ÉTOILES OBSERVÉES DANS LES PLÉIADES
Jusqu'à l'invention des lunettes, vues ordinaires ... 6
Vues excellentes 7 à iU
Vues extraordinaires l'i
Première observation télescopique, par Galilée (1(310) 3G
Carte de La Hire (1G93) 64
Jeaurat (1779. 103
— Wulf (1374) 6-25
as; IIONOMIE. — SUI'PLEME.NT. 37
^90 LES PLElÂDL:a
Il y a certainement plus d'un millier de soleils dans cette republique. On n'a pas cessé d'en découvrir de nouveaux à mesure que les instruments employés ont eu une plus grande puissance de pénétration. La dernière carte ne va pas au delà de la quatorzième grandeur et s'étend sur un rectangle de 9 minutes de temps en largeur et de 90 minutes d'arc en hauteur, dont Alcyone occupe à peu près le centre. Ce sont toutes les étoiles visibles, sur cette étendue, à l'aide d'un objectif de 31 centimètres d'ouverture. Les instruments plus puissants en montrent bien davantage, pénétrant jusqu'aux étoiles de quinzième et seizième grandeur.
Examinons en détail ce groupe si curieux. — Son étude vient de m'arrêter plusieurs semaines consécutives dans la rédaction de cet ouvrage : il ne sera pas sans intérêt de présenter ici les pièces de cette laborieuse enquête, mais elle est un peu longue, tout en étant résumée ici aussi succinctement que possible, et je demanderai la permission de l'imprimer en petits caractères afin de ne pas absorber une place trop étendue. Notre voyage céleste n'est pas encore fini.
Tout d'abord (commençons par le commencement), j'ai consacré principalement les belles soirées de septembre et octobre (1880) à l'examen attentif de ce o-roupe d'étoiles, et comme plusieurs vérifications valent mieux qu'une, quelques yeux différents des miens ont bien voulu me prêter leur concours. Un savant jésuite, dont la science déplore la perte récente, le P. Secchi, assurait que dans ces vérifications sur l'éclat et la couleur des étoiles, les astronomes avaient tort de dédaigner le jugement des yeux féminins. Je suis tout à fait de son avis.
Il sera fort intéressant pour chacun d'essayer la portée de sa vue sur ce même groupe. Les yeux myopes ne distinguent là aucune étoile en particulier, mais seulement un amas nébuleux. Les vues ordinaires peuvent compter six étoiles,
ils voient ce groupe tel qu'il est représenté ici dans ce premier dessin 'jcg, zOz). Ces six eiones sont :
Grandeur.
1" Alcyone 3^,0
2» Electre 4,5
3» Atlas 4,6
4» Maïa 5,0
5° Mérope 5,5
6" Taygète 5,8
Les vues excellentes aperçoivent dix étoiles, et voient le groupe tel Fig. 20-2. - Les six principales Pléiades. ^^^,.^ ^^^ représenté fig. 203. Lcs
quatre étoiles ajoutées aux précédentes sont :
Gran.le.ir.
7" Externe au sud ^^,1
8» Pléione fi, 3
9* Externe au uor(J 6,4
10'^ Cclœnn 6,5
Rnûii les vues très peicantes. ou les vues onlin.-uius .lidées d'une jumelle.
Fig. 203. — Les dix principales Pléiades. Fig. 204. — Les quatorze principales Pléiades.
parviennent à en découvrir quatorze et distinguent toutes les étoiles indiquées sur notre fig. 204. Les quatre nouvelles étoiles sont :
H» Au-dessous d'Atlas
12° Astérope (les deux réunies) .
13" A gauche d' Astérope
14» Au-dessus d'Atlas et Pléione.
Grindenr.
Gomme nous l'avons déjà vu, les principales de ces étoiles ont reçu des noms dès une haute antiquité, et ces noms sont ceux des filles d'Atlas, auxquels on a ajouté au xvi" siècle, Pater Atlas et Mater Pléione , leur père et leur mère, que l'ingrate Mythologie avait laissés dans l'oubli. Afin que chacun puisse facilement connaître ces noms et les appliquer directement à leurs astres respectifs, on les a inscrits ici sur un petit dessin spécial {fig. 205) qui ne contient que les étoiles nommées. La plus brillante est Alcyone, qui est aussi r^ du Taureau.
