c'est Morin qui a fait cet essai en 1635 (Morin est le dernir astrologue de France : il était caché dans la chambre à coucher de la reine Anne d'Autriche à l'heure de la naissance de Louis XIV et tirait très sérieusement l'horoscope du bébé). On peut toujours la trouver avec une lunette, lorsqu'on sait où elle est, n'importe à quelle heure du jour. Les bonnes vues peuvent la reconnaître à l'œil nu un quart d'heure après le coucher du soleil : c'est la première étoile que l'on voie briller au ciel (à moins que Vénus ou Jupiter ne soient sur l'horizon, ce qui n'infirmerait pas, du reste, la proposition précédente, puisque Vénus et Jupiter sont des planètes et non des étoiles). Il n'est besoin d'aucun témoignage historique pour affirmer que Arcturus, Véga, Sirius, ont été remarquées les premières dans le ciel, attendu que si Adam et Eve avaient réellement existé, ils n'auraient pu s'empêcher de les voir. Certains commentateurs pensent que c'est d'Arcturus que Job parle au verset 9 de son chant IX, et dont Amos parle aussi au verset 8 de son chant V ; mais, comme ces mots hébreux ne comportent pas une précision absolue, contentons-nous de nous souvenir que le vieux poète Hésiode et le non moins vénérable Homère signalent cette étoile à l'attention des navigateurs et des agriculteurs : elle régissait les travaux des champs et présageait les tempêtes. Au premier siècle avant notre ère, Virgile conseille de labourer à l'époque

où brille Arcturus :

At si non fuerit tellus fecunda, sub ipsum Arcturum tenui sat erit suspendere sulco.

dit-il dans les Géorgiques (livre I, vers 68). Plus loin (I, 229), il conseille d'attendre le coucher du Bouvier pour semer les lentilles. A ces époques lointaines, les astres étaient beaucoup plus intimement associés que de nos jours à l'observation de la nature et même aux affaires humaines. Démosthènes nous apprend qu'une certaine somme d'argent avait été prêtée de son temps à 22 pour cent d'intérêts sur un vaisseau qui faisait le voyage d'Athènes en Crimée, mais que le créancier aurait 30 pour cent à payer si le navire ne revenait pas avant le retour d'Arcturus, cette étoile amenant les tempêtes. Il y avait toutefois des sceptiques qui se riaient des astres comme des dieux, exemple Horace :

Nec saevus Arcturi cadentis Impetus, aut orientis Haedi.

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