■rr . . 1 .^. , Fig. 20o. — Noms donnés aux Pléiades.
VOICI les positions exactes de ces neuf Pléiades, inscrites de l'ouest à l'est par ordre d'ascension droite :
Arfe'riye
TbjfgùJt
yto
• 'Celcno
• Pléione
y^Iect.-,
-A/c/âfftf
AUas
^Wrope
POSITION ACTUELLE (ISSO)
ascension droite Déclinaison
Celœno 3'>37'»40^ 23o54',7
Electre 37.45 23.44,1
Taygète • . • 38. 4 24. 5 ,4
Maïa. . 38.41 23.59 ,8
Astérope 38.45 24.10,7
Mérope 39.12 23.34,4
Alcyone 40.21 23.44,0
Atlas 42. 2 23.41 ,2
Pléione 42. 3 23.46,2
Xa longueur de cette petite république, d'Atlas et Pléione à Celaeno, est de 4 minutes 23 secondes de temps, ou de 1° 6' d'arc; la largeur, de Mérope à Astérope, est de 36'. Dans le quadrilatère, la longueur, d' Alcyone à Electre, est de 36', et la largeur, de Mérope à Maïa, est de 25'. Il semble que si l'on plaçait la pleine lune devant ce groupe de neuf étoiles, elle le couvrirait entièrement, car elle paraît à l'œil nu beaucoup plus grande que les Pléiades tout entières. Or il n'en est rien. Elle ne mesure que 31', moins de moitié de la distance d'Atlas à Celaeno; elle est à peine plus large que la distance d' Alcyone à Atlas, et tiendrait tout entière entre Mérope et Taygète sans toucher ces deux étoiles ! Il y a là une illusion optique constante et bien curieuse. Quand la lune passe devant les Pléiades et ne les occulte que successivement, on a peine à en croire ses yeux.
Voyons maintenant ce que les anciens nous ont légué pour l'histoire de ce groupe classique.
Les Pléiades sont remarquées, nommées, observées, depuis plus de quatre raille ans, par les Chinois d'une part, et par les Égyptiens et les Chaldéens d'autre part ; Job les cite, au dix-septième siècle avant notre ère, et Homère, comme Hésiode, au neuvième siècle. Eudoxe, Ératosthènes et Anaximandre en faisaient une petite constellation séparée du Taureau. Aratus, interprète d'Eudone, donne déjà leurs noms : « Electre, Alcyone, Celaeno, Taygète, Stérope, Mérope et Maïa. » Ce sont, ajoute-t-il, les filles d'Atlas. Elles sont au nombre de sept; cependant on n'en voit que six; « toutefois la septième ne peut pas être perdue, car aucune étoile ne se perd. "
Ovide dit à son tour dans les Fastes :
« On compte sept Pléiades, mais six seulement se montrent d'ordinaire. »
Il cherche ensuite l'explication de cette variation d'éclat ; mais c'est, comme on va le voir, une fantaisie toute mythologique :
« Si la septième est cachée, c'est sans doute parce que six seulement ont reçu les baisers des dieux : Stérope a vu Mars honorer sa couche, Alcyone et la belle Celœno ont reçu Neptune en la leur ; Maïa, Electre et Taygète ont passé tour à tour aux bras de Jupiter. Mérope, la septième, a épousé Sisyphe, un simple mortel : elle en rougit et se cache de honte. »
Puis, comme si cette explication ne le satisfaisait pas tout à fait, le poète ajoute :
« Après cela, celle qui est invisible pourrait bien être Electre, qui ne put supporter le spectacle de l'incendie de Troie et mit sa main devant ses yeux. »
Laissons la forme pour le fond. 11 n'en résulte pas moins pour nous ce fait qu'anx temps d' Aratus et d'Ovide on ne voyait ordinairement que six Pléiades, mais c^ue la légende ou la tradition en comptait sept.
Si ces sept étoiles étaient bien celles qui portent encore ces noms aujourd'hui. Atlas était alors moins brillant que de nos jours, et Astérope (nom dérivé de Stérope) pouvait être la septième, la plus petite des sept.
^[ais voici des documents à la fois plus importants et plus embarrassants.
Ptolémée, contemporain d'Ovide, ne signale dans son catalogue que quatro Pléiades. On doit penser que c'étaient les plus brillantes, et l'intérêt actuel pour nous est de chercher à les identifier. Les voici, avec les positions en longitude et latitude données par Ptolémée :
A La boréale du côté occidentaL . . .
B L'australe du même côté
C Au sommet suivant et le plus étroit.
D L'externe et petite du côté du nord.
Pour trouver quelles sont celles de nos Pléiades actuelles qui correspondent à celles-Là, il faut calculer la longitude et la latitude actuelles de ces étoiles ; puis, comme la précession des équinoxes n'altère pas les latitudes, mais fait rétrograder les longitudes de 1° en 71 ans et demi, et les a reculées de 24" 28' pour les.^750 ans qui s'étendent de notre époque (1880) à celle de Ptolémée (130), il faut retrancher cette quantité des longitudes actuelles pour obtenir les positions correspondantes à l'époque de Ptolémée. Voici les résultats de ce calcul :
Grandeur,
Longitude.
Latitude
Electre. .
Celœno. .
Taygète .
Maïa. . .
Méropc. .
Astérope.
Alcyone .
Atlas . . .
Lo
ngitude.
Lilitude.
.'m 18SÛ.
L'dn 130.
Résultat fantastique : il n'y a aucune correspondance entre ces positions et celles de Ptolémée. Pour mieux juger de la divergence vraiment surprenante qui se manifeste entre les deux états, traçons sur une môme figure nos Pléiades calculées comme elles viennent de l'être et celles de Ptolémée {fig. 206). Les quatre étoiles de Ptolémée sont toutes extérieures à la figure moderne. Estce à dire pour cela que Ptolémée ou Hipparque ont bien observé, et que leurs étoiles existaient réellement là, tandis que les nôtres n'existaient pas? Non, assurément, car d'une part nous savons qu'il y avait déjà six ou sept Pléiades, et d'autre part, la rédaction de Ptolémée concorde assez bien avec la réalité, si ses mesures ne concordent pas. Sa première étoile est tt la boréale du côté occidental » ; ce doit être Taygète. La deuxième est « l'australe du même côté » ; ce doit êU-e Mérope. La ti-oisième est a au sommet suivant et le plus étroit »; ce doit être
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Si
Fis. -Ofi. — Les Pléiades de Ptolémée.
Atlas. Quant à la quatrième, « externe du côté du nord », elle est tout simplement introuvable.
Il n'y aurait rien de surprenant à ce que les anciens, dépourvus d'instruments de précision, eussent dans leurs mesures écarté ces étoiles les unes des autres, et à la rigueur on peut admettre que les trois étoiles marquées ici des lettres ABC sont celles de Ptoléméc. Mais il s'en suivrait que la plus brillante de nos Pléiades, Alcyone, n'était pas remarquable à cette époque-là, et qu'Electre était également moins brillante que de nos jours. La plus brillante était alors l'externe du nord, actuellement introuvable, et encore, par surcroît d'incohérence, Ptolémée l'appelle petite^ et la fait plus grande que les autres, de quatrième grandeur !
N'y aurait-il pas eu quelque erreur de transcription dans les copies de 1'^ Imageste, qui pendant quatorze siècles ont précédé l'invention de l'imprimerie? On peut d'autant mieux le soupçonner, que sur les huit nombres des longitudes et latitudes de ces étoiles, il y en a quatre qui répètent le même chiffre (3° 40'). N'avons-nous aucun moyen de contrôler les faits? L'histoire de l'astronomie est muette là-dessus pendant neuf cents ans ; mais au dixième siècle l'astronome persan Abd-al-Rhaman al-Sûfi déclare qu'il donne la description du Ciel tel qu'il C observe lui-même; et en effet, chaque fois qu'il remarque une différence entre Ptolémée et lui, il ne manque pas de la signaler. J'avais donc l'espérance de trouver en lui quelque éclaircissement du mystère ; mais il se trouve que luimême ne signale que quatre Pléiades, qu'il considère comme étant les mêmes que celles de Ptolémée. Les voici :
Grandeur. Longitude. Latitude.
A La plus boréale du côté antérieur 5^ 44" 52' 4» 30'
B La méridionale du même côté 5 45.12 3.40
C Au sommetsuivantetdansl'endroitleplusétroit. 5 46.22 3.20
D Hors de leur côté boréal, petite brillante.. . . 4 46.22 5. 0
Sûfi a ajouté 12°42' aux longitudes de Ptolémée pour les amener à son époque. Je ne pense pas qu'il les ait mesurées, mais il les a observées et trouvées telles que
Ptolémée les avait vues. « Il est vrai, re- ^^, ^j, marque-t-il, que les étoiles des Pléiades sont
au nombre de plus de quatre; mais je me borne à citer celles-ci, parce qu'elles sont très proches l'une de l'autre et que ce sont les plus apparentes. »
Reconstruisons une double figure, comme précédemment, afin d'examiner de nouveau la même correspondance : nous trouvons que, pour l'aspect général du groupe, c'est encore Taygète, Mérope et Atlas qui se rapprochent des trois premières étoiles de Sûfi. Quant à la quatrième, « la petite ^. „„^ , . brillante au nord », elle est tout aussi in -
Fig. 207. — Les Pléiades de Sùfi (.-i» siècle). ,, -, ' , , ,,
trouvable que dans r exemple précèdent. — La conclusion est la même pour l'écartement; car, depuis Ptolémée, ce sont les mêmes instruments rudimentaires qui étaient restés en usage. Elle est aussi la même pour l'observation entière du groupe: 1° les mesures n'ont pas une grande
précision et les erreurs peuvent dépasser un degré; 2" la plus brillante des Pléiades n'était pas Alcyone. A moins d'admettre que Ilipparque, Plolémée et Sùfi n'ont pas su voir et reproduire ce groupe comme un enfant saurait le faire aujourd'hui, nous sommes forcés de conclure (juc do grands changements se sont opérés dans cette région du ciel. Ce n'est pas le groupe qui a tourne, en amenant Alcyone du nord à l'est, et ce ne sont pas non plus les étoiles qui on i changé de place, car les mouvements propres sont assez bien déterminés aujourd'hui pour que nous sachions que depuis mille et deux mille ans les déplacements n'ont pu être qu'insensibles. C'est l'éclat qui a pu et qui a du varier.
Quelle pouvait être celte quatrième étoile, alors plus brillante que les autres ? 11 y a actuellement au-dessus du groupe, à 53^ de déclinaison au nord d'Alcyone et à 34* d'ascension droite plus à l'ouest, une étoile de ?• grandeur, qui correspondrait assez bien à la position de Ptolémée et Sùû, par 5° de latitude et sur la môme longitude qu'Atlas. C'est sans doute là notre mystérieuse inconnue. Elle n'est pas dans le catalogue de Lalande (1800), ni dans celui de Piazzi (1800), ni dans celui de d'Agelet (même époque), ni dans celui de Bessel (1825), ni dans celui d'Armagh (1829-1854), ni dans celui de Washington (1845-1877), ni dans ceux de RadclifTo, ni dans ceux de Rumker, ni dans le B. A. C, ni dans Bradley, ni dans Flamsteed, ni dans les observations de Greenwich, ni dans celles de Paris. Cependant elle a été observée par Argelander, elle est gravée sur son grand atlas, et c'est le n" 571 de sa zone -+- 24°, par 3''39"'27* et 24°32',2 (1855). On la trouvera sur notre fig. 20-S, qui est une reproduction de cette partie de la carte d' Argelander corres- Y~p 'VT^* — pondant à cette région du ciel, •nr*"""'"."^.'^et qui nous montre les environs des Pléiades en même temps que les Pléiades elles-mêmes. L'étoile dont il s'agit est entourée d'un petit cercle. Je l'ai observée récemment et l'ai trouvée de 7^ grandeur : elle est sur le prolongement d'Electre à Maïa ; au delà, sur le môme alignement, on en voit une de 6*. — Elle est aussi sur la carte des Pléiades de Lahire ( 1693) et sur celle de Cassini (1708). C'est probablement là une étoile variable, et il n'est pas impossible que ce soit la brillante des anciens.
Mais continuons notre enquête. Quatre cent soixante-dix ans après Sùfi. le petit-fils de Tamerlan, Ulugh-Beigh, observant le ciel à son tour, ne signale, lui aussi, que quatre Pléiades, qu'il décrit dans les termes suivants :
Grandeur. Longilude, Latitude.
A A l'extrémité boréale du côté précédent 5e 52" r 3045'
B A l'extrémité australe du même côté 5 52.16 3,30
C A l'extrémité suivante, au lieu le plus étroit . ... 5 52.49 3.45
D Externe, petite, au côté boréal 4 52,58 4.9
sa